LISTE DES EXPOSANTS LYONNAIS RÉCOMPENSES
Adolphe APPIAN. — Un Matin brumeux, au Bruce.
LES BEAUX-ARTS A LYON
'étranger qui, pour la première fois, arrive à Lyon, peut se demander : Suis-je dans une ville artistique?
Si son regard ne se porte que sur nos hautes maisons à cinq étages, aux façades nues, aux ouvertures symétriques, comme les cases d'un échiquier; si son œil n'est caressé que par la perspective des cheminées d'usine se profilant dans la brume, il a le droit de douter. Mais que notre visiteur dirige ses pas vers les larges quais d'où l'on voit le grand Rhône courir à la mer avec une fougue de cheval échappé, qu'il aille flâner au pied des coteaux sur lesquels s'étage un pittoresque enchevêtrement de maisons, de jardins, de pavillons et de clochers, suspendus et comme accrochés au milieu de la verdure, qu'il s'arrête dans nos vieux quartiers, devant une porte au cintre élégant, devant une grille curieusement forgée, il comprendra vite que
l'aspect de ces grands horizons, l'harmonieuse séduction de leur cadre et les traditions d'un glorieux passé ne sauraient manquer d'agir fortement sur l'âme des Lyonnais et d'y allumer une flamme assez vive pour percer leurs brouillards.
Ce sentiment artistique puisé aux sources d'une nature où la majesté s'allie à la grâce, alimenté par le culte du souvenir, est étouffé souvent sous la dure loi du travail, contenu par les incessantes préoccupations de la vie. Mais qu'il rompe ces entraves, qu'il force les serrures de sa prison et l'on assiste à l'éclosion du génie lyonnais portant la double empreinte du rivage où il est né et du milieu où
il a grandi.
L'inspiration native s'y recouvre d'un voile de méditation et ses grands élans ne vont pas sans des retours de philosophie attristée et rêveuse.
Comment en serait-il autrement? Le Lyonnais, cet âpre travailleur, dont on ne manque jamais de signaler les tendances mystiques, pouvait-il échappera cette propension, dans la solitude de son atelier ou l'obscurité de son comptoir?
Le pauvre canut trimant du matin au soir pour un maigre salaire, le négociant cloîtré au fond de son arrière-magasin, devaient tous deux avoir leurs aspirations et leurs songes enveloppés de la mélancolie d'un ciel souvent morose.
Semblables aux sources contenues, les âmes, ployées sous le perpétuel effort de la lutte pour l'existence, tendent à s'affranchir de la dure réalité par des échappées vers l'idéal.
Une population qui rêve en travaillant ne peut manquer de philosophes, de poètes et d'artistes.
Les uns fixent l'idée dans le moule .de la phrase ou dans le rythme du vers, ils s'appellent Ballanche, Ampère, de Laprade, Soulary, Pierre Dupont. Tisseur; les autres l'expriment sur la toile, ce sera Hippolyte Flandrin, Chenavard, Puvis de Chavannes, d'autres enfin la gravent dans la pierre ou la taillent dans le marbre, à la suite de nos vieux maîtres, Philibert Delorme, Simon Maupin, Coysevox et Coustou.
Et s'il faut un sourire à nos austérités philosophiques, ce sont les fleurs qui apporteront ce sourire sur la palette de Saint-Jean, de Berjon, de Chabal- Dussurgey auxquels font cortège Reignier, Maisiat, Lays, Perrachon, Rivoire, toute la pléiade de nos renommés fleuristes.
Le Lyonnais, qui n'est point sans parenté avec le Hollandais dont il se rapproche par l'esprit d'indépendance communale, la ténacité au travail, le goût de l'économie et l'amour du foyer, le Lyonnais professe pour ses fleurs le même culte que le bourgeois de Harlem pour ses tulipes. Il les aime par profession