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210 COURS DE UTTÉRATURE.
I» pas. juré selon votre conscience, ex animi sen^ V tentidy il ny a point de parjure » Mais il ne I touche pas la question la plus délicate , si Thoni nête homme peut jurer, par la crainte d'un dan- : ger quelconque, ce qu'il ne croit pas devoir tenir ; par respect pour son devoir. Je ne la traiterai pas ' non plus , parce qu elle dépend d'un grand nombre de circonstances qui peuvent changer les obligations , au point qu'il n'est guère possible là-dessus de fixer une loi générale.
Les traités de la Vieillesse et de V Amitié j naturellement moins abstraits que tous les autres, ont été si souvent traduits, et sont si connus de toutes les classes de lecteurs, que je me crois dispensé de tout examen et de tout extrait. H y a long-temps que ces deux morceaux ont réuni tous les suffrages. Celui de la Vieillesse surtout a paru charmant, et d'autant plus qu'on s'y attendait moins : on a dit qu'il faisait appétit de vieillir. Si l'on a désiré quelque chose dans celui de V Amitié, c'est peut-être en raison d'une attente contraire : personne n'aime la vieillesse, quoique chacun souhaite de vieillir; et il est aussi commun de se piquer d'amitié que de se plaindre de la rareté d'un ami. Chacun prétend l'être , en répétant ce mot connu : O mes amis ! il ny aplm d'amis. Heureusement pour Cicéron, nous avons la preuve qu'il l'était, et qu'il en eut un. Ses lettres à Atticus attestent l'un et Tautre , et c'est
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à lui aussi qu il dédia son livre de V Amitié : mais c est Lélius qui en trace les caractères et les préceptes ; c'est lui qui dit que Scipion ne connaissait point de plus odieux blasphème contre l'amitié que ce mot d'un ancien : Il faut aimer comme si Von dei^ait un Jour haïr. Ce mot vous révolte et moi aussi , et j'allais peut-être- céder au plaisir d'en faire justice avec vous; mais je me rappelle qu elle a déjà été faite , et en vers , ce qui vaut toujours mieux que la prose quand les vers sont bons ; et ceux-ci ïe sont , quoique l'auteur ^ , distingué en d'autres genres, ait fait fort peu de vers en sa vie.
Ah! périsse à jamais ce mot afirenx d*un sage. Ce mot, l'effroi du cœur et Tefiroi de Tamour! Songez que votre ami peut vous trahir un Jour,
^ M. Gaillard, historien savant et éclairé, écrivain pur et élégant, dont les recherches utiles et laborieuses ont répandu beaucoup de lumière sur Une grande partie de jnotre histoire. Il était mon confrère à FÂcadémie fran- .çaise , et avait été de très-bonne heure un des gens de let- .'très dont l'estime et la bienveillance encouragèrent les 'travaux de ma première jeunesse. Il était d'ailleurs trèsdigne de bien parler de Tamitié : il fut honoré pendant trente ans de celle du vertueux et infortuné Malesherbes, La profonde retraite où il a vécu depuis la révolution l'a éloigné de moi sans que jamais je l'aie oublié ; et j'ai saisi avec empressement cette occasion de laisser une marque de souvenir et de reconnaissance à un ancien confrère, aujourdlutt octogiinaire • et que peut-être pe reveiTai-je
SÊT% COURS BB tiTTÉftATURE.
Qu'il *me trdÛBse, hélas I «ms que aon coenf TefibiBe Sans qu'une douloureuse et coupable prudence Dans fobscur ayenir cherche un crime douteux : S'il cesse un jour d'aimer, qu*il sera malheureux! S'il trahît nos secrets, je lois encor le plaindre : Mon amttië fut pure, et je n'ai rien à craindre. Qu'il montre à tous les yeux les secrets de mon cœur : Ces secrets sont l'amour, l'amitié, la douleur, La douleur de le Toir, infidèle et parjure , Oublier ses sermens, comme moi mon injure.
Cicéron doit revenir encore devant nous , sous les rapports du mérite philosophique , en comparaison avec Sénèque , dont il me reste à parler.