AGAME.M^O
Vous le saurez. Vous y serez près du lavoir.
IPHIGÉME.
Chanterons-nous des hymnes autour de l'autel?
AGAMEMiVOiV.
Plus heureuse que moi , vous ignorez ce que je sais. Il s'attendrit encore sur elle , puis il la renvoie retrouver ses compagnes , et reste avec Clytemnestre , qui s'étonne de sa douleur. Il s'en excusi: sur le chagrin de se séparer de sa fille en la mariant. Je ne sais si j'ai raison, mais il me semble qu'après une scène si douloureuse , il valait mieux faire sortir Agamemnon , qui dans cet instant ne doit guère avoir la force de tromper. Racine termine la scène , et éloigne le père , quand il a dit le mot terrible f^ous y serez; et je crois qu'en cela il a connu la mesure exacte des forces de la nature et de l'effet théâtral.
Il y a une autre scène où il est évidemment supérieur , en conséquence du plan qu'il a suivi ; celle où Arcas vient révéler le fatal secret d'Agamemnon. Dans Euripide , cette nouvelle foudroyante n'est apportée que devant Clytemnestre et Achille : dans Racine , c'est devant Clytemnesre, Achille, Iphigénie, Éripliiîej c'est au moment d'aller à l'autel que se prononcent ces mots : Il l'attend à l'autel pour la sacrifier.
Quel coup de théâtre ! et quelle foule d'impressions il produit à la fois sur une mère, sur sa fille, sur un amant, sur une rivale! Combien de cris divers s'élèvent en même temps! Lui! sa fille l mon père l Et la joie cruelle d'Eriphile , qui dit à
' Nous croyons surtout i,u'il y a ici tpielque réminisceiioe d'un ouvrage que Racine avait beaucoup lu, quand il était à Port-Royal. Dans Héliodore , Ilydaspe , roi d'Ethiopie , demande à Cliariclée, sa fille , qu'il ne connaît pas encore , et qui va être immolée, où sont ses parents. Chariclée lui répond : Ils sont ici, et ils assisteront ait, sacrifice. {Amours de Théagène et de Chariclée , liv. XI.) On sait que Racine , dans sa jeunesse, avait fait une tragédie de Théagène et Chariclée, d'après le roman d'Héliodore.
mo
COÙHS DE LîTTEriATUUE.
part , 0 ciel! quelle nouvelle! forme le contraste de ce tableau de désolation. Voltaire cite ce coup de théâtre comme le plus l)eau qu'il connaisse, et Jphicjéiiie comme la tragédie la plus parfaite qui existe. Il s'écrie , après avoir relevé l'excellence de cet ouvrage :
« O vcrital)le trngédie 1 beauté de tous les temps et de tous les lieux ! IMalheur aux barbares qui ue seuliraient pas jusqu'au fond duca^ur ce prodigieux mérite 1 »
Ce ne sont pas toujours les juges les plus éclairés qui sont les plus difficiles; ils se contentent de voir les ftiutes où il y en a. D'autres en cherchent où il n'y en a point. Le commentateur de Pvacine a fait sur Iphigrnie plusieurs criti(pies qui n'ont aucun fondement. Il commence ainsi l'examen de cette pièce :
« Le principal reproche qu'on ait fait à R acine est de n'avoir point raoli\é la colère des dieux. On a prétendu avec justice (ju'au père ne peut pas, sans les raisons les plus puissantes, se déterminer à immoler sa fille. Le plan que Racine sY'tail tracé rendit sa faute nécessaire. Son dessein éiant de faire tomber sur Éripbile l'explication de l'oracle, il aurait été injuste de faire supporter à cette princesse la peine d'un crime commis par Agamemnon. »
Tout cela n'est qu'un tissu d'assertions fausses et de raisonnements contradictoires. D'abord il n'est pas vrai que Racine ait été obligé de motiver la colère des dieux. Rien n'est plus fréquent dans l'ancienne mythologie que des oracles dont le motif n'est point expliqué. Les oracles n'étaient le plus souvent que les arrêts d'une fatalité invincible , de ce destin qui , selon les idées dans l'antiquité païenne , commandait aux dieux comme aux mortels. Et comment, par exemple , justifier l'oracle qui condamnait Œdipe à être le mari de sa mère et le meurtrier de son père? Œdipe est le plus honnête homme du monde, et pourtant telle est sa destinée. De plus , le sacrifice d'une victime exigée pour le salut de tous n'est pas une chose rare, ni dans la fable , ni même dans l'histoire. Le dévouement de Cedrus, roi d'Athènes, fut la suite d'mi oracle (pii déclai'ait que l'armée dont le chef périrait serait victorieuse. Dans l'histoire romaine, le dévouement des deux frères Décius n'eut pas d'autre cause que la persuasion où l'on était (jue ces sortes de sacrifices étaient agréables aux dieux. Il n'est donc point du tout extraordinaire que les dieux disent aux Grecs, par la bouche de Chalcas:
Pour oMenir les vents que le ciel vous dénie , Saoritiez Ipliisénie.
Et comme , en écoutant la pièce, nous devons noiis mettre à la place des Grecs, nous ne devons pas
plus qu'eux demander compte aux dieux de leurs volontés.
Mais quand ces principes ne seraient pas aussi reconnus qu'ils le sont par tous ceux qui ont étudié l'antiquité , Racine n'en serait pas plus répréhensible ; et il est bien étonnant que le critique lui-même , qui en fournit la raison , n'en ait pas vu la conséquence. En effet , dans le plan de Racine, ce n'est pas Iphigénie qui périt, c'est Eriphile ; et l'on doit avouer qu'elle mérite son sort. Donc, puisque ce n'est pas Iphigénie fille d'Agameinnon qui est sacrifiée, il n'était miUement nécessaire, il eut mènje été très déraisonnable qii'Iphigénie ou Agamenmon eussent été coupables de quelque crime. Où est donc l'imperfection causée par le rôle d'Ériphile ? Ou il n'y a plus de logique au monde, ou ce même rôle d'Eriphile ôterait l'imperfection, si elle pouvait exister.
Le critique nous apprend qu'un père ne peut pas, sans les plus puissantes raisons, se déterminer à immoler sa fille. Personne ne le lui contestera. Mais si jamais on eut de puissantes raisons pour ce sacrifice, c'est (piand un oracle des dieux, rendu au général des Grecs , a mis à ce prix une vengeance pour laquelle toute la Grèce est en armes. Je crois que , si l'on demandait au censeur de meilleures raisons , il serait embarrassé de les trouver.
Les critiquesque je viens de réfuter n'ont d'autre défaut que d'être mal raisonnées : en voici de bien plus extraordinaires ; elles portent sur des suppositions absolument fausses , et font dire à Racine , ou ce qu'il n'a pas dit , ou le contraire de ce qu'il a dit. Rien n'est plus commun, il est vrai que cette espèce de mensonge dans les écrivains à la journée ou à la semaine , à qui la haine (\,n talent et le sentiment de leur bassesse ont fait perdre toute pudeur; mais cette animosité ne peut pas exister contre les morts : il faut donc croire que le commentateur n'a pas entendu Racine. On va voir s'il était possible de ne pas l'entendre.
Agamemnon, après avoir rapporté, dans l'exposition , l'oracle funeste prononcé par Calchas , continue ainsi :
Surpris , comme tu peux penser.
.le sentis dans mon corps tout mon sang se glacer ;
Je demeurai sans voix , et n'en repris l'usage
Que par mille sanglots qui se firent passage.
Je condamnai les dieux , et , sans plus rien ouir.
Fis vcru sur leurs autels de leur th'sobéir.
Sur quoi voici la note du commentateur : « Racine n'a pas réfléchi qu'il rendait A^i^amemnon
plus odieux en lui ùtantle baudeau delà superstition, et
qu'il y a une espèce de démence et de fureur à immoler
sa fille à un oracle auquel il ne croit pas. » Les termes manquent pour exprimer J'étonne-
SIÈCLE DE 1.01}S XIV. - POÉSIE
bO
ttient où l'on doit être d'une pareille observation. Si llaeine avait été capable d'une faute si grossièrement absurde , et que le dernier des auteurs ne commettrait pas, son ouvrage ne serait pas supportable. Mais où donc le commentateur a-t-il pu voir dans les vers cités qu'Agamemnon ne croit pas à l'oracle ? Est - ce parce qu'il condamne les dieux, et qu'il fait x(xu de leur désobéir? Mais, s'il les condamne , ce ne peut être que de lui ordonner une cruauté : il croit donc qu'ils l'ont ordonnée. i$"i? fait vœu de leur désobéir, il croit donc (ju'ils ont parlé. Ce premier transport de la nature qui se révolte, loin de tenir en rien à la moindre apparence d'incrédulité , prouve au contraire la conviction la plus complète. S'il ne croyait pas à l'oracle, il s'en moquerait et serait tranquille. On ne saurait concevoir ce qui a pu induire le critique dans une bévue si étrange. Quand ces vers ne seraient pas clairs comme le jour , tous ceux qui suivent auraient dîi le détromper :
Pour comble de malheur, les dieux, toutes les nuits, Dès qu'un léger sommeil suspendait mes ennuis. Vengeant de leurs autels le sanglant privilège , Me venaient reprocher ma pitié sacrilège , Et, présentant la foudre à mon esprit confus. Le hras déjà levé, menaçaient mes refus.
Est-ce là le langage d'un homme qui ne croit pas aux oracles?
Le conmientateur dit ailleurs :
« La gloire ne devait pas balancer dans son cœur les sentiments de la nature. Il ne devait pas convenir ouvertement que l'ambilion était l'unique mobile de sa conduite. »
Cet exposé est infidèle. C'est après beaucoup d'autres motifs très puissants qu'Agamemnon avoue (jue l'intérêt de son rang y entre aussi pour quel- (|ue chose. Mais peut -on dire que cet intérêt soit son un iqHf- mobile? Quoi l la vengeance des dieux qui le menace, le soulèvement de l'armée qu'il doit craindre , la honte de trahir l'intérêt de toute la Grèce, à laquelle il commande, ne sont-ce pas là des motifs du plus grand poids ? Ne sont-ce pas ceux qui sont énoncés dans vingt endroits de la pièce? Il ne se présentait qu'un moyen apparent d'échapper à l'oracle : c'était d'abdiquer sa dignité et de se retirer chez lui. IMais ce parti même était honteux, dans les idées patriotiques des Grecs, et, de plus , n'était pas sûr. Il était à craindre que les Grecs, avertis par Calchas , ne réclamassent, et ne poursuivissent leur victime ; et Ulysse le lui dit assez clairement :
Et qui sait ce qu'aux Grecs , frustrés de leur victime. Peut permettre un courroux qu'ils croiront légitime"? Gardez-vous de réduire un peuple furieux, Seigneur, à prononcer entre vous et les dieux.
Çeja e-s),-}! a,ssez positif ? 1 1 est vrai que Clylem-
nestre, dans ses fureiu's, reproche à son époux de ne sacrifier sa fille qu'à son ambition. Ce langage peut convenir à une mère désespérée; mais un critique ne doit pas raisonner comme Clytemnestre.
Il finit son examen par regretter que l'auteur d'IphiQéuie n'ait pas fait la pièce dans un temps où la forme de notre théâtre lui aurait permis de mettre son dénouement en action. Si le commentateur eut réfléchi que celui d'Athalie, qui ne demande pas moins d'appareil , est tout entier en spectacle , il n'aurait peut-être pas énoncé son voHi d'une manière si positive ; il aurait pu croire que Racine avait eu ses raisons pour préférer un récit. Il est probable que ces raisons étaient bonnes; car, depuis cette édition de Racine , on s'est permis de faire une fois le changement que le commentateur désirait, et l'on a représenté en action le dénouement û'Iphi(jénie , (jui n'a produit aucun effet. On peut en donner des raisons plausibles. Il y a des choses qui font plus d'effet présentées à l'imagination que mises sous les yeux ; et de ce genre est le sacrifice d'Iphigénie. Agamemnon, la tète voilée , est beau dans un tableau ou dans un récit ; il est froid sur la scène. Quand le poète met, dans des vers sublimes, ti'un côté l'armée , et de l'autre Achille , l'imagination exaltée soutient ce contraste; mais sur la scène le spectateur ne voit qu'un homme , et l'expérience a prouvé que Racine savait bien ce (|u'il faisait.
Le commentateur dit, en finissant, qu'i/ serait peut-être très difficile de repousser toutes les critiques qu'on a faites (riphigénie. Si l'on en juge par celles qu'il a faites , on voit que rien n'est plus aisé.
SECTION VII. — Phèdre.
J'ai peu de chose à dire ici des deux pièces anciennes , l'une grecque , et l'autre latine , dont Racine s'est aidé dans sa Phèdre; et les pièces modernes, faites avant la sienne sur le même sujet et d'après les mêmes originaux, ne méritent pas qu'on en parle.
Il doit à l'auteur grec l'idée du sujet , la première moitié de cette belle scène de l'égarement de Phèdre , celle de ïliésée avec son fils , et le récit de la mort d'IIippolyle. Dans tout le reste , si l'on veut se rappeler ce que j'ai dit de VHippohjte, à l'article d'Euripide, on verra que Racine a remplacé les plus grandes fautes par les plus grandes beautés.
La tragédie de Sénèque, ainsi que celle d'Euripide, est intitulée //j>/)o?y/e , et non pas Phèdre; d'oii l'on peut inférer que tous deux ont eu le dessein de porter le prineiiî;'.! intérêt sur la mort de l'innocent Hippolyte, plutôt que sur la mallien -
relise passion de Phèdre; et l'exécution paraît conforme à ce dessein. Chez tous les deux , Phèdre est à pen près également odieuse , et ni l'un ni l'autre n'a songé à rendre sa conduite excusable , ni à faire plaindre sa faiblesse. C'est donc à lui seul que Racine doit cette idée si heureuse et si dramatique , de faire naître d'une passion coupable un grand intérêt; et cette idée seule, quand il n'aurait pas tant d'autres avantages, suffirait pour l'élever bien au-dessus des deux anciens. La marche de sa pièce se rapproche plus de Sénèqne que de celle d'Euripide. C'est d'après le poète latin qu'il a conçu la scène où Phèdre déclare son amour à Hippolyte , au lieu que dans Euripide c'est ia nourrice qui se charge de parler pour la reine. Sénèque eut donc le mérite d'éviter un défaut de bienséance , et de risquer une scène très délicate à manier ; et Racine l'a suivi dans ces deux points. Il lui doit aussi la supposition que Thésée est descendu aux enfers pour servir Pirithoûs , et qu'il n'en doit pas revenir; et l'idée de faire servir l'épée d'Hippolyte, restée entre les mains de Phèdre , de témoignage contre lui ; idée admirable , et bien heureusement substituée à la lettre calomnieuse imaginée par Euripide. C'est aussi à l'exemple de Sénèque que Racine amène Phèdre à la fin de la pièce pour confesser son crime, et attester l'innocence d'IIippol}1e en se donnant la mort. Enfin (et ce n'est pas la momdre gloire de Sénèque) il a fourni à Racine cette fameuse déclaration , un des plus beaux morceaux delà Phèdre française. Yoici la traduction littérale du latin , qui fera voir ce que Racine a emprunté de Sénèque , et ce qu'il a su y ajouter. Phèdre se plaint d'un feu secret qui la dévore. Hippolyte lui dit :
« Je le vois bien : votre amour pour Thésée vous tourmente et vous égare. >'
PHEDRE
a Oui , Hippolyte , il est vrai , j'aime Thésée , tel qu'il était dans les jours de son printemps , lorsqu'un léger duvet couvrait à peine ses joncs, lorsqu'il vint attaquer le monstre de Crète dans les détours du labyrinthe , et qu'un fil lui servait de guide. Quel élait alors son éclat 1 Je vois encore ses cheveux renoués, son teint brillant du coloris de la jeunesse et de la pudeur, ce mélange de force et de beauté. Il avait le visage de cette Diane que vous adorez , ou du Soleil, mon aïeul ; ou plutôt il avait votre air. C'est à vous, oui, à vous qu'il ressemblait quand il charma la fille de son ennemi. C'est ainsi qu'il portait sa tète , mais sa grâce négligée brille encore plus dans son fils. Votre père respire tout entier en vous, et vous tenez de votre mère l'Amazone je ne sais quoi d'un peu farouche qui mêle des grâces sauvages à la beauté d'un visage grec. Aii 1 si vous fussiez venu dans la Crète, c'est à vous que ma sœur aurait donné le fil secourable , etc. »
Ici finit ce que Racine a imité. Quatre vers
après , Phèdre parle sans arabiguité , et se jette aux genoux d'Hippolyte. On va voir combien Racine a perfectionné ce morceau en l'imitant , et les changements qu'il a cru y devoir faire d'après les convenances différentes du théâtre d'Athènes et du nôtre.
HH-POLÏTE.
Je vois de votre amour l'effet prodigieux :
Tout mort qu'il est , Thésée est présent à vos yen x ;
Toujours de son amour votre ame est embrasée.
PBÈDHE.
Oui . prince , je languis , je brûle pour Thésée. Je laime , non point tel que l'ont vu les enfers , Volage adorateur de mille objets divers, Qui va du dieu des morts déshonorer la couclie...
Elle commence par montrer sous un jour odieux les infidélités de Thésée : c'est une excuse indirecte de sa faute. Ce tour adroit n'est point de Sénèque.
Mais tidéle , mais fier, et même un peu farouche , Charmant , jeune , traînant tous les cœurs après soi ; Tel qu'on dépeint nos dieux , ou tel que je vous voi. Il avait votre port , vos yeux , votre langage ; Cette noble pudeur colorait son visage Lorsque de notre Crète il traversa les flots. Digne sujet des vœux des filles de Minos.
Il y a ici beaucoup moins de détails que dans Sénèque sur la beauté d'Hippolyte : ils auraient été beaucoup moins bien placés pour nous , qui ne rendons pas à la beauté , dans les deux sexes , un culte aussi déclaré et aussi général que les Grecs et les Latins. Phèdre, dans Sénèque, donne plus de louanges à la beauté d'Hippolyte, et, dans Racine, elle a plus de mouvements passionnés. Les vers qui suivent ne sont point dans le latin :
Que faisiez-vous alors? Pourquoi , sans Hippolyte , Des héros de la Grèce assenobla-t-il l'élite? Pourquoi, trop jeune encor, ne pûtes- vous alors Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords? Par vous aurait péri le monstre de la Crète , Malgré tous les détours de sa vaste retraite : Pour en développer l'embarras incertain , Ma sœur du fil fatal eût armé votre main.
Tout ce qui suit est entièrement de Racine , et c'est ici qu'il enchérit le plus sur sou modèle : Mais non . dans ce dessein je l'aurais devancée ; L'amour m'en eût d'abord inspiré la pensée. C'est moi , prince , c'est moi dont l'utile secours Vous eût du labyrinthe enseigné les détours. Que de soins m'eût coûtés cette tète charmante ! Cn fil n'eût point assez rassuré votre amante : Compagne du péril qu'il vous fallait «hercher. Moi-même devant vous j'aurais voulu marcher; Et Phèdi'e , au labyrinthe avec vous descendue , Se serait avec vous retrouvée ou perdue.
Elle ne finit pas ici , comme dans Sénèque , par lui aveu formel de son amour , et par un mouvement (pi en est la plus humiliante expression. L'égarement est porté à son comble , et son secret , qui lui échappe , n'est que le dernier degré du dé-
SIÈCLE DE LOUIS XIV. — POESIE
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lire de la passion. On dirait que , toutes les l'ois que Racine se sert de ce qu'un autre a fait, c'est pour montrer comment il fallait faire.
Il a fait usage de quelques autres traits de Sénèque : le plus remarquable est celui-ci :
OEIVONE.
Il a pour tout le sexe une Iiaine fatale.
PHÈDRE
Je ne me verrai point préférer de rivale. Ce qui peut donner , en passant , une idée de la précision latine : ces deux vers sont une traduction d'un seul vers de Sénèque :
Genus omnc frofugit. — Pellicis carco mctu.
Une observation plus importante , c'est que ces deux vers , qui ne sont dans Sénèque qu'un trait de passion , sont dans Racine le germe d'une situation. Cette femme , qui attache un si grand prix à n'avoir point de rivale, dans quel état sera-t-elle lorsqu'un moment après elle apprendra qu'elle en a une !
J'ai indiqué à peu près tout ce que Racine devait aux anciens : il est temps de le suivre luimême^ et puisque j'ai commencé à parler du rôle de Phèdre, continuons l'examen de ce rôle, qui d'ailleurs est prédominant dans la pièce , et à qui tout est subordonné. Il est regardé généralement par les connaisseurs , et par Voltaire, le premier de tous , comme le plus parfait du théâtre. En effet , il réunit à lui seul , au plus haut degré , tous les genres de beautés dramatiques , le feu de la passion , la profondeur des sentiments , le combat le plus terrible du crime et du remords , la morale la plus frappante, et, ce qu'il est rare de pouvoir allier à tant de qualités, le plus grand éclat de couleurs poétiques. Il doit ce dernier avantage aux accessoires si riches et si variés de la mythologie , dont ce sujet était susceptible. Mais si la palette était brillante, jamais on n'y trempa un pinceau plus sûr et plus vigoureux. Dans les ouvrages d'imagination, l'on ne connaît que la Phèdre de Racine et la Dklon de Virgile qui mêlent à l'intérêt de la passion la magie du coloris fabuleux; et ce double effet paese avec raison pour le chefd'œuvre de la poésie.
A peine au fils d'Egée Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée , Mon repos , mon bonheur semblait être affermi. Athènes me montra mon superbe ennemi :
Je le vis , je rougis , je pâlis à sa vue ; Un trouble s'éleva dans mou ame éperdue ; Mes yeux ne voyaient plus , je ne pouvais parler ; Je sentis tout mon corps et transir et Itrûler.
Voilà la peinture la plus vraie de toutes les ardeurs de l'amour : voici ce que la Fable permettait d'y ajouter :
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables ,
D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables. Par drs vœux assidus je crus les détourner : Je lui bâtis un temple, et pris soin de l'orner. De victimes , moi-même , à toute heure entourée , Je chercliais dans leurs flancs ma raison égarée. D'un uicurable amour remèdes impuissants! En vain sur les autels ma main brûlait l'encens : Quand ma bouche implorait le nom de la déesse , J'adorais Hippolyte; et, le voyant sans cesse, Même au pied des autels que je faisais fumer, J'offrais tout à ce dieu que je n'osais nommer.
La poésie a-t-elle jamais parlé un plus beau langage à l'ame et à l'imagination ? Nous avons vu ce même accord dans la déclaration de Phèdre; nous avons vu tout ce que le labyrinthe et Ariane avaient fourni au poète. La fable n'a pas moins embelli ce délire si intéressant de la première scène, où Phèdre mourante se rappelle tout ce que dans sa famille l'amour a fait de victimes. Mais c'est surtout dans le quatrième acte , quand la honte et la rage d'avoir une rivale la jette dans le dernier excès du désespoir , c'est alors que notre poésie s'élève, sous la plume de Racine, à des beautés vraiment sublimes , dont il n'existait aucim modèle chez les anciens ni chez les modernes , et audelà desquelles on ne conçoit rien.
Misérable! et je vis! et je soutiens la vue De ce sacré soleil dont je suis descendue ! J'ai pour aïeul le père et le maître des dieux ; Le ciel , tout l'univers est plein de mes aïeux. Où me cacher? Fuyons dans la nuit infernale : Mais que dis-jel mon père y tient l'urne fatale. Le sort, dit-on, l'a mise en ses sévères mains; Hinos juge aux enfers tous les pâles humains- Ah ! combien frémira son ombre épouvantée , Lorsqu'il verra sa fille , à ses yeux présentée , Contrainte d'avouer tant de forfaits divers , Et des crimes peut-être inconnus aux enfers! Que diras-tu , mon père , à ce spectacle horrible ? Je crois voir de ta main tomber l'urne terrible ; Je crois te voir, cherchant un supplice nouveau , Toi-même de ton sang devenir le bourreau. Pardonne : un dieu cruel a perdu ta famille ; Reconnais sa vengeance aux fureurs de ta fille. Hélas! du crime affreux dont la honte me suit, Jamais mon triste cœur n'a recueilli le fruit : Jusqu'au dernier soupir de malheurs poursuivie, Je rends dans les tourments une péniltle vie.
Je ne connais rien dans aucune langue au-dessus de ce morceau : il étincelle de traits de la première force. Quelle foule de sentiments et d'images ! quelle profonde douleur dans les uns ! quelle pompe à la fois magnifique et effrayante dans les antres ! et quel coup de l'art, quel bonheur du génie, d'avoir pu les réunir ! L'imagination de Plièdre , conduite par celle du poète, embrasse le ciel, la terre, et les enfers. La terre lui présente tous ses crimes et ceux de sa fnmille ; le ciel, des aïeux qui la font rougir ; les enfers , des juges qui la menacent : les enfers, qui attendent les autres criminels, re* poussent la malheiueuse Phèdre. Et quelle inimi-
oM COURS DE L
table harmonie dans lés vers! quelle énergie de dlclion ! Je me suis souvent rappelé qu'un jour, dans une conversation sur Racine, ^"oltaire ,. après avoir déclamé ce morceau avec l'enthojsiasmeque lui inspiraient les beaux vers, s'écria : N^on.je ne suis rien auprès de cet homme-Jà. Ce n'est pas qu'il faille voir dans celte exclamation prescjue involontaire un aven d'infériorité : c'était l'hommage d'un grand génie, dont la sensibilité était en proportion de sa force , et à qui l'admiration faisait tout oublier, jusqu'au sentiment de l'aujour-propre. ]Nous verrons dans la suite que l'ahteur de Zaïre , sans avoir rien qui soit dans ce genre , balance tant de perfection par d'autres avantages. Mais quel homme que celui qui a pu seul arracher à Voltaire le cri que vous venez d'entendre !
Il prophétisait , Despréaux , lorsqu'il disait à son ami, dans une épître digne de tous les deux :
Eli ! qui, voyant un jour la douleur vertueuse
DePhéiIre, inal.£;ré soi, perfide, incestueuse.
D'un si noMe travail justement étonné,
A'e bénira d'abord le siècle fortuné
Qui. rendu plus fameux par tes illustres veilles.
Vit naître sous ta main ces pompeuses merveilles?
Voltaire a obsené (pielque part que ces merveilles étaient plus lourhantes que pompeuses. Il me semble qu'elles sont l'un et l'autre, et ce que je viens d'en citer le jjronve assez. Mais en effet , ce qu'il y ade toi(o/(ft/if, ce qu'il y a d'imiqtie dans le rôle de Phèdre , c'est l'horreur qu'elle a pour elle-même. Jamais la conscience n'a parlé si haut contre le crime , et jamais aussi une passion criminelle n'inspira une plus juste pitié. Ce contraste est marqué dans la Phèdre d'Euripide ; il l'est même aussi dans celle de Sénèque , malgré la déclamation qui étouffe si souvent toute vérité : mais (jo'il l'est bien plus fortement dans Hacine ! Il a su lui donner en même temps et plus de passion et plus de remords. Qu'on en juge par ce morceau qui appartient tout entier à l'auteur français, parce qu'il est le seid qui ait supposé que Phèdre avait fait d'abord exiler Hippolyte poiul'éloigner de sa vue.
Eh bien! connais donc Phèdre et foute sa fureur.
J'aime. Ne pense pas qu'au inoment que je t'aime ,
Innocente à mes yeux , je m'approuve moi-même ,
M que du fol amour <[ui trouble ma raison
Ma làclie complaisance ait nourri le poison.
Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.
Les dieux m'en sont témoins, ces dieux qui dans mou Hanc
Ont allumé le feu fatal à tout mon sang;
Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle
De séduire le cœur d'une faible mortelle.
Toi-même en ton esprit rappelle le passé :
C'est peu de lavoir fui , cruel , je t'ai chassé :
J'ai voulu te paraître odieuse , inhumaine;
Pour Diifux te résister, j'ai recherché ta liaiiie.
De (luoi m'ont luofité mes inutiles soins?
n TÉ RATURE.
I Tu me haïssais plus , je ne l'aimais pas moins :
I Tes malheurs le prêtaient encor de nouveaux charmes.
I J'ai laii.çui . j'ai séché dans les feux , dans les larmes :
i 11 suffit de tes yeux pour t'en persuader,
I Si les yeux un moment iwmaient me regarder.
i Le dernier vers est un de ces traits profohdéj ment sentis, qui sont si fréquents dans Racine; i et ce trait est si naturellement placé, qu'il semble comme impossible qu'il ne fiH pas là; et ce trait, I lorsqu'on y réfléchit , parait si heureux, qu'on se demande comment l'auteur l'a trouvé.
On raconte que Racine soutint un jour, chez madame de La Fayette, qu'avec du talent on pouvjiit . sur la scène , faire excuser de grands crimes, et inspirer même pour ceux qui les commettent . ! plus de compassion que d'horreur. On ajoute qu'il I cita Phèdre pour exemple ; qu'il assura qu'on pouvait faire plaindre Phèdre coupable plus qu'Hip- ; polyte innocent ; et que cette tragédie fut la suite ! d'une espèce de défi qu'on lui porta. Soit que le fait se soit passé de cette manière , soit qu'il travaillât déjà à la pièce lorsqu'il établit celle opinion, il est siir que ce ne pouvait être que celle d'un homme qui , après avoir réfléchi sur le cœur humain et sur la tragédie qui en est la peinture , avait conçu que le malheur d'une passion coupable était en raison de son énergie , et que par conséquent elle portait avec elle et son excuse et sa punition. C'était tm prob!ème de morale à résoudre , et que sa Phèdre décide. ^lais il fallait, pour y réussir, tout l'art dont lui seul était capable ; car, je le répète , Euripide et Sénèque n'avaient point considéré ce sujet sons le même point de vue , et tous deux ont rendu Phèdre aussi odieuse dans sa conduite que Racine l'a rendue excusable. A la vérité, dans les deux poètes anciens , elle combat sa passion ; mais pourtant c'est elle qui accuse décidément Hippolyte , dans Euripide , par une lettre qu'elle écrit avant de mourir , ce qui est à peine concevable; dans Sénèque, par labouche d'OEnorie dont elle ne contredit pas un instant le dessein pervers , et enfin de sa propre bouche , en parlant à Thésée , à qui même elle dit en propres termes qu'elle a été violée : Vim tmnen corpus tulit. Voyons quelle marche différente Racine a suivie; et l'examen- des ressorts qu'il (m[>loie nous donnera lieu de considérer en même temps comment les attires personnai^es de la pièce ont été faits pour concourir à son but.
Raj)pelons-nons d'abord les vers qui tenuinenl la première .scène de Phèdre avec OEnone :
J'ai conçu 2>o?(r mon crime une juste teiTem-; J'ai pris la vie en haine, et nja flamme en horreur. Je voulais en mourant [U'cndrc .soin de ma gloire, Kl (h-rober au jour une iutnune si noire. Je uai pu soutenir les larmes, les combats; Je lai tout avoue ; je ne m'en repens l»as ,
SIÈCLE DE LOUIS XIV. - POÉSIE
Pourvu que , de ma mort respectant les approches, Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproclies , Et que les vains secours cessent de ra[ij)eler Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler.
Dans ce même instant on lui apporte la nouvelle de la mort de Thésée : cette nouvelle doit bientôt après se trouver fausse ; mais alors elle est d'autant plus vraisemblable, qu'il est dit, dès les premiers vers de la pièce , qu'on ne sait depuis six mois ce que Thésée est devenu. Ce moyen est indiqué par Sénèque ; mais il est bien plus adroitement employé par Racine. Dans la pièce latine , Thésée dès le conniiencement , est supposé mort ; ce qui fait qu'entre les remords de Phèdre et sa déclaralion d'amour il ne se passe rien ([ui doive la conduire de l'un à l'autre. Dans la pièce française , au contraire, elle entre sur la scène, résolue à mourir.
Soleil, je te viens voir pour la dernière fois. Et quand elle a tout dit à OEnone, elle renou- \elle encore , comme on vient de le voir , la même résolution. Il fallait donc un incident «jui changeât l'état des choses , et rendit à la reine quelques motifs de vivre et d'espérer. Racine en a rassemblé de bien puissants dans le discours qu'il prête à OEnone , lorsqu'on apprend que Thésée est mort.
Madame , je cessais de vous presser de vivre ;
Déjà même au tombeau je songeais à vous suivre :
Pour vous en détom-ner je n'avais plus de voix.
Mais ce nouveau maliieur vous prescrit d'auti-es lois :
Votre fortune change , et prend une autre face.
Le roi n'est plus, madame; il faut prendre sa place.
Sa mort vous laisse un fils à qui vous vous devez ,
Esclave , s'il vous perd, et roi , si vous vivez.
Sur qui, dans son malheur, voulez-vous qu'il s'appuie?
Ses larmes n'auront plus de main qui les essuie ;
Et ses cris innocents, portés jusques aux dieux.
Iront conti-e sa mère irriter ses aïeux.
Hyppolite pour vous devient moins redoutable ; Et vous pouvez le voir sans vous rendre coupable. Peut-être , convaincu de votre aversion , Il va donner un chef à la sédition :
Bélrompez son erreur, fléchissez son courage. Roi de ces bords heureux , Trézène est son partage ; Mais il sait que les lois donnent à votre fds Les superbes remparts que Minerve a bâtis. "S'ous avez l'un et l'autre une juste ennemie : Unissez-vous tous deux pour combattre Aricie.
PHÈDRE
Eh bien! à tes conseils je me laisse eniraîner. Vivons , si vers la vie on peut me ramener. Et si l'amour d'un fds, en ce moment funeste, De mes faibles esprits peut- ranimer le reste.
Cet incident , ménagé avec art , termine parfaitement le premier acte. Il engage Phèdre à vivre par le plus louable de tous les motifs , la tendresse maternelle. Il lui donne une raison plausible poinvoir Hippolyte; ce qu'elle ne pouvait pas faire convenablement après la manière dont elle venait de s'e.xi)rimer. Il donne au speclateuv, comme à Phèdre, un intervalle de soulagement et une
lueur d'espérance. Il amène la déclaration , et en fournit en même temps l'excuse , lorsque Phèdre peut dire à Hippolyte :
Que dis-je ? cet aveu (|ue je te viens de faire ,
Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire?
Treiublante pour un fils que je n'osais trahir,
Je te venais prier de ne le point haïr.
Faibles projets d'un cicur trop plein de ce qu'il aime!
Hélas ! je ne t'ai pu parler ([ue de lui-mcme.
Enlin, cet incident prépare une révolution terrible lorscpie Phèdre apprendra le retour deThésée. Combien de choses dans un moyen qiii parait si simple ! Que de bienséances tliéàtrales réunies dans un seul fait! Telle est la science de l'intrigue : et, l'on ne saurait trop le redire, elle n'a été approfondie que par les modernes.
Comparez à celte marche celle d'Eiu'ipide. A peine la confidenle a-t-elle appris le secret de Phèdre , qu'elle l'exhorte , sans aucune retenue , à se livrer à son penchant , à étouffer ses remords. La reine a beau repousser ses conseils avec horreur :
« Cesse de m'enipoisonncr par tes horribles discours. » Elle répond ;
« Tout horribles qu'ils sont, ils valent mieux que voIrc farouche vertu. »
Elle lui propose un philtre qui apaise les fureurs de l'amour , mais pour lequel il faut , dit-elle, xni morceau des hahits d' Hippolyte; et Phèdre veut savoir si ce philtre est un sigiie extérieur ou «u breuvage. La confidente demande seulement qu'on la laisse faire, et va trouver Hippolyte. Avouons-le : il y a loin d'une pareille conduite à l'art de Racine. On lui a reproché (tant nous sonunes plus sévères sur les bienséances que les anciens! ) d'avoir fait dire à OEnone, dans la scène que je viens de citer :
vivez. Vous n'avez plus de repi'oche à vous faire ; Votre flamme de\1ent une flamme ordinaire : Thésée , en expirant , vient de rompre les nœuds Qui faisaient tout le crime et l'horreur de vos feux.
Je conviens que c'est aller un peu loin , et que l'amour de Phèdre pour le fds de son mari est encore assez condaumable, même (juand ce n'est plus un adultère. Mais il faut se souvenir qu'une esclave , suivant les mœurs anciennes , n'est pas obligée d'être, dans ses sentiments, aussi scrupuleuse qu'une reine; que celle-ci n'entre point dans la pensée de sa couFideute , et qu'elle ne parait se rendre qu'à l'intérêt d'un fils. Il est vrai qu'après avoir parlé à liippohle , elle s'aljandonne plus ouvertement à sa passion, et cherche avec OEnone les moyens de le fléchir ; elle espère de le séduire par l'offre du sceptre d'Athènes. I! me semble que la nature et le théâtre demandaieni celle progression. D'abord i! e^t sur cpie , croyant
son époux mort, elle doit voir son amour pour Hyppolite avec beaucoup moins d'effroi. De plus, elle s'est déclarée; elle a fait le premier pas , et ce premier pas doit nécessairement en entraîner un antre : c'est la marche des passions. Racine le fait bien sentir : OEnone conseille à sa maîtresse de régner et de fuir Hippolyte, qui la dédaigne. Elle répond :
Il n'est plus temps. Il sait mes ardeurs insensées :
De Faustère pudeur les homes sont passées ;
Jai décidé ma honte aux yeux de mou vainqueur,
Et l'espoir, malgré moi , s'est glissé dans mon cœur.
Toi-même , rappelant ma force détaillante ,
Et mon ame déjà sur mes lèvres errante.
Par tes conseils flatteurs tu m'as su ranimer ;
Tu m'as fait entre, oir que je pouvais l'aimer.
Œnone , il peut quitter cet orgueil qui te blesse : >'ourri daus les forêts , il en a la rudesse. Hippolyte, endurci par de sauvages lois , Entend parler d'amour jiour la première fois.
11 oppose à l'amour un ecrur inaccessible :
Cberchons pour l'attaquer (pielque endroit plus sensible.
Va trouver de ma part ce jeune ambitieux , Œnone ; fais briller la couronne à ses yeux. Qu'il mette sur son front le sacré diadème : Je ne veux que l'honneur de l'attacher moi-même. Cédons-lui ce pouvoir que je ne puis garder. 11 insti-uira mon fils dans l'art de commander; Peut-être il voudra bien lui tenir lieu de père. Je mets sous son pouvoir et le fils et la mère. Four le fléchir enfin tente tons les moyens : Tes discours trouveront plus d'accès que les miens. Presse , pleure , gémis ; peins-lui Phèdre mourante ; Ne rougis point de prendre une voix suppliante : Je t'avouerai de tout ; je u'espère qu'en toi. Va , j'attends ton retour pour disposer de moi.
Tl faut toujours , au théâtre , (jiie la situation la plus violente soit mêlée de quelque espérance qui la tempère et la varie ; sans quoi une douleur toujours la même et toujours désespérée deviendrait monotone, etseiait plus affligeantequ'intéressante, deux choses qu'il faut soigneusement distinguer. En conséquence de ce principe. Racine abandonne Phèdre à tous les emportements de l'amour, après l'avoir livrée à tous les combats du remords. Il prend le moment oii elle est le plus excusable ; et , ce qui est plus important que tout le reste , il ne lui donne queUpie espoir que pour la frapper d'un revers plus affreux. OEnone revient , et lui annonce le retour de Thésée. Quel coup de théâtre ! Ces suspensions, ces alternatives, ces révolutions, sont les merveilles de la magie théâtrale, et Racine ne les a point trouvées dans ses modèles.
La p)us grande diflicultédii plan de sa tragédie, tel qu'il l'avait conçu, était de motiver une accusation atroce sans rendre Phèdre trop odieuse , et la situation ([u'il vient de ménager lui en foiu'nil les moyens. Euripide et Sénèque ne s'étaient pas
embairassés que leur Phèdre fût sans excuse; mais celle de Racine tombait , si elle eût ressemblé à la leur : on n'eût jamais supporté qu'une femme pour qui l'on s'était intéressé jusque- là devînt un objet d'exécration. Il fallait pourtant accuser Hippolyte : c'était le sujet de la pièce. Que fait-il? Il conduit sa Phèdre par un flnx et reflux d'événements opposés jusqu'à un moment de crise si terrible, qu'il doit lui bouleverser l'ame, et lui renverser la tête au point de se laisser aller à tout ce qu'on proposera pour sauver son honneur. Elle ne connnettra pas le crime; elle en est incapable; elle en témoigne même une juste horreur : mais le poète la mène au point de laisser agir OEnone. Elle ne dit pas , comme dans Euripide :
« Je mourrai , mais cette mort même me vengera, et mon eimemi ne jouira pas du triomphe qu'il se promet : l'ingrat sera traité eu coupable à son tour. »
Elle est bien loin de penser à la vengeance : elle est accablée de sa honte et de son désespoir.
Juste ciel! qu'ai-je fait aujourd'hui?
Mon époux va paraiti'e , et son fils avec lui. Je verrai le témoin de ma flamme adultère Observer de quel front j'ose aborder son père , Le cœur gros de soupirs qu'il n'a point écoutés , I/tt'il humide de pleurs par l'ingrat rebutés. • Penses-tu que , sensible à l'honneur de Thésée , 11 lui cache l'ardeur dont je suis embrasée? Laissera-t-il trahir et son père et son roi? Pourra-t-il contenir l'horreur qu'il a pour moi?
Je connais mes fureurs , je les rappelle toutes. 11 me semble déjà que ces murs, que ces voûtes Vont prendre la parole , et , prêts à m'accuser, Attendent mon époux pour le désabuser.
Mourons : de tant d horreurs qu'un trépas me délivre.
C'est alors qu'OEnone ose risquer la proposition O.e rejeter le crime sur Hippolyte» Phèdre s'écrie :
Moi! que j'ose opprimer et noircir l'innocence!
La réponse d' OEnone est de la plus grande
adresse.
Mon zèle n'a besoin que de votre silence. Tremblante , comme vous , j'en sens quelque remords. Vous me verriez plus prompte affronter mille morts ; Mais puisque je vous perds sans ce triste remède, Volre vie est pour moi d'un prix à qui tout cède. Je parlerai. Thésée , aigri par mes avis, Bornera sa vengeance à l'exil de son fils. Un père , eu punissant , madame , est toujours père.
On voit que du moins elle rassure Phèdre sur les jours du prince. Il parait dans cet instant avec Thésée.
PUi-DRE.
Ah! je vois Hippolyte :
Daus ses yeux insolents je voix ma perte écrite. Fais ce que tu voudras , je m'abandomie à toi : Dans le trouble où je suis, je ne puis rien pour moi.
Son époux veut se jeter dans ses bras.
SIÈCLE DE LOUIS XIV. - POÉSIE
Arrêtez , Thésée , El ne profyncz point des transports si charmants: Je ne mérite plus ces doux empressements; Vous êtes offensé. La fortune jalouse N'a pas en votre absence épargné votre épouse. Indigne de vous plaire et de vous approcher. Je ne dois désormais songer qu'à me cacher.
Elle ne dit pas un mot qui soit contraire à la j vérité, pas un qui parte d'un cœur qui s'excuse. Je ne crois pas qu'il soit possible d'observer mieux toutes les convenances de l'art.
Un moment après, au bruit de la colère du roi, elle accourt éperdue; elle est prête à s'accuser elle-même; mais ce qu'elle entend de la bouche de Thésée étouffe dans la sienne la vérité, qui allait en sortir : elle apprend qu'HippoIyte se vante d'aimer Aricie. Thésée ne le croit pas, mais l'infortimée ne le croit que trop; elle sent jusqu'au fond du cœur d'où venaient les mépris et les rebuts d'Hippolyte. Qu'on se représente sa douleur, sa confusion , sa rage.
Hippolyte est sensible , et ne sent rien pour moi ! Aricie a son cœur, Aricie a sa foi !
Ah dieux ! lorsqu'à mes vœux l'ingrat inexorable S'armait d'un œil si fier, d'un front si redoutable. Je pensais qu'à l'amour son cœur toujours fermé Fût contre tout mon sexe également armé. Une autre cependant a fléchi son audace ; Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce. Peut-être a-t-il un cœur facile à s'attendrir : Je suis le seul objet qu'il ne saurait souffrir. Et je me chargerais du soin de le défendre!
Ce sentiment est-il assez profond et assez amer ? La jalousie a-t-elle des traits plus poignants et plus cruels ? Quels transports dans celle de Phèdre !
Œnone , qui l'eût cru ? j'avais une rivale !
. . . Hippolyte aime, et je n'en puis douter.
Ce farouche ennemi qu'on ne pouvait dompter,
Qu'offensait le respect , qu'importunait la plainte ;
Ce tigre que jamais je n'abordai sans crainte ,
Soumis , apprivoisé , reconnaît un vainqueur :
Aricie a trouvé le chemin de son cœur...
. . . Ah ! douleur non encore éprouvée !
A quel nouveau tourment je me suis réservée !
Tout ce que j 'ai souffert , mes craintes , mes transports,
La fureur de mes feux, l'horreur de mes remords.
Et d'im refus cruel l'insupportable injure ,
N'étaient qu'un faible essai du tourment que j'endure.
Ils s'aiment! Par quel charme ont-ils trompé mes yeux?
Comment se sont-ils vus? depuis quand? dans quels lieux?
Tu le savais. Pourquoi me laissais-tu séduire ?
De leur furtive ardeur ne pouvais-tu m'iustruire ?
Les a-t-on vus souvent se parler, se chercher ?
Dans le fond des forêts allaient-ils se cacher ?
Hélasj ils se voyaient avec pleine licence;
Le ciel , de leurs soupirs approuvait l'innocence.
Ils suivaient sans remords leur penchant amoureux ;
Tous les jours se levaient clairs et sereins pour eux.
Et moi , triste rebut de la nature entière,
Je me cachais au jour, je fuyais la lumière.
La mort est le seul dieu que j'osais implorer;
J'attendais le moment où j'allais expirer.
Me nourrissant de fiel , de larmes abreuvée,
Encor dans mon malheur de trop près observée ,
Je n'osais dans mes pleurs me noyer à loisir; Je goûtais en tremblant ce funeste plaisir ; Et sous un front serein déguisant mes alarmes, 11 fallait bien souvent me priver de mes larmes.
Qui croirait que le commentateur de Racine trouve celte scène assez inutile? Quoi! une scène qui achève la punition de Phèdre, qui joint les horreurs de la jalousie à tous les maux qu'elle a soufferts , qui l'empêche de déclarer l'imiocence d'Hippolyte, cette scène est inutile! Elle suffirait seule pour justifier l'épisode d' Aricie, qui a essuyé tant de reproches , et qu'il est temps d'examiner. En voilà assez sur le rôle de Phèdre : nous avons vu qu'il réunit tout; c'est une de ces productions achevées , uniques dans leur genre , qui sont la gloire des arts et l'effort de l'esprit humain.
Il n'en est pas de la tragédie de Phèdre comme de celle iViphigénie, où presque tous les rôles sont d'une force à peu près égale, et se balancent les uns les autres; celui de Phèdre éclipse tout, et cela devait être : mais il n'en est pas moins vrai que les autres personnages sont , à peu de choses près , ce qu'ils doivent être aussi. Je n'ignore pas combien l'amour d'Hippolyte a été censuré depuis le janséniste Arnauld , qui , exceptant la tragédie de Phèdre de la proscription générale où la sévérité de ses principes enveloppait toutes les pièces de théâtre, reconiîaissait hautement que cet ouvrage respirait la morale la plus pure , et donnait l'exemple le plus effrayant des malheurs attachés aux penchants illégitimes, mais qui en même temps reprochait à l'auteur d'avoir fait Hippolyte amoureux. On sait la réponse de Racine : Et sans celaqu auraieniditnospetits-maitres? EWeproiwe l'opinion générale où l'on était alors , que la tragédie ne pouvait jamais se passer d'une intrigue d'amour. Ce préjugé est fortifié par l'exemple de Corneille, qui, plus capable qu'un autre de traiter des sujets où l'amour ne devait pas entrer, lui avait donné dans tous les siens une place presque toujours bien mal remplie. Mais faut-il conclure des paroles de Racine que lui-même condamnait l'amour d'Hippolyte ? Cet amour est-il en effet un défaut ? Je croirais volontiers que Racine, ne voulant pas disputer contre Arnauld, trouvait plus court de rejeter sur les spectateurs ce qu'il aurait pujustifier. Personne n'est plus convaincu que moi qu'il faut baimir l'amour de tous les sujets où il n'est pas naturellement appelé , et avec lesquels il forme une sorte de disparate. Le sujet de Phèdre est-il de ce gem-e? L'amour d'Hippolyte a-t-il refroidi la pièce, comme il ne manque jamais d'arriver quand l'amour est mal placé? Je n'ai point remaniué cet effet au tliéàlre. Il me semble même que la tendresse iimocente du sévère Hippolyte
pour la jeune AHcie, dernier rejeton d'une race proscrite , offre un contraste agréable avec la passion funesîe et forcenée de Phèdre, .le crois respirer un air plus pur lorsque je me trouve entre lui et son amante. J'aime à l'entendre dire à Thésée : iSon , mon père , ce cceur. c'est trop vous le celer, N'a point d'iin chaste amour dédaigné de brûler.
Et après tout, pourquoi serait-ce une vertu dans Ilippolyte de n'avoir point les penchants de la nature et de son âge ? Ce ne serait qu'une singularité. Uien ne l'oblige à être insensible : es n'est ni un sage apathique, ni un conquérant féroce, ni un politique ambitieux; en un mot, il n'a rien de ce qui doit exclure l'amour. L'aiinera-t-on mieux tel qu'il est dans Euripide et dans Sénèque , qui lui ont donné une dureté orgueilleuse et révoltante? On a vu ses ridifciilès déclamations dans le poète grec, bans l'auteur latin , il veut tuer Phèdre; il la saisit par les cheveux et lève le fer sur elle. Il s'exhale en de longues impréc liions, et appelle la foudre et les enfeis. Est-ce là le moyen de rendre la vertu aimable en même temps (jue l'on rend le vice odieux? Dans Rachie, à peine peut-il proférer ime parole ; il a presque autant de honte de ce qu'il vient d'entendre , que Phèdre en a de ce qu'elle ^ient de dire. On voit sur son front la rougeur de l'innocence , comme celle du crime est sur le front de sa belle-mère. Revenu à lui , il s'écrie :
Phèdre! ... Mais non, grands dieux! qu'eu un profond oubli Cet horrible secret demeure enseveli.
Ce silence n'est-il pas cent fois plus intéressant que tous les éclats de l'indignalion ou les lieux couinnms de la morale ? ïl y a des idées sur lesquelles une ame honnête ne saurait s'arrêter. Il cache ce secret affreux même à Théramène; il ne le découvre qu'à la seule Aricie; et dans quel moment? après la cruelle scène où il est si injustement banni par son père. Dans cet état d'oppression si douloureux et si peu mérité , n'a-t-on pas quelque plaisir à lui voir trouver des consolations dans le cœur d'Aricie ? Et quels sentiments il épanche en son sein ! Tremblante pour sa ne, elle veut l'engager à révéler la vérité ; elle lui reproche de ne l'avoir pas fait. Quelle est sa réponse ?
I)evais-jc . en lui faisant un récit trop sincère . n'mi" indigne rougcnrcouvrir le front d'un père? \ ous seule avez percé ce mystère odieux : Mon nrnr pour s'épancher n a que vous et les dieux, .le n'ai pu vous caclier, jugez si je vous aime , Tout ce (pic je voulais me cacher à moi-même. Slais songez sous quel sceau je vous l'ai révélé : Oubliez , s'il se peut , que je vous ai parlé . Madame ; et que jamais une bouche si pure >c s'ouvre pour conter cette horrible aventure. Sur ré([nité des dinn\ osons nous confier : Ils ont trop d'inlénl j me justilier;
Et Phèdre , tôt ou tard de son crime punie , N'en saurait éviter la juste ignominie.
C'est l'unique respect que j'exige de vous; Je permets tout le reste à mon libre courroux : Sortez de l'esclavage où vous êtes réduite; Osez me suivre , osez accompagner ma fuite ; Arrachez-vous d'un lieu funeste et profané , Où la vertu respire ma air empoisonné.
Dans Euripide il a la même réserve , il est vrai, et les mêmes égards pour son père ; mais il est lié par un serment qu'OEuone , avant de s'expliquer, avait exigé de lui : il montre même du regret de ce serment (pii le force an silence. Combien rilip[)olyte de Racine est plus noble et plus aimable ! Il n'est lié que par son cœur : et devant qui ce cœur se serait-il ouvert avec tant d'intérêt , s'il n'avait pas aimé Aricie? c'est devant celle à qui l'on ne cache rien qu'il est beau de n'avoir pas un seul sentiment cjui ne soit digne d'admiration ; de n'avoir pas même un mouvement de colère contre im père aveuglé et furieux; de l'épargner aux dépens de sa propre réputation et au péril de sa vie, à l'instant qu'il nous accable; et de ne penser qu'au déshonneur ue Thésée, et non pas à son injustice.
Aricie , toute sensible qu'elle est à son amour , n'ose suivre im jeune prince qui n'est point son époux. Il la rassure :
L'hymen n'est pas toujours entouré de flambeaux. Aux portes de Trézène . et parmi ces tombeaux, Des princes de ma race antiques sépullures , Est un temple sacré , formidable aux parjures. C'est là que les mortels n'osent jurer en vain : Le perfide y reçoit un châtiment soudain ; lit , craignant d'y trouver la mort inévitable , Le mensonge n'a point de frein plus redoutable. Là , si vous inen croyez . d'uii amour étei'nel Nous irons confirmer le serment solennel. Nous prendrons à témoin le dieu qu'on y révère ; Nous le prierons tous deux de nous servir de \)ère. Des dieux les plus sacrés j'attesterai le nom; Et la chaste Diane . et l'auguste .lunon , Et tous les dieux enfin , témoins de mes tendresses. Garantiront la foi de mes saintes promesses.
Toutes ces circonstances locales ont un aird'anlif|uité qui sied bien au sujet. C'est dans ce temple que devait jurer celui qui disait un moment auparavant :
Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur. Je ne sais pas pourquoi Arnauîd était si mécontent de cet amour ; il me semble que l'austérité la plus rigoiueuse n'en pourrait être alarmée.
Je ne dissimulerai pas que la scène d'Aricie, (pii ouvre le second acte avec sa conlidcnle, (ju'elle entretient de son amour pour Ilippolyte, doit produire peu d'efîct, après la superbe scène de Phèdre avec OEilone. C'est peat-êire le seul inconvénienl de cet épisode. Le connncnUileur relève ce dcfaul avec riiion; mais est- il aussi bien fonde
SIÈCLE DE LOUIS XIV. - POÉSIE
à noiis dire que la scène dont je viens de rendre compte, entre Hippolyte et Aricie, est froide et imdUe? Elle n'est sûrement ni l'on ni l'autre j elle contient une action , puisque Hippolyte y résout Aricie à le suivre et à s'unir avec lui; et je laisse à juger s'il y a de la froideur dans le développement du caractère d'IIippolyte , tel que nous venons de le voir.
Il porte le même jugement de la scène suivante entre Aricie et Thésée, et avec aussi peu de justice. Il prétend qu'elle ve prépare point Thésée à la justification de son fils. C'est nier l'évidence: il suffit ici de citer. Voici comme Aricie parle à Thésée :
Et coinineat souffrez-vous que d'iiorribles discours
D'une si belle vie osent noircir le cours?
Avez-vous de son cœur si peu de connaissance ?
Discernez-vous si mal le crime et l'innocence ?
Faut-il qu'à vos yeux seuls un nuage odieux
Dérobe sa vertu qui brille à tous les yeux ?
Ah! c'est trop le livrer à des langues perfides.
Cessez : repentez-vous de vos vœux Iioinicides.
Craignez , seigneur, craignez que le ciel rigoureux
Ne vous liaïsse assez pour exaucer vos vœux.
Souvent dans sa colère il reçoit nos victimes ;
Ses présents sont souvent la peine de nos crimes.