INSTITUTIONS DE CHARITE ET D'ASSISTANCE
ON pourrait se dispenser de parler des questions de charité, de bienfaisance et d'assistance à Lyon, tant la belle réputation de notre ville est faite sur ce point. Le sentiment religieux, l'humanité ou le simple goût de faire le bien, ont créé à Lyon des institutions sans nombre où sont soulagées les misères humaines ; depuis le malade accidentel jusqu'aux incurables les plus repoussants, depuis l'enfant abandonné ou perverti, jusqu'au vieillard sans forces et sans ressources. Il y aurait tout un beau livre à faire sur la charité à Lyon; ce serait le recueil des vrais titres de noblesse de la vieille cité, et l'honneur de ce siècle généreux, qui, malgré ses agitations, restera grand parce qu'il a plus aimé qu'aucun autre l'humanité et la justice. Il nous est impossible assurément de comparer l'effort de la charité individuelle dans les diverses époques de notre histoire locale; cet effort a toujours été grand. Mais si l'on considère l'action de la bienfaisance, soit par l'application de quelques nouvelles lois et les contributions plus larges de la commune et du département, soit surtout par les ingéniosités multiples de l'initiative privée et de l'association charitable, il est facile de constater que le plus grand nombre des institutions de bienfaisance, en dehors des hôpitaux, datent de notre temps. A Lyon, sur nos centaines d'oeuvres diverses, nous ne retrouvons que l'œuvre de la Marmite et l'œuvre des Messieurs, procédant de l'admirable famille de saint Vincent de Paul, la Charité maternelle fondée par Marie-Antoinette, et deux de nos hospices, l'Hôtel-Dieu et la Charité, qui remontent au-delà de 1789. On trouvera dans notre Rapport un essai de nomenclature des œuvres de la charité lyonnaise : ne pouvant les apprécier toutes, et ne voulant être injuste envers aucune, nous
n'en citerons aucune. Mais puisque M. Maxime du Camp, dans son livre sur la Charité à Paris, déclare que l'œuvre la plus admirable qu'il ait rencontrée est celle des Dames du Calvaire, où des femmes du monde recueillent et soignent de leurs mains les infirmes abandonnés partout ailleurs, à cause de la hideur de leurs plaies, qu'il nous soit permis de dire que cette institution a été créée à Lyon en 1842 (1), trente-trois ans avant Paris.
11 convient aussi d'indiquer en quelques mots les traits particuliers de l'organisation de nos hospices. Cette grande institution, qui remonte au vne siècle, a traversé sans encombre toutes nos discordes et demeure respectée de tous en conservant une double originalité. Elle montre d'abord le spectacle d'une harmonie complète entre le laïque qui administre le bien des pauvres, et le religieux qui les sert dans la maladie. Les Frères et les Soeurs de nos Hospices ne font point de vœux; ils forment une sorte de congrégation libre, fixée dans chacun des Hospices, o'émigrant pas de l'un à l'autre, et qui n'est liée que par un serment d'obéissance envers l'Administration civile, serment rigoureusement respecté. L'autre originalité, c'est que nos établissements hospitaliers suffisent avec leurs seules ressources, non seulement aux malades de la ville de Lyon, mais encore à la région qui l'entoure; car la plupart des hôpitaux sont généraux et admettent sans s'enquérir du lieu de résidence.
Le fait est unique parmi les grandes villes, qui toutes sont obligées de contribuer au budget de leurs Hospices. Le revenu ordinaire des Hôpitaux de Lyon, qui s'élève à trois millions et demi, se puise uniquement dans la charité accumulée de nos pères (2), et encore ce revenu ne représente-t-il qu'imparfaitement la richesse réelle; car, outre leurs immeubles et leurs rentes, les Hospices possèdent encore environ 1,500,000 mètres de terrain dans la ville nouvelle, dont le rendement est très faible par rapport à la valeur du capital, qui peut représenter 1 50 millions et forme ainsi une incomparable réserve pour l'avenir. L'administration libérale de ces établissements a réalisé de grands progrès pendant ces dernières années, au point de vue de l'hygiène, de l'alimentation, de l'éducation professionnelle du personnel congréganiste, et de tous les moyens curatifs mis à la disposition d'un corps médical, qui se recrute uniquement par le concours, et est aussi réputé pour la science que pour la dignité du caractère. Le cercle de leur action ne cesse de s'étendre; l'Hôtel-Dieu et
(1) La fondatrice a été Mme Garnier-Cliabot.
(2) D'après la statistique dressée par Veniinac. préfet du Rhône en l'an X, le revenu des Hospices à cette époque était tombé à 459,371 fr. ; il s'élevait en 1789, d'après la même appréciation, à 1,510,827 fr.
la Charité, nous l'avons observé, datent seuls d'avant 1789; les hôpitaux et hospices de l'Antiquaille, de la Croix-Rousse, du Perron, des Vieillards de la Guillotière, de Sainte-Eugénie appartiennent à notre siècle. La création la plus récente (1887) est celle d'un hôpital pour les enfants et les convalescents à Gien près de Hyères, sur la Méditerranée.
Une seule partie de nos services hospitaliers paraît vraiïnent insuffisante ; les vieillards y sont admis beaucoup trop tard et le nombre des places qui leur sont réservées ne répond point aux nécessités. On ne reçoit que 700 vieillards dans nos hospices, ce qui ne correspond pas aux besoins de cette assistance, dans une population qui doit compter environ dix-huit mille personnes âgées de 70 ans (1). En principe, les vieillards ont droit d'entrée à partir de 70 ans, mais par rang d'inscription; en fait ils attendent si longtemps, que c'est trop souvent la mort qui se charge de mettre un terme à leur patience. De ce côté, l'Administration des Hospices ne peut, malgré son zèle, remplir toute sa tâche, qui est complétée par les trois hospices des Petites Sœurs des Pauvres, qui reçoivent 500 vieillards, par la Cité de l'Enfant Jésus et ses annexes qui donnent le logement à un nombre égal de vieillards mariés, [et enfin par un certain nombre d'asiles ou de refuges créés dans le même but de soulager la vieillesse (2). Il faudra toujours quelques hospices pour les vieillards sans famille ou abandonnés, mais pour l'ensemble des malheureux trop atteints par l'âge, ne pourrait-on point
(i)Le recensement de 1881 établit que 8 % Je la population se compose de personnes âgées de 60 ans et au-dessus ; il faut donc déduire le chiffre de mortalité présumée entre 60 à 70 ans.
(2) Voici comment on pourrait établir l'état de l'assistance à la vieillesse dans la ville de Lyon : f Hospices civils 700 vieillards .
1 \ Petites-Sœurs des pauvres 500 »
,„,,..,„„ < Dépôt de mendicité (section des vieil-
ASSISTANCE \ r ^
complète / lards de la ville) 400 »
\ Hospices privés 250 »
,' Œuvie de l'abbé Rambaud 500 a
I Pensions de 100 fr. données par la
2 1 Ville 1.250
/ Pensions de la société de secours