‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 79 sur 140 · JOSABETH · texte numérisé non relu

JOSABETH

Qui donc opposez-vous contre ses satellites?

JOAD

Ne vous l'ai-je pas dit ? nos prêtres , nos lévites.

JOSABETU.

Peut-être dans leurs bras Joas percé de coups...

JOAD

Et comptez-vous pour rien Dieu qui combat pour nous ? Toujours Dieu : et quand Athalie périra , c'est le bras de Dieu qui l'aura frappée , et qui cachera celui de Joad, qu'il était si essentiel de ne pas montrer. Ce sujet a quelque chose de si particulier, que le rôle d' Abner me paraît louable par une raison tout opposée à celle qui fait louer d'autres rô- \es : ceux-ci ne valent ordinairement qu'en raison de ce qu'ils font dans une pièce; celui d'Abner vaut en raison de ce qu'il n'y fait pas.

Avec quelle dignité s'ouvre cette première scène , où l'auteur a disposé tous les ressorts de son drame !

Oui, je viens dans son temple adorer l'Éternel: Je viens , selon l'u^ge antique et solennel , Célébrer avec vous la fameuse journée Où sur le Mont-Sina la loi nous fut donnée. Que les temps sont changés! Sitôt que de ce jour La trompette sacrée annonçait le retour, Du temple , orné partout de festons magnifiques , Le peuple s;;int en foule inondait les portiques ; Et tous , devant l'autel , avec ordre introduits , De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux fruits ,

Au Dieu de l'univers consacraient ces prémices :

Les prêtres ne pouvaient suffire aux sacrifices.

L'audace d'une femme, arrêtant ce concours ,

En des jours ténél)reux a cliangé ces beaux jours.

D'adorateurs zélés à peine un petit nombre

Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre.

Le reste pour son Dieu montre un oulili fatal ,

Ou même, s'empressant aux autels de Baai,

Se fait initier à ses honteux mystères.

Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères.

Je tremble ((u'Atiialie , à ne vous rien cacher,

■Vous-même de l'autel vous faisant arracher.

N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes ,

Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.

On a déjà vu dans ce peu de vers les sentiments religieux d'Abner, la solennité du jour faite pour sanctifier l'entreprise de Joad, le culte de Baal opposé à celui du Dieu de Jérusalem , l'impiété d'Athalie, et le péril du grand-prêtre. Il répond :

D'où vous vient aujourd'hui ce noir presseatinient ?

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