‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889Chapitre 27 sur 30 · ÉTOFFE GAUFRÉE ET IMPRIMÉE · texte numérisé non relu

ÉTOFFE GAUFRÉE ET IMPRIMÉE

De MM. FRANCISQUE VOLAND & C«

L EXPOSITION LYONNAISE DE SOIERIES

les autels. La folie des cols rabat/us et manchettes à revers atteint son comble : Cinq Mars, au moment de son exécution place des Terreaux, laisse 300 paires de ces garnitures.

On mettait de la dentelle partout, au col, au poignet, à la jambe. Sous la Fronde, les larges bottes formaient de vastes entonnoirs; on les garnit de quelques rangs de point de Gênes. Des garnitures, rabat, manchettes et canons coûtaient jusqu'à 1 3,000 écus; des canons seuls 7,000 livres la paire.

Au mariage de Louis XIV, la dentelle noire espagnole, reprend l'avantage; et à la prise d'habit de M"'e de La Vallière, on porte des robes noires transparentes sur du brocart.

C'est alors que Colbert songea à fabriquer en France ces ornements coûteux qui prélevaient un impôt énorme au bénéfice de l'étranger, afin que, si la noblesse se ruinait, ce fût au moins au profit du pays. En 1665, il établit près d'Alençon un atelier de trente dentellières. Le roi trouva les produits à son goût, et le Point de France fut si bien adopté qu'en 1669 l'établissement distribuait 50%, de dividende. Une seconde manufacture fut établie. Puis diverses villes du royaume suivirent le mouvement.

Les dentelles pénétrèrent partout. Aux ajustements des hommes et des femmes, s'ajoutaient les garnitures de serviettes, de lits, de baignoire même, car on recevait au lit et au bain, et il se fallait partout montrer dignement. Marmitons et domestiques en portaient sur leurs livrées et des plus belles. En garnitures de draps pour relevailles, on arrivait à dépenser 30 et 40 mills livres. La vogue devient telle qu'on représente des dentelles dans les beaux façonnés de l'époque {voir notre fig. 10).

Sous Louis XV, le Point de France eut pour concurrents le Point d'Angleterre et la Malines, l'Alençon et l'Argentan.

Puis Louis XVI monta sur le trône, Marie-Antoinette joua à la bergère à Trianon, et la mousseline et le linon garnis de légères Malines détrônèrent les riches Points. Mais l'église et ses grands dignitaires restaient fidèles aux anciennes splendeurs, et le cardinal de Rohan officiait, à Versailles, dans une aube estimée 100,000 livres.

La Révolution fait fermer les manufactures. Un grand nombre d'entre elles disparaissent. Ce n'est qu'avec l'Empire et la protection de Napoléon que Bruxelles, Alençon, Chantilly retrouvent des jours de prospérité. Marie-Louisj reçoit dans sa corbeille pour près d'un million de dentelles.

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En 1818 nouvelle commotion, industrielle cette fois; le tulle mécanique est inventé et adopté par la mode.

La concurrence amène le bon marché, mais développe la consommation et vers 1850, les fabriques sont de nouveau en pleine activité.

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Dans ces avatars de l'industrie dentellière qu'avait fait notre ville?

Dès le xvnie siècle on y fabriquait des dentelles d'or et d'argent enrichies d'ornement. Plus tard la région était réputée pour certains Points. Sans aller jusqu'en Auvergne ou en Bourgogne, dont les produits étaient célèbres, on trouvait à Saint-Etienne des dentelles ressemblant aux Valenciennes et estimées pour leur solidité. Les plus fines servaient de manchettes. A Manceau près du Pont-de-Beauvoisin on fabriquait beaucoup de blondes, connues sous le nom de bise lies.

H A la fin du xvme siècle, Lyon et Nîmes comptaient, à elles deux, 2,000 métiers à tulle, alors que l'Angleterre n'en possédait que 1,200. Ce tulle de soie était brodé à Condrieu pour en faire des voiles et des mantilles fort estimés surtout dans les pays de langue espagnole.

Le système Jacquard amena l'invention de la dentelle mécanique et des blondes brochées. Aujourd'hui on fabrique au métier presque toute espèce de dentelle, et la distinction avec la dentelle à la main est fort difficile.

L EXPOSITION LYONNAISE DE SOIERIES

de son matériel et ses efforts constants pour le maintenir au niveau des derniers perfectionnements.

Dès 1825, M. Dognin inventait le tulle grenadine, puis plus tard le tulle {Jphir et le tulle illusion. Sa maison était la première qui fit en France le tulle de Bruxelles sur métier Bobin.

A l'Exposition de 1889, la maison Dognin, particulièrement, a représenté Lyon dans les divers genres, tulles, dentelles à la main, dentelle mécanique, et prouvé une fois de plus qu'aucune des branches du tissage artistique n'était étrangère à notre ville.

Fondée au commencement du siècle, elle a toujours su se maintenir à la tête des maisons de son genre par l'importance

L'usine de la Croix-Rousse renferme les types de métiers les plus variés. La maison Dognin les construit d'ailleurs elle-même depuis 1872 ainsi que les métiers à broder.

On ne se doute guère, à voir un léger voile de tulle ou les plis soyeux d'une blonde espagnole, de la quantité de fer et de cuivre, de petites mains mécaniques, de doigts d'acier agiles et délicats qui concourent à la conversion du fil de soie en ces tissus tout de grâce, de finesse, de transparence. L'énormité des outils contraste singulièrement avec la délicatesse des produits ; mais les proportions lilliputiennes de certains détails expliquent ce résultat merveilleux. Ainsi les cravates genre Alençon, dont nous reproduisons trois spécimens, sont des plus fins tissus qui existent dans ce genre. Le métier qui les fabrique mesure 3 mètres de largeur; mais 4,000 bobines croisent leurs fils dans tous les sens pour l'exécution d'un de ces dessins et 36 d'entre elles tiennent dans un espace de 25 millimètres.

Le caractère absolument original et personnel de la maison Dognin réside dans la centralisation de tous les moyens qui concourent àsa production. Depuis le crayon du dessinateur jusqu'au marteau du forgeron, tout tend, sous une direction unique, à la réalisation de l'idée artistique, répondant à la création d'un nouveau genre ou à la reproduction des vieux Points.

Nous ne donnons que quelques spécimens de ses produits. Ils suffiront pour montrer leur variété et la perfection d'exécution qui est obtenue.

De la cravate de quelques centimètres de large dont nous avons déjà parlé au volant de 140 centimètres de haut, que nous reproduisons aussi, on conçoit que le champ est vaste.

Les unes et les autres sont en dentelle mécanique. Il en est de même de cet éventail Chantilly de dessin Louis XV si délicat, qui termine cette note.

En revanche, c'est aux habiles ouvrières de Condrieu, déjà réputées au siècle dernier, qu'est dû ce pur chef-d'œuvre de broderie qui constitue le volant de vieil Alençon. La maison Dognin possède dans cette localité une importante organisation: 3,000 ouvrières y ont travaillé pour elle à certains moments. Depuis dix ans, elle y a fondé une école de dessin pour brodeuses, qui, maintes fois, a été honorée de prix décernés par le ministère des Beaux-Arts.

VOLANT DENTELLE de h Maison DOGNIN &

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Nous voici arrivé au terme de notre tâche de cicérone.

Nous ne reviendrons pas sur l'impression qu'a causée cette admirable exposition Lyonnaise. Les documents que nous avons pu produire, grâce au bienveillant concours de la plupart des fabricants que nous avons sollicités, nous dispensent de rechercher de nouveaux qualificatifs. Nos lecteurs sont en mesure désormais de les trouver eux-mêmes, parfaitement appropriés à l'objet.

Nous n'achèverons pas, cependant, sans remercier encore nos collaborateurs; sans rendre un juste hommage au prix que donnent à ce travail les reproductions en photogravure de MM. Lumière; et enfin sans mentionner particulièrement l'obligeance inaltérable avec laquelle M. Pariset, ancien fabricant de soieries, nous a signalé tous les documents qui pouvaient nous éclairer, prêté ses matériaux personnels, et nous a guidé dans une voie où nous étions complètement étranger.

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