PLANCHE IV LAMPAS FOND SATIN
Pour grande robe de cour Maison BÈRARD & FERRAXD
Jacquard de 1.200 crochets. — 19000 cartons
Fleurs naturelles obtenues Dar 4 lames lancées et \b trames brochées
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LA FABRIQUE LYONNAISE DE SOIERIES
des prix; elle s'efforce d'approprier ses étoffes aux besoins d'une consommation plus étendue et plus générale, et elle cherche, en même temps, dans ses instruments de tissage, les simplifications propres à abaisser le coût de la production, à diminuer la fatigue et à réduire le nombre de ses ouvriers.
En 1687, Galantier et Blache, originaires d'Avignon, ont monté le métier à petite tire, à boutons, auquel, au dire d'un auteur spécialement compétent, Paulet, Lyon doit plus de 1 50 étoffes nouvelles.
En 1720, Garin invente une machine qui facilite le tireur de lacs dans la grande tire, et obtient pour l'exploitation de cette machine un privilège de cinq ans, avec prime de vingt écus pour chaque machine utilisée.
En 1725, Basile Bouchon, précurseur de Jacquard, imagine, pour le tissage des étoffes à petite tire, l'aiguille qui lira, sur un papier sans fin, le dessin produit par des trous percés sur ce papier. De 1728 à 1734, il perfectionne ce métier, substitue au papier des cartons enlacés et le rend, mais trop coûteusement, propre à la fabrication des grands dessins.
En 1744, Vaucanson supprime le presseur de lacs du métier Falcon et invente le cylindre appelé à garder plus tard ce nom, sous sa nouvelle forme carrée, dans le métier Jacquard. En 1766, Ponson, ouvrier tisseur invente, pour la fabrication des armures, le métier à accrochages que Verzier perfectionnera un peu plus tard, en vue de la fabrication des petits façonnés.
Chacun a apporté son concours à l'œuvre commune ; les fabricants, en poursuivant la recherche de nouveaux tissus ; le Consulat, en favorisant l'initiative de tous les progrès ; les dessinateurs, en sollicitant la consommation par des créations incessantes ; les teinturiers, en découvrant de riches couleurs ; les ouvriers, en perfectionnant sans relâche l'outillage de la production.
On sent qu'une société, dont les mœurs seront différentes des mœurs de l'ancienne société française, est en formation. Les modes changent rapidement; le luxe devient l'apanage d'un plus grand nombre ; la vogue des indiennes et des étoffes imprimées, l'adoption des papiers peints pour tentures, tout indique la voie dans laquelle l'industrie doit entrer.
L'évolution démocratique de l'industrie de la soie est commencée ; notre Fabrique a interrogé les exigences naissantes d'une consommation plus étendue ; elle a déjà acquis une vision très nette de l'avenir qui l'attend; elle est préparée à ses nouvelles destinées.
>-'N vient de voir comment l'industrie de la soie, et en particulier la Fabrique lyonnaise, avait employé le xvme siècle. et elle pouvait à bon droit s'enorgueillir de son œuvre. Comment a-t-elle utilisé le xixe siècle? Les documents statistiques que nous publions plus loin vont l'apprendre. Mais pour bien juger la situation actuelle il est nécessaire de remonter aux événements qui l'ont préparée. Le présent est-il formé d'autre chose que des legs accumulés du passé?
Non contente, en quatre-vingt-treize, de disperser ses fabricants, d'anéantir ses capitaux, de fermer ses ateliers, la Révolution va changer toutes ces anciennes conditions d'existence. Cette industrie, dont les produits ont été jusque-là l'emblème de la suprématie sociale, va se trouver en présence d'une société nouvelle qui fait table rase des privilèges, nivelle les fortunes et appelle le grand nombre à l'aisance, comme à l'égalité politique. Désormais, il s'agira moins de créer des étoffes somptueuses, remarquables par leur richesse, que d'arriver à les mettre à la portée de tous, s'il est possible. Les bornes de la consommation sont déplacées et reculées.
La Fabrique lyonnaise, placée dans l'alternative de disparaître ou de se plier à cet ordre de choses nouveau, se transformera avec une souplesse
LA FABRIQUE LYONNAISE DE SOIERIES
surprenante. Le nombre de ses métiers, tombé au-dessous de 2,500 pendant la tourmente révolutionnaire, s'est déjà relevé de 1809 à 1813, apogée de nos manufactures sous le premier Empire, à plus de 11,000 métiers en activité, produisant 27 millions de francs de tissus. On produirait davantage si les ouvriers tisseurs, décimés par les levées successives, étaient plus abondants. Mais à quel prix cette résurrection industrielle a-t-elle été achetée? Pour s'en rendre compte, il faut lire la lettre que la Chambre de Commerce de Lyon écrivait, le 26 novembre 1809, à son secrétaire, M. Mottet, à Paris, en le chargeant confidentiellement de signaler au Ministre de l'intérieur la situation nouvelle faite à notre industrie : les fabricants lyonnais manquent de bras, ils s'arrachent les ouvriers, ils ne peuvent remplir tous les ordres qui leur viennent soit de l'intérieur, soit de l'étranger; « mais que faisons-nous? dit cette lettre, de J'étoffe indigne que le fabricant d'autrefois le plus barbare n'aurait pas voulu avouer. Il sort de nos ateliers la moitié de ces produits en marchandises abjectes et que les fabriques de Suisse, de Prusse, d'Italie et d'Allemagne ne voudraient pas avoir faites. Sont-ce là, ajoute la Chambre de Commerce de Lyon, les chefs-d'œuvres qui faisaient connaître Lyon à tout le monde et qui lui donnaient la prédominance dans l'Europe manufacturière? » Quelle soudaine transformation? et que faut-il admirer dans ce cri d'alarme, poussé au milieu d'une prospérité renaissante; les regrets que coûtent à nos industriels l'abandon des vieilles traditions, ou l'énergique résolution avec laquelle ces mêmes industriels changent leur orientation et font courber leurs préférences séculaires devant les exigences modernes?
Naguère, industrie d'art parfois, industrie de haut luxe toujours, la fabrique des soieries, sans perdre complètement son ancien caractère — car des dessinateurs comme Bony, Berjon, Déchazelle ont recueilli l'héritage des Revel et des Ph. de la Salle — s'efforce de devenir une industrie de grande consommation.
Jacquard apparaît et, par son invention, il ouvre, comme à point nommé, la voie du travail automatique et de la grande production manufacturière.
Le blocus continental avait, pendant quelques années, fait de notre ville le grand entrepôt européen des cotons du Levant ; notre industrie a appris à mieux connaître ce textile et à en tirer un meilleur parti. Lorsque la fumée des champs de bataille se sera dissipée et que partout on se remettra au travail pour réparer
les calamités de la guerre, c'est encore Lyon qui, avant la Suisse et l'Allemagne, cherchera avec les mélanges de la soie et du coton à satisfaire les consommations appauvries. Le jury de l'Exposition nationale de 1819, où ces mélanges apparaissent pour la première fois, constate que cette industrie nouvelle, délaissée ensuite et reprise de nos jours, occupe prés de la moitié des ouvriers lyonnais.
Gensoul, dès 1805, applique la vapeur à la filature des cocons, et c'est de Lyon que part l'impulsion de cette grande et heureuse transformation. Singulière coïncidence : c'est par la plus délicate manipulation, que se lève pour l'industrie de la soie l'aurore de la grande manufacture ; c'est elle qui la première va initier à cette puissance naissante de la vapeur les populations des campagnes, où elle restera fixée à côté des magnaneries et des champs de mûriers. Plus tard, c'est encore à Lyon que le moulinage des soies à tours comptés automatiquement sera découvert.
Dès les premières années de la Restauration, les emplois inespérés et croissants des fils de bourre de soie dans les ateliers lyonnais inspirent la filature mécanique de ces déchets. Cette belle industrie naît tout d'abord dans le département delà Drôme, avant de se répandre dans l'Europe entière, entraînée, loin de ses centres d'approvisionnements naturels de matières premières, par la similitude de son outillage avec celui des industries des fils de laine et de coton.
Lorsqu'après 1850 une épidémie meurtrière décime les éducations de vers à soie dans le monde entier et évoque les plus désespérantes, mais aussi les plus fausses prédictions, c'est en France qu'elle est vaincue, par un savant illustre. M. Pasteur découvre, avec la rigueur des lois scientifiques, les règles qui doivent présider à la sélection des semences et régénérer la sériciculture dans le monde entier.
En dernier lieu, pour ne prendre que les grandes étapes de notre histoire industrielle du xixe siècle, n'est-ce pas encore la Fabrique lyonnaise qui, avec le concours inestimable de ses teinturiers, de ses imprimeurs, de ses apprêteurs, après avoir emprunté aux peuples de l'Orient la fabrication des foulards, applique, en les perfectionnant, les mêmes procédés aux tissus mélangés de coton, et invente, vers 1869-1870, cette jeune et déjà si vivace et si florissante industrie des étoffes mélangées teintes en pièces, dont l'étranger s'efforce de s'emparer.
L'industrie lyonnaise qui, aux xvir et xvme siècles, était restée cette