E. BOURGEOIS. L'ENSEIGNEMENT A LYON EN
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en 1763, l'a été soixante-dix ans plus tard, grâce à la bienfaisance éclairée du major Martin. Tandis que l'empire reprenait et imposait à tous les lycées l'enseignement condamné des Jésuites, ce Lyonnais, qui avait appris aux Indes, par lui-même, la puissance moderne de l'esprit commercial, donnait à ses concitoyens, en 1800, le moyen de corriger les vices de l'organisation impériale dont nous soulTrons encore. La Martinière était fondée par un legs de deux millions qu'il fit à sa cité natale, école professionnelle destinée à l'étude des sciences et des arts appliqués à l'industrie et au commerce. On n'a pas eu la prétention, qui eût été absurde, de former dans cette école la jeunesse lyonnaise à l'usage d'autant de professions qu'il peut y en avoir dans une grande ville, d'en faire une multitude d'écoles d'apprentissage juxtaposées. Son fondateur, Tabareau, ancien élève de l'Ecole polytechnique, doyen de la Faculté des Sciences, était un vrai savant qui n'aurait jamais consenti à faire de l'établissement qui lui était confié une maison d'apprentissage manuelle : c'était l'esprit de la jeunesse ouvrière, non ses mains qu'il entendait former. Il inventa, pour y réussir, une méthode d'enseignement par les sciences et le dessin, toute moderne et toute neuve, qui est un vrai chef-d'œuvre de pédagogie pratique. L'Etat l'a reconnu, en empruntant pour ses écoles de dessin le type de l'enseignement à la Martinière. Quel dommage qu'il n'ait pas encore fait de même, pour renouveler et l'on peut dire pour créer cet enseignement spécial des lycées, qu'on nous a présenté autrefois comme quelque chose d'infiniment moderne et varié, et qui n'est guère resté à l'heure actuelle qu'un enseignement classique imparfait et découronné?
Il y a un certain nombre de conditions à réaliser pour taire un véritable enseignement moderne, adapté aux besoins de notre société; consulter les hommes, industriels, négociants, ingénieurs, qui sont à la tête de cette société et connaissent ses besoins, non pas une fois, mais mille, et d'une façon constante — créer avec eux, non une œuvre uniforme, mais propre et vraiment spéciale aux diverses régions de la France; — donner enfin à cette éducation la sanction de diplômes qui ouvrent aux élèves non les écoles du gouvernement, mais les fabriques et les maisons de commerce, qui peuplent le pays non de nouveaux fonctionnaires, mais d'hommes préparés aux affaires. La Martinière a réalisé pour Lyon toutes ces conditions, tandis que pour la France l'État décrétait, imposait et en somme échouait.
La Martinière a été longtemps la seule œuvre de ce genre qui existât en France : elle garde encore, au milieu des institutions similaires qui sont nées
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depuis dans d'autres villes, son originalité et sa marque propre. Il en est ainsi de tous les organismes qui ont été pourvus à leur naissance des moyens nécessaires à leur développement dans le milieu où ils sont placés. Leur développement se fait conformément à leur nature. On ne saurait plus concevoir Lyon sans la Martinière; on imitera, on a imité la Martinière au dehors; elle ne peut être qu'à Lyon ce qu'elle est. Voilà le véritable enseignement spécial.
Un bienfait ne vient jamais seul : il y a une contagion du bien comme du mal, et, pour le plus grand profit de l'humanité, il faut plus espérer encore de l'une que craindre de l'autre. L'exemple du major Martin a déterminé à Lyon tout un courant de libéralités en faveur de l'enseignement professionnel : la Martinière en a profité d'abord; les legs qui lui ont été faits en 1843, en 1873, en 1876, ont accru sa fortune et sa prospérité; un seul legs récent, celui de Mme de Cuzieu, lui permettra d'étendre son enseignement aux jeunes filles de la classe ouvrière.
Le plus grand effort qui ait été fait en ce sens depuis la création de la Martinière, et parla seule bonne volonté de nos concitoyens, c'est la constitution de la Société d'enseignement professionnel du Rhône (1864). La Martinière prend les enfants à quatorze ans, au sortir de l'école primaire, mais elle ne fait rien pour les adultes qui, en 1864, n'avaient pas reçu les bienfaits de l'instruction primaire, et pouvaient encore moins prétendre à une instruction professionnelle, à la fois théorique et pratique. Cette lacune n'a pas été plutôt signalée qu'elle a été comblée, grâce à l'initiative d'hommes généreux et éclairés qui ont groupé dans tous les quartiers de la ville et de la banlieue plus de 200 professeurs, autour d'eux 6.000 élèves adultes, et constitué un budget annuel de près de 100.000 francs. La Société a sa méthode d'enseignement propre, comme la Martinière, ni trop élevée, ni trop pratique, comme il convient à un véritable enseignement professionnel; elle a su associer et intéresser ses élèves, par l'intermédiaire des commissaires désignés élus par eux, à ses opérations, à sa prospérité, à son avenir. D'une société, elle a fait une sorte d'école mutuelle et presque une famille. Elle a fait le bien, en répandant le vrai : tant il est vrai que tout ce qu'il y a de grand dans la nature et la société humaine ne se sépare point.
Depuis, les écoles techniques se sont multipliées à Lyon autour de ce noyau primitif. La Chambre de Commerce a créé une École de Commerce, la Ville une Ecole de Tissage; des ingénieurs et des industriels se sont unis pour constituer une Ecole Centrale Lyonnaise qui fournit des collaborateurs utiles aux
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