BROCATELLE 4 NUANCES DE
Maison /.-.■/. HENRY
Tissé en 1885, d'après les dessins de M. Formigé, architecte pour la salle des fêtes de l'Hôtel-de-Ville de P.iris
L EXPOSITION LYONNAISE DE SOIERIES
pour la décoration que l'installation a été faite, de telle sorte que toute l'exposition lyonnaise, contenant et contenu, produits exposés et mobilier, était essentiellement lyonnaise (i).
Cette tentative de décentralisation, proposée et défendue avec vigueur par M. Lilienthal, accueillie de prime abord par les défiances de l'administration centrale, a été couronnée de succès. Jamais, à aucune des expositions précé-
(i) Il n'est peut-être pas indifférent d'indiquer sommairement à quel total arrive l'addition d'une pareille organisation.
Dépenses communes de la classe 33 :
Fr.
Plancher
Linoléum.
Fr.
Boiseries.
Cloisons et portes mitoyennes entre Lyon et St-Etienne.
Peinture des cloisons et des portes.
Vélum .
Vitrines et stores :
Vitrines des soieries
— des soies écrues.
— des soies teintes
— des schappes
Stores.
Exposition des soies écrues (cartons).
Divers.
Grande porte sur l'avenue de 30 mètres
Pavillon de la grande avenue.
Exposition de la Chambre (meubles, pupitres, cartes séricicol
;s, etc.)
Exposition de la Condition des soies (cl. 54).
Gardiennage.
Architecte (honoraires et voyages à Paris).
Etalages.
Emballage et réemballage des produits.
Frais de transport des produits (aller et retour).
Plaque portant les noms des exposants.
Impressions (Notice de la Chambre, étiquettes des exposants,
impressions).
Frais de bureau et employé à l'exposition .
Poufs.
Délégations ouvtières.
Personnel à Lyon (Gratification, voyages à Paris).
Dépenses diverses.
Achat de soieries japonaises.
Total. 231,568 05
dentés, les étoffes lyonnaises n'ont eu, d'un consentement unanime, un cadre aussi digne d'elle et des efforts faits par nos industriels.
L'œuvre est complètement lyonnaise, dans son objet et dans son cadre ; et son succès a été trop marqué pour que nous y insistions davantage.
Il y a quarante ans, lors de la première Exposition internationale qui fut ouverte à Londres en 1851, un cri d'admiration salua l'apparition des étoffes lyonnaises dans les galeries du Cristal-Palace.
Depuis cette époque, les tournois internationaux se sont multipliés. La phalange des fabricants lyonnais a paru dans la lice en Europe, en Amérique, dans l'Océanie.
Partout elle a obtenu d'éclatants triomphes. A Londres, à Paris, à Anvers, à Rome, à Oporto, à Vienne, à Philadelphie, à Melbourne, à Amsterdam, l'écusson de la ville de Lyon a étalé sa fière devise : « Avant, Avant, Lyon le meilleur ». La supériorité de l'industrie des Soieries lyonnaises a été proclamée.
Que lui réservait l'Exposition de 1889?
Les progrès que toutes les industries rivales ont réalisés; la vulgarisation rapide de tous les procédés de fabrication à mesure qu'ils sont découverts; les besoins nouveaux d'une consommation bien différente de celle d'autrefois; tout un ensemble de considérations, qui ne seraient pas à leur place ici, donnaient quelques appréhensions. Ceux qui étudient la marche de l'industrie des soieries avaient, pendant quelques années, constaté que Lyon était en proie à un certain malaise.
On redoutait un affaiblissement.
Un succès éclatant, proclamé par les juges les plus compétents, a démontré que les symptômes signalés étaient la manifestation d'un travail de transformation et que la fabrique lyonnaise de Soieries souffrait parce qu'elle s'efforçait d'entrer dans une voie nouvelle. En étudiant les vitrines de l'Exposition de 1889, les sceptiques ont pu constater que l'industrie lyonnaise a une vitalité merveilleuse, et qu'une sève puissante circule non seulement dans les anciennes branches, depuis longtemps parvenues à leur entier développement, mais dans tous les petits rameaux qui prennent une extension remarquable.
Telle est, en effet, la caractéristique de l'Exposition de 1889. Elle a attesté que la Fabrique lyonnaise d'une part conserve sa suprématie, comme par le passé, par les étoffes riches, d'autre part établit sa supériorité dans les genres nouveaux des étoffes bon marché.
On a bien souvent répété, depuis vingt-cinq ans, que nos mœurs s'étaient modifiées ; que, par suite, les modes avaient changé ; enfin que la consommation s'était tournée vers les tissus de bas prix. Ce n'est plus dans l'apparence et l'éclat du fil d'or, que les soieries puisent les moyens de séduire le consommateur; ce ne sont plus les qualités spéciales de la soie qui donnent la vogue à un tissu; c'est la contexture réalisée par la combinaison des différentes matières, schappe, laine et coton; c'est la nuance trouvée par le teinturier et l'art avec lequel elle est appliquée sur l'étoffe tissée; c'est enfin l'habileté de l'apprêt.
Dans un remarquable rapport, présenté au Conseil supérieur de commerce, M. Permezel, un des fabricants qui ont le mieux réussi à acclimater à Lyon la nouvelle industrie du teint en pièces, s'exprimait naguère comme suit : « Rien ne « pourra vous donner une idée plus exacte des conditions dans lesquelles se « meut aujourd'hui la Fabrique des Soieries que ce fait : le prix moyen des « étoffes produites à Lyon, qui était, il y a quarante ans, de 10 à 12 francs le « mètre, est actuellement de 3 fr. 50 à 4 francs le mètre pour les étoffes de soie « pure et seulement de 2 fr. 75 à 3 francs le mètre en y comprennant les tissus <( mélangés. »
M. Aynard, président de la Chambre de Commerce, dans la magistrale étude dont nos lecteurs ont pu apprécier les pensées élevées et le style attrayant, a indiqué la gamme des prix qui composent cette moyenne « depuis le brocart « épingle et rebouclé d'or à 200 francs le mètre jusqu'à la guenille brillante de « o fr. 75 dont se pare la fille de campagne (tome I, p. 32). »
Puis, après avoir décrit les épreuves que l'industrie des Soieries a subies, et les efforts qu'elle a faits pour se transformer, l'éminent écrivain a résumé en ces termes le portrait de la Fabrique lyonnaise en 1889 :
a La fabrique de Lyon a remporté cette victoire qu'industrie de grand « luxe, elle a su le rester et se faire en même temps industrie de bon marché. « La lutte a été vive, la transformation a été pénible car l'esprit industriel « lyonnais est tout de patience et d'amour pour la perfection. C'a été une « grande révolte pour lui que de soumettre sa délicatesse à la brutalité du métier
j6 LYON A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1 889
« mécanique et de travailler pour le « million » au lieu de garder l'antique « clientèle des princes et des riches. Il n'en est pas moins certain que ceux qui, « comprenant la marche du siècle, ont voulu que Lyon restât une fabrique <( exceptionnelle d'art et de haute nouveauté, et devînt une industrie démocra- « tisée par les productions des tissus mélangés, et de ces étoffes si apparentes <( et si étonnantes de bon marché dites « teintes en pièces » ont probablement « assuré l'avenir de notre ville. La Fabrique lyonnaise est donc plus que jamais « soumise à cette double loi : bien faire et beaucoup faire. A son ancien goût « pour la perfection qui doit persister, elle a su ajouter à temps le sens du pro- « grès et des créations incessantes. »
Eh bien ! Sa victoire dans le bon marché a été constatée par l'Exposition de 1889. Et certes il ne lui était pas facile d'atteindre puis de dépasser ses rivales, anglaises, suisses et allemandes, dans un genre où elles excellent depuis longtemps !
Nous insistons sur ce résultat parce que, évidemment, il n'a pas pu frapper le public. Il fallait, pour le constater, étudier d'abord en détail chaque vitrine, surtout les vitrines à l'aspect modeste et le moins séduisant, puis aller chercher la comparaison avec les étoffes similaires dans les vitrines des fabricants étrangers. C'est l'affaire du jury, ce n'est pas celle des visiteurs que la curiosité seule conduit.
Tout autre est la mise en scène qui doit attirer l'attention du passant.
A ce point de vue, il y a unanimité pour louer le bon goût dont la Chambre de Commerce de Lyon a fait preuve. Car, c'est la Chambre de Commerce, nous l'avons dit, qui, jalouse d'assurer le succès de son industrie privilégiée, prend, dans toutes les expositions importantes, la direction des fabricants. Elle leur laisse leur initiative pour tout ce qui concerne l'intérieur de leur vitrine; mais elle leur assigne leur place respective. De même qu'un général groupe des régiments d'armes différentes afin qu'ils se prêtent un concours mutuel, de même la Chambre de Commerce groupe le grand façonné, le petit façonné; l'uni riche, et l'uni bon marché, de manière que chacun soit utile à son voisin. Elle a acquis une expérience vraiment remarquable pour présenter ses troupes dans l'ordre de bataille le mieux compris et le plus séduisant.
Lorsque l'on regarde les anciennes étoffes byzantines, italiennes, françaises, même celles que l'on fabriquait à Lyon il y a 50 ans, on est frappé des efforts qui ont été faits par les fabricants pour imiter la peinture. II y a tendance évidente