‹ Lycée, ou, Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 92 sur 140 · VOLT.J · texte numérisé non relu

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Le premier qui se présente estRotrou. De tous ceux qui ont écrit avant Corneille , c'est celui qui avait le plus de talent; mais comme son P^enceslas, la seule pièce de lui qui soit restée , est postérieure aux plus belles du père du théâtre , on peut le compter parmi les écrivains qui ont pu se former à l'école de ce grand homme. Il fit plus de trente pièces, tant tragédies que comédies et tragicomédies : plusieurs sont empruntées du théâtre espagnol ou de celui des Grecs ; mais il a plus imité les défauts du premier que les beautés du second : il n'a pas même évité la licence grossière et les pointes ridicules qui déshonoraient la scène, et dont Corneille l'a purgée le premier. Sou Fenceslas mérite qu'on en parle avec quelque détail.

Le sujet est tiré de l'ouvrage espagnol de Francesco de Roxas, intitulé, On ne peut être père et roi', car les Espagnols font quelquefois d'un texte de morale le titre d'une pièce. Le fond en est vraiment tragique , quoique les ressorts en soient très défectueux. Les situations sont amené«s, à la manière espagnole, par des méprises , et ces méprises sont souvent sans vraisemblance. Tout l'édifice de l'intrigue porte sur un fondement qu'il est difficile d'admettre. L'infant , frère puîné de Ladislas, est amoureux de Cassandre, jeune princesse élevée à la cour de Venceslas, et fille d'un souverain allié de la Pologne. Il est aimé de sa maîtresse, qui consent, dans le cours de la pièce , à l'épouser en secret. Cependant la crainte qu'il a que cet amour n'offense son père le détermine à employer un stratagème assez extraordinaire ; c'est d'engager le duc de Courlande, ministre et fevori du roi , à se porter publiquement pour l'amant de Cassandre , et à paraître aspirer à sa main. Plusieurs raisons rendent cette supposition absolument improbable. D'abord, pourquoi l'infant craint-il tant d'offenser son père en aimant une princesse à peu près son égale , à qui Venceslas lui-même a tenu lieu de père? Il faudrait au moins donner quelque raison d'une crainte assez forte pour l'obliger à un mystère si étrange j et il n'en domie aucune. De plus , comment le duc de Courlande, qui de son côté aime l' infante Théodore , sœur du jeune prince, a-t-il consenti à feindre un amour si contraire à ses vues, qui peut le perdre dans l'esprit de celle qu'il aime , et donne en effiet à l'infante une jalousie qu'il doit s'em-

presser de détruire? Il devait donc au moins la mettre dans le secret : mais elle est trompée comme tous les autres personnages, parce que le poète a besoin de cette erreur , qui produit tous les événements du drame. Heureusement ils sont intéressants, et l'effet, comme il est arrivé souvent, a fait pardonner le moyen. Ladislas , éperduement amoureux de Cassandre , déteste un rival dans le duc , qui déjà lui était assez odieux par sa faveur et son crédit auprès du roi. Deux fois il impose silence à ce favori , à qui le vieux Venceslas a promis de lui accorder telle grâce qu'il voudrait en récompense d'une victoire remportée sur les Moscovites; et cette demande toujours suspendue amène, au cinquième acte, un trait généreux qui achève le beau caractère qu'il soutient dans toute la pièce. Ladislas, instruit, par un de ses agents , du mariage seeret de la princesse, qui doitse faire dans la nuit, et ne doutant pas que ce ne soit avec le duc , l'attend au passage ; et, trompé par sa prévention et par l'obscurité de la nuit, il tue son frère en croyant frapper le duc. Ce meurtre, quelque atroce qu'il soit , n'est pas ce qu'on peut reprendre ; il est suffisamment motivé par le caractère violent et la passion forcenée de Ladislas : le défaut réel est la mort d'un jeune prince innocent et vertueux , qui ne s'est montré jusque-là que sous un aspect favorable. Il n'y aurait rien à dire si l'intérêt portait sur cette mort, comme dans Britannicus, et qu'elle fût un dénouement; mais elle n'est qu'un épisode , et c'est un incident vicieux en lui-même de faire périr au milieu d'une pièce un personnage qui ne l'a pas mérité. Nous voyons toujours dans cet ouvrage les beautés naître des défauts ; et sans doute cette combinaison était du temps de Rotrou plus excusable qu'aujourd'hui. Cette mort de l'infant produit au quatrième acte une situation neuve , singulière , et pathétique. Ladislas , blessé lui-même par celui qu'il vient d'assassiner, et qui en tombant l'a frappé au bras d'un coup de poignard, s'est évanoui par la quantité de sang qu'il a perdu. Secouru par un de ses écuyers , il a repris ses sens , et paraît sur le théâtre, au milieu de la nuit, pâle, sanglant, égaré, respirant à peine. Il est avec sa sœur et son écuyer Octave, qui apprennent de sa bouche tout ce qui vient de se passer, et s'efforcent de le ramener jusque dans son appartement, lorsque son père se présente à lui , et surpris, effrayé de son état, lui en demande la cause. L'on conçoit aisément combien la scène est théâtrale ; et si l'on excuse la diction quelquefois familière, telle qu'elle était encore alors , l'exécution n'est pas moins belle. Ladislas , hors de lui, ne sait que répondre à son père.

sa.

Que lui dirai-je, hélas!

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