‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889 (volume 2)Chapitre 77 sur 97 · M. A. LUMIERE ET SES FILS · texte numérisé non relu

M. A. LUMIERE ET SES FILS

sont maintenus constants, quel que soit l'état atmosphérique extérieur. Cette condition, d'une importance capitale pour une fabrication régulière, est réalisée par l'emploi de machines réfrigérantes, de réchauffeurs et de régulateurs de température conçus et exécutés pour le but même qu'ils doivent remplir.

Après le séchage on procède à un essai scrupuleux d'échantillons prélevés en différents points des séchoirs, et les plaques, soigneusement choisies, sont coupées transversalement, puis mises en boîtes. Ces dernières opérations, pour être menées rapidement et régulièrement, nécessitent un matériel spécialement construit à cet effet, et dont la description nous entraînerait trop loin.

Les salles de préparation, laboratoires et coupages, sont éclairés par la lumière artificielle dont la constance permet seule d'éliminer toute une classe d'insuccès. A la lumière rouge, primitivement adoptée, on a dû substituer la lumière verte, par suite d'accidents ophtalmiques survenus chez les employés astreints à séjourner de longues heures dans les laboratoires.

L'éclairage est obtenu par l'interposition d'écrans jaunes et verts superposés, choisis au spectroscope. La combinaison adoptée ne laisse passer que des radiations dont les longueurs d'ondes sont comprises entre 490 et $6o millionièmes de millimètre. On voit donc qu'elle donne toute garantie, à la condition expresse de n'employer que la lumière artificielle telle que le gaz, la bougie, ou la lumière électrique par incandescence. Ce sont d'ailleurs les sources d'éclairage adoptées par MM. Lumière.

La force motrice est fournie par trois machines à vapeur d'une puissance totale de 80 chevaux, qui, indépendamment des divers organes spéciaux à la fabrication des plaques, actionnent une dynamo (100 volts, :oo ampères) d' Edison, servant à l'éclairage; une dynamo de Gramme (2 volts, 800 ampères) appliquée à la production de planches en photogravure ; des ventilateurs ; diverses machines-outils pour le travail des métaux et des bois, la fabrication des caisses d'emballage, etc., etc

L'usine Lumière occupe une superficie de 6,000 mètres carrés.

Elle comporte, comme on l'a vu, tous les ateliers nécessaires à la fabrication des plaques. A côté de ceux-ci il en est d'autres répondant aux besoins d'une constante amélioration du matériel, à d'incessantes transformations en vue

d'une production, on ne peut dire plus parfaite, mais plus rapide et plus abondante. Elle a ses forges, ses ateliers de menuiserie, de serrurerie, de mécanique, ses laboratoires d'analyse, de transformation de résidus, etc.

Elle occupe ainsi les ouvriers de nombreuses corporations.

Elle est sortie créée de toutes pièces des mains de ses chefs; eux-mêmes ont fait son merveilleux ordonnancement. Tout a été construit sur leurs plans et sous leur direction : ateliers, machines de toute nature, appareils d'aération, d'éclairage électrique, de force motrice, etc.

Il faut signaler encore un atelier pour la fabrication des plaques souples ; un autre pour la fabrication du papier sensibilisé.

Mais à côté de ces ateliers-modèles, répondant aux besoins d'une si importante industrie, sont des laboratoires spéciaux où la plupart des découvertes scientifiques se rattachant à la photochimie sont mises à profit par MM. Lumière, où de nouvelles découvertes, en germe depuis longtemps dans leur esprit, ont leur point de départ. Nous soulèverons ici un coin du voile en signalant leurs études micrographiques qui ont attiré l'attention du monde médical lyonnais.

Pour revenir à l'objet principal de cette rapide étude et pour conclure, affirmons que l'entreprise de MM. Lumière, la fabrication des plaques sèches, intéresse Lyon à tous les points de vue; affirmons aussi que leur mérite est au moins égal à celui des hommes qui, avec l'industrie de la soie, ont fait de notre petite patrie, la riche cité industrielle que l'on sait. Une industrie nouvelle, outre qu'elle aide à la vie d'un certain nombre de citoyens, a ses effets qui se répercutent sur la masse, dans le sens le plus favorable. Elle est un bienfait pour le pays comme pour la cité où elle s'implante et se développe. La preuve en est faite.

L'usine de MM. Lumière aura un jour :

Ses milliers de bras et ses milliers Je cœurs.

De ses ateliers il sort chaque jour des œuvres d'art. On en peut juger par les planches que renferme cet ouvrage. Les plaques pour la photographie qu'elle produit ont obtenu dans toutes les Expositions les plus hautes récompenses; elles vont aujourd'hui dans le monde entier, dans les plus lointains pays, porter le nom de ses fondateurs et aussi un des ravons de notre srénie national.

LUTHERIE ARTISTIQUE

Paul Blanchard, luthier

Fournisseur du Conservatoire National de Musique de Lyon

Blanchard, natif de Mirecourt, la cité Lorraine d'où sont sortis tous nos illustres luthiers français, les Lupot, Vuillaume, Gand, Silvestre, etc., a fait son apprentissage dans sa ville natale (maison A. Darte, beau-fils et successeur de N. Vuillaume) ; il vint ensuite travailler pendant sept années dans la maison Silvestre, à Lyon, où il acquit la connaissance des anciens instruments, et s'établit en 1876 dans cette ville. Depuis cette époque M. Blanchard s'est livré avec succès à la réparation des anciens instruments et à la facture des instruments neufs en s'inspirant des traditions des anciens luthiers italiens et français.

Voici l'appréciation autorisée de M. A. Vidal (1). « Belle lutherie, facture soignée, patrons élégants, filets d'une grande pureté, vernis rouge-brun à l'huile bien réussi. Aucune imitation de vieux ». Son atelier est devenu le

(1) La lutherie et les luthiers (page 207) Antoine Vidal (Qu.uuin, éditeur).

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rendez-vous de tous les dilettantes lyonnais, parmi lesquels il compte de nombreux amis: artistes et amateurs s'y rencontrent, dissertant sur l'art musical. M. Blanchard a exposé à Paris un double quatuor d'instruments à archet, comprenant : quatre violons, deux altos, deux violoncelles d'une excellente sonorité ; les artistes Lyonnais ont tellement apprécié la valeur de ces instruments, qu'ils en ont fait l'acquisition avant même leur expédition à Paris. On retrouve effectivement dans leur facture toutes les qualités dont parle M. Vidal et que le Jury de la classe XIII a confirmées en décernant la médaille d'argent à cet habile luthier.

C'est un succès dont il doit être fier; car, c'est la première fois qu'il expose.

M. ELOPHE POIRSON

lophe Poirson, lauréat d'une médaille de bronze, se qualifie modestement de Luthier amateur. Il occupe, en effet, dans l'administration des télégraphes une importante situation. Cela n'empêche pas cet exposant d'avoir fait passer sous les yeux du jury des instruments aussi remarquables par la beauté de la forme que par les >g&> "o^t^pk-<sa-T^i' exceptionnelles qualités du son. M. Poirson qui a commencé seul et qu'au début les luthiers de profession ne daignaient même pas discuter, est en passe, selon le mot de Marsick, de devenir le premier luthier de notre époque. C'est un chercheur, un obscur et un savant. Il a longuement étudié les formes et les procédés des grands maîtres, non pour les imiter servilement, mais pour chercher à surprendre le secret de leur fabrication. Ses progrès dans l'art de la lutherie sont d'ailleurs étonnants. Il produit maintenant et à coup sûr des instruments de plus en plus parfaits. Certains d'entre eux sont déjà connus et réputés dans le monde des artistes. On sait que Marsick, qui n'a pas craint de confier à Elophe Poisson son Stradivarius pour le lui faire réparer de fond en comble, joue d'habitude sur des violons du jeune et éminent luthier lyonnais. Au

surplus, la médaille que des maîtres luthiers peu favorablement disposés vis-à-vis d'un « amateur » qui n'a pris ses grades ni à Mirecourt, ni dans un atelier, ont cependant été forcés de décerner à M. Poirson, démontre bien significativement quelle supériorité artistique et matérielle ils ont reconnue dans l'œuvre si étonnamment personnelle de ce télégraphiste faisant des chefs d'œuvre de lutherie à ses moments perdus.

Maison MERKLIN & C

îÉputation artistique justement acquise et brillamment consacrée par de nombreuses distinctions et récompenses décernées à M. J. Merklin ou aux établissements qu'il a dirigés ; maison depuis longtemps classée parmi les premières dans la facture des orgues par les travaux considérables qu'elle a exécutés.

îi$Mj^$$^^& ®n connaît à Lyon les orgues électriques du Temple

des Brotteaux, de Saint-Nizier et de Saint-Bonaventure, à Paris celui de Saint- Jacques-du-Haut-Pas, et les orgues de chœur de Notre-Dame et de Sainte- Clotilde; c'est un instrument du même système qui était exposé dans la galerie Desaix. Divisé en deux parties, distantes de 20 mètres chacune des claviers disposés au milieu de la salle, il donnait l'idée juste des ressources innombrables et des facilités d'installation, qu'on peut obtenir avec cette ingénieuse application. En accordant à MM. Merklin et Cie la seule médaille d'or donnée aux "•randes onrues le Jury a reconnu le service inappréciable qu'ils ont rendu à l'Art national en appliquant aux grandes orgues les procédés électro-pneumatiques.

Mal°ré le beau résultat obtenu par cette application la Maison Merklin n'a pas abandonné la construction des instruments à mécanisme ordinaire, employé par eux avec tant de succès dans les orgues de Saint-Eustache de

Paris, Saint-Nicolas de Fribourg, à l'église Nationale de Saint-Louis-des- Français à Rome, et pour les cathédrales de Lyon, Rouen, Clermont, Montpellier, Moulins, etc., etc.

En 1847 e* '8)5 des récompenses de re classe avaient été déjà accordées à la Maison Merklin, en 1867 et 1878 elle obtint deux médailles d'or ([). M. J. Merklin fondateur de la maison fut fait chevalier des ordres de Léopold en 185 5, et d'Isabelle la Catholique en 1857; Chevalier de la Légion d'honneur en 1867, il fut nommé commandeur de Saint-Grégoire-Ie-Grand en 1881.

(i)En 1886, à l'Exposition des Arts et Sciences industriels à Paris, elle reçut un diplôme d'honneur, et la même année l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de la Ville de Lyon lui décerna une médaille d'or (Prix Lebrun).

M. CL. MARTIN

ans la Classe 14, réservée à la médecine et à la chirurgie, l'exposition la plus remarquable était incontestablement celle de M. Cl. Martin, médecin-dentiste de notre ville. Le jury l'a d'ailleurs reconnu en lui décernant, à l'unanimité, un grand prix, qui le met au premier rang, en avant même de ses confrères de Paris, dont les plus qualifiés n'ont obtenu qu'une médaille d'or.

M. Martin avait exposé dans de larges vitrines, non seulement les nombreux perfectionnements qu'il a apportés à l'art dentaire, mais encore des exemples de ses tentatives heureuses sur les restaurations de la face prouvant qu'à côté des connaissances strictement professionnelles, il a poursuivi avec persévérance, talent et succès, des opérations qui sont du domaine de l'art chirurgical le plus délicat.

Grâce à son intervention, de nombreux malades qui avaient perdu, à la suite de lésions diverses, une lèvre, le nez, l'œil, ou même une partie plus considérable de la face, ont recouvré un visage à peu près régulier et normal. Ces restaurations ne présentent pas seulement un intérêt au point de vue de l'esthétique, elles rétablissent le plus souvent le fonctionnement naturel des organes, et toujours font disparaître la répulsion insurmontable qu'inspirent les malheureux affligés de ces déformations.

La perfection obtenue par les procédés de restauration de M. Martin sont tels, qu'un jour, M. le professeur Verneuil, les citant au cours d'une leçon sur la rhinoplastie, continua dans ces termes : « Une preuve du talent avec lequel sont faits ces appareils, c'est que personne d'entre vous, Messieurs, ne s'est douté jusqu'à présent que, dans la salle, se trouve un auditeur porteur d'un de ces nez artificiels ». Et chacun de regarder le nez de son voisin. On ne reconnut le mutilé que parce que son visage se mit à rougir, tandis que son nez le trahissait en restant d'une pâleur désespérante (Progrès médical).

Nous ne pouvons donner une idée plus précise de l'ensemble de ces travaux qu'en reproduisant l'appréciation de l'éminent chirurgien dont Lyon s'honore, M. Ollier, qui a écrit la préface du dernier ouvrage de M. Martin.

« Depuis 50 ans, l'art de réparer les défectuosités des arcades dentaires, de la voûte palatine et du voile du palais, a fait d'intéressants progrès, et, dans tous les pays, des dentistes habiles ont souvent découragé les chirurgiens qui essayaient de lutter avec eux par la reconstitution autoplastique des organes absents ou mal formés. L'ablation et les résections des maxillaires ont aussi donné lieu à l'invention de nombreux appareils prothétiques qui témoignent de l'ingéniosité et de l'habileté de leurs auteurs, en rendant les plus utiles services au point de vue orthopédique et fonctionnel.

« Mais, jusqu'ici, lorsqu'il s'agissait de réparer les difformités de la face qui succédaient à l'ablation totale ou à la résection des maxillaires, on attendait la guérison de la plaie opératoire. On ne remplaçait que secondairement l'os enlevé, en luttant contre les rétractions cicatricielles déjà formées. On ne pouvait adapter alors une pièce d'égale dimension, car la loge primitive s'était graduellement réduite par le rapprochement concentrique des bords et des faces de la plaie profonde. On n'arrivait par cela même que tardivement, lentement et avec beaucoup de peine à la correction de la difformité. Souvent même, on était obligé de se contenter d'une correction approximative.

M. CL. MARTIN

(( C'est pour n'avoir pas à faire ces corrections secondaires, qui avec le temps deviennent de plus en plus difficiles, que M. Martin a eu l'idée de la prothèse immédiate, c'est-à-dire du remplacement immédiat de l'os enlevé par une pièce prothétique de même forme, qu'il fixe solidement sur les restes de l'os et qui reconstitue d'emblée la forme de la région.

« On n'a qu'à parcourir le livre de M. Martin (i) et l'on verra, par les nombreuses photographies qui y sont reproduites, la perfection de forme qu'on obtient par cette nouvelle méthode de prothèse

« Le même principe a été appliqué à la rhinoplastie. Construire, bâtir un nez avec la peau et les parties molles, sur un support en platine fixé d'une manière invariable dans les os voisins, telle est l'idée de la méthode de rhinoplastie que M. Martin a appliquée pour la première fois sur un malade de Létiévant en 1877 {voir les dessins en tête de cette notice) et dont M. Poncet a communiqué un bel exemple au Congrès de Nancy en 1886. C'est une heureuse combinaison de l'autoplastie avec la prothèse.

« Tous les chirurgiens ont eu l'idée de soutenir pendant un temps plus ou moins long le nez après la rhinoplastie. Dans les opérations que j'ai faites en grand nombre, autrefois, j'employais les soutiens les plus variés, mais personne, que je sache, n'avait eu l'idée d'implanter dans le pourtour osseux des fosses nasales des charpentes métalliques qui devaient y rester indéfiniment et servir de soutien au nez dont on ne pouvait refaire le squelette.

« 11 vaut mieux, sans doute, un support osseux pris sur le sujet lui-même quand on peut l'obtenir par la combinaison de l'ostéoplastie périostique et de l'ostéoplastie directe. Mais comme il est souvent impossible de trouver autour du nez les éléments de cette charpente, la rhinoplastie sur support métallique permanent constitue un véritable progrès.

<( Ce n'est pas seulement sur la rhinoplastie proprement dite que s'est exercé l'esprit inventif de M. Martin, les diverses difformités du nez ou de la

(1) De la prothèse immédiate appliquée à la résection des maxillaires. — Rhinoplastie sur appareil prothétique permanent. — Restauration de la face, lèvres, «rç, langue, voûte et voile du palais, par Cl. Martin, médecin-dentiste de l'Ecole du Service de Santé militaire, officier d'Académie, lauréat de l'Académie et de la Faculté de Médecine de Paris, de la Société nationale de Médecine de Lyon (médaille d'or) G. Masson, éditeur. Storck, imprimeur.

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cloison et des autres organes de la face lui ont fourni l'occasion d'imaginer des appareils ingénieux

« Presque toutes les observations consignées dans le livre de M. Martin ont été prises dans les services des hôpitaux de Lyon et les sujets en ont été présentés aux Sociétés de Médecine ou des Sciences médicales. Depuis, les résultats en ont toujours été contrôlés le plus loin possible de l'opération ce qui donne une valeur démonstrative qu'il est inutile de faire ressortir.

« Témoin depuis quinze ans des efforts incessants de M. Martin pour perfectionner la prothèse de la face, je me fais un plaisir de présenter au public le livre qu'il publie aujourd'hui. Je le recommande d'autant plus que sa lecture laissera, j'en suis persuadé, l'impression d'un esprit droit, consciencieux, véridique, animé du zèle le plus ardent pour les progrès de son art. Plein de dévouement pour les opérés de mes hôpitaux, auxquels il a toujours prodigué son temps et ses peines, M. Martin s'est attiré la haute estime de tous les chefs de service, qui ont trouvé en lui un collaborateur aussi habile que désintéressé. »

Lyon, jiin i88<).

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