‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 2)Chapitre 14 sur 23 · BUREAU-PUZY · texte numérisé non relu

BUREAU-PUZY

Les députés delà garde nationale du département du Rhône étaient les suivants :

Dumas, chef de division à la préfecture.

Nicolas Gingenne, ancien officier de carabiniers.

Hippolyte Rousset, receveur de la ville. > Lyon

Jean François Dupré, négociant.

Antoine Retié, secrétaire de la mairie de l'Ouest.

Louis Henri Chartraire-Montréal, négociant. (Guillotière).

f'f^'tM

PIE Vil

J. B. Ferrouillat fils, négociant. (Croix-Rousse).

Pierre Seriziat, propriétaire. (Vaise).

Joseph Arthaud, lieutenant de la garde-nationale. (Condrieu).

François Pclisson Valeiicize, manufacturier (Givois).

Joseph Marie Dubesson, rentier. (Saint-Genis-

Lavalj.

François Marie Perrachon, ) ,..„ ,

T, '. T ■ Villcfranche

Benoit Las. )

Jean Marie Philibert Matagrin, propriétaire. (Tarare).

Jean Marie Boisson. (Belleviile).

Jean Jacques Billiet. (Amplepuis).

18, 19 et 20 novembre 1804

Pie VII, venant en France à la fin de 1804, pour sacrer Napoléon I^""^ passa à L}-on les journées des 18, 19 et 20 novembre. Un jeune Lyonnais raconte ainsi dans une lettre à un de ses nmis les divers épisodes de ce séjour.

« On avait été instruit que le Saint Père, au lieu d'arriver le dimanche soir 18 novembre, pour repartir le lendemain matin, ainsi qu'on l'avait cru d'abord arriverait à Lyon sur les trois heures de l'après-midi, et que, pour donner aux habitants de la première ville catholique. des Gaules, un témoignage spécial de sa bienveillance, il y séjournerait le mardi 20 et y célébrerait les saints mystères.

Le chapitre de la cathédrale, les autorités civiles et militaires, allèrent au devant de sa Sainteté ; le bruit du canon et le son des cloches signalèrent l'heureux moment de son entrée dans nos murs.

Uue foule immense remplissait les rues et pouvait à peine être contenue par les troupes. Le clergé de toutes les paroisses, suivi d'un grand nombre de fuielles {sic) portant des flambeaux, s'était rendu processionnelkment à la métropole en faisant retentir les airs de chants religieux. Il était quatre heures environ, lorsque la voiture du Souverain Pontife arriva devant le portail de l'église de Saint-Jean.

Son Eminence, Monseigneur le cardinal Fesch. archevêque de Lyon, présenta l'eau bénite au Saint Père et le conduisit sous le dais qui était porté {vr quatre ecclésiastiques en dalmatique. Alors, M. Jouffret, premier vicaire général du diocèse, harangua en latin Sa Sainteté, qui répondit dans la même langue. Arrivé devant l'autel, le Souverain Pontife encensa le Saint Sacrement, et la bénédiction fut donnée par Son Eminence.

Le Saint Père fut ensuite conduit au milieu des chants de l'allégresse dans le palais de l'archevêché : il y reçut le tribut d'hommages et de respect des autorités, des tribunaux, et des diverses administrations.

Une multitude innombrable s'était portée sous la terrasse de son palais et couvrait les quais des deux rives de la Saône. Sa Sainteté parut plus d'une fois sur cette terrasse, et donna sa bénédiction à tout ce

peuple, qui, par des acclamations réitérées, manifestait la foi religieuse dont il était pénétré.

Le soir la partie extérieure de la métropole, et les croix qui en dominent les tours furent illuminées ; un grand concours de peuple circulait le long des quais et autour du palais archiépiscopal, pour jouir de ce spectacle et s'entretenir de celui qui en était l'objet. Le mardi 20, à 10 heures précises, le Souverain Pontife célébra les Saints Mystères. La métropole n'était pas assez vaste pour contenir tous ceux que la piété y avait attirés. Le profond recueillement du Saint Père avait quelque chose de céleste qui pénétra tous les assistants. On croyait voir, comme dit Fleury, Saint Bazile, (sic) le corps immobile, le regard fixe, l'esprit uni à Dieu, désarmer le Seigneur. Les cardinaux, qui environnaient le sanctuaire, ajoutaient par leur ferveur à l'appareil imposant de cette sainte cérémonie.

Après son action de grâce, le Pape s'avançant vers le trône qu'on lui avait préparé au fond du chœur, au même endroit où Luiocent IV et Grégoire X avaient présidé, cinq siècles auparavant, deux conciles généraux, admit à lui baiser les pieds, le chapitre, tout le clergé, et un grand nombre de fidelles (sic).

Sa Sainteté se rendit à midi sur la place de Bellecour, appelée aujourd'hui place Bonaparte, pour y donner sa bénédiction au peuple réuni dans cette va jte enceinte.

On avait décoré le grand balcon de la maison

Henri : un dais y avait été placé, et des tapisseries étaient tendues sur les murs. Lorsque le Souveiain Pontife parut, il fut accueilli par des acclamations générales ; tous les cœurs étaient attendris ; tous les yeux étaient mouillés de larmes. On remarquait avec quel intérêt il se faisait rendre compte des malheurs passés de la ville de Lyon, en jetant les yeux sur cette immense place qui sort aujourd'hui de ses ruines. Enfin, il lève les yeux au ciel, il étend les mains, un profond et religieux silence succède au tumulte d'un rassemblement si nombreux. Ceux qui ne peuvent se prosterner font le signe de la croix, et tous se retirent pénétrés de respect et de vénération pour le successeur de saint Pierre.

Il voulut bien recevoir encore dans cette maison les hommages de quelques personnes pieuses qui soupiraient après ce bonheur. On fut vraiment touché de le voir soutenir une femme accablée sous le poids de l'âge, et aller au devant d'un aveugle qui le cherchait.

Le Saint Père, étant retourné au palais archiépiscopal, admit à lui baiser les pieds les sœurs de saint Charles, les Filles de saint Vincent de Paul, les Dames associées aux œuvres de charité, et un prodigieux concours d'habitants de la ville de tous les rangs. Il paraissait goûter une satisfaction paternelle à donner sa bénédiction aux enfants qu'on lui présenta.

Le général Duhcsnie, ne puav.iut contenir le senti-

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ment que lui faisaient éprouver ces scènes attendrissantes, amena son fils aux pieds de Sa Sainteté : « Très Saint Père, lui dit-il, J.-C. bénissait les enfans; voici le mien ; le ciel me l'a donné, je rélèverai pour l'Eglise et pour l'Empereur. »

Sa Sainteté, parmi toutes les personnes qui ont eu l'honneur de lui être présentées, a distingué les dames Boulard, Clérimbert et Gabet, religieuses de Lyon, qui, aux jours désastreux de la Révolution, avaient été conduites par la Providence jusqu'à Imola. A cette époque i'évêque d'Imola, aujourd'hui Pie VII, les reçut avec toute la tendresse d'un père ; il les plaça dans un couvent, les adopta pour ses filles et les honora souvent de sa visite. Au moment de leur retour en France, il mit le comble à ses bontés en leur offrant l'argent qui pouvait leur être nécessaire pour leur voyage. Le Saint Pcre n'avait pas oublié ses chères filles ; à son arrivée à Lyon, il voulut avoir un entretien particulier avec elles, et entrer, sur leur position, dans tous les détails que la plus touchante bienveillance lui faisait désirer de connaître.

La soirée de ce jour fut encore consacré à satisfaire l'empressement des fidelles (sic). Une députation nombreuse de la jeunesse lyonnaise a exprimé avec énergie son dévouement respectueux pour le vicaire de J.-C. et son attachement à la religion de ses pères cimentée par le sang des martyrs. Enfin pour céder aux désirs d'une foule de peuple, qui, malgré la pluie, entourait le palais. Sa Sainteté reparut sur

la terrasse de l'Arciievêché, afin de réitérer ses bénédictions : « Je ne puis rien refuser aux Lyonnais, disait-il, il faut que je les contente. » Le départ du Souverain Pontife fut annoncé le lendemain au point du jour par le canon et le son des cloches. Les habitants de la ville exprimèrent leurs regrets de cette douloureuse séparation en se précipitant avec une nouvelle avidité sur son passage.

Un triste événement est venu troubler la joie qu'avait causép le séjour du Saint-Père dans notre ville. Monseigneur le cardinal Borgia, que Sa Sainteté y avoit laissé dangereusement malade, est mort^ deux jours après son départ, le 23 novembre, entre cinq et six heures après midi. Ce prélat, distingué par ses vastes connaissances et ses vertus, a conservé dans ses derniers momens la plus grande présence d'esprit et a rempli tous ses devoirs religieux avec une résignation et une piété dignes des plus grands éloges. Le pape lui avait laissé son médecin, et avait dit du cardinal que s'il mourait à Lyon, il ressemblerait à saint Bonaventure qui finit ses jours pendant la tenue du second concile œcuménique de cette ville, où ce saint docteur avait accompagné GrégoireX.

Le corps de Son Eminence a été embaumé et pendant trois jours est resté exposé aux regards des fidclles (sic) sur un lit de parade dans la chambre ardente de l'Archevêché, où on a célébré continuellement les Saints Mystères pour le repos de son âme. Il a été ensuite porté avec pompe, et accompagné d'un

clergé nombreux, des autorités civiles et militaires et des personnes les plus distinguées de la ville. Ce convoi, après avoir parcouru les quais des deux rives de la Saône, s'est rendu à l'église cathédrale, et le corps a été placé sous un catafalque. Un des vicaires généraux a célébré le service solennel. L'éloge funèbre, prononcé par M. Bonnevie, chanoine à la métropole, a excité le plus grand intérêt. Le soir on mit le corps dans un cercueil de plomb que l'on a déposé dans un caveau de la chapelle de saint Michel.

Tel est, mon cher ami, le récit fidelle [sic) des circonstances les plus remarquables que j'ai pu recueillir sur le passage du Souverain Pontife dans notre ville. Je n'ai pas cru devoir omettre les tristes détails de la mort du cardinal Borgia. Le profond souvenir de ses éminentes vertus, de son modeste savoir et des immenses services qu'il a rendus à la religion et à la société, m'imposait la tâche pénible de t'en entret'inir. Le cardinal Borgia fut honoré de la confiance de Pie VI, digne appréciateur de ses talens, et de l'amitié particulière de Pie VII, qui a vivement regretté sa perte. Il a été successivement secrétaire et prétet de la Propagande. C'est à cette congrégation célèbre qu'il consacra principalement ses soins, ses ardentes veilles et une partie des revenus de sa fortune. Il lui a laissé tous ses biens, à l'exception de son mobiHer et d'un très beau muséum qu'il a légués à sa famille. Il a emporté en mourant le regret

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de n'avoir pu mettre la dernière main à l'établissement des Missions étrangères de France, le principal objet de ses vœux dans son voyage à Paris...

Lettres d'un jeune Lyonnais à un de ses amis sur le passage de N. S. P. le pape Pie VU à Lyon, h; ip novembre iSo^, et sur son séjour dans la même ville, les jy, i8 et iç avril iSo^ à son retour de Paris, suivies des discours adressés à Sa Sainteté et d'une instruction sur les indulgences.

Lyon, Impr. 'Ballanche père et fils, an XIII, — i8oj.

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