‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889Chapitre 19 sur 30 · M0* BF.RARD & FERRAND · texte numérisé non relu

M0* BF.RARD & FERRAND

PLAXCHI: XX

LA M PAS LOUIS XV FOND SATIN de 0,64 c „,

Pour grande robe de cour Maison BËRARD 6- FERRA X D

Tissé sur 2 mécaniques Jacquard de 1.200 crochets chacune

Fleurs couleurs naturelles faites

par 4 trames lancées et 14 trames brochée:

42 000 cartons

L EXPOSITION lyonnais:-: de soieries

Fig. il. — Etoffe façonnée fabriquée par Philippe de la Salle.

Type à Médaillon.

(Musée d'Art et d'Industrie de Lyon).

lyon 89. — S

« La Fabrique lyonnaise, grâce à la vigueur de sa constitution, se remet peu à peu de cette secousse et répare ses ruines.

« Le dénombrement de 1739 constate déjà 7,500 métiers, occupant 48,5 50 personnes. Celui de 1753 en accuse 10,000 employant 60,000 personnes.

« On comptait à cette époque 700 fabricants, et chaque année leur nombre

augmentait.

« En 1750, d'après les registres de la Chambre de Commerce, il avait été reçu 24 fabricants ; 17 en 175 1 ; 51 en 1752, et 35 en 1753.

<< Telle est la vitalité de la fabrique à cette époque que, dans sa plénitude d'exubérance, elle irradie au dehors. Georges-François Simonet, fabricant de soieries à Lyon, va fonder à Tarare le tissage des mousselines. Par la vallée du Gier, où s'étaient installés depuis longtemps des moulinages de soie, la rubannerie [tend à sortir de la ville pour remonter jusqu'à Saint-Chamond d'abord, puis à Saint-Etienne. Ces deux fabriques sont, au fond, des rameaux issus de celle de Lyon qui leur a communiqué sa vie, comme elle a provoqué constamment dans le midi de la France la propagation des mûriers et les progrès de la filature et du moulinage. En 1775, suivant Buffet, inspecteur des fabriques, la France tordait, en grande partie pour Lyon, 1 ,^00,000 kil. de soiesur lesquelles un peu moins du tiers était le produit de l'agriculture française et le surplus importé de l'étranger à l'état de grège.

« Nous arrivons à 1787. Le nombre des métiers est de 18,000, ce qui portait à près de 80,000 au moins le nombre des personnes vivant du travail de la fabrique. Ces 18,000 métiers consommaient 10 à 12 mille quintaux de soie, dont un tiers en soies du pays.

« C'est la plus brillante période des anciennes manufactures lyonnaises. Devant les tissus qui sortent de ses ateliers, s'effacent et s'oublient ceux des fabriques rivales. Ce n'est plus Venise ni Gênes qui fournissent les tentures et les ameublements aux palais royaux, c'est Lyon. Les cours de l'Europe, les impératrices et les reines recherchent exclusivement ses produits. Aussi quels grands artistes que ces dessinateurs industriels, ces Raphaëls de la mode, qui ont fait la fortune de Lyon et fondé, au xvnie siècle, sa suprématie et sa renommée ! Faut-il s'étonner qu'un écrivain du temps laisse, en un langage qui fera peut-être sourire aujourd'hui, déborder un enthousiasme que comprendront tous ceux qui ont pu admirer les chefs-d'œuvre de la fin du xvme siècle et savent ce qu'ils ont coûté de science technique et d'inspiration originale?

L EXPOSITION LYONNAISE DE SOIERIES

« Souviens-toi, Lyon, que c'est à tes dessinateurs que tu dois en grande « partie la prospérité de tes manufactures ; que c'est à eux que tu es redevable « de ces miracles de l'industrie que chaque jour voit éclore dans ton sein ; a souviens-toi de ce fameux Revel, le compagnon des travaux du célèbre « Lebrun; souviens-toi que c'est dans tes murs qu'est né l'illustre de La Salle « qui fraya une route nouvelle par des nuances mélangées résultantes de la « multiplication des lacs. On vit alors sur les étoffes des fleurs et des fruits imitant « la nature avec leur velouté, leur transparent; des oiseaux dans la pompe de « leur coloris ; des paysages charmants où les lointains, habilement placés, « faisaient l'illusion la plus ravissante. » (Le dessin fig. 9 est de Revel).

« Ce lyrisme pathétique, dans le goût littéraire du temps, est bien près de nous sembler hors de saison; mais, après tout, la faculté qui s'applique à dessiner sur les étoffes les contours des fleurs, à reproduire leur couleur dans des conditions décoratives spéciales, n'est-ce pas la même faculté qui a tracé les lignes héroïques des bas-reliefs du Parthénon ?

« Le beau que le dessinateur de fabrique cherche dans l'ordre utile, sur le tissu de soie, de laine ou de coton, ne diffère pas de celui que le peintre ou le sculpteur poursuit, sur la table ou dans le marbre, la palette ou le ciseau à la main. C'est cette poursuite assidue du beau, à travers les fantaisies changeantes de la mode qui a donné aux compositions des Bony, des Dechazelles, des Berjon, cette élévation de style, cette pureté classique qui les placent à côté des maîtres.

« Tant qu'une fabrique n'est pas arrivée à conquérir cette maîtrise du grand façonné qui suppose une science profonde de la contexture des tissus, unie à un sentiment perfectionné de l'art, tant que cette palme n'est pas remportée, cette fabrique ne possède vraiment pas la souveraineté industrielle ; elle peut être égalée, imitée, dépassée. C'est le haut façonné qui donne le ton à toute une fabrique, et en soulève avec lui toutes les branches secondaires.

« A la fin du xvme siècle, la Fabrique lyonnaise, par ses dessinateurs, par ses fabricants, par ses ouvriers, par ses auxiliaires de tous ordres, avait supplanté ses émules et ses devancières ; les fabriques italiennes s'étaient abaissées lentement dans la décadence ; les autres fabriques de l'Europe commençaient seulement à naître; entre le déclin des unes et le début des autres, celle de Lyon apparaît comme sans rivale et à son apogée ; elle est bien la Grande Fabrique, comme on l'appelait depuis longtemps.

FiV. 12. — Etoffe façomiée de Philippe de la Salle.

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