‹ LycéeChapitre 16 sur 23 · YOUS · texte numérisé non relu

YOUS

3l8 COURS DE LITTÉRATURE.

Traité des Bienfaits , ouvrages fort ignorés , que Diderot a cru devoir tirer de l'oubli, apparemment pour nous apprendre que d'ordinaire un traducteur faisait cas de l'auteur qu'il prenait la peine de traduire; ce que personne ne contestera. H suffirait, poiu* annuler le jugement de Juste- Lipse, de rappeler ce que Diderot et l'éditeur étalent en latin et en français, avec une bonne foi et une complaisance également admirables, que ce savant retrouvait dans Sénèque la ç'eAemence de Démosthènes. C'est à coup sûr la seule fois qu'on a mis ces deux noms ensemble : Démosthènes et Sénèque! Pour déterrer ce bizarre alliage , il fallait fouiller dans les broussailles dea scoliastes avec l'infatigable curiosité de nos deux apologistes, déterminés à tirer parti de quiconque aurait pu dire du bien de Sénèque. Si l'on voulait dire du mal d'Horace, il n'y aurait qu'à produire de même les inepties pédantesques de Jules Scaliger, heureusement ensevelies avec lui. Que n'eussent-ils pas dit eux-mêmes, si on leur eût allégué en toute autre occasion l'autorité de Juste-Lipse? Comme ils se seraient moqués, non sans raison, et du pédant, et de ses écoliers! Mais aujourd'hui, à tout ce qui a été avancé contre le style de Sénèque ils répondent gravement : Ce nest pas Vavis de Juste-Lipse. Et ils partent de Juste-Lipse pour nous donner conmie une chose convenue que Démosthènes et Sénèque

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sont , da moins pour la s^éhémence , sur la même ligne. Quiconque a étudié les anciens autrement que les glossateurs du seizième siècle , quiconque a un peu d'usage des principes de Tart d'écrire , ne daignera pas même mettre à l'examen ce blasphème littéraire. Il se contentera d'assurer que Démosthènes n'eût pas même voulu d'un Sénèqùe pour élève dans l'art oratoire. Il lui aurait dit : N'y pensez pas; vous n'êtes pomt né orateur, surtout pour des Athéniens. Vous avez deux dé&uts , entre autres , qui sont l'opposé de notre atticisme, la verbosité et l'ajQectation. Notre peuple d'Athènes a une telle aversion pour ce qui est surabondant , que nous sonmies toujours occupés k réduire nos harangues au lieu de les amplifier. Il a une telle aversion pour le faux, que tout l'art , toute l'élégance et tout l'éclat de la diction d'Ëschine peuvent à peine faire écouter ses sophismes; aussi ne lui ont-Us guère réussi. Groyez-naoi, restez, comme votre père, un bon déclamateur ^ des écoles. Il n'y a veine ohez vous qui tende à ce que nous appelons Xéloquence, nous autres qui passons pour nous y connaître.

On nous oppose aussi le témoignage de Lamothe-Levayer ; mais il ne porte que sur la mo-

^ C'est l'expression de Diderot, en parlant du père de SiukqoQ.

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raie de Sénèque , et personne ne nie qu il n^y ait de belles et bonnes choses, bien ou mal dites , parmi une foule d'autres qui sont outrées et même extravagantes. Diderot en convient , et prétend qu'il faut les mettre sur le compte de son stoïcisme. Tant pis pour son stoïcisme et pour lui : voilà une plaisante excuse! Et qu'importe que ce soit de sa secte ou de lui que vienne ce qui fait ime grande partie de ses écrits y et ce qui en rend la lecture si difficile à soutenir.

On fait grand bruit d'un suffrage de Montaigne , qui, en effet, est un autre homme que ceux-là : mais d'abord, pour ce qui concerne Sénèque^ Montaigne lui reconnaît de grands défauts ; et , s'ils adoptent l'avis de Montaigne quand il loue , et le rejettent quand il blâme, pourquoi n aurions-nous pas le droit d'en faire autant? Montaigne n'est pas plus infaillible dans l'un que dans l'autre, et pas plus pour nous que pour eux.

Diderot et l'éditeur placent Sénèque au-dessus de tous les moralistes , et multiplient toutes les expressions du mépris pour quiconque a pu en douter. Cependant je ne vois pas que , du parallèle que fait Montaigne de Plutarque avec Sénèque, on puisse conclure, à beaucoup près, la supériorité du dernier. Vous en jugerez en écoutant Montaigne lui-même, qu'on est toujours bien aise d'entendre. '

« Plutarque est plus uniforme et eonstant , Se-

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i> nèque plus ondoyant et divers. Gettuy-ci se » peine , se roidit et se tend pour armer la vertu » contre la foiblesse , la crainte et les vicieux ap« Y petits : Taustre semble n'estimer pas tant leur » effort, et desdaigner d'en baster son pas et de » se mettre sur sa garde. Plutarque a les opinîons^ » platoniques y douces et açcommodables à Ut » société crnle : Taustre les a stoîques et épicu« » riennes ^ , plus esloignées de Tusage commun , » mais, selon moy, plus commodes en particulier ]» et plus fermes. » (Cela paraissait plus commode à Montaigne, mais peu de gens ont été de soti^ avis et en seront ; et , de plus , il ne s'agit ici , comme on voit , que de morale , et ceci n'a point trait au mérite de l'écrivain. ) « U paroist en Sé^ » nèque qu'il preste un peu à la tyrannie des em^ » pereurs de son temps. » ( Voilà bien Montaigne^

^ On demandera peut-être comment Montaigne réunit: deux choses si difTé rentes. C'est d'abord en ce qu'Épicure^ comme Zenon , s'éloignait de l'usage commun des mots t on en a vu la preuve dans tout ce qui a été dit de leur philosophie. De plus, il paraît que Montaigne, ainsi que- Sénèque, considère ici Epicure dans sa morale personnelle , qui était très^vère, et non pas dans sa doeti*ine publique, qui certainement, quoi qu*on en ait dit^ anéantit les de» voirs et les vertus. On disait de lui t « Il détruit les devoirs^ « par ses paroles, mais il les soutient par ses exemples. » On pourrait répondre qu'un philosophe qui détruit les deîmrr partes paroles éanne en effet le plus pernicieui: de tonii Iw êstmnplnr

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