BROCHÉ
or, MM. BOUVARD& MATHEVON Fils
Dessin Louis XVI, tiré d'une riche portière brochée par A. Martin, de Paris
53,000 cartons
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L EXPOSITION LYONNAISE DE SOIERIES
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Fig. 13. — Etoffe façonnée Je Philippe de la Salle.
Les dessins qui accompagnent ces pages montrent les progrès artistiques que les dessinateurs et les tisserands ont accomplis pendant cette période.
Des étoffes nouvelles se sont créées. La soie a pris son véritable rôle, qui est de produire des étoffes souples, chatoyantes, faciles à plisser.
Le dessin s'est aussi transformé, et les artistes français impriment à la décoration leur cachet personnel. Au début du xvue siècle de petits dessins, fleurons, palmes, fleurs de lys ornent les vêtements moins amples, les rayures entrent dans la toilette des dames. Sous Louis XIII et Louis XIV, les compositions grandissent. Telle l'étofle Louis XIII à dessin cramoisi sur fond jaune que nous reproduisons figure 8. La grenade et le vase réapparaissent.
La vogue des jardins, sous Louis XIV, fait adopter les motifs architecturaux, les tonnelles, les arbres feuilles, les bouquets (fig. 9). Les dentelles qui sont à la mode prennent dans les compositions les formes les plus variées, (fig. 10).
Sous Louis XV, les rocailles, les coquilles s'allient aux branches de fleurs, aux brides bizarrement contournées. Les compositions des faïences japonaises, inspirent Pillement, le dessinateur lyonnais.
Enfin avec Louis XVI, les sujets pastoraux [fig. 1 1), les bergeries sont en vogue. Philippe de la Salle à cette époque personnifie l'art et l'industrie de la soie. Le musée d'Art et d'Industrie de Lyon a réservé une place splendide à ce fabricant qui occupe une place unique dans notre histoire industrielle locale. Les spécimens que nous donnons de ses produits la justifient mieux que les définitions de ces étoffes incomparables où le goût et la science mécanique ont une égale part à notre admiration.
Philippe de la Salle clôt et couronne ce xvme siècle pendant lequel le génie français s'est donné libre carrière et a produit des merveilles qui resteront des modèles à tous égards jusqu'à nos jours.
La Révolution éclate. On sait quelle part ardente y prit notre ville. Quatrevingt-treize disperse ses fabricants, anéantit ses capitaux, ferme les ateliers; la guerre enlève les ouvriers, 2,500 métiers à peine battent encore.
« Toutefois une nouvelle société a surgi des décombres de l'ancienne. Un nouveau siècle est né, et, avec lui, d'autres institutions, d'autres habitudes, d'autres mœurs. La disparition des classes privilégiées, la division des fortunes, le nivellement des conditions, l'avènement du grand nombre à l'aisance comme à l'égalité politique, la tendance démocratique en un mot, tout cela appelle de
l'exposition lyonnaise de soieries 63
soi graduellement la transformation de la production industrielle. Il s'agira moins désormais de créer des produits somptueux, remarquables par leur richesse, que d'arriver à les mettre à la portée de tous, s'il est possible. Les bornes de la consommation sont déplacées et reculées. Les moyens d'action, la force productive devront grandir dans la même proportion. La Fabrique lyonnaise, avec une souplesse qui ne laisse pas d'étonner de la part d'une industrie de luxe, se pliera vite à cette direction nouvelle. Elle gardera son habileté immémoriale dans le façonné, ses préférences même pour le tissu riche, pour la nouveauté qui est son lot et son patrimoine, mais elle saura approprier sa fabrication aux nécessités modernes.
« Coïncidence providentielle ! Jacquard vient à ce moment servir ses efforts par son invention qui abaisse le prix de l'étoffe, en même temps que sa machine, en allégeant le travail de l'ouvrier, en modifiant ses conditions de logement et de vie matérielle, contribue à son amélioration morale.
« Exposé à Lyon pour la première fois, le 22 germinal an XIII (1805), lors du passage de Napoléon Ie', le métier de Jacquard ne reçoit, il est vrai, son emploi général que sous la Restauration; mais, dès le commencement du siècle, il exprime l'évolution de la société issue de la Révolution. »
Nous voici arrivés au xixe siècle.
Il faut satisfaire à des besoins nouveaux et se soumettre au courant du bon marché qui, à différentes reprises, dans les années de grande prospérité, a subi un temps d'arrêt, mais pour revenir plus puissant après chaque intermittence.
Leiabf+canLfle-cesse pas de créer des articles nouveaux, des combinaisons d'armures et de matières premières; il suscite les recherches d'amélioration; il maintient l'émulation parmi ses auxiliaires; il modifie successivement son organisation afin d'abaisser sa main-d'œuvre, établissant des métiers isolés dans les campagnes, puis réunissant des ouvriers dans des manufactures, enfin adoptant les métiers mus mécaniquement.
Le teinturier, à l'affût de toutes les recherches de la chimie industrielle, fournit des nuances constamment renouvelées ; et, en même temps, transforme le matériel des manipulations afin de donner à la soie, dont les provenances varient sans cesse, le toucher, le traitement et l'apparence convenables.
L'apprêteur voit son rôle grandir en importance, en raison du peu de consistance et du peu de brillant qu'ont les étoffes ; c'est à lui de suppléer aux qualités que le bas prix du tissu n'a pas permis d'y mettre.
Le filateur et le moulinier, sollicités de produire des soies de plus en plus fines sans cesser d'être nerveuses, arrivent à produire des grèges 8/10 deniers qui composent des chaînes très résistantes, et à donner couramment des organsins de 20 deniers qui remplacent sur les métiers les anciens organsins de 30 deniers. En même temps ils perfectionnent l'outillage de manière à augmenter la production et abaisser le prix de la main-d'œuvre.
En un mot toutes les intelligences se groupent et tous les efforts tendent au même but ; et cela se produit dans tous les pays.
Si l'on considère les étoffes unies, on rencontre des taffetas qui valent 2 francs le mètre pour jupe de dessous, et d'autres qui valent 1 5 francs pour robe de luxe ; des satins teints en pièces et apprêtées qui servent aux coiffes des chapeaux et qui valent 60 centimes le mètre, et des satins duchesse du prix de 20 francs qui fournissent les splendides robes de bal aux reflets les plus chatoyants ; des velours chaîne schappe et trame coton qui, apprêtés, se vendent T) francs le mètre pour garnitures, et des velours qui se vendent 30 francs le mètre, admirables par la qualité des soies, la perfection de la coupe et le moelleux du tissu. Dans les étoffes armurées, la mode demande aujourd'hui un tissu épais pour corsage, le lendemain un tissu souple et léger pour draperies et baldaquins ; elle donne la vogue tantôt à l'aspect mat, tantôt à l'aspect brillant ; elle veut un effet oblique, puis un effet horizontal, puis un effet vertical ; enfin rejette ce qu'elle a accepté la veille, pour le redemander plus tard.
Dans les étoffes façonnées, même inconstance. Auprès du damas léger, tissu en écru et teint en pièce, voici le damas le plus épais et le plus riche. La consommation passe du tissu imprimé au tissu broché; des velours ciselés, des velours à grands ramages fond satin, des brocatelles pour meubles, aux étoffes mélangées schappe et coton.
En un mot, de 181 5, époque où le tissage des soieries reprend de l'activité, jusqu'à la fin du siècle la tranformation est incessante; et il faut que l'industrie se modifie sans cesse pour suivre dans leurs changements les moeurs, les costumes et l'état des fortunes.
Il n'y a pas dans les dessins un style qui soit particulier à une époque déterminée, ou qui caractérise une tendance spéciale chez un peuple. Le foyer des créations artistiques demeure en France, mais ici, comme dans les autres pays où les arts plastiques se sont développés, l'initiative manque. Faut-il signaler le retour vers l'art grec qui a marqué le premier empire en France?
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Dessin Louis XIV d'après les panneaux de Bérain
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