‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 51 sur 140 · ANCIENS. - LITTÉRATURE MÊLÉE · texte numérisé non relu

ANCIENS. - LITTÉRATURE MÊLÉE

l»,(r l'al)us desqualik'scniinentes, telles que celles (|iii domitienl dans Plalon , dans Isocrate, dans 'lluicydide , c'est-à-dire , dans l'un la noblesse et la richesse des idées, dans l'autre l'harmonie et l'éclat du style, dans le dernier la force et la profondeur des pensées. Tout ce qu'il y a ici de vrai, c'est qu'en effet toute perfection est entre deux excès, et que Démoslhènes est habituellement plus près de l'une et plus loin des autres qu'aucun des écrivains grecs. Mais quand il est simple et pur , il l'est comme Lysias ; quand il est grand , il l'est comme Plalon; quand il est fort, il l'est comme Thucydide : et Denys lui - même l'avait senti , puisqu'il dit que Démosthènes a imité ce qu'il y avait de meilleur dans tout ce qui l'avait précédé. Cela est vrai , et n'offre point du tout l'idée d'un (jenre moyen , mais celle d'un excellent esprit qui profite habilement de tous les autres esprits , en se rapprochant de ce qu'ils ont de meilleur , et s'éloignanl de ce qu'ils ont de défectueux.

Dans un autre genre , le moraliste satirique Lucien, quoique né à Samosate en Syrie, et du temps des Antonins, lorscjue les lettres grecques et romaines étaient également déchues , n'en est pas moins regardé comme un écrivain classi(iue pour la pureté et l'élégance de la diction. Je ne voudrais pourtant pas , comme a fait son dernier traducteur, l'appeler le plus bel esprit de la Grèce; c'est exagérer beaucoup le mérite de l'auteur , et m-ème la complaisance d'un traducteur, que de donner à Lucien ce qui pourrait appartenir ù Xénophon ou à Platon. Ses nombreux ouvrages prouvent de l'esprit, de la linesse et de la gaieté caustique ; mais ils roulent presque tous sur un même fonds d'idées et de plaisanteries. Toujours renfermé dans un même cadre, celui du dialogue, il y reproduit toujours les mêmes objets , des dieux et des sophistes : il se moque sans cesse des uns et des autres, et ses satires contre eux ne diffèrent guère que par les titres. C'est un impitoyable censeur tie toute superstition et de toute charlatanerie : mais il est inconséquent dans sa mauvaise humeur j il confond avec les plus vils sophistes ceux mêmes qu'il a loués ailleurs comme de vrais philosophes ; par exemple, Socrate et Aristote. Il met dans leur bouche un langage insensé et furieux , qui n'a jamais été le leur. En un mot , si Lucien a la verve d'un satirique , il a aussi les travers d'un bouffon qui sacrifie tout à l'envie de faire rire ; et s'il offre , dans beaucoup de ses dialogues, de la raison et de la saillie , beaucoup aussi sont dépourvus de sel , et d'autres tout-à-fait insignifiants. Il avait pourtant de l'imagination et même de celle qui invente; car, dans le iijenre de l'allégorie sa-

tiri([ue, des auteurs de mérite ont profité de ses inventions. C'est d'un écrit fort ingénieux, intitulé Histoire véritable, que Swift a emprunté le plan de son Gulliver: et c'est de VAne de Lucien, autre roman non moins joli , qu'Apulée , vers le moyen Age , tira son Ane (/'or , qui ne vaut pas l'original pour cette sorte de merveilleux plaisant, (|uoique bizarre , et moral dans l'intention , (iuoi(|ue extravagant dans les choses , dont il parait que Lucien a eu la première idée.

Dans l'histoire des arts et de leurs monuments, l'antiquité grecque peut opposer Pausanias à ce <]ue les modernes ont de meilleur. Il écrivait vers le même temps que Lucien ; et tandis que celuici ridiculisait les fables du paganisne , Pausanias décrivait les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture, qui n'avaient i«is peu contribué à rendre ces fictions vénérables. Son style est précis et plein ; et, son livre à la main , on voyage dans l'ancienne Grèce : il semble vous la montrer tout entière. Mais en ce genre l'imagination est si impuissante pour suppléer les eens, que ceux qui n'ont vu que les débris semés dans la (jrèce moderne ont une bien plus grande idée de ce qu'elle était que ceux qui ne la connaissent que par les descriptions de Pausanias.

Sur ce que les anciens , et Cicéron en particulier , ont dit du savoir de Varron et de son grand ouvrage des Antiquités romaines, qui ne nous est pas parvenu , il avait fait à peu près pour Rome ce (ju'avait fait Pausanias pour la Grèce. C'était un homme d'une érudition immense, mais dont on a loué le jugement et les connaissances beaucoup plus que le style et le talent. Il ne nous en reste qu'un Traité sur la langue latine , qui n'a pas peu servi à éclairer les philologues modernes , et un autre sur l'agriculture , beaucoup moins estime pour la diction que celui de Columelle. Vitruve a non seulement le mérite de l'élégance dans ce qu'il nous a laissé sur l'architecture , mais il pense et s'exprime siu* les arts en homme qui en a senti la dignité, et qui a réfléchi sur les principes du beau en tout genre. Enfin , les recueils historiques et polygraphiques d'jElien, d'Athénée, de Diogène Laërce, de Valère Maxime, d'Aulu-Gelle, de Macrobe, etc., assez semblables à nos ana , offrent à la curiosité qui ne veut que s'amuser quantité de faits et d'anecdotes, et à celle qui veut s'instruire différentes sortes de recherches dont on peut extraire l'essentiel en écartant le frivole et le minutieux. Mais c'est là que je dois borner cette espèce de nomenclature critique , qui ne pourrait s'étendre plus loin sans sortir de notre plan, et passer à ce <iui doit y être étranger.

FIN DE LA PREMIERJi PARTIE DU TOME PREMIER.

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