AFFAIRES MUNICIPALES
On comprend la réserve avec laquelle nous devons apprécier les affaires municipales de Lyon; notre rapport se proposant de rendre justice à tout le monde, de signaler le bien social partout où il existe, et de nous affranchir de tout esprit de parti. Aussi n'entendons-nous parler des affaires de la ville, que dans leurs relations avec notre état économique. Au point de vue des engagements et des dettes, la situation financière de la ville est excellente; elle n'a point de dette flottante et n'a fait aucun emprunt depuis 1872, c'est-à-dire depuis dix-sept ans. Car on ne peut pas appeler emprunt, l'opération de conversion et d'unification de la dette, heureusement opérée en 1879, et qui était le contraire d'un emprunt, puisque par ce moyen on a pu à la fois réduire la dette et se procurer des disponibilités suffisantes pour écarter des emprunts nouveaux. C'est ainsi que, malgré les lourdes charges que nous avait léguées les
quelques mois d'administration désordonnée de 1 870-1 871 et qu'il avait fallu régler par vingt millions environ d'augmentation de la dette, ces charges de la o-uerre ont été non seulement amorties, mais on a encore réduit le passif consolidé de la ville, qui s'élevait au 4 septembre 1870 à 68 millions, à 5 3 millions environ au 31 décembre 1889. C'est donc une diminution de 15 millions, bonne à noter pendant une période d'exagération générale de toutes les dépenses publiques. On n'en a pas moins exécuté durant les seize dernières années et sans emprunt, pour environ 40 millions de travaux extraordinaires, consistant surtout en constructions de Facultés et d'écoles, d'édifices publics divers, et en améliorations de voirie au bénéfice des quartiers les plus déshérités. Le point culminant de la prospérité financière de la ville se fixe en 1880, alors que la mairie centrale a été rétablie. A ce moment, sur un budget d'environ 16 millions, il existait plus de 3 millions d'excédent de recettes assuré, sur les dépenses nécessaires; c'est-à-dire qu'un cinquième du budget pouvait être employé en travaux extraordinaires. Cette magnifique réserve a été largement entamée, soit par des dégrèvements intempestifs et inutiles, soit par une certaine prodigalité, provenant surtout de dépenses scolaires excessives et de la création de nouveaux emplois. On n'a pu appliquer aux travaux extraordinaires pendant le dernier exercice clos, c'est-à-dire en 1888, qu'une somme de 1,428,000 francs environ, soit la moitié moins qu'en 1880. La situation est encore bonne, mais elle est sur les limites de l'insuffisance pour les besoins d'une grande cité, et il ne serait pas étonnant qu'on songeât à rouvrir le livre de notre dette, depuis si longtemps fermé; car il reste un certain nombre de travaux publics utiles à exécuter. Trois grands ponts sur le Rhône sont à réédifier en même temps ; on n'a point fait de grandes opérations de voirie depuis 1870; quelques trouées sur la rive droite de la Saône et dans la presqu'île, paraissent indispensables pour mettre en pleine valeur de riches quartiers et surtout pour les assainir.
Les impôts que nous payons, à titre municipal, sont assez lourds puisqu'ils représentent environ 32 francs par tète; ils ne constituent point cependant par leur importance, une entrave à la production. 11 serait au reste facile à la municipalité d'y trouver des compensations, en s'appliquant à réduire le prix des eaux et du gaz, qui atteint à Lyon des proportions exorbitantes. Le gaz coûte 3 1 centimes \/.\ le mètre cube, sans que la ville se soit réservé une participation dans les bénéfices de la Compagnie principale (1). Dès 1880, on aurait pu
(1) Le traité de concession date de 1853.
réduire de 50 0/0 le prix de l'eau en sachant accepter les concessions faites par la Compagnie privilégiée, et il serait facile de procurer de grands avantages à la génération présente en remaniant le traité de la Compagnie du gaz, qui n'a plus qu'une courte durée (1903). Quoi qu'il en soit, l'avenir de la ville est assuré, pour peu qu'on observe une sagesse relative. Dans les premières années du xxe siècle et dès 191 5, la ville verra s'éteindre toutes ses dettes. S'il n'est pas donné au temps présent d'en jouir par anticipation, le retour au domaine municipal des concessions d'eau et de gaz pendant la même période, sera une cause de richesse budgétaire, ou d'économie pour l'avenir, selon les solutions qui seront adoptées.