‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 68 sur 140 · CHAPITRE III. — Racine · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — Racine

SECTION PREMIERE. — Les Fi'èies ennemis, Alexandre, Andromaque.

« Ce serait sans doute un homme très esfraordinaire que celui qui aurait conçu tout l'art de Ja tragédie telle qu'elle parut dans les beaux jours d'Athènes, et qui en aurait tracé à la fois le premier plan et le premier modèle. Mais de si beaux efforts ne sont pas donnés à l'humanité; elle n'a pas de conceptions si vastes.

« Il n'exLste aucun art qui n'ait été développé par degrés, et tous ne se sont perrectionnés qu'avec le temps. Un homme a ajouté aux travaux d'un hoinuie , un siècle a ajouté aux lumières d'un siècle , et c'est ainsi qu'en réunissant et perpétuant leurs efforts , les générations , qui se reproduisent sans cesse , ont balancé la fjnhlcssc Ce notre nature, et que l'homme, qui n'a qu'un mouunî d'exiïlence , a prolonge dans l'étendue des siècles la (■h;!ine de ses connaissances et de ses travaux qui doit atteindre aux bornes delà durée.

a L'invention du dialogue a sans doute été le premier

pas de l'art dramatique. Celui qui imagina d'y joindre uue action fit un second pas l)ien important. Cette action se modifia de différentes manières, devint plus on moins attachante , plus ou moins vraisemblable. La musique et la danse vinrent embell'r cette imitation. tOn connut lilluiion de l'optique et la pompe théâtrale. Le premier qui , de la combinaison de tous ces arts réunis, fit sortir de grands effets et des beautés pathétiques , mérita dctre appelé le père de la tragédie. Ce nom était dû à Eschyle : mais Eschyle apprit à Euripide et à Sophocle à le surpasser, et l'art fut porté à sa perfection dans la Grèce. Cette perfection était pourtant relative , et en quelque sorte nationale. En effet , s'il y a dans les tragi(|ues anciens des beautés de tous les temps et de tous les lieux, il n'en est pas moins vrai qu'une bonne tragédie grecque , fidèlement transportée sur notre théâtre, ne suffirait pas à faire une bonne tragédie française: et si l'on peut citer quelque exception à ce principe général , cette excepiion même prouverait du moins que cinq actes des Grecs ne peuvent nous en donner que trois. ISous avons ordinairement à fournir une tâche plus longue et plus pénible. Melpomène, chez les anciens , paraissait sur la scène entourée des attributs de Terpsichore et de Polymnie. Chez nous , elle est seule et sans autre secours que son art, sans autres appuis que la terreur et la pitié. Les chants et la grande poésie des chœurs relevaient l'extrême simplicité des sujets grecs, et ne laissaient apercevoir aucun vide dans la représentation. Ici , pour remplir la carrière de cinq actes, il nous faut mettre en œuvre les ressorts d'une intrigue toujours attachante, et les mouvements d'une éloquence toujours plus ou moins passionnée. L'harmonie des vers grecs enchantait les oreifies avides et sensibles d'un peuple poète ; ici le mérite de la diction, si important à la lecture, si décisif pour la réputation, ne peut , sur la scène, ni excuser les fautes, ni remplir les vides, ni suppléer à l'intérêt , devant une assemblée d'hommes qui tous ont un égal besoin d'émotion , mais qni ne sont pas tous , à beaucoup près , également juges du styie. Enfin , chez les Athéniens , les spectacles donnés eu certains temps de l'a^iuée étaient des fêtes religieuses et magnifiques, où se signalait la brillante rivalité de tous les arts , et où les sens , séduits de toutes les manières, rendaient l'esprit des juges moins sévère et moins exigeant. Ici la satiété, qui nait d'une jouissance de tous les jours, doit ajouter beaucoup à la sévérité du spectateur: lui donner un besoin plus impérieux d émotions fortes et nouvelles. Et de toutes ces considérations on peut conclure que l'art des Corneille et des Racine devait être plus étendu , plus varié, plus difficile que celui des Euripide et des Sophocle.

« Ces derniers avaient encore un avantage que n'on! pas eu parmi nous leurs imitateurs et leurs rivaux : ils offraient à leurs concitoyens les grands événements de leur histoire, les triomphes de leurs héros , les malheurs de leurs ennemis , les iiifortmies de leui s ancêtre.' , les crimes et les vengeances de leurs dieux; ils réveillaient des idées imposantes, des souvenirs touchants 0!i flatteurs , et parlaient à la fois i\ l'honinie et au citoyen.

« La tragédie, soumise comme tout le reste au ciiractère patrioliquc, fut donc chez les Grecs leur reli-

SIÈCLE DE LOUIS XIV. - POÉSIE

gion et leur histoire en action et en spectacle. Corneille, dominé par son {ïénic , et n'empruntant aux anciens que les premières règles de Fart, sans prendre leur manière pour modèle, fit de la tragédie une école d'héroïsme et de vertu. Mais combien il y avait encore à faire 1 combien l'art dramatique, qui doit être le résultat de tant de mérites différents, était loin de les réunir", combien y avait-il encore; je ne dis pas seulement à perfectionner, mais à créer 1 car l'assemblapie de tant de beautés neuves et tragiques qui étincelèrent dans le premier chef-d'œuvre de Racine, dans Andromaque, n'est-il pas uue véritable création ? C'est à partir de ce point que Racine , plus profond dans la connaissance de l'art que personne ne l'avait encore été , s'ouvrit une route nouvelle ; et la tragédie fut alors l'histoire des passions et le tableau du cœur humain. » Éloge de Racine.

Mais il ne faut pas dédaigner de jeter un coup d*œil sur les essais de sa première jeunesse. Nous y reconnaîtrons, au milieu de tous les défauts qui dominaient encore sur la scène, le germe d'un grand talent poétique; et Racine s'y annonce déjà par un des mérites qui lui sont propres, celui de la versification. Il n'avait pas ving-cinq ans lorsqu'il donna les Frères ennemis, commencés long-temps auparavant, sujet traité sur tous les théâtres anciens , et qui ne pouvait guère réussir sur le nôtre. Ni l'un ni l'autre des deux frères ne peut inspirer d'intérêt j tous deux sont à peu près également coupables, également odieux : l'un est un usurpateur du trône, et l'autre est l'ennemi de sa patrie. Leur mère ne peut montrer qii'une douleur impuissante; et des intrigues d'amour ne peuvent se mêler convenablement au milieu des horreurs de la ra(^de Laïus. Tel est le vice du sujet , et la fable de la pièce ne valait pas mieux. La manière du jeune poète est fidèlement calquée sur les défauts de Corneille. Rien ne prouve mieux que le talent commence presque toujours par l'imitation. C'est en même temps un hommage qu'il rend à ses maîtres, et un écueil où il peut échouer , si le modèle n'est pas parfait; car il est de l'inexpérience et de la faiblesse de cet âge de] s'approprier d'abord ce qu'il y a de plus aisé à imiter , c'est-àdire les fautes. Ainsi l'on voit dans les Frères ennemis un Créon, qui, dans le temps même où il n'est occupé qu'à brouiller ses deux neveux, et à les perdre l'un par l'autre pour leur succéder, est bien tranquillement et bien froidement amoureux de la princesse Antigone comme Maxime l'est d'Emilie, et rival de son fils, Hémon , qu'il sait bien être l'amant préféré. Il finit par faire à cette Antigone , qui le hait et le méprise ouvertement, une proposition tout au' moins aussi déplacée et aussi déraisonnable que celle de Maxime à Emilie. Lorsque Etéocleet Polynice sont tués, que leur mère,

TOMF. I".

Jocaste, s'est donné la mort, qu'Hémon et Menécée, les deux fils de Créon , viennent de périr à la vue des deux armées ,' Créon , qui est resté tout seul , n'imagine rien de mieux que de proposer à Antigone de l'épouser. On sent qu'une pareille scène , dans un cinquième acte rempli de meurtres et de crimes , suffirait pour faire tomber une pièce. Antigone ne lui répond qu'en le quittant pour aller se tuer comme les autres personnages de la tragédie. Créon n'a pas le courage d'en faire autant , apparemment pour qu'il soit dit cjue tout le monde ne meurt pas; mais il jette de grands cris, finit par dire qu'ii va chercher du repos mtx enfers.

On retrouve aussi dans les Frères ennemis ces longs monologues sans nécessité , qu'il était d'usage de donner aux acteurs et aux actrices comme les morceaux les plus propres à les faire briller , et jusqu'à des stances dans le goût de celles de Pohjeiicte et d'i/éraclius , espèce de hors-d'œuvre qui est depuis long-temps banni de la scène, où il formait une disparate choquante , en mettant trop évidemment le poète à la place du personnage. On y retrouve les déclamations , les maximes gratuitement odieuses, et même les raisonnements alambiqués, à la place du sentiment; défauts où Racine n'est jamais tombé depuis. Jocaste parle à ses deux fils à peu près comme Sabine dans les Horaces parle à son époux et à son beau-frère ; elle veut leur prouver en forme qu'ils doivent la tuer. Et remarquons , en passant , combien il y a quelquefois peu d'intervalle entre le faux et le vrai. Que Jocaste , au désespoir de ne pouvoir fléchir ses deux fils , leur dise qu'il faudra qu'ils lui percent le sein avant de combattre, qu'elle se jettera entre leurs épées, ce langage est convenable; mais qu'elle dise ,

Je suis de tous les deux la commune ennemie ,

Puisque votre ennemi reçut de moi la vie :

Cet ennemi sans moi ne verrait pas le jour ;

S'il meurt , ne faut-il pas que je meure à mon tour?

N'en doutez point, sa mort me doit être commune :

Il faut en donner deux , ou n'en donner pas une ;

ces subtilités sont beaucoup trop ingénieuses. Ce n'est pas le langage de la douleur ; elle n'a pas assez d'esprit pour faire de pareils sophismes : cet esprit paraissait alors quelque chose de brillant; mais il ne faut qu'im moment de réflexion pour sentir combien il est faux.

Les Frères ennemis eurent pourtant quelque succès , et ce coup d'essai n'est pas sans beautés. La haine des deux frères est peinte avec énergie , et la scène de l'entrevue est très bien traitée. Le poète a eu l'art de nuancer deux cai-actères dominés par un même sentiment ; et ce mérite seul suffisait pour annoncer le talent dramatique que

le jutlicieiix Molière aperçut et encouragea dans le premier ouvrage de Racine. Polynice a plus de noblesse et de fierté, Etéocle plus de férocité et de fureur. Quand Jocaste représente à Polynice qu'Éléocle s'est fait aimer du peuple depuis qu'il règne dans Tbèlîes , le prince répond :

C'est un tjTan qu'on aime;

Qui par cent lâchetés tâche à se maintenir

An rang où par la force il a su parvenir;

Et son orgueil le rend , par un effet contraire ,

Esclave de son peuple et tyran de son frère.

Pom- commander tout seul , il veut bien obéir,

Et se fait mépriser pour me faire haïr.

Ce n'est pas sans sujet qu'on me préfère un traître;

Le peuple aime im esclave , et craint d'avoir un maître.

Mais je croirais trahir la majesté des rois,

Si je faisais le peuple arbitre de mes di'oits. Ces vers, d'une tournure ferme et d'un grand sens , ressemblent aux bons vers de Corneille , et font voir que son jeune rival savait déjà imiter quelques unes de ses beautés.

D'un autre côté , Etéocle trace avec force cette aversion réciproque qui a toujours régné entre son frère et lui. Il n'était pas aisé d'exprimer noblement cette tradition de la fable qu'Etéocle et Polynice se battaient ensemble dans le sein de leur mère. Le poète y réussit , et tout ce morceau , à quelques fautes près , est d'un style tragique.

Je ne sais si mon coeur s'apaisera jamais : ,

Ce n'est pas son orgueil , c'est lui seul que je hais.

Nous avons l'un et l'autre ime haine obstinée :

Elle n'est pas, Créon, l'ouvrage d'une année;

Elle est née avec nous, et sa noire fureur,

Aussitôt que la vie entra dans notre cœur.

Nous étions ennemis dès la plus tendre enfance ;

Que dis-je ? nous l'étions avant notre naissance.

Ti-iste et fatal effet d' un sang incestueux !

Pendant qu'un même sein nous renfermait tous deux ,

Dans les flancs de ma mère une guerre intestine

De nos divisions lui marqua l'origine.

Elles ont , tu le sais , pani dans le berceau ,

Et nous suivront peut-être encor dans le tombeau.

On dirait que le ciel , par un arrêt funeste ,

Voulut de nos parents punir ahisi l'inceste ,

Et que dans notre sang il voulut mettre au jour

Tout ce qu'ont de plus noir et la haine et l'amour.

Et maintenant , Créon , que j'attends sa venue .

Ne crois pas que pour lui ma haine diminue :

Plus il approche, et plus il me semble odieux;

Et sans doute il faudra qu "elle éclate à ses yeux.

J'aurais même regret qu'il me quittât l'empire : Il faut , il faut qu'il fuie , et non qu'il se retire.

Je ne veux point, Créon , le haïr à moitié.

Et je crains son courroux moins que son amitié.

Je veux , jiouv dtmner cours à mon ardente haine,

Que sa fureur au moins autorise la mienne ;

Et puisque enfin mon caur ne saurait se trahir.

Je veux qu'il me déteste, afin de le haïr.

Et un moment après , lorsqu'on lui annonce que son frère aj)procbe , il s'écrie :

Qu'on liait un ennemi (piand il est près de nous! La description de leur combat, malgré quelques vers de jeune bomme, est en général bien écrite et digne du stijel.

Mais le talent de l'auteur pour la versification se développe bien davantage dans Alexandre. C'est la première de nos pièces qui ait été écrite avec cette élégance qui consiste dans la propriété des termes dans la noblesse de l'expression , dans le nombre et la cadence du vers. Ce mérite, que l'auteur porta depuis infiniment plus loin, et le caractère de Porus , marquaient déjà un progrès dans sa composition ; et la pièce eut beaucoup de succès. Mais elle manque de cet intérêt qui soutient seul les pièces de théâtre , quand on n'y supplée pas par des beautés d'un autre genre , assez supérieures pour en tenir lieu , comme on en voit des exemples dans quelques uues des pièces de Corneille. L'esprit d'imitation est ici encore plus marqué que dans les Frètes ennemis. Alexandre est aussi froidement amoureux d'une reine des Indes que César de celle d'Egypte. L'amitié sans doute aveuglait Despréaux , quand il met dans la bouche d'un campagnard ces vers en forme de reproche, et dont il veut faire une louange :

Je ne sais pas pourquoi l'on vante l'Alexandre : Ce n'est qu'un glorieux qui ne dit rien de tendre.

Il n'est pas fort tendre en effet ; mais il est assez galant pour dire à sa maîtresse :

Je vous avais promis que l'effort de mon bras

M'approcherait bientôt de vos divins appas ;

Mais , dans ce même temps , souvenez-vous , madame ,

Que vous me promettiez quelque place en votre ame.

Je suis venu : l'amour a combattu pour moi ;

La victoire elle-même a dégagé ma foi.

Tout cède autour de vous ; c'est à vous de vous rendre :

Votre cœur l'a promis; voudra-t-il s'en défendre?....

Et un moment après : *

Que vous connaissez mal les violents désirs D'un amour qui vers vous porte tous mes soupirs! J'avouerai qu'autrefois , au milieu d'une armée, Mon cœur ne soupu-ait que pour la renommée.

Mais hélas! que vos yeux, ces aimables tyrans,

Ont produit sur mon cœur des effets différents!

Ce grand nom de vainqueur n'est plus ce qu'il souhaite;

Il vient avec plaisir avouer sa défaite.

Boileau aurait bien pu placer parmi ses héros de roman un Alexandre qui soupire pour ri'aimabks tyrans, et qui vient avouer sa défaite. Il y a des hommes qu'il ne fauljauïais faire sowpjcer sur la scène, et Alexandre est de ces hommes-là. Mais pardonnons à Racine : l'exemple l'entraînait. Il était bien jeune , et depuis il sut faire parler à l'amour un langage bien différent.

Un autre défont essentiel de cette pièce , c'est le manque d'action. Ponts est vaincu dès le commencement du troisième acte , et pourtant il reste sur le champ de bataille, jusqu'au cinquième, à disputer une victoire qu'Alexandre lui-même a déjà déclarée certaine; et , dans ce long intervalle,

SIÈCLE DE LOUIS

Alexandrene s'occupeqii'à mettre d'accord Axiane et Taxile, dont personne ne se soucie : ton l se passe en conversations inutiles. Mais celle du deuxième acte , entre Porus et Epliestion , offre du moins des beautés de détail. Epliestion veut lui parler des exploits de son maître :

Eli ! que pourrais-je apprendre Qni m'abaisse si fort au-dessous d'Alexandre ? Serait-ce sans elTort les Persans subjugués , Et vos bras tant de fois de meurtres fatigués? Quelle gloire , en effet , d'accal)ler la faiblesse D'un roi déjà vaincu par sa propre mollesse ; D'un peuple sans vigueur et presque inanimé , Qui gémissait sous l'or dont il était armé , Et qui , tomliant en foule . au lieu de se défendre , N'opposait que des morts au grand cœur d'Alexandre? Les autres, éblouis de ses moindres exploits. Sont venus à genoux lui demander des lois ; Et, leur crainte écoutant je ne sais quels oracles. Ils n'ont pas cru qu'im dieu pût trouver des obstacles. Mais nous , qui d'un autre œil jugeons les conquérants , Nous savons que les dieux ne sont pas des tyrans ; Et, de quelque façon qu'un esclave le nomme. Le fils de Jupiter passe ici pour un homme. Nous n'allons point de fleurs parfumer son chemin ; Il nous trouve partout lés armes à la main : Il voit à chatpie pas arrêter ses conquêtes ; Un seul rocher ici lui coûte plus de têtes , Plus de soins, plus d'assauts, et presque plus de temps. Que n'en coûte à son bras l'empire des Persans. Ennemis du repos qui perdit ces infâmes , L'or qui nait sous nos pas ne corrompt point nos âmes : La gloire est le seul bien (pii nous puisse tenter. Et le seul que mon cœur cherche à lui disputer.

Ces vers ont la vigueiu" et la dignité du genre. Je me souviens d'en avoir vu citer de préférence quatre autres, qui sont peut-être plus brillants, mais qui ne me semblent pas d'un style aussi sain.

Oui, je consens qu'au ciel on élève Alexandre ; Mais, si je puis, seigneur, je l'en ferai descendre; Et j'irai l'attaquer jusque sur les autels Que lui dresse en tiemblant le reste des mortels.

Je ne doute pas que ces vers ne fussent applaudis par le parterre ; mais je crois qu'ils le seront moins par les connaisseurs. Il y a de l'emphase et de l'affectation dans ces vers ; et la véritable grandeur n'en a point : clerer au ciel Alexandre pour l'en faire descendre a un air de jactance qui sent trop le jeune versificateiu'. Il ne doit rien y avoir dans le style 'ragique qui ressemble le moins du monde à la reclierclie. Ce sont là de ces vers qu'on fait à vingt ans , mais qu'on effacera à trente; et , depuis Andromaque ^ jamais Racine n'en a fait dans ce goût. Aujourd'iiui (ju'on est en général si éloigné des vrais principes du style , bien des gens seront peut-être surpris de ce jugement sur des vers dont beaucoup d'auteurs se glorifieraient; mais c'est en lisant les modèles qu'a donnés Racine qu'on apprend à être si sévère.

Le premier de ces modèles fut Andro^naque.

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