‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889Chapitre 26 sur 30 · EXPOSITION LYONNAISE DE SOIERIES 8c · texte numérisé non relu

EXPOSITION LYONNAISE DE SOIERIES 8c

L'organisation du travail moderne est une source de continuelle surprise. L'instrument, avec ses nouvelles forces motrices, est devenu d'une souplesse, d'une élasticité qui ne laissent rien à désirer. Faut-il du somptueux? En voici, et tel qu'aucune époque, de la plus lente, de la plus patiente, de la plus méticuleuse production, n'en a créé de supérieur. La perfection ne laisse rien à désirer, mais le résultat est incomparablement plus vite, plus économiquement atteint.

Faut-il du brillant, du clinquant, qui frappe l'œil, qui dans une harmonie complète laisse toute l'impression de la splendeur et satisfasse le goût, tout en répondant à des prix réservés aux produits les plus modestes? La science met au service de l'art les infinies ressources de la mécanique et de la chimie, ces deux facteurs inépuisables de l'industrie moderne, et réalise des merveilles qui répondent aux données du problème posé, avec la netteté d'une solution algébrique.

Pour montrer à quelle puissance de création parvient celte intime union de l'industrie, de la science et de l'art, il n'y a peut-être pas d'exemple plus frappant que le teint en pièce, cette source merveilleuse de produits incessamment renouvelés.

Nous avons déjà fait ressortir les résultats économiques de la découverte du teint en pièce, qui a redonné la vie à la fabrique lyonnaise compromise par l'abandon des étoiles de soie pure. Maintenant nous n'avons pas la prétention de montrer toutes les branches industrielles que le développement du teint en pièces a fait surgir; mais nous croyons que nos lecteurs verront avec intérêt, comme spécimens de ce genre de travail, les étoffes gaufrées que la Maison Francisque Voland met à notre disposition. Le gaufrage, en effet, a pris une place remarquable parmi les industries si variées, connues sous le nom générique à'apprets, dont le but est de donner aux tissus la dernière préparation.

C'est grâce au gaufrage que les articles bas prix, qui entrent chaque jour davantage dans la consommation, peuvent le plus aisément suivre la mode dans ses fluctuations. Des tissus de toute nature, soie, soie et coton, soie et laine, coton pur, sont transformés du tout au tout, et offrent, après manipulation, l'aspect d'une foule de genres absolument dissemblables dans l'uni et dans le façonné.

Prenons comme type un satin tramé coton, teint en pièces. Par le gaufrage, nous reproduirons toute la série des armures que peut réclamer la mode ou la confection, et lui donnerons l'aspect de la faille, du reps, de la royale, etc..

Le même satin sera transformé avec autant de facilité en moire française, moire antique, moire à réserve et pékins de toutes sortes. Un motif façonné, quelque compliqué qu'il soit, sera imité avec une perfection de détail difficile à obtenir par le tissage, et avec une différence de prix de revient facile à établir.

A côté du gaufrage et comme complément, apparaît l'impression à laquelle on demande d'imiter le broché. Pour cela, les nuances sont appliquées dans certaines parties réservées par le gaufrage, à l'aide de planches gravées, se rapportant exactement au dessin indiqué sur le tissu.

Les « gaufrés » sont aujourd'hui complètement adoptés par la consommation. Tout ce qui touche à la mode, à la confection, à la gainerie, au ruban, en a tiré un utile parti.

Jusqu'en 1880, cette industrie très resserrée et peu connue n'avait qu'une production restreinte. Les progrès accomplis dans ces dernières années l'ont placée au premier rang de celles dont Lyon peut être fier.

C'est maintenant un facteur puissant et indispensable de notre grand commerce d'exportation.

L'industrie lyonnaise de la soierie s'est là encore manifestée à l'Exposition universelle sous les aspects les plus divers, et a su fournir des produits répondant aux exigences les plus variées de la consommation.

Mais si les épais velours, les brillants satins, les riches brocarts, les lampas, les damas n'ont point satisfait tous les besoins dans l'ordre économique, s'il a fallu créer ces étoffes bon marché dont nous venons d'apprécier quelques types, de même, dans l'ordre décoratif, la toilette féminine ne pouvait se contenter d'une série d'éléments ayant des qualités à peu près similaires, des airs de famille trop marqués.

La fantaisie demandait des genres plus distincts encore, et de même qu'à la beauté doit se joindre la grâce, à la splendeur elle voulait pouvoir allier la légèreté, à la magnificence le vaporeux, à la somptuosité l'élégance.

Sans parler des tissus légers, des gazes, des tulles, des crêpes, des grenadines, qui à Lyon sont l'objet d'une importante production, nous pouvons constater que, dans une branche bien spéciale et bien artistique, celle de la dentelle, l'industrie lyonnaise s'est fait une place à part et de premier ordre.

La dentelle a une histoire non moins ancienne ni moins glorieuse que la soie. Apanage exclusif des femmes, et des femmes du plus haut rang dès les temps les plus reculés, elles se partageait avec la broderie, l'emploi de leurs loisirs.

Chez les Egyptiens, les robes d'apparat étaient recouvertes de réseaux brodés sur leurs bords de motifs d'or, d'argent et de couleurs. Des statues de l'époque romaine nous prouvent que l'art que l'on appelait en Grèce opus phrygianûm, tant les Phrygiennes y excellaient, n'avait point été abandonné.

Dans l'histoire des régions d'Occident, la dentelle est mentionnée dès les premières époques sur lesquelles existent des mémoires authentiques; et au Moyen-Age les nobles dames réunissent chez elles jeunes femmes et jeunes filles de leur entourage pour broder, faire de la dentelle, tout en égayant leurs travaux de chansons à iode.

I jor fist es chambre son père

Une estole et I amict père

De soie et d'or molt soutilmcnt,

Si i font ententevement

Mainte croisette et mainte estoile

Et dist ceste chanchon a toile.

Isabelle-la-Catholique, Marie Stuart, Catherine de Médicis, Marguerite d'Angoulème pour ne citer que les noms les plus illustres excellaient dans ces travaux délicats.

Puis il en est advenu, comme pour tant d'oeuvres autrefois individuelles, que la mécanique s'est ingéniée à égaler la dextérité de la main humaine. Sans la supplanter entièrement, elle a su réaliser des résultats qui semblaient pour toujours défier ses atteintes. La production industrielle s'est substituée ainsi à la fabrication lente et restreinte, des débouchés imprévus ont été ouverts, et le luxe, monopole d'abord de quelques privilégiés, s'est répandu dans toutes les couches de la société.

Est-ce un bien, est-ce un mal? Ce n'est pas ici qu'il appartient de le discuter. Le fait est là, et ce sont ses conséquences industrielles seulement que nous voulons passer en revue.

On peut définir la dentelle un réseau formé de fils et orné d'un dessin (i).

Les premières dentelles furent désignées par le mot de passement; au xve siècle apparaissent, dans les inventaires, les passements dentelés. Ce n'est qu'à la fin du xvie qu'on trouve, dans un livre de modèles, les premiers dessins pour dentelles.

La plupart des dentelles connues alors sont énumérées dans la Révolte des Passements. A la suite d'un édit somptuaire, les broderies se réunissent :

Les Points, Dentelles, Passemens, Qjii, par une vaine despence, Ruynoient a'.ijourd'huy la France.

Elles cherchent des mesures pour le salut commun. Point de Gènes et Point de Raguse haranguent la compagnie. Les autres prennent la parole tour à tour. Une dentelle d'Angleterre propose la retraite dans un couvent. Refus des dentelles de Flandre. Bref chacune se retire en son pays, sauf celle d'Aurillac qui, habituée aux douces senteurs, craint de servir désormais à passer du fromage d'Auvergne

Les centres de fabrication française, étaient Arras, Lille, Valenciennes, Caen, Bayeux, Paris, Aurillac, le Puy, Mirecourt, Charleville, Sedan, Lyon. A l'étranger, Bruxelles, Malines, Louvain, Bruges, Ypres, Gènes, Venise, Milan, Raguse, la Saxe, la Hongrie, etc., étaient renommés.

C'est à l'influence italienne que la France doit, au xvie siècle, la mode des dentelles. Catherine de Médicis l'apporta. La fraise, que Henri II adopta pour dissimuler une cicatrice, la maintint. Henri IV chercha à la prohiber. Mais il avait les femmes contre lui et il mourut dans une chemise ornée « d'une large dentelle autour du col et à la poitrine ».

Avec Marie de Médicis, apparaît la superbe collerette en éventail bordée de dentelle. Dos lors, la dentelle envahit tout même l'église dont elle décore

(1) Histoire de /./ dentelle par M1"-' Bury P.Jliser.

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A Stohlk, édit. Lyon

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