HISTORIENS ANCIENS
pas elles-mêmes à Tabri de la critique , à plu§ forte raison ce qui n'est fondé que sur des tra^ ditions si éloignées est-il soumis à la discussion j et susceptible de laisser des doutes. D'ailleurs, le goût si connu des Grecs pour le merveilleux et pour les fables , goût qui leur a été si souvent reproché par les écrivains latins, peut rendre suspecte leur véracité. Mais aussi on est tombé dans un autre excès en rejetant trop légèrement tout ce qui ne nous a pas paru conforme à des règles de vraisemblance, qu'il n'est pas possible de déterminer d'une manière bien positive; car^ dans l'histoire , comme dans le drame ,
Le Trai peut quel<piefbis n'être pas yraisemblaLle.
Nous sommes trop portés à régler la mesure des probabilités sur celles de nos idées communes et de nos connaissances imparfaites. La distance des temps et des lieux, et la diversité des religions, des mœurs, des coutumes et des préjugés, ont placé les anciens et les modernes à un si grand éloignement les uns des autres, que les derniers ne doivent prononcer qu'avec beaucoup de précaution quand il s'agit de se rendre juges de ce que les premiers ont pu faire ou penser. L'expérience doit ici, comme en tout, servir de leçon : plus d'une fois elle a démontre réel ce qui ne semblait pas crojaUe ; et, en dernier lieu , de» voyageurs très-iostraits ont vérifié sur les liewr
ce qu'Hérodote avait écrit de l'Egypte, et ce qu'on avait regardé comme fabuleux. 11 peut y avoir autant d'ignorance à tout rejeter qu'à tout croire , et la différence alors n est que de la simplicité à la présomption. Il faut se défier également de toutes deux : celui qui sait beaucoup doute souvent, et le doute conduit à l'examen et à l'instruction; celui qui sait peu est prompt à nier, et manque l'occasion de s'instruire. Au reste, cet examen n'est pas de mon sujet, et je dois surtout considérer les historiens comme écrivains et hommes de lettres. Je ne puis donc offrir qu'un aperçu très-rapide sur ceux des historiens de la Grèce et de Rome que le suffrage de tous les siècles a mis au nombre des auteurs classiques.
Après Hérodote, dont on estime la clarté, l'élégance et l'agrément, mais en qui l'on désirerait plus de méthode, plus de développemens, plus de critique, parut Thucydide, qui a écrit cette fameuse guerre du Péloponèse entre Athènes et Lacédémone , qui dura vingt-sept ans. Il en a rapporté la plus grande partie comme témoin et même comme acteur; car il fut chargé d'un commandement; et les Athéniens, qui le bannirent pour avoir mal fait la guerre, honorèrent ensuite et récompensèrent comme historien celui qu'ils avaient puni comme général. On lui reproche deux défauts assez opposés l'un à Tautre : il est trop concis dans sa narration, et trop long dans