‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 80 sur 140 · AB\ER · texte numérisé non relu

AB\ER

Pensez-vous êti'c saint et juste impunément?

Dès long-temps elle hait cette fermeté rare ,

Qui rehausse en Joad l'éclat de la tiare ;

Dès long-temps votre amour pour la religion

Est traité de révolte et de sédition.

Du mérite éclatant cette reine jalouse

Hait surtout Josabeth , votre fidèle épouse :

Si du grand-piétre Aaron Joad est successeur,

De notre dernier roi Josabeth est la sœur.

Mathan d'ailleurs , Matlian , ce prêtre sacrilège ,

Plus méchant qu'Athalie , à toute heure l'assiège ,

Mathan de nos autels infâme déserteur,

Et de toute vertu zélé persécuteur.

C'est peu que, le front ceint d'une mitre étrangère ,

Ce lévite à Baal prête son ministère ;

Ce temple l'importune, et sou impiété

Voudrait anéantir le dieu qu'il a quitté.

Pour vous perdre, il n'estpoint de ressort qu'il n'invente:

Quelquefois il vous plaint, souvent même il vous vante;

II affecte pour vous une fausse douceur,

Et par-là, de son fiel colorant la noirceur.

Tantôt à cette reine il vous peint redoutable ,

Tantôt, voyant pour l'or sa soif insatialjle.

Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaissez

Vous cachez des trésors par David amassés.

Voilà le contraste de .Toad et de ]\Iatlian établi de manière à inspirer autant de vénération pour l'un que d'horreur pour l'autre. Cette supposition d'un trésor renfermé dans le temple est une préparation adroite et inaperçue d'un des principaux moyens du dénouement : oV.sf l'insatiable soif de l'or qui fera tomber Atlialie dans le piège.

Enfin, depuis deux jours, la superbe Athalie Dans un somlire chagrin parait ensevelie. Je l'observais hier, et je voyais ses yeux Lancer sur le lieu saint des regards furieux, Comme si , dans le fond de ce vaste édifice , Dieu cachait un vengeur armé pour son supplice.

Autre préparation du dénouement : on voit dcjà \evenfjeur cach^ dans le temple, et armé pour le supplice (ÏADmVw.. Elle-même croit le voir : Dieu et sa conscience la menacent en même temps.

Croyez-moi ; plus j'y pense , et moins je puis douter Que sur vous son courroux ne soit près d'éclater. Et que de Jézabel la fille sanguinaire A'e vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.

Attaquer Dieu! C'est entre Dieu et Athalie que la guerre est déclarée. Abner ne parle de Joad que pour montrer les dangers qui l'environnent. On connaît la réponse du grand-prêtre : il n'y a point d'enfant au collège qui ne la sache par cœur, et il n'y a point de connaisseur qui ne l'admire. Jamais on ne fut sublime avec plus de simplicité.

Celui qui met un frein à la fureur des flots

Sait aussi des méchants arrêter les complots.

Soumis avec respect à sa volonté sainte ,

Je crains Dieu , cher Abner, et n'ai pointd'autrc crainte.

Mais ce n'était pas assez de peindre cette fermeté qui l'ennoblit, il fallait annoncer ce saint enthousiasme qui caractérise l'homme capable de tout faire pour la cause de Dieu et de ses rois.

Cependant je rends grâce au zèle officieux Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux. Je vois que l'injustice en secret vous irrite , Que vous avez encor le cœur Israélite.

Le ciel en soit béni.

Voyez ce que c'est que le style du sujet : partout ailleurs cet hémistiche serait plat et trivial j à l'endroit où il est, il a de l'onction.

Mais ce secret courroux , Cette oisive vertu , vous en contentez-vous ? La foi qui n'agit point , est-ce une foi sincère ?

Est-ce une foi sincère? En prose, on dirait estelle une foi sincère? Le pronom démonstratif donne à la phrase une tournure bien plus vive. C'est le sentiment de la poésie qui inspire ces modifications du langage, que la grammaire nomme des licences , et que le goût appelle des découvertes.

Huit ans déjà passés , une impie étrangère Du sceptre de David usurpe tous les droits , Se baigne impunément dans le sang de nos rois. Des enfants de son fils détestable homicide ; Et même contre Dieu lève son bras perfide,

Hxiit ans déjà passés, manière poétique de dire, par l'ablatif absolu , il y a huit ans. Racine a enrichi la langue des poètes d'une foule de constructions de cette espèce*.

Et vous , l'un des soutiens de ce tremblant état , ■\'ous , nourri dans les camps du saint roi Josaphat , Qui sous son fils Joram commandiez nos armées. Qui rassurâtes seul nos villes alarmées, Lorsque d'Okosias le trépas imprévu Dispersa tout son camp à l'aspect de Jéhu ; Je crains Dieu, dites-vous, sa vérité me touche. Voici comme ce Dieu vous répond par ma bouche : Du zèle de ma loi que sert de vous parer ? Par de stériles vœux pensez-vous m'honorer ?

* Celle-ci est de Malherbe, dans la Prosopopée d'Ostende , et c'était à lui qu'il fallait en faire honneur :

Trois auf rltjà piiucs , théâtre dt In guerre , «le.

SIÈCLE DE LOUIS XIV. - POÉSIE

Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices ? Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses? Le sang de vos rois crie , et n'est point écouté. Rompez , rompez tout pacte avec l'impiété ; Du milieu de mon peuple exterminez les crimes , Et vous viendrez alors m'immoler vos victimes.

Tous ces vers sont traduits de l'Ecriture : c'est ainsi que parlaient les prophètes , et que doit parler celui qui exterminera Athalie.

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