‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889 (volume 2)Chapitre 28 sur 97 · IO · texte numérisé non relu

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serait-il autrement, lorsque l'Etat a confié le soin de ce triple enseignement à un homme dont le caractère et la science ont mérité l'estime et la sympathie de tous les Lyonnais, dont l'esprit est ouvert à tous les progrès, d'un recteur, M. Charles, qui semble avoir pris pour devise la devise même de Lyon ?

Quels que soient cependant les progrès réalisés par son administration l'œuvre qui se poursuit à Lyon, par l'initiative et sous le contrôle de l'État, ne diffère pas essentiellement de l'œuvre analogue de réorganisation que l'État a entreprise dans d'autres grandes villes : à Bordeaux, à Nancy, à Lille. L'école primaire à Lyon a les mêmes programmes, les mêmes livres, les mêmes instituteurs qu'à Toulouse. Le Lycée de jeunes filles y est organisé de la même manière que dans toutes les villes de France. Notre cité a été un terrain favorable aux semences d'éducation et d'instruction que la République y a jetées depuis dix ans, comme sur toute la surlace du territoire, et la moisson y lève déjà, abondante et forte. La ville de Lyon s'est associée aux efforts de l'Etat, elle a donné une large hospitalité aux institutions, aux facultés, lycées, écoles que le gouvernement lui apportait. Mais elle n'a eu en somme ni l'initiative, ni la direction de ce mouvement de réorganisation scolaire. C'est un grand honneur pour elle d'y avoir concouru, et sa bonne volonté marque un grand progrès dans l'état d'esprit de nos concitoyens depuis un siècle. Nous voilà loin du temps où le Consulat lyonnais s'opposait à la création d'une Université à Lyon, << pour ne pas détourner les jeunes gens du commerce et de l'industrie ».

Mais, en matière d'enseignement, les vrais titres d'honneur de la cité lyonnaise ne sont pas là. Son mérite est moins d'avoir aidé l'État à faire ce qu'il faisait, que de l'avoir devancé, en faisant ce qu'il ne faisait pas. Guidée par un instinct sûr, servie par un bons sens pratique, elle a eu son programme d'instruction à elle, et l'a réalisé avec une patiente obstination, en ce siècle qui comptera parmi les plus grands et les plus féconds de son histoire.

Ce programme, elle le formulait en 1763. La suppression des Jésuites rendit alors à la ville la propriété et la direction de ses collèges. On n'avait pas encore imaginé de confisquer au profit de l'État les établissements d'instruction, et le gouvernement royal, plus libéral en ce sens que l'État aujourd'hui, pensait avec raison que personne ne pouvait être meilleur juge des besoins d'esprit d'une ville que les notables de cette ville, qui en connaissent les besoins et les intérêts matériels. Le Consulat et les notables avaient en 1763 le droit de donner leur avis sur l'organisation et la direction des collèges. Ils le donnèrent : ils se plaignirent qu'on usât les années fécondes de la jeunesse tout entière

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dans l'étude sèche, difficile et inutile pour beaucoup, des langues mortes. Ils ne niaient pas la beauté et l'utilité pour quelques-uns de l'éducation classique : mais ils la proclamaient dangereuse, si on l'appliquait sans discernement à toutes les intelligences. Ils demandaient ce que beaucoup d'esprits éclairés aujourd'hui demandent sans l'obtenir, que des deux lycées de la ville, l'un restât consacré à l'enseignement classique, l'autre fût livré à l'enseignement moderne. Cet enseignement aurait pris l'enfant à quatorze ans au sortir de l'école primaire : il eût consisté surtout dans l'étude des langues modernes et des sciences, de l'histoire et particulièrement de l'histoire de Lyon. Faute de maîtres, ce programme, si original pour le temps, ne fut pas appliqué : l'administration municipale fut obligée de donner aux Oratoriens la succession des Jésuites. La routine des professeurs fut plus forte que les idées si nouvelles des magistrats lyonnais.

Mais les idées justes font toujours leur chemin. Celles-là, depuis 1763, se sont répandues peu à peu dans toutes les classes de la population lyonnaise : elles forment comme un air que chacun respire, dont l'étranger se pénètre après un court séjour, et dans lequel se développent, par le concours et l'accord de toutes les bonnes volontés, des institutions libres appropriées à leur milieu naturel.

Ce n'est pas un hasard si Bourgelat a fondé à Lyon en 1761 la première Ecole vétérinaire qui ait existé au monde. Bourgelat était un Lyonnais, en même temps qu'un savant. Il connaissait la nature de la vraie science, il comprenait aussi le prix et les avantages que la pratique devait en retirer. La science n'était pas pour lui une curiosité d'amateur, ni la pratique, un ensemble de recettes. Il voulait que l'une éclairât et guidât l'autre; il créa ce jour-là un enseignement professionnel et le plus haut, celui qui se met sans cesse à la recherche de nouvelles vérités scientifiques, pour réaliser chaque jour dans la pratique de nouveaux progrès. Il créa donc cette école, qui devint le type des établissements similaires, plus encore: une tradition. Ses successeurs, Chauveau, Arloing, l'ont continuée avec éclat. C'est avec fierté que la cité lyonnaise peut rapprocher le nom de Bourgelat de ceux de Cuvier et Vicq d'Azir, le nom de Chauveau de celui de Pasteur. A cent ans d'intervalle, c'est à l'École vétérinaire de Lyon que la France a emprunté les chefs et les représentants de sa médecine vétérinaire, un art dont, depuis Bourgelat, la direction appartient à la science, pour le plus grand profit et honneur de la pratique même.

Au commencement de ce siècle, l'enseignement professionnel a remporté à Lyon une autre victoire. Le collège moderne, que le Consulat voulait fonder

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