SECTION III
Hislorîens de la seconde classe.
Venons aux historiens de la seconde classe, les abréyiateurs et les biographes. Les trois plus distingués dans le premier genre sont : Justin , Florus et Patercule. Je cite Justin le premier , à cause de l'étendue et de l'importance de son ouvrage. H vivait sous les Antonins. Nous avons de lui Tabr^é d'une Histoire universelle de Trogue-Pompée , qui est perdue , et qui, si nous l'avions , nous ap* prendrait comment les anciens concevaient le plan 4'iUie histoire universelle. À n*en jugei qœ par
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cet abrégé , ce n'est pas ce que nous voudrions mi* |ourd'hui. Justin n'est pas un peintre de igoasan » mais c'est un fort bon narrateur. Son style en gp^ néral est sage ,. clair et naturel , sans affectation , sans enflure, et semé de morceaux fort éloquenp. 11 n y faut pas chercher beaucoup de méthode ni '«de chronologie : c'est un tableau rapide des plus ^ands événemens arrivés chez les nations conquérantes y ou qui ont £dt quelque bruit dans le inonde. Plusieurs traits de ce tableau sont d'une grande beauté , et peuvent donner une idée de fcette manière antique , de ce ton de grandeur si naturel aux historiens grecs et romains , et de l'intérêt de style qui anime leurs productions. Citons quelques exemples. H s'agissait de peindre le moment où Alcibiade , long- temps exilé de sa patrie, y rentre enfin après avoir été tour à tour la terreur et l'appui , le vainqueur et le sauveur de ses concitoyens.
<( Les Athéniens se répandent en foule au-de- }> vaut de cette armée triomphante ; ils regar- «1 dent avec admiration tous les guerriers qui la M composent , et surtout Alcibiade. C'est sur lui » que la république a les yeux , que tous les re« M; gards s'attachent avidement : ils le contemplent » conmie un envoyé du ciel , comme le dieu de la », victoire. On se rappelle avec éloge tout ce qu'il >K a fait pour sa patrie , et même ce qu'il a feit II. contre elle. Ils se souviennent de l'avoir offen^^
w et ils excusent ses ressentiniens. Tel a donc été , V disent-ils, l'ascendant de cet homme , quil a » pu lui seul renverser un grand empire et le reî> lever ; que la victoire a toujours passé dans le » parti où il était, et qu'il semble qu'il y ait eu » un accord inviolable entre la fortune et lui. On )» lui prodigue tous les honneurs , même ceux » qu'on ne rend qu'à la Divinité. On veut que la » postérité ne puisse décider s'il y a eu dans son )» bannissement plus d'ignominie que d'éclat dans » son retour. On porte au-devant de lui, pour » orner son triomphe , ces mêmes dieux dont on » avait autrefois appelé la vengeance sur sa tête » dévouée. Athènes voudrait placer dans le ciel » celui à qui elle avait fermé tout asile sur la )» terre. Les ajBfronts sont réparés par les honneurs, » les pertes compensées par les largesses , les im- » précations expiées par les vœux. On ne parle » plus des désastres de Sicile qu'il a causés , mais j» des succès qui l'ont signalé dans la Grèce. On » oublie les vaisseaux qu'il a fait perdre , pour ne I) se souvenir que de ceux qu'il vient de prendre sur » les ennemis. Ce n'est plus Syracuse que l'on cite , » c'est rionie, l'Hellespont. Tan t il était impossible » à ce peuple de se modérer jamais à l'égard d' Al- 9 cibiade, ou dans sa haine ou dans son amour I »
Je citerai encore le portrait de Philippe de Macédoine , et le parallèle de ce prince avec son fils Alexandre.