‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 14 sur 38 · ÉLOGE DE CATINAT · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE CATINAT

Page 247. « Seul il (Catinat) possède cette raison supé- )' rieure , cette inaltérable égalité d'âme , cette philosophie , en » un mot , si étrangère à son siècle. . . » ( Édit. de 1821 . ) « Seul » il possède cette raison supérieure , cette inaltérable égalité » d'ame , cette philosophie de caractère la plus rare de toutes. » (Édit. de 1806.)

Page 25 1. « Vingt ans d'un règne dont rien n'avait égalé » l'éclat , élevaient Louis XIV à ce degré de pouvoir auquel >• on n'ajoute pas sans en abuser. C'est dans ces moments... >> qu'on affectait cette hauteur inflexible qui avertit les faibles » de se réunir, et d'environner la puissanée. >' (Edit. de 1821 .) « Qui avertit les faibles pour contrebalancer la puissance. » (Édit. de 1806.)

Page 265. » Portant (Catinat) dans le métier des armes la » raison d'un philosophe et les sentiments d'un citoyen. » (Édil. de !82i. ) « Portant dans le métier des armes la raison

MM inc.A I IN rs. Ixxilj

.•d'un \r:ii |>hil«)>«>|>lu' «'l lr> Miitiintiil-» d'un vrai rilovrii. » (Édit. di' i8til">. I

Lettre de M ■ /<• iiiarijuis ilc f'illci' — a M. Paiithiiitlic.

Tous ceux qui s'iuléressent , Monsit-ur, à la uiL-nioirr de riiutinue illustre qur la France vieul de perdre , ont vu avec iieiue <|ue le prciiuer luiuuio de \otre Mercure, où sou nom ail été prononcé , contînt une critique dure et ainère de l'une iXc ses traj;édies. A l'âge de soixante-dix ans, M. de Voltaire s'est permis de critiquer Corneille et Racine : cinquante ans de jïloire et vinjrt eliefs-d'(iLMivre lui en donnaient le droit. Votre

rédacteur est sans doute j)lus jeune ; (ju'il jouisse des agréments de son âge , et que , pour juger M. de Voltaire , il attende qu'il ait approché à'Alzirc ou de MaJiomet. .T'aimais M. de Voltaire ; je pleure encore sa mort. S'il a eu des délauts, je les ai oubliés; et la douleur de sa perte ne me permet pas de m'apercevoir si ses ouvrages ont des imperfections.

Votre rédacteur, Monsieur, n'a pas sans doute les mêmes raisons de regretter ce grand homme ; il n'a pas été reçu avec la même bonté dans le château de Ferney ; il n'y a point passé des années entières. M. de Voltaire lui est indifférent, et il ne doit rien à sa mémoire ; mais du moins personne n'est dispensé d'être juste, et votre rédacteur ne l'a point été. « Les défauts de Bajazet ont engagé Voltaire, vers 174^} à traiter dans Zulime un sujet à peu près semblable. Jamais tentative n'a été plus malheureuse . » Cela n'est point exact : j'ai ouï dire que le GustOi^e, qu'un jeune homme a voulu substituer au Ciisttu'e de Piron , avait été plus mal re«;u que Zulime; (jue Plmvamond, Timolcon, avaient eu moins de succès que Zulime. Il y a donc eu des tentatives plus malheureuses? <• // )' a dans le rôle de Zulime (jiielqites fruits île niL^umi ; iiiiiis d'iiillciirs la

JXXIV PIECKS

pièce manque à la fois par V intrigue qui est froide cl embrouillée, et par le style qui n'est pas celui de f^oltaire. »

Il y a plus que quelques traits de passion dans le rôle de Zulime ; le rôle est toujours passionné , sans jamais cesser d'être noble et tendre. Si , dans l'emportement de la passion , Zulime se porte à des actions dont elle éprouve des remords , jamais il ne lui échappe un mot dont elle ait à rougir. Ce n'est point une esclave lâche et cruelle comme Roxane , égalemen t prête à détrôner son bienfaiteur ou à faire étrangler son amant : elle ne calomnie point comme Phèdre ; elle n'abuse point , comme Hermione , du pouvoir qu'elle a sur un de ses amants , pour l'engager à massacrer l'autre au pied des autels. Racine a peint les emportements de l'amour dans des âmes corrompues ; ne blâmons point M. de Voltaire d'avoir voulu les peindre dans une âme vertueuse,

« L'intrigue de Zulime est froide et embrouillée. » Je prie le rédacteur de vouloir bien m'expliquer ce que c'est qu'une intrigue froide , et de me dire ensuite comment il peut se faire qu'il trouve l'intrigue de Zulime embrouillée , et (jue je la suive sans peine , moi qui suis bien loin d'avoir assez d'esprit pour juger M. de Voltaire. << Le style de Zulime n'est pas celui de Voltaire. » J'avais cru jusqu'ici retrouver dans Zulime le style de M. de Voltaire ; mais je m'en rapporte au rédacteur lui-même : qu'il relise Zulime, et qu'il me dise si , dans le cas où il ne saurait j)as que cette pièce fût de M. de Voltaire, il ne trouverait point que, malgré les incorrections, les négligences (]ue l'auteur y a laissées , le style de Zulime a j)lus de ressemblance avec le style à'Atzire ou à' Adélaïde qu'avec le style de TVarwick , par exemple.

.< (Quelle distance de Zulime à Roxane et au vizir Jcomat! » Je ne vois pas trop pourquoi le rédacteur voudrait que la princesse Zulime eût quelque ressemblance avec le vizir Acomat. M. de Voltaire a aussi comparé la tragédie de Zulime à celle de Bajazet.

« Malheureusement la pièce paraît avoir (|uelque rcssem- >) blancc avec liajazct , et pour comble de malheur, elle na

JUSTIFICATIVES. IXXV

<> point d'Acouiiit ; mais ausni t-el Acoinat me puruit l'cHurt de »• l'esprit liiiiiiaiii : je ne vois rien dans raiiliquilé, ni chci les » modernes, i|ui soit de ce cai aetère , et la beauté de la die- » tion le relève encore ; pas un seul vers dur ou faible , |ws un >• mot (pii ne soit le mot propre; jamais de sublime liors d'ieuvre » qui eesse alors d être Mdilime ; jamais dedisserlatioii étrangère " au sujet, toutes les convenances parfaitement observées ; en- » fin , ce rôle me parait d'autant plus admirable, «ju'il se trouve •'dans la seule lrai;édie où l'on pouvait l'introduire , et «pi'il » aurait été déplacé partout ailleurs. ( Préface de Zulime. )

Voilà cuinine un grand tœur sait penser «l'un grand homme.

( Volt. , Discours sur i Lnvie. )

Je désire bien sincèrement que les articles de votre rédacteur méritent quelque jour qu'on en dise autant de lui.

Mais pourquoi Zulime a-t-clle eu peu de suceès?

.«Le rôle de Ramire est très-faible, et la mcdioerité de ce »• rôle se répand sur tout l'ouvrage. » Et qui a porté ce jugement rigour«'ux , mais juste? le seul homme qui eût le droit de juger l'auteur de Zulinic avec sévérité , M. de Voltaire lui-même. Il est fâcheux pour le rédacteur d'avoir trouvé de si mauvaises raisons pour condamner ZuUnie , après que M. de Voltaire en avait si bien vu les défauts, et lés avait si noblement avoués.

M C'est une terrible entreprise de refaire une pi i: ce de Pacine , quand mente Racine n'a pas bienjait. »

M. de Voltaire est-il donc si au-dessous de Racine? Ne peuton pas mettre Malioniet à côté A^ Athalic , Âhire » côté iVfphiffcnic.* Mérope ne peut-elle pas se .soutenir à côté à'Andromaque ?

Tancrèdc, Zaïre, j4dcldidc, ces chefs-d'œuvre de pathétique et de passion ; Brulus, la Mort de César, Home saufcr, l'Orph4:hn de la Chine , ces chefs-d'œuvre de grandeur et de raison n'anraient-ils pas été avoués par Racine ? En v olwervaol «les uégligeuees qu'il eût corrigées, n'y eùt-il pas admiré une foule

IxXVj PIÈCES

de traits (ju'il eût voulu avoir trouvés? M. de Voltaire est dans la position la plus fâcheuse pour être jugé ; mort , il n'est plus à craindre , et il est trop près de nous pour qu'on ne le juge pas avec autant de sévérité que s'il vivait encore : mais je n'ai gai'de de me plaindre du rédacteur. Je lui demande seulement pourquoi , lui, qui parle de Zidime , parce que les comédiens ont joué Bajazet , ne parle pas de Tancrède , puisqu'ils ont aussi joué Tancrède ^ il était plus naturel , ce me semble , de louer Tancrède à propos de Tancrède , que de censurer Zu— lime à propos de Bajazet. Mais je le repète , n'ayant jamais loué M. de Voltaire pendant sa vie , n'ayant point fait profession d'être son admirateur et son ami , le rédacteur ne lui devait aucun ménagement. Il s'est trompé par une excessive délicatesse de goût ; cela est très-pardonnable : aussi n'ai-je garde de le blâmer; je lui souhaite seulement, si jamais il fait une tragédie, de trouver un cinquième acte qui approche du cinquième acte de Zulime. Mais comment, vous, Monsieur, que M. de Voltaire aimait , comment M. de La Harpe qui s'honorait d'être son disciple , avez-vous laissé passer cet arlicle? Vous avez cru tous deux sans doute donner une marque d'impartialité. Il eût mieux valu , selon moi , en donner une de respect pour le génie. Cette injustice envers les grands hommes, quand on a cessé d'en espérer et d'en craindre , est de tous les pays. Pope , que la Dunciade avait rendu si redoutable , l'a éprouvé. A peine eut— il fermé les yeux , que ses admirateurs remplirent l'Angleterre de critiques faites uniquement , disaient-ils , par amour delà justice, de la vérité et du bon goût. Miloi'dChesterfield rapporte , dans ses Lettres , une anecdote assez plaisante à ce sujet. Environ cinq semaines après la mort de Pope, dit-il , je rencontrai dans Peters-Slreet un jeune poète que j'avais vu chez Pope ; il portait un manuscrit sous le bras. Qu'avez-vous là? lui dis-je. — Milord , c'est une critique de quelques ouvrages de Pope , que je vais donner dans le London- Magazine. — Comment! je vous croyais de ses amis ; ne vous ai-je pas vu lui l)aiser la main , et l'appeler votre père? — Gela est vrai , milord ; je le voyais beaucoup , je le louais encore da-

ursiii I» \ 1 1\ i;s. Ixw i(

vnntu^r ; ni.ns il nr m'a ntii laissô par sou (tstiiiiKiit , cl je me pair (l(* mon K-^s , eu \oi)(iaiit aux joiiniauv tlt-s niiiar(|ui'S «■ntit|iifs sur ses ()l:itfrt<. — \ (lUS |>as.s»ii'/. pour uii in^ial. — • l'oiul (lu Idut. I'ti|u' m'a iiutlu «les services à la vi'iilé, rt nuruc il uj'a KuH- ; uiais il a lai>sr cnticvciii' <p»'il lu- lui- «ro>ail pas uu giaïul porlc : ce soûl là île rcs injures cpi'ou m- pardiuiut* point, vi tpii (lisponscnt de toute reconiuiissance. D'ailleui-s, milord , la vrriti' , la justice tloivt'nt passer avant tout. — delà est vrai ; au Banc tlu roi , dans le parlement , dans les discussions qui intéressent le boniieur des hommes , c'est sans d(mto alors un devoir de dire la vérité. Mais dans le Zonr/o/i-.IAr/^'Mzinc , dans l'art important de ran}»er des mots sur des lijjnes égales et parallèles... je crois qu'il vaut mieux manquer au devoir d'éclairer le genre humain sur le bon goiU , que de hlesser ceux de la reconnaissance et de l'amitié. Le poète me quitta, et il y eut un paragraphe contre moi dans le prenn'er journal qu'il imprima contre Pope.

J'ai l'honneur d'être, etc.

ViLLEV,

Paris, ce 9 juillet 1778.

Page 1