LA PRODUCTION ET LE TRAVAIL A LYON. — LE CAPITAL
Avant d'exposer l'état de la production et du travail à Lyon, il convient d'apprécier d'une manière très générale, ce qui les soutient et les met en œuvre, c'est-à-dire le capital. Il ne peut être question d'évaluer le capital lyonnais; vu sa dispersion et sa force d'expansion on ne pourrait arriver qu'à établir des calculs très incertains portant sur plusieurs milliards. Au reste, malgré les relations étroites qui existent entre toutes les sources de la richesse acquise, il faut, dans l'étude qui nous occupe, seulement s'enquérir de cette partie du capital qui s'emploie dans l'industrie et dans le commerce. De ce côté aussi, il serait téméraire d'avancer des chiffres, mais on peut faire quelques constatations qui éclaireront suffisamment. Lyon est richement pourvu de capitaux, puisque selon le langage économique, l'argent y est plus offert que demandé. C'est la caractéristique financière de Lyon, comme le contraire pourrait se découvrir à Marseille. Le capital commercial flottant, sans emploi, ou réservé, peut être [estimé, d'après ce que l'on connaît des dépôts dans les banques, comme beaucoup trop considérable, si on le rapproche de celui qui paraît plus que largement nécessaire pour tout notre travail industriel et commercial. Cette abondance de capital disponible, d'argent qui s'ennuie, n'est pas sans danger et n'a pas été étrangère aux excès financiers de 1881. A Lyon, on économise tout, sauf la force du capital qui est généralement
EDOUARD AYNARD. LYON EN l88o
disproportionnée aux affaires. Dans la fabrique de soieries, notamment, la surabondance de capital augmente les frais généraux par les pertes d'intérêts, ou bien fait subir des crédits à trop long terme, parce qu'on a trop de moyens d'attendre. De même les institutions financières sont trop puissantes pour la place. Lyon est la ville où la moyenne d'échéance de papier escompté à la Banque de France est la plus courte; les paiements de matières premières s'opèrent généralement à trente jours dans les principales industries et le crédit de banque est peu employé. Les valeurs mobilières de placement s'y absorbent avec une facilité particulière, et restent enfouies dans les portefeuilles. L'influence financière de la place de Lyon s'exerce particulièrement sur le bassin de la Loire dont elle possède la majeure part des valeurs houillères et métallurgiques, sur le midi de la France, sur la Chine et le Japon dont elle concentre les produits soyeux, sur l'Espagne et avant tout sur l'Italie, dont nous étions le grand marché séculaire de commerce et de banque, avant la guerre de tarifs, qui a été déchaînée en 1888.