‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889 (volume 2)Chapitre 86 sur 97 · UN ORFEVRE LYONNAIS · texte numérisé non relu

UN ORFEVRE LYONNAIS

M. ARMAND-CALLIAT

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observateur de l'Exposition universelle est, sans aucun doute, celle qui consiste à rechercher et à reconnaître ce qui subsiste ou bien ce qui s'est créé d'original dans le domaine de l'industrie, que la science étend toujours, ornais où l'art personnel n'agrandit point sa place. Admirer une merveille industrielle de ces temps, c'est le plus souvent admirer l'application de la découverte d'un savant; admirer une œuvre de l'industrie ancienne, c'est surtout admirer celui qui l'a faite. Les choses nous apparaissent ainsi, principalement dans ce qu'on est convenu de spécialiser sous le nom d'arts industriels, quoique l'art se mêle plus ou moins à toutes les opérations du travail. La division infinie de ce travail, la production en masses énormes, les exigences de la concurrence ont enlevé à la grande majorité des objets fabriqués ce caractère individuel qui est le vrai secret du charme des œuvres d'autrefois. Il faut cependant, pour établir leur supériorité, que les industries qui se rapprochent le plus de l'art aient, à leur tête au moins, quelques talents originaux, quelques créateurs qui relèvent et excitent le goût par de nouvelles manifestations. Nous croyons que l'étude approfondie de l'Exposition réserve des surprises heureuses à ceux qui n'ont pas désespéré du rajeunis-

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sèment des sentiments dans les arts industriels français, et qu'on pourra y reconnaître d'abord une sûreté beaucoup plus grande dans le goût général, et même voir poindre une petite lueur de renaissance.

Ce n'est point qu'il reste beaucoup à découvrir en province: si l'on en croit le poète, plusieurs héros ignorés dorment dans les cimetières de village; mais, pour ce qui est des vivants, Paris les a tous pris. Jamais le drainage des forces intellectuelles du pays n'a été aussi complet, et il ne faut plus supposer que la province recèle ces merveilleuses réserves d'hommes qui ont formé le Tiers-Etat de 1789. S'il ne lui restait point le travail et ces vertus obscures qui sont comme le ciment caché de l'édifice toujours ébranlé et toujours consolidé de la patrie, on pourrait constater que Paris accapare toutes les grandes forces françaises. Dans les lettres, les sciences et les arts, c'est trop évident. Dans l'industrie, cette concentration est impossible; mais là encore notre capitale attire trop de mains ingénieuses et délicates. Il y a cependant quelques exceptions. A Lyon, notamment, où un certain esprit d'indépendance se maintient, il existe un groupe remarquable d'artistes industriels qui s'obstinent à penser et à produire par eux-mêmes et chez eux. La grande fabrique de soieries y possède une puissance de renouvellement et d'imagination qui mérite une étude à part; la sculpture décorative, la broderie, la serrurerie et la menuiserie d'art surtout y sont représentées par des hommes de talent qui ne redoutent aucune rivalité. A côté d'elles se place une autre industrie lyonnaise qui est vraiment hors pair : l'atelier d'orfèvrerie religieuse d'Armand-Calliat.

L'histoire de cet atelier est curieuse. M. Calliat était un orfèvre de Lyon produisant, entre 1820 et 1850, ces œuvres sans nom dans le langage du goût, qui étaient celles de son temps. Il mourut, laissant ses affaires en condition difficile. M. Armand, son gendre, qui suivait une carrière judiciaire, l'abandonna par simple générosité, et, pour sauver l'honneur d'un nom respecté, il résolut de se faire orfèvre, mais non point tout comme un autre. Dès l'abord, son goût inné lui montra la route à suivre. Il entrevit qu'une révolution artistique était à opérer dans l'orfèvrerie religieuse; qu'il était temps de voiler toutes les horreurs brillantes que le goût jésuite plaçait sur les autels; qu'entre la ronde-bosse énorme et baveuse des calices et des ostensoirs dérivés du style abaissé des dix-septième et dix-huitième siècles, et les reproductions serviles de l'art gothique dont le sens paraît à jamais fermé, il y avait place pour un art traditionnel, mais rajeuni, expressif, personnel, substituant, aux objets d'un éclat

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