acte public et soleand , dont tons les historieciii
font tneation : Salluste nen parle pas. Gatulus)
«ft Caton y dans une assemMée du sénat y donnent
à Cicéron le nom glorieux de Père de la patrie ^
nue Pline, Juvénal et tant d'autres écrivains ont
rappelé , et que la postérité lui a conservé : Sal-^ '.
luste nen parle pas. Les magistrats de Gapoue/;
la prenùère ville municipale dltalie, décernent à;
Cicéron une statue 'pour avoir saavé fiome pen-(
dant son consulat : Salluste nen parle pas. Enfin»
le sénat lui accorde un honneur dont il ny avait t
point d'exemple : il ordonne ce qu on appelait des ,
supplications dans les temples, et ce qui n'avait:
jamais lieu que pour les trkimpliateurs. Cette disH:
tinction inouïe est assez remarquable : Salluste »
n'en parie pas. Il y a plusi qu'on lise son histoire <
de la guerre de Catilina tCMit y est parfaitement .
détaillé, excepté ce que fit Cicéron, sans le*»
quel rien ne se serait fait. Est-ce là la fidélité de i
l'histoire? Est-ce là renaplir son objet le plu^ utile)
et le plus re^ectable, celui de montrer la punir -
tion du crime et la récompense de la vertu? Mais ;
comme la passion raisonne mal ! Conmient Sal- .
luste n'a-t-il pas senti que ce silence , qui , dans >
un homme ind^à:ent , sarait une omission cour :
damnahle, dans un ennemi était une hassesse>
odieuse? Eki se taisant sur des fails publics ,/;
croyait-il les faire oublier? Croyait-il que d'afutr^ [
né les écriraient pas? NVt-il pas dû prévoie que
l6 COURS DE LITTÉRATURE.
ces réticences perfides pauraient d'autre effet , si ce n'est qu on saurait à jamais que ces honneurs avaient été décernés à Cicéron, et que Salluste n en avait rien dit ?
Au reste, le caractère d'un ennemi tel que tous les anciens nous ont peint Salluste fait honneur à Cicéron. Les témoignages sont aussi unanimes sur la perversité de ses mœurs que sur la supériorité de ses talens. Il fallait que le dérèglement de sa conduite 9 dont parle Horace dans ses Satires, allât jusqu'à l'infamie, puisqu'il fut chassé du sénat par le préteur Appius Pulcher, dans un temps où la censure, autrefois sévère comme les mœurs publiques, 3*était relâchée elle-même et corrompue comme tout le reste. Des auteurs dignes de foi s'accordent à dire qu'il n'a voulu qu en imposer à ses lecteurs , et tromper la postérité , en affectant dans ses ouvrages le langage le plus austère, et en étalant une morale qui n'était pas celle de son cœur; qu'il ne recherchait les expressions anciennes que pour faire croire que ses principes se sentaient, ainsi que son style, dfi la sévérité des premiers âges de la république; ' <j^'enfin il n'empruntait les termes dont Caton ie censeur s'était servi dans son livre des Origines que pour paraître ressembler en quelque chose k ce modèle de vertu , que d'ailleurs il était si Imn d'imiter.
Il dut son élévation et sa fortune à César, qui.
,en qualité de chef de parti, ûe pourrait fM ét3P& ,4élicat sur le choix des hommes : c'est un principe et ui^ malheur de Tacmbition de se senrir des TÎces d autruL Ce fut César qui le fit rentrer dans Je sénat, et lui procura par son crédit la dignité de préteur. SaUuste le servit bien dans la guerre d'Afrique, et après la victoire il obtint pour ré»» compense le gouvernement de Numidie , avec le titre de propréteur. C'est là que, par toutes sorttt de brigandages , il amassa des richesses immenses, dont il jouit avec dl'autant plus de plaish" , que la dissipation de son patrimoine Tayait réduit à la pauvreté. Il acheta ces jardins fameux, connus depuis sous le nom de JartUns de SaUuste ^ ^t une maison de campagne délicieuse auprès de Tivoli. I#^cri fiit général, et les peuples de sa province^^aôcusèrent de concussion auprès de Cé^ sar, alors. d|t;iateur. Mais comment celui qui , aux jeux de tous les Romains , avait enlevé le trésor public du temple où il était renfermé , pouvait-il punir nn concussionnaire ? La guerre civile n est pas le temps de la ji»tice. SaUuste fut dispensé de répondre, fsa donnant au maître qu'il avait :s»rvi une partie de l'argent qu'il avait volé , et rassura une possession paisiUe pour le reste de sa' vie. Tel. est l'homme qui, daps ses écrits, invective contre la dépravation générale, et rappelle sans cesse lés moeurs antiques, j^ On ne peii^ pas dire de Tacite, c<mmie de Sal^ XV. 2
l8 COURS DE LITTÉRATURE.
luste, que ce n'est qu'un parleur de vertu : il la fait respecter à ses lecteurs, parce que lui-même parait la sentir. Sa diction est forte comme son âme, singulièrement pittoresque sans jamais être trop figurée, précise sans être obscure, nerveuse sans être tendue. Il parle à la fois à Tàme, à l'imagination , à l'esprit. On pourrait juger des lecteurs de Tacite par le mérite qu'ils lui trouvent , parce que sa pensée est d'une telle étendue, que chacun y pénètre plus ou moins, selon le degré de ses forces. Il creuse à une profondeur immense , et creuse sans effort. Il a l'air bien moins travaillé que Salluste, quoiqu'il soit sans comparaison plus plein et plus fini. Le secret de son style , qu'on né* galera peut-être jamais, tient non-seulement k son génie, mais aux circonstances où il s'est trouvé.
Cet homme vertueux, dont les premiers regards, au sortir de l'enfance , se fixèrent sur les horreurs de la cour de Néron ; qui vit ensuite les ignomi-* nies de Galba , la crapule de VitelKus, et les brigandages d'Othon ; qui respira ensuite un air plus; pur sous Vespasien et sous Titus , fut obligé , dans sa maturité, de supporter la tyrannie ombrageuseet hypocrite de Domiti«n. Obscur par sa naissance,: élevé à la questure par Titus, et se voyant dans la route des honneurs , il craignit, pour sa famille, d'arrêter les progrès d'une illustration dont il était le premier autour , et dont tou3 les l^iens devaient
HISTORIENS ANCIENS. IQ
partager les avantages. Il fut contraint de plier la hauteur de son âme et la sévérité de ses principes, non pas jusqu'aux bassesses d'un courtisan, mais du moins aux complaisances, aux assiduités d'un sujet qui espère , et qui ne doit rien condamner, sous peine de ne rien obtenir. Incapable de mériter Famitié de Domitien , il fallut ne pas mériter sa haine ; étouffer une partie des talens et du mérite d'un sujet , pour ne pas effaroucher la jalousie du maître ; faire taire à tout moment son cœur indigné ; ne pleurer qu'en secret les blessures de la patrie et le sang des bons citoyens , et s'abstenir même de cet extérieur de tristesse qu'une longue contrainte répand sur le visage d'un honnête homme , et toujours suspect à un mauvais prince , qui sait trop que dans sa cour il ne doit y avoir de triste que la vertu.
Dans cette douloureuse oppression , Tacite , obligé de se replier sur lui-même , jeta sur le papier tout cet amas de plaintes et ce poids d'indi'* gnation dont il ne pouvait autrement se soulager. Voilà ce qui rend son style si intéressant et si animé. Il n'invective point en déclamateur ; un homme profondément affecté ne peut pas l'être : mais il peint avec des couleurs û vraies tout ce que la bassesse et l'esclavage ont de plus dégoûtant , tout ce que le despotisme et la cruauté ont de plus horrible, les espérances et les succès du crime, la pâleur de l'innocence et l'abattement delà vertu;
ilO COURS DE LITTBRATUKE.
3 peint tellement tout ce qoTû a vu et souffêrc , que l'on voit et que Ton souffire avec lui. Cbaque ligne porte un sentiment dans Fâme : il demande pardon au lecteur des horreurs dont il l'entretient, et ces horreurs mêmes attachent au point qu'on serait fâché qu'il ne les eût pas tracées. Les tyrans nous semblent punis quand il les peint. 11 repré* sente la postérité et la vengeance , et je ne connais point de lecture plus terrible pour la conscience des méchans.
On a dit qu'il vojrait partout le mal , et qu'il calomniait la nature humaine. Mais pouvait-il calomnier le siècle où il a vécu ? et peut-on dire que celui qui nous a tracé les derniers momens de Germanicus , de Baréa , de Thraséas , qui a fait le panégyrique d'Agricola , ne voyait pas la vertu où elle était? Ce dernier morceau , cette vie d'A-^ gricola , est le désespoir des biographes : c'est le chef-d'œuvre de Tacite , qui n'a fait que des chefs^ d'œuvre. D l'écrivit dans un temps de ôalme et de bonheur. Le règne de Werva , qui le fit consul , et ensuite celui de Trajan , le consolaiezrt d'avoir été préteur sous Domitiefl. Son style a des teintes plus douces et un (^arme plus attendrissant : on voit qu'il commence à pardonner. C'est là qu'il donne cette leopn si Joëlle et si lïtile à tous ceux qui péuTent êtr;condamné8à viyreaansdes temps malheureux, a L'exemple df Agncola , cËt-il , nous y apprend qd'cm peut étré|;;rand sons on mauvais
» prînce , et que la soamitsion modeste , jointe 9 aux talens et à la fermeté, peut donner une
> autre ^ire (jpe «celle où sont parvenus des
> honunes plus impétueux , qui n*ont cherché 9 qu'une mort illustre et inutile à la patrie. »
Il n y a pas bien long-temps que le mérite sur périeur de Tacke a été senti panni nous. Les modernes ne lui avaient pas rendu d'abord toute la justice que liai rendaient ses contemporains. Des écrivains philosophes ont fait revenir la multitude des préj ugés de quelques rhéteurs outrés dans leurs principes, et d'une foule de pédans scolastiques , qui, ne voulant reconnaître d'autre manière d'écrire que celle de Gicéron, comme si le style des orateurs devait être celui de l'histoire , nous avaient accoutumés dans notre jeunesse à regarder Tacite comme un écrivain du second ordre et d'une latinité suspecte, comme un auteur obscur et affecté. C'est à de pareilles gens qu'il faut citer Justelipse, un des critiques du seizième siècle, que d'ailleurs je n'aurais pas choisi pour garant. Voici ce <ju*il dît en assez mauvais style, mais fort sensànent : « Chaque page, chaque ligne de Tacite, )>.^t un trait de sagesse, un conseil, un axiome. D.Mais il est si rapide et à, concis, qu'il Êtut bien » de la sagacité pour le muvre et pour l'entendre. » Tous les chiens ne sentent pas le gibier, et tous D les lecteurs ne sentent pas Tacite. »
Si qudque chose peut &ire voir comHen , avant
l'invention de l'iniprimerie, toutes les précautions j ossibles étaient peu sûres pour garantir des injures du temps les plus beaux ouvrages de l'esprit hu- Xaain , c'est ce qui est arrivé à ceux de Tacite. Pluiîeurs siècles après lui , un homme de son nom fut élevé au trône des Césars , et , se glorifiant de lui appartenir, quoiqu'on en doutât, il fit transfrire avec le plus grand soin tout ce qui était sorti de la plume de cet inimitable historien , et le fit déposer dans des bibliothèques publiques. Il ordonna de plus que tous les dix ans on en renouvelât les copies. Tous ces soins n'ont pu nous conserver ses écrits, dont la plus grande partie est encore l'objet de nos regrets*
Parmi les historiens de la première classe on peut encore placer Quinte-Curce, quoique inférieur à ceux dont je viens de parler. On ne sait pas bien précisément dans quel temps il a écrit : il est très-vraisemblable que c'était sous Vespasien. Il a renfermé dans un volume assez court la vie l'Alexandre, divisée en dix livres. Freinshemius a suppléé les deux premiers et une partie du dernier. Le style de Quinte-Curce est très-orné et trèsfleuri; mais il convient à son sujet : il écrivait la vie d'un homme extraordinaire. Il excelle dans les descriptions de batailles : sa harangue des Scythes est un morceau fameux. Il a de la noblesse et du feu quand il raconte ; mais lorsqu'il fait parler ses personnages, il laisse trop paraître l'auteur. On l'ac-
HISTORIENS ANGIEIVS, ^3
cuse aussi , et avec raison , de plusieurs erreurs de dates et de géographie , et en tout il est beaucoup juoins exact qu Arrien , qui a servi à le rectifier. Mais je ne sais si Ton est bien fondé à croire qu'il sest permis , dans l'histoire de son héros , beaucoup d embellissemens romanesques. Alexandre , chez les autres historiens qui ont parlé de lui , ne parait pas moins singulier, moins outré en tout que dans Quinte - Curce ; et il y a des hommes dont l'histoire véritable ressemble fort à un roman , seulement parce que ces hommes-là ne ressemblent pas aux autres. Dans ce siècle même , Charles XII l'a suffisamment prouvé. Quinte-Curce ne dissimule et n'a aucun intérêt de dissimuler aucune des fautes ni des mauvaises qualités d'Alexandre. Il dit le bien et le mal , et n a point le ton d'un enthousiaste , ni même d'un panégyriste. Quant à la vérité des faits, si l'on consulte une dissertation de Tite-Iive sur le succès qu'aurait pu avoir Alexandre s'il eût porté ses armes en Italie, on verra que les Romains s'étaient procuré de très- . bons mémoires sur ce prince, lorsqu'ils conquirent la Macédoine. i