‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 29 sur 38 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

Di' l'Epopée lutine.

Les ouvrages de Virgile sont à la portée d'un jilus grand nombre de lecteurs (jue ceuxdMlomère, parce (pi'il est beaucoup plus commun de savoir le latin que le grec. Virgile, en original, a été de bonne heure entre les mains de quiconque a fait des études. Il y a long-temps que l'on est égalenaenl d'accord sur son mérite et sur ses défauts. Je me réserve à parler de ses Eglogues quand il sera question de la poésie pastorale. Ses Géorgiques sont devenues un ouvrage français, et ce poème, le plus parfait qui nous ait été transmis par les anciens, est aussi un des plus beaux morceaux de la poésie moderne. 11 serait superflu de parler de ce qui est connu : je me bornerai donc à quelques observations sur l'Enéide. L'imperfection de ce poëme et la perfection des Géorgiques sont ime preuve de la distance prodigieuse qui reste encore entre le meilleur poëme didactique et cette grande création de l'épopée. Ce qui frappe le plus, en passant de la lecture dllomere à celle de \ irgile, c'est l'espèce de culte que le poète latin a voué au grec.

2 I 2 COURS DE I.IÏTÉRATURE.

Quand on ne nous aurait pas appris que Virgile était adorateur d'Homère, au point qu'on l'appelait r homérique, il suffirait de le lire pour en être convaincu. Il le suit pas à pas; mais on sait que faire passer ainsi dans sa langue les beautés d'une langue étrangère a toujours été regardé comme une des conquêtes du génie; et pour juger si cette conquête est aisée, il n'y a qu'à se rappeler ce que disait Virgile : qu'il était moins difficile de prendre à Hercule sa massue que de dérober un vers à Homère. Il en a pris cependant une quantité considérable; et, quand il le traduit, s'il ne l'égale pas toujours, quelquefois il le surpasse \

* Personne ne reprochera à Virgile d'avoir imité Homère comme il l'a fait ; mais des critiques latins lui ont reproché avec plus de raison d'avoir été le plagiaire de ses compatriotes ; et l'on n'en peut douter en voyant les nombreuses citations de vers qu'il a empruntés , non-seulement d'Ennius , de Pacuvius , d'Âo cius , de Suévius , mais même de ses contemporains les plus illustres , tels que Lucrèce , Catulle , Varius , Furius. Nous n'avons point les poésies de ces deux derniers , mais Varius nous est connu par l'éloge qu'en fait Horace , qui le regarde comme un des génies les plus propres à traiter l'épopée.

Forte epos acer.

Ut nemo , Darius diicit.

Virgile ne pouvait donc pas dire comme fMolière , quand il s'appropriait quelque chose de bon , pris d'un mauvais écrivain : « Je reprends mon bien où je le trouve. » La plupart de ces larcins de Virgile sont des hémistiches ou des vers entiers d'une beaulé remarquable , même ceux qu'il dérobe aux vieux poêles du temps des guerres puniques , et particulièrement à

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