PAR
Emile BOURGEOIS
Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon.
L'Enseignement à Lyon en 1889
Par Emile BOURGEOIS
l y a un art lyonnais, dont le secret est gardé là-haut, dans les petits ateliers et les grandes maisons de la Croix- Rousse, par des générations d'ouvriers, poètes à leur manière, sous notre ciel brumeux, et peintres assurément. Quand on voit à quelle science magistrale de la décoration l'industrie de la soie s'est élevée au temps de Philippe de la Salle, et quelles allures encore les étoffes lyonnaises avaient à la dernière Exposition, on ne doute pas de la réalité et de la valeur de cet art. Il y a par le monde d'autres fabriques de soie que celles de Lyon, outillées à souhait, soutenues par de puissants capitaux; mais elles viennent prendre et parfois dérober leurs modèles à Lyon, jusque sur les métiers des Lyonnais qui, seuls, appuyés sur une tradition de près de cinq siècles, ont en ce genre le sens et le désir du beau, que les capitaux ne créent point et que la mécanique détruirait plutôt : En avant Lyon le meilhor!
Il y a une charité lyonnaise, qui, comme l'art de la soie, est pour la cité un titre de noblesse. C'est une noblesse qui remonte au delà des croisades, d'autant plus grande qu'elle est fondée non sur des souvenirs de prouesses militaires,
mais sur une tradition séculaire de bienfaisance obstinée, éclairée, anonyme. Où donc trouverait-on ailleurs qu'à Lyon huit hôpitaux et hospices, ouverts à tous les malheureux de la ville et de la région, sans que les pauvres contribuent à leur entretien sous forme d'impôts publics, départementaux et municipaux? L'administration hospitalière de Lyon est un modèle du genre, comme sa fabrique. Et à côté d'elle, que d'œuvres particulières fondées hier, ou prêtes à se fonder demain, dès qu'une misère est signalée ou un moyen nouveau de soulager des misères anciennes. Le bien se fait comme le beau : la charité de chacun s'absorbe dans des bonnes œuvres sans nom. Mais les unes et les autres, œuvres du cœur ou de l'imagination, ont une marque qui les distingue entre toutes les œuvres similaires et pourrait justifier la devise de la cité : En avant Lyon le meilhor !
11 y a aussi un enseignement lyonnais, c'est-à-dire une manière lyonnaise d'entendre la science, d'aimer la vérité et de la transmettre. Personne à Lyon ne s'étonnera de cette assertion, car tout le monde y connaît les institutions d'enseignement qui sont spéciales à la cité. Mais au dehors, c'est une autre affaire. Moins de gens peut-être ont examiné à l'Exposition les vitrines de nos écoles que celles de nos fabriques. Et beaucoup pourtant auraient trouvé dans les unes comme dans les autres de quoi les surprendre, je ne dis pas toujours aussi agréablement. Pour les visiteurs par exemple, qui auraient voulu y admirer la constante uniformité d'un enseignement d'État, imposé heure par heure à toutes les communes de France, grandes et petites, par l'administration centrale et rien d'autre, la surprise eût été tout à fait désagréable. Ils auraient appris qu'à Lyon ce beau rêve maladroit de centralisation intellectuelle n'est pas près de se réaliser, qu'on s'en éloigne le plus qu'on peut, et qu'avec le temps on espère bien le détruire. 11 appartient au livre d'Or de l'Exposition lyonnaise de consigner ces tendances, d'enregistrer ces espérances. Elles sont des titres de gloire pour la cité, en ce siècle qui va passer, les garants de sa grandeur dans l'avenir.
Certes, il y a à Lyon un enseignement d'Etat très prospère, un enseignement primaire admirablement dirigé, outillé, installé dans de grands locaux aérés et spacieux; deux lycées de garçons, dont l'un a fait ses preuves depuis longtemps, dont l'autre, installé en pleine campagne, à Saint-Rambert, devrait être le modèle des internats, si tant est qu'il y ait des internats modèles; un lycée de jeunes filles qui a trop d'élèves pour la place dont il dispose; des Facultés enfin qui sont au premier rang, après Paris, en France. Comment en
E. BOURGEOIS. — l'ENSEIGNEM ENT A LYON EN 1 889