‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889Chapitre 24 sur 30 · DOS DE CHASUBLE XVI1 SIÈCLE · texte numérisé non relu

DOS DE CHASUBLE XVI1 SIÈCLE

Maison J.-oi. HENRY

(ouchure d'or fin sur velours avec plats et reliefs.

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à reproduire des tableaux. Le dessin est lourd, il procède par masses. Que ces grandes dispositions aient pu être acceptées pour les vêtements larges et droits, pour les manteaux d'apparat, cela se comprend ; mais dans nos costumes modernes, où les plis sont répétés, où l'étoffe doit se prêter à des retroussis, à des chiffonnements, c'est un contre sens; et l'on s'en est aperçu au délaissement des tissus façonnés à grands effets.

La décoration aujourd'hui suit une autre voie, et l'exposition de 1880, à cet égard, peut être considérée'comme un manifeste de la science ornementale nouvelle. Se préoccupant des formes du vêtement et de l'emploi des tissus, l'art fait de réels progrès. Il demeure léger et gracieux. A des besoins nouveaux, il a répondu par des produits nouveaux, remplissant les conditions imposées ; il a su s'affranchir et des élégances hors d'usage actuellement, et des fautes de goût que l'on constate dans le milieu de notre siècle.

Un certain nombre de tissus exposés a été généreusement donné à notre Musée d'art et d'industrie, qui se réorganise actuellement sous les auspices delà Chambre de Commerce. Ils y rempliront des vitrines spéciales où il sera facile de constater cette note spéciale à notre époque.

Les créateurs de cette décoration nouvelle, n'ont point cherché les fleurs impossibles, les feuillages fantastiques, les ornements bizarres. Ils ont regardé autour d'eux et trouvé, dans les fleurs de nos jardins, les gracieux modèles que la nature mettait sous leurs yeux.

C'est cette simplicité et ce goût délicat qui ont frappé dans la décoration de la plus grande partie de nos étoffes à l'Exposition de 1889. La nature est prise sur le vif avec une sincérité, une véracité qui font illusion parfois. Si nous en exceptons les étoffes d'ameublement et quelques pentes de grande allure et de style noble, destinées à des traînes ou des manteaux de cour, nous retrouvons presque partout la flore qui nous charme chaque jour par sa variété infinie de formes et de tons; cette flore dont les allures changeantes, capricieuses, dont les aspects, si divers dans les phases successives des saisons, sont une mine inépuisable de documents et de motifs.

Tantôt ce seront les fleurettes les plus communes, celles que nous dédaignons qui poussent naturellement dans les champs, et qui n'ayant pas été perfectionnées de main d'homme en ont peut-être plus de grâce, sinon plus d'éclat. Telles ces fleurettes roses qui, sur un fond de satin noir, se marient si harmonieusement dans leur couleur véritable, avec le vert vif de leur feuillage sur l'étoffe reproduite

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en fac-similé de MM. Bardon, Ritton et May en (PL I). La perfection de l'imitation ne laisse rien à désirer ; et ces guirlandes semblent posées là par la main délicate d'une fillette préparant la décoration d'un autel.

Telles ces branches de bouillon-blanc (PL II), plante des haies et des coins délaissés, dont MM. Piotet et Roque ont su tirer un si gracieux parti. Sept tons sont obtenus par le simple jeu des armures, et modèlent le dessin qui comporte 4,000 cartons.

Tels ces enroulements de liserons et de graminées (PL III) serpentant avec leurs couleurs naturelles sur un fond de satin blanc, dans une soierie de MM. Béraud et Cic si sincère, si fraîche d'exécution, que, pensant à la délicatesse de l'élégante fleur, on éprouve comme une crainte qu'elle ne se flétrisse en quelques instants.

Les graminées jouent un grand rôle et un rôle complet dans cette ornementation. Leur silhouette se découpe avec finesse, tandis que la netteté de leurs tiges et de leurs graines donne à leurs gerbes délicates une fermeté et une élégance que nul autre motif ne réalise. Voyez-les associées aux fleurs des champs, voyez-les unies aux plus somptueuses roses, comme dans le lampas de MM. Bérard et Ferrand, (PL IV) l'effet de vigueur et de grâce est le même. C'est ainsi que pour la plus grande joie de nos yeux et le plus grand profit des éléments qui les composent, aux bouquets serrés, condensés, comprimés comme si la place'eût été coûteuse et que l'on eût eu intérêt à faire entrer le plus de fleurs dans le moindre espace possible, ont succédé les fusées disséminées des gerbes que tous les fleuristes confectionnent aujourd'hui. Et remarquez combien, depuis cette mode, les dits fleuristes se sont multipliés.

Mais les fleurs cultivées trouvent aussi leur place, donnant à l'étoffe qu'elles décorent une allure plus magistrale, plus grandiose et servant, pour ainsi dire, de transition entre la fleur des champs et la fleur stylisée, réservée aux étoffes officielles.

Le passiflore, comme l'a employé M. Poncet (PL V) sera, en raison de son uniformité d'aspect, reproduit dans différentes proportions, de façon à déterminer des effets de densité plus ou moins compacte dans l'ensemble des motifs.

La tulipe à la robe somptueuse rachètera par l'éclat de sa parure et l'intensité de son effet sur un fond de satin noir ce que son dessin peut avoir d'un peu massif (PL VI. Etoffe de MM. Gourd et C").

L'iris, de coloris variés, se détachant en vigueur sur ses feuillages légère-

ment atténués (PI. VII) formera de magistrales guirlandes. On les trouvera peut-être un peu rigides dans le lampas à fond satin, exposé par MM. Piotet et Roque. Cela tient à ce que l'échantillon se présente, dans notre planche, plat et tendu comme jamais, heureusement, il n'est utilisé: les plis, les ondoiements de l'étoffe, le coup de main savamment donné dans son apparente insouciance lui restitueront toute sa grâce sans rien lui enlever de sa grandeur.

Le glaïeul [Pi. VIII) avec sa multiplicité de tons passant de l'or pâle au grenat foncé par le rouge le plus éclatant, courbera élégamment ses branches, comme agité par des vents contraires ou comme, plutôt encore, un bouquet délié laissant aller ses éléments épais au courant d'un ruisseau capricieux ; ou bien le phlox (Pi. X) aussi riches de nuances, sera méthodiquement attaché au fond noir de l'étoffe qui le fait détacher en relief, comme autrefois aux processions les poignées de fleurs s'enlevaient sur les draps immaculés tapissant les murailles.

Parfois l'union des divers règnes fera naître dans l'esprit porté aux rêveries un monde de pensées et toutes les péripéties d'un drame. Ces théories de roses naturelles, jetées au milieu des perles scintillantes de ces vagues, des blanches écumes de ces cascades miroitant sous le feu des lustres comme les chutes d'eau sous les rayons du soleil, changeantes de forme, changeantes de nuances, tantôt émergeant éclatantes, tantôt plongeant et demi voilées, appelleront les pensées sur Ophélie et sa couronne.

Puis des motifs plus larges ayant une robe moins brillante, décoratifs surtout par leurs contours qu'ils soient puissamment taillés ou finement découpés, entreront dans ce recollement si nouveau et si conforme aux principes de l'art vrai des richesses décoratives dont abonde la nature. Le tisseur s'ingéniera, les armures les plus diverses seront mises en jeu et l'on croira voir ces fleurs s'agiter, ces branches se tordre, ces reliefs sortir de l'étoffe, ces nervures de feuilles comme les tendons d'une main noueuse saillir et s'agiter sous les jeux de lumière, sans que le cerveau, impressionné par l'œil illusionné et séduit, puisse se convaincre de l'homogénéité, de la netteté des surfaces.

On ne saurait croire, tant le talent des metteurs en cartes a réalisé de prodiges, que les branches de ricin (Pi. XI) dont MM. L. et A. Emery ont décoré le damas que nous reproduisons soient tissées d'une seule et même nuance, qui est celle aussi du fond sur lequel elles sont jetées. La lumière tombant sur l'étoffe selon une inclinaison propice en a fait ressortir tous les effets ;

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et la photographie, inconsciente et parfaite interprête, a donné une image qui semble être née d'un original en trois ou quatre tons au moins. Est-il étonnant qu'à des résultats pareils il faille des moyens spéciaux et que l'étoffe dont il s'agit, pour un motif de 60 centimètres de haut en une seule nuance, ait exigé deux mécaniques Jacquard et plus de 6,000 cartons?

C'est là du grand art industriel où toutes les ressources seront mises en jeu par le fabricant avec tant de science qu'il faut une connaissance parfaite du métier pour les décrire et pour les apprécier.

C'est, dans cet ordre que la feuille du platane, guindée, il semble, et monotone d'aspect, viendra dans un rapport de faible dimension (PL XII), avec une gamme restreinte de couleurs, tantôt fraîche, tantôt desséchée, jeter sa note vigoureuse, grâce au jeu des armures, sur le fond rose pâle du lampas de MM. BéraudetCie.

Tous ces éléments combinés, points variés, couleurs douces ou éclatantes, composition savante, se trouvent réunis dans le splendide damas broché de MM. Schulz, Gourdon (PL XIII), dont une reproduction fidèle comme forme et comme nuance eût seule pu donner une idée approchée, sans espérer pouvoir jamais égaler l'aspect chatoyant de ce véritable tableau soyeux.

Mais dans cette brillante et fidèle imitation de la nature, l'art du tisseur n'est pas seul à fournir son contingent.

L'imprimeur sur étoffe apportera le tribut de ses ressources, tantôt sur des satins unis, tantôt sur des velours détachant leur note somptueuse dans l'éclat chatoyant du satin, il dépose les innombrables touches de sa palette, avec une précision qui laisse l'esprit indécis sur le moyen de traduction adopté. Le chrysanthème aux tons les plus variés (PL XIV, Etoffe de MM. Brunef, Lecomte et Mo'ise), aux formes les plus capricieuses, à la fantaisie la plus japonaise, s'enlèvera grâce à lui, avec toutes les harmonies qui lui ont été départies. Les roses dans leur blancheur immaculée, ou avec leur incarnat fulgurant, se tresseront en couronne formant aux armes de la ville un cadre qu'on serait tenté d'attribuer à de Saint-Jean (PL XVI. Panneau de MM. Ogier, Duplan & C"). Les légères plumes d'autruche, frisées, découpées, enroulées prendront un tel relief que la main, inconsciemmment s'avancera pour les détacher du fond satin sur lequel elles reposent (PL XV).

Mais on ne saurait s'attacher exclusivement à la reproduction fidèle de la réalité. Si nous avons renoncé aux tendres bergers du xviiie siècle, avec leurs

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