‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 35 sur 140 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

gation des témoins, et dans cette partie delà plaidoirie qu'on appelait altercation, c'est-à-dire, lorsque les deux avocats dialoguaient contradictoirement. Si l'on veut d'ailleurs s'assurer de la mesure parfaite qu'il savait garder, lorsqu'il le fallait, il n'y a qu'à lire l'oraison pour ^Inrena, où il plaidait contre Caton. Il fallait affaiblir l'autorité de ce redoutable censeur, sans blesser la vénération qu'il inspirait; il devait, de plus, garder lui-mên>e la dignité de sa place , puisque alors il était consul. Il prit le parti de jeter sur le rigorisme des principes stoïques de Caton une teinte de ridicule si légère et si douce , qu'il fit rire les auditeurs et les juges , sans que Caton fût en droit de se fâcher.

Il avait d'ailleurs des reparties qui portaient coup; celle, par exemple , qu'il fit à Ilortensius, qui, plaidant pour Verres, dit à propos d'une question que Cicéron faisait à un témoin : Je n'entends pas les énigmes. Je m'en étonne, répliqua Cicéron, vous avez chez vous le sphinx. Remarquez qu'Hortensius avait reçu de Verres un sphinx d'airain , estimé comme un morceau précieux. La réplique , comme on voit , n'était pas un simple jeu de mots.

Je dirai encore , en passant , que ce mot sur une femme qui prétendait n'avoir que trenLe ans, Je le crois, car il y en a vingt que je le lui entends dire; ce mot, qu'on a cité cent fois comme moderne, est de Cicéron.

Quintilien a classé et examiné les trois genres du discours oratoire. Or, tout discours est composé de deux choses, les pensées et les mots. Les pensées dépendent de l'invention et de la disposition des parties, et il en a traité en parlant de tous les moyens que peut employer l'orateur , et de la manière dont il doit les distribuer. Les mots dépendent de l'élocution, et c'est ce dont il reste à s'occuper; car l'orateur a trois devoirs à remplir, d'instruire, de toucher, de plaire. Il instruit par le raisonnement ; il touche par le pathétique ; il plaît par l'élocution.

« C'est, continue Quintilien, de ces trois choses la plus difficile, au jugement même des orateurs. En effet, Antoine , l'aïeul du triumvir, disait qu'il avait vu bien des gens diserts, et pas un homme éloquent. II appelait disert celui qui disait sur un sujet ce qu'il fallait dire; il entendait par éloquent celui qui disait comme il fallait dire. Depuis lui , Cicéron nous a dit aussi que savoir inveoter et disposer est d'un homme de sens , mais que savoir exprimer est d'un orateur. En conséquence , il s'est particulièrement étudié à bien enseigner cette partie de la rhétorique. Le mot même d'éloquence fait assez voir qu'il a raison ; car être éloquent , à proprement parler, n'est autre chose que de pouvoir produire au-dehors toutes ses pensées , toutes ses conceptions , tous ses sentiments , et les comnwniquer aux autres ; et sans cette

faculté , tout ce que nous avons enseigné] usqu'ici devient inutile. Or, si Texpressionne donne pas à la pensée toute la force dont elle est susceplil)le , vous n'aurez rien fait qu'à demi. Voilà donc surtout ce qu'il faut appreudrc, et à quoi l'art est absolument nécessaire ; voilà quel doit être l'objet de nos soins, de nos exercices , de notreimitation; voilà l'étude de toute la vie; voilà ce qui fait qu'un orateur l'emporte sur un autre orateur., et qu'un style est plus parfait qu'un autre : car les écrivains asiatiques et ceux des Romains dont le goût est corrompu n'ont pas toujours péché dans l'invention ou la disposition ; mais les uns, trop enflés, ont manqué de mesure dans la diction ; et les autres , ou secs ou affectés , ont manqué de force dans le style.

« Qu'on n'aille pas en conclure néanmoins qu'il ne faut s'occuper que des mots. Je me hâte d'allerau devant de cet abus que quelques personnes pourraient faire de ce que je viens de dire. Il faut les arrêter tout court , et me déclarer d'abord contre ces gens qui se consument vainement à agencer des paroles sans se mettre en peine des choses , qui sont pourtant les nerfs du discours. Ils cherchent l'élégance , qui est charmante en elle-même , il est vrai ; mais quand elle est naturelle , et non pas quand elle est affectée. »

Qiiintilien se sert ici d'une comparaison dont la justesse est frappante, et très propre à faire comprendre comment une qualité nécessaire pour faire valoir toutes les autres ne produit pourtant rien par elle-même , si elle est seule.

<( INe voyons-nous pas que ces corps robustes , que l'exercice a fortifiés, et qui ont un air de santé , tirent leur beauté des mêmes choses qui font leur force ? Tous leurs membres sont bien attachés , bien proportionnés ; ils n'ont ni trop ni trop peu d'embonpoint ; leur chair est à la fois ferme et vermeille. Mais qu'Us se montrent à nous peints de vermillon et couverts de fard, ils perdront à nos yeux toute la beauté que leurforce leur donnait. Je veux donc que l'on pense aux mots , mais que l'on soit encore plus occupé des choses ; car d'ordinaire les meilleures expressions tiennent à la pensée même ; mais par malheur nousles cherchons , nous les poursuivons , comme si elles voulaient se dérober à nous. jNous ne croyons jamais que ce qu'il faut dire soit si près et comme à notre portée ; nous voulons le faire venir de loin : nous faisons violence à notre génie. C'est cette recherche qui nuit au discours ; caries termes qui plaiseui le plus aux esprits sensés sont simples comme le langage de la vérité : au contraire , ces mots qui ne montrent que la peine qu'on a eue à les trouver n'ont pas la grâce qu'ils affectent , ne laissent rien dans l'esprit , et offusquent la pensée. Cependant Cicéron avait déclaré assez nettement que le plus grand vice qu'un discours puisse avoir, c'est de s'éloigner trop de la manière ordinaire de parler. Mais apparemment Cicéron n'y entendait rien : c'est un barbare en comparaison de nous. Nous n'aimons plus rien de ce que la nature a dicté; nous voulons, non pas des ornements, mais des raffinements , comme si les mots pouvaient avoir quelque beaulé(|uand ils ne conviennent pas aux choses qu'ils veulent exprimer..,. Je conclus qu'il faut avoir un grand soin de

l'élocution , pourvu qu'on sache bien qu'il ne finit rien faire pour l'amour des mots, les mots eux-mêmes n'ayant été inventés que pour les choses. »

SECTION m. — De l'Élcculion et des Figures.

Quintilien distingue trois qualités principales dans l'élocution oratoire , la clarté , la correction , l'ornement. La clarté dépend surfout de la propriété et de l'an-aiii^ement naturel des mots ; la correction résulte de la régularité des constructions; l'ornement naît de l'heureux emploi des figures. Il veut que la diction de l'orateur soit si claire , que la pensée frappe l'esprit , comme la lumière frappe les yeux. Il a raison sans doute, puisque ceux à {|ui l'orateur s'adresse ne peuvent l'entendre trop tôt ni trop bien; mais, quoique en général la première qualité du style soit la clarté , il serait trop rigoureux d'exiger qu'en tout genre d'écrire elle fût toujours portée au même point. Il est des matières abstraites qui ne comportent que le degré de clarté propoi'fionné à l'étendue et à la profondeur des idées , et à l'attention du lecteur ; et ce serait alors une prétention de la paresse, de vouloir que l'écrivain rendit sensible , au premier aperçu , ce qui , pour être entendu , a besoin d'être médité. Un ouvTage tel que le Contrat social ou l'Esprit des Lois ne peut pas se lire comme un ouvrage oratoire. La raison en est simple ; c'est que le pbilosopbe et l'orateur se proposent un but différent : l'un veut surtout vous forcer à réfléchir; l'autre ne doit pas même vous laisser le temps de la réflexion.

Pour ce qui regarde la propriété des termes , Quintilien observe qu'il ne faut pas prendre ce mot dans un sens trop littéral ; car il n'y a point de langue qui ait précisément un mot propre pour chaque idée , et qui ne soit souvent obligée de se servir du même terme pour exprimer des choses différentes, La plus riche est celle qui a le moins besoin de ces sortes d'emprunts , qui sont toujours des preuves d'indigence. Panni nous , par exemple, on se sert du même mot pour dire qu'on aime le jeu et les femmes. Les Grecs avaient au moins un mot particulier pour signifier l'amour d'un sexe pour l'autre, spo;, et cette distinction était juste. Les Latins en avaient un, pietas, qui, en exprimant l'amour des enfants pour leurs parents, caractérisait un sentiment religieux; et cette idée était un précepte de morale.

Quintilien remarque aussi que la propriété des termes est si essentielle au discours, qu'elle est plutôt un devoir qu'im mérite. Je ne sais ce qu'il en était de son temps : on peut croire que , les premières études étant généralement plus soignées, l'babilude de s'énoncer en termes convenables, et d'avoir, en écrivant, l'expression pro-

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pre , n'était pas très rare. Aujourd'hui, si c'est un «levoir, coinuic il le dit, ce devoir est si rarement rempli , qu'on j)eut sans scrupule en faire un mérite. Nous nous sommes tellement accoutumés à croire que tout se devine et que rien ne s'apprend ; il y a si peu de gens qui aient cru devoir étudier leur langue , qu'il ne faut pas s'étonner si , parmi cenx qui écrivent , il en est tant à qui la propriété des termes est une science à peu près étrangère. Il n'y a que nos bons écrivains à qui l'usage du mot propre soit familier. Lorsque nous en serons à la littérature moderne , nous serons peut-être étonnés de l'excès honteux d'ignorance que l'on peut reprocher en ce genre à beaucoup d'auteurs qui ont eu de la réputation , ou qui même en conservent encore. Sans doute il n'y a point d'écrivain qui ne fasse quelques fautes de langage, et celui même qui se mettrait dans la tète de n'en jamais faire, y perdrait beaucoup plus de temps que n'en mérite un si minutieux travail. Mais il y a loin de quelques légères inexactitudes , de quelques négligences , à la multitude des solécismes et des locutions vicieuses que l'on rencontre de tous côtés. Parmi les maux qu'a faits aux lettres ce déluge d'écrits périodiques, qui depuis vingt-cinq ans inonde toute la France , il faut compter cette corruption épidémique du langage, qui en a été une suite nécessaire. Pour peu qu'on réfléchisse un moment, il est aisé de s'en convaincre. Mais je me réserve de développer cette vérité lorsque je traiterai en particulier des journaux , depuis leur naissance jusqu'à nos jours. Avouons-le : ce qu'on lit le plus ce sont les journaux. Ils contiennent , en quelque genre que ce soit, la nouvelle du jour ; et c'est en conséquence la lecture la plus pressée pour le plus grand nombre , et assez souvent la seule. Or, par qui sont faits ces journaux ( je laisse à part les exceptions que chacun fera aussi bien que moi , et je parle en général ) ? Par des hommes qui certainement n'ont choisi ce métier facile et vulgaire que parce qu'ils ne sauraient faire mieux ; par des hommes qui savent fort peu, et qui n'ont ni la volonté ni même le temps d'en apprendre davantage. De plus , comment les lit-on? Aussi légèrement qu'ils sont faits. Chacun y cherche d'un coup d'(pil ce qui lui convient, et personne ne pense à examiner comme ils sont écrits : ce n'est pas là ce dont il s'agit. Qu'arrive-t-il ? Ces feuilles éphémères, rédigées avec une précipitation qui serait dangereuse même pour le talent, à plus forte raison poftr ceux qui n'en ont point , fourmillent de fautes de toute espèce. Il est imposs-ibleà unhomme de lettres d'en lire vingt lignes sans y trouver presque à chaque mot l'ignorance ou le ridicule. Mais ceux qui sont moins instruits s'accoutument à ce

mauvais style, et le portent dans leurs écrits et dans leurs conversations ; car rien n'est si naturellement contagieux que les vices du style et du langage, et nous sommes disposés à imiter, sans y penser, es que nous lisons et ce que nous entendons tous les jours. Ce n'est pas ici le moment de porter jusqu'à la démonstration ce qui est assez prouvé pour quiconque a un peu réfléchi : je m'écarterais trop de mon objet , et celui-là est assez important pour être un jour traité à part. C'est alors qu'on sentira que les gens de lettres ( et toutes les fois queje me sers de ce terme , je n'entends jamais par là que ceux qui méritent ce nom ) , que les gens de lettres ne doivent être taxés ni d'humeur ni d'exagération lorsqu'ils annoncent un si grand mépris pour ces malheureuses rapsodies, devenues l'aliment de la multitude. On verra que ceux (|ui les composent ignorent le plus souvent la valeur des mots dont ils se servent , ne savent pas même construire une phrase, ni dire ce qu'ils veulent dire, prodiguent au hasard des mots techniques qu'ils n'entendent pas, et le style figuré dont ils n'ont pas la première idée. C'est dans les journaux que vous trouverez des combats poUmi^ ques, ce qui signifie des combats combattants. Pourquoi ? C'est que le journaliste ne savait pas que polémique , venant d'un mot grec , -rtôh/xci qui signifie guerre, veut dire au propre ce qui a rapport à la guerre , et par extension , au figuré , ce qui a rapport à la dispute : ainsi l'on dit des écrits polémiques, le genre polémique , une dissertation j)oUmique. Il avait lu tous ces mots-là sans savoir ce qu'ils signifiaient, et il a mis à tout, hasard, des combats polémiques. Ailleurs, vous trouverez qu'il faut voir cette actrice dans un rôle plus conséquent, pour dire dans un rôle plus important. Il faut pardonner aux garçons marchands de la rue Saint-Denis de vous dire , en vous montrant une étoffe. Ceci est plus conséquent; et de croire que conséquent est synonyme de ce qui est de conséquence. Mais n'est-ce pas une ignorance ignominieuse , dans un homme qui écrit , de se méprendre si grossièrement sur un mot si connu ? Quel homme bien élevé ne sait pas que conséquent signifie ce qui est d'accord avec soi-même dans toutes ses parties ? Quam! une proposition est régulièrement déduite d'une autre, elle est conséquente. Un homme est cotiségifeiit lorsque sa conduite est d'accord avec ses principes , quand ses actions sont d'accord avec ses paroles , ses démarches avec ses intérêts ; et , dans le cas contraire, il est inconséquent. Le peuple, qui corrompt toujours le langage , parce qu'il n'en sait pas les principes, a trouvé plus court de dire I con<^équent pour de conséquence; des écrivains

ignorants l'ont répété, et, par une suite de cet esprit (l'imitation dont je parlais tout-à-l'heure , des gens même qui devraient bien parler font tous les jours la même faute.

Outre l'impropriété des termes, Quintilien assigne quelques autres causes de l'obscurité qu'il faut éviter dans le style , comme l'usage fréquent des mots vieillis ou étrangers, ou particuliers à quelque province; l'emJjarras des constructions, la longueur des phrases, qui fait oubliera la fin ce qui a été mis au commencement; la concision affectée et excessive , qui retranche des mots nécessaires en voulant ôter le superflu. Quant à la correction , il recommande fort sagement de ne pas s'en occuper jusqu'au degré de scrupule que nous nommons dans notre langue purisme. Cette sévérité vétilleuse, qui se défend certaines irrégularités que le langage familier a introduites même dans le style soutenu , est un défaut dans l'éloquence , et un ridicule dans la conversation. C'est un travers où tombent quelques provinciaux, qui, voulant faire voir qu'ils parlent bien, montrent seulement qu'ils ne connaissent pas cette aisance et ce naturel d'expression, un des caractères particuliers de la bonne compagnie de la capitale , et (pii est , à proprement parler , l'urbanité du langage, comme elle était autrefois l'atticisme dans Athènes. Quintilien rapporte, à ce propos, que Théophrasie fut reconnu pour étranger par une marchande d'herbes de cette Aille ; et comme on demandait à celle femme à quoi elle s'en était aperçue , c'est , dit-elle, qu'il parle trop bien. Il conclut que la diction de l'orateur doit être telle que les gens éclairés l'approuvent, et que les ignorants l'entendent.

Il vient enfin aux ornements du discours , aux figures , gi-and sujet pour les rhéteurs, mais dont il ne convient de traiter didactiquement que dans un livre fait exprès, et (|ui ne doivent nous fournir ici que quelques obsenations sur leur origine, leur usage, et leur abus. Il ne s'agit pas en effet de recommencer notre rhétorique ; et de plus , il faut l'avouer , c'en est bien la partie la plus frivole. Quand on veut expli(|uer cette nombreuse nomenclature, rien ne ressemble plus à la leçon de M. Jourdain, à qui l'on enseigne gravement de (pielle manière il ouvre la bouche pour faire un O. La catachrèse, et l'hyperbate, et la synecdoche, et l'antonomase , ces monstres des classes , épouvantaildes enfants, sont à peu près comme leurs poupées , qu'ils trouvent creuses en dedans (juand ils les ont déchirées. N'est-on pas bien avance? lors(|u'on sait ((n'en disant l'orateur romain au lieu deCicéron, on fait une antonomase, c'est àdii-e (pi'on met une qualification à la place d'un

nom propre ; que lorsqu'on dit les mortels au lieu des hommes, on fait une synecdoche, parce qu'on prend le plus pour le moins; que lorsqu'on dit une feuille de papier, on fait une catachrèse ou un abus de mots , parce qu'on applique par extension au papier le mot de feuille , ([u'ine convient qu'aux végétaux ! Tous ces noms scientifiques , donnés aux différentes modifications du langage, n'apprennent ni à mieux parler ni à mieux écrire, et ne peuvent occuper avec (pielque utilité que ceux qui veulent faire une analyse métaphysique des ditférents procédés d'une langue, soit que le besoin, ou la commodité , ou l'agrément les ait fait naître , soit que les passions et l'imagination les aient employés pour ajouter à la force de l'expression. Par exemple, si l'on dit une feuille de papier, c'est évidemment par nécessité : le mot propre manquant pour l'objet , l'on a eu recours à ce qui en approchait le plus ; et comme une feuille d'arbre est plate, mince et légère comme du papier, on a dit feuille de papier , quoique le papier n'ait point de feuilles. D'autres figures ont été inventées pour la variété et l'agrément ; et c'est ainsi qu'on a pris la partie pour le tout, le contenant pour le contenu , la cause pour l'effet , le signe pour la chose signifiée, etc. L'imagiuation alors s'est portée sur la partie de l'objet qui l'avait le plus frappée , comme lorsqu'on dit une voile pour un vaisseau , le trône pour l'autorité royale , une excellente plume pour un excellent écrivain. C'est ainsi (pie se sont formés les tropes ou conversions de mots , c'est-à-dire , les figures de diction , par lesquelles un mot est détourné de sa propre signification pour en prendre une autre. Yoilà ce qu'il faudrait dire aux commençants pour les accoutumer à se rendre compte des expressions dont ils se servent , et les familiariser avec les notions primitives de la formation des langues. Mais on s'en lient au mot technique qui les effraie, et qu'ils apprennent sans l'entendre. On leur demande gravement ce (pie c'est qu'une métonymie , ce qui d'abord leur fait une frayeur horrible ; car il faut bien leur pardonner d'être comme Pradon ,

(Jui croyait ces gi-aiuls mots des termes de cliimie.

(Boa.)

Et (juand ils sont parvenus à dire ce que c'est, ils n'en sont guère plus avancés : ils oublient bientôt le mot même , parce qu'on ne leur a pas rendu la chose assez sensible , et qu'elle leur a été présentée sous un appareil pédantesque. Il faudrait , au contraire , lein- dire : N'ayez pas peur ; les mots grecs n'y font rien; il a bien fallu s'en servir, parce (jue notre langue n'a pas de mots combinés, et <pie métonymie est plus court que transposition de nom ; mais d'ailleurs c'est la chose la plus

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