avril
Delandine, bibliothécaire de la ville de Lyon, écrit sur l'ordre du Conseil Municipal, la relation du passage de Napoléon à Lyon, quand il se rendait en Italie avec l'Impératrice Joséphine, pour se faire couronner roi d'Italie.
« Napoléon avait comblé le vœu des Français en montant au trône impérial, et en réunissant dans sa main courageuse et ferme les rênes éparses d'un vaste empire. La république italienne, appelée à de plus hautes destinées, l'avait proclamé roi, et Milan l'attendait avec impatience pour mettre sur sa tête la couronne de fer, déposée à Monza, signe de la souveraineté des rois lombards, et qui avait ceint l'auguste front de Charlemagne, L'empereur avait cédé
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au désir de cette belle contrée. Une lettre du grandmaréchal du palais avait annoncé, dès le mois de février 1805, la prochaine arrivée et le séjour à Lyon de Sa Majesté Impériale. Cette nouvelle y remplissait les cœurs de joie.
Un décret du 22 mars convoqua à Milan le Corps Législatif, les trois collèges électoraux, les évèques, les préfets, les présidens des tribunaux et des corps administratifs, les savans les plus renommés du royaume d'Italie, et les appela à la cérémonie du couronnement.
Son Emiuence le cardinal Caprata, archevêque de Milan, désigné pour sacrer Sa Majesté, quitta Paris, et passa dans les murs de Lyon à la fin de mars. Il fut bientôt suivi par son excellence M. de Sêgiir, conseiller d'Etat et grand maître des cérémonies et par D,l. de Rémusat, premier chambellan de l'Empereur.
Plusieurs jeunes Lyonnais, pleins de zèle et pleins d'admiratior. pour l'Empereur, manifestèrent hautement le désir de lui former une garde d'honneur pendant son passage à L)-on. Le Conseil municipal, dans sa séance du 15 germinal an 15, favorisant de tout son pouvoir l'exécution d'un projet qui remplissait son vœu particulier, vota une somme de vingt mille francs pour la formation de la musique de cette garde ; il invita l'un de ses membres à en prendre le commandement et à employer son .zèle à la prompte organisation de ce corps. Elle fut opérée
dans les trois jours qui précédèrent l'arrivée de Leurs Majestés, et présenta une compagnie de 80 grenadiers, une autre de 80 chasseurs à pied, une autre de 50 chasseurs à cheval, une autre jde 50 musiciens et tambours. Chacune de ces compagnies fut formée de jeunes volontaires, nés à Lyon, uniquement destinés à escorter Leurs Majestés, et à faire près d'elles le service journalier. .
L'uniforme de la cavalerie fut fixé à un habit bleu, avec revers et paremens de couleur aurore, vcste et pantalon jaunes, chapeau à gances et glands, avec le panache blanc et aurore. Celui de l'infanterie fut formé d'un habit, veste et pantalon blancs, avec paremens, revers et collets roses, l'aiguillette en or sur l'épaule gauche, et un trèfle en or, sur l'autre. Le chapeau fut à gances et glands d'or avec le panache blanc. Toutes les compagnies reconnurent 1° M. ''Dacicr-la-Chassaignc, ancien maréchal de camp des armées, membre du conseil municipal, pour général commandant, et il fut reçu en cette qualité à la tcte de la 19e division militaire, par le général divisionnaire Duhesme ; 2° M. HippoUte (sic) Ronsset, trésorier de la ville, pour colonel ; il avait été précédemment envoyé avec le même titre à la cérémonie du couronnement : 3° MM. T)elorme-DelUIe et DtCichoux, pour Heutenans-colonels, le premier commandant l'infanterie, et le second la cavalerie.
Le Conseil municipal, voulant consacrer le souvenir de la venue de l'empereur, détermina qu'à perpé-
tuité on nommerait Cours Isiapolêon la promenade ornée de plantations et bordée par un quai, qui s'étend depuis le pont de la Guilloiière jusqu'cà la barrière Tcrrache.
Bientôt on chercha à faire disparaître dans l'Hôtel de Ville l'aspect hideux que le dernier incendie avait donné à sa façade. On poursuivit avec activité diverses réparations commencées dans le palais de l'Archevêché que l'on meubla ; on vit se débla\'er le quai qui y conduit, longtemps obstrué par les matériaux de sa nouvelle construction.
Les trois clés de la ville destinées à être présentées à Sa Majesté, furent ciselées en argent p.ir M. Sauuier, et devinrent les emblèmes des trois mairies. Chacune d'elle offrit le symbole qui la distinguait.
La clé de la mairie du Nord était formée par un caducée, attribut du commerce, surmonté de l'aigle impérial qui en faisait le paneton. Celle de la mairie du Midi présentait le Rhône et la Saône unissant leurs ondes ; deux dauphins en formaient l'anneau, et un aviron le paneton, La clé de la mairie de l'Ouest avait pour tiges deux crosses réunies au glaive de la justice ; le livre de la loi en était le paneton, et un lion debout, l'anneau.
A un quart de lieue de Lyon, sur le chemin de Saint-Clair, par où Leurs Majestés, venant de Bourg, devaient arriver, on éleva au arc de triomphe d'ordre dorique, avec des colonnes en bronze et en marbre.
Le bronze désignait l'inviolable fidélité des Lyonn.iis aux lois de l'Empire ; le marbre était l'emblème de la magnificence et de la richesse delà cité.
Les chapitaux des colonnes, formés d'abeilles, enrichis d'étoiles, présentaient des couronnes civiques et des croix d'honneur. Leurs triglyphes soutenaient la couronne impériale. Au-dessus, un aigle, semblable à celui qui se voit dans ï Apothéose lV Auguste, portait le hustt àt Napoléon dans les cieux.
Les deux parties latérales de base soutenaient les statues du Rhône et de la Saône. Deux bas-reliefs placés au-dessous offraient, d'un côté l'union de l'Empire et de la Liberté ; de l'autre, k Sagesse distribuant des récompenses aux soldats, aux savans. aux magistrats.
Plus loin, un autre bas-relief, célébrant la munificence de l'Empereur, qui accorde tous les dix ans un grand prix aux artistes célèbres, présentait la reconnaissance conduisant de jeunes élèves devant le génie protecteur des arts.
La porte principale servait de base à une statue représentant Lyon, sous la figure d'une femme, appuyée sur des ballots de marchandises, offrant d'une main ses clés, tenant de l'autre un gouvernail.
Sous la voûte de cette porte, un aigle dans le plafond, entouré d'abeilles, tenait quatre guirlandes, dans lesquelles on lisait ces mots : « Hanovre, France, « Italie et Savoie ; il a réuni vos couronnes, en por- <f tant au milieu de vous la richesse et l'abondance. »
Aux deux faces de l'arc, sur deux tables de marbre furent gravées ces inscriptions :
De l'antique Lyon la grandeur, l'opulence, Renaissent à la voix de ce puissant héros ; Il vit son infortune, il répare ses maux ; L'aspect d'un peuple heureux sera sa récompenbc.
Les champs de l'Italie attestent son courage ; L'anarchie au tombeau, les temples restaurés Les vertus, les talents, les beaux arts honorés. Dans le plus grand guerrier font admirer un sage.
Le mercredi lo avril 1803, à trois heures de l'après-midi, 'Njxpolêon !<:■■, Empereur des Français, roi d'Italie, et son auguste épouse l'impératrice /o^éphiite, sont arrivés à Lyon par la porte Saint-Clair. Une multitude innombrable d'habitans bordait les coteaux voisins, remplissait le passage et faisait retentir les airs d'acclamations. Les balcons et toutes les fenêtres des places et quais, ornés des femmes les plus brillantes, offraient un coup d'oeil ravissant. La beauté du ciel, l'éclat du jour ajoutaient à l'ivresse du moment. Les autorités de la ville, le préfet, les maires, le Conseil municipal, la garde d'honneur, entourèrent les souverains sous l'arc de triomphe.
Là M. Parent, maire de la division du Nord, leur lit hommage des clés de la ville, déposées sur un coussin de velours cramoisi, supporté par un bassin d'or. L'Empereur lui répondit : « Ces clés ne peuvent
cf être entre des mains qui méritent plus ma conff fiance. »
Aussitôt, Leurs Majestés ont passé devant le corps des vétérans et les élèves du lycée. Cette image des deux extrémités de la vie, leur offrait et ceux qui défendirent avec gloire leur pays, et ceux qui prétendent au même honneur. Une musique expressive augmentait alors la douce émotion, que faisait ressentir à tous les coeurs la présence d'objets aimés.
Le cortège défila par le quai du Rhône, la rue de la Barre, la place Bonaparte, le quai de la Saône, le Pont de Pierre, le quai de la Baleine, pour parvenir au palais de l'archevêché, où avait été fixé le séjour de Leurs Majestés.
D'après leurs ordres, la garde d'honneur lyonnaise fut admise à partager le service militaire avec la garde impériale. En conséquence, la moitié de tous les postes intérieurs fut occupée par elle, et M. T^oussd ûtle premier le service de colonel près de l'Empereur, et fut ensuite immédiatement relevé par un colonel de la garde impériale. M. le maréchal d'Empire ,'Bc^^/è«5, commandant général de la garde impériale, adressa à M. Dacier-la-Chassai^ne l'ordre de passer la revue le lendemain, et détermina le service du corps qu'il commandait. A l'extérieur, le piquet de la garde à cheval obtint l'honneur de précéder la voiture de Leurs Majestés, suivie de la garde impériale. Lorsque l'Impératrice sortirait seule, la garde lyonnaise dut seule lui servir d'escorte, et
l'officier qui la commandait se placer à la portière gauche.
Ces ordres, si honorables pour les jeunes volontaires de Lyon, furent reçus par eux avec la plus vive allégresse et la plus respectueuse reconnaissance.
A la fin du jour, toute la ville fut illuminée. Parmi les allégories et les inscriptions qui décorèrent les édifices publics et particuliers on distingua celles-ci ;
Sur la façade de l'Hôtel de Ville, on lisait ce quatrain :
« Le monde le craint et l'admire ; La France lui doit son bonheur ; Lyon applaudit au vainqueur Dont il sut présager l'empire. »
Le théâtre des Terreaux offrait un aigle aux ailes déployées, portant dans les airs une étoile qui renfermait le médaillon de l'Empereur ; sur les côtés, on apercevait des ruches, sur lesquelles se reposait un coq, symbole de l'industrie et de la vigilance. Les bustes de l'empereur Antonin, si aimé des Lyonnais, et de Miinatius Plancus, fondateur de Lyon, étaient placés au milieu . Aux extrémités, deux enseignes de la Légion d'honneur offraient ces mots chers aux Français :
Honneur et patrie.
Plus loin, deux lions soutenaient des tables de bronze, sur l'une étaient indiqués les principaux
bienfaits de l'Empereur pour notre cité ; secours pour ks maisons démolies, place de 'Sellccoiir reconstruite, etc.-, l'autre présentait ce vers à' Horace :
Suhlimi feriam sidéra vertice
Le cercle du commerce se distinguait par ce tableau :
Deux furies, armées de torches et entourées de serpents, étaient renversées sous les pieds d'un guerrier tenant une lance et couronné de laurier. Celui-ci semblait annoncer à la ville de Lyon, représentée par une femme portant une couronne murale, que toutes les discordes avaient cessé pour elle, et que la paix seule désormais devait régner dans son enceinte. Cette femme s'appuyait sur un lion, derrière lequel le génie du commerce et des arts avait cherché un abri. A côté, le Rhône et la Saône levaient des fronts radieux à l'aspect du héros consolateur ; et ce vers de Viri^ile exprimait le motif de leur allégresse :
« 0 fortunaîi quorum jam mccnia surgunt. »
L'édifice de Saint-Pierre, devenu le Conservatoire des arts, présentait deux transparens. Sur l'un, on lisait ce vers :
Artes qnâ vieil protegit ille manu.
sur l'autre :
'Napoléon relève nos remparts.
Anime le commerce et protège nos arts.
LE CONSULAT ET l'eMPIRE 69
Le bâtiment des Célestins avait pour décoration un aigle portant cette inscription répétée dans toutes les bouches :
Vive l'Empereur ! Vive l'Impératrice !
A neuf heures du soir, on a tiré un feu d'artifice sur le pont neuf de la Saône, et Sa Majesté Impériale a daigné y mettre le teu.
Le lendemain, jour du Jeudi saint, l'Empereur et rimpératrice ont entendu, à onze heures, la messe, dans le palais de l'Archevêché .
A midi, ils ont successivement admis à leur audience .-
1»^ Le chrgé, présenté par Son Eminence Mgr le cardinal Fesch, archevêque de Lyon et grand aumônier de l'empire ; 2° le président et les juges de la cour d'appel ; 3° le préfet ; 4° le collège électoral du département ; 5° le conseil général du département ; 60 les conseillers de préfecture ; 7» le président et les juges de la cour criminelle ; 9° le commissaire général de police ; 9° les collèges électoraux d'arrondissement ; 10° le président et les juges du tribunal civil ; 11° les juges de paix; 12° le tribunal et la cliambie de commerce ; 13° les maires et le conseil municipal ; 14Û les administrateurs des hospices ; 15° le président et les membres du consistoire ; 16° l'état-major de la division, et le commandant d'armes ; 17° les officiers de la gendarmerie, ceux du 3"^ régiment de dragons.
eux de la légion hanovriennc, ceux de la garde d'honneur, présentés les uns et les autres par M. le maréchal Bessières, faisant les fonctions de connétable; iSoles membres des diverses administrations civiles, présentés par M. Bureaux-Pusy, préfet du département.
Sa Majesté Impériale a reçu chaque députation avec cette aménité qui lui est naturelle, et qui tempère l'éclat de sa gloire. Elle a favorisé la franchise des communications, rendu faciles les observations qu'on a voulu lui faire; elle est allée au devant de toutes les lumières, de tous les renseignemcns utiles ; elle a parlé à chacun de l'objet de ses travaux, eu l'engageant à les continuer Bvec un nouveau zèle,
L'Empereur a témoigné à M. Votity, président de la Cour d'appel, combien il était satisfait de l'attachement de cette Cour à sa personne et aux lois. Il a recommandé aux magistrats de modérer les frais de procédures, de diminuer le nombre des procès, de ne point s'écarter du Code civil. « Pour bouleverser les empires, a-t-il dit, on a toujours commencé par en ébranler les lois. »
Sa Majesté a parlé aux membres des collèges électoraux des divers objets de leurs soins. « La tranquil- Hté publique, leur a-t-elle dit, repose sur l'immuable conservation des propriétés ; elle est le rempart de tout bon gouvernement : comme propriétaires, vous m'êtes devenus garants de la paix intérieure et du bonheur pubUc. »
Elle a exprimé au Président du consistoire combien elle était satisfaite de la bonne intelligence qui régnait entre les protestants et les catholiques. » M. l'Archevêque, a-t-elle dit, m'en a rendu le témoignage, continuez à vivre toujours ainsi, et vous pourrez compter sur mon appui. »
L'empereur s'est entrenu longtemps avec M. de Laurencin, président du Conseil du département, de plusieurs sujets d'économie politique, et surtout des moyens d'assainir les travaux Terrache, de les vivifier, et au lieu d'un marais souvent infect, d'en faire pour la cité un lieu de promenade, d'agrément et de splendeur.
Auprès des administrateurs des Hospices, Sa Majesté s'est informée des moyens d'activer les Bureaux de bienfaisance, démultiplier les remèdes aux malades, les secours aux pauvres ; elle a voulu connaître la division des fonctions attribuées à chaque administrateurs, la quotité des revenus des hospices, et leur emploi.
Auprès des membres de la Chambre de commerce, elle s'est occupée de manufactures et de vues pour leur améUoration. Auprès des maires et des membres du Conseil municipal, elle a parcouru avec autant de rapidité que de justesse, une foule d'objets utiles et nécessaires à l'embellissement ou à la salubrité de la ville.
Ainsi, cette journée a été employée, par l'Empereur, à écouter tous les citoyens distingués par leur
places et leurs lumières, et à connaître les divers détails de l'administration locale.
Cette audience, qui, par sa longueur, a dû être pénible à Sa Majesté, a été tenue dans la grande salle de l'Archevêché, au fond de laquelle on avait préparé un trône resplendissant de dorures et de broderies. Sur l'observation qu'on lui a faite, qu'elle devait s'y reposer, elle a répondu : « J'aime à voir de près les « Lyonnais, mon véritable trône est dans leurs « coeurs, u
Le 12 avril, dès les 6 heures du matin, l'Empereur est sorti à cheval, accompagné de quelques officiers de la garde lyonnaise. Il est allé visiter d'abord l'atelier du nouveau pont qui est en construction sur la Saône, et il s'y est entretenu avec les ingénieurs et le; ouvriers. Puis, traversant la place qui porte son nom, il s'est rendu dans l'île Perruche qu'il a parcourue dans toutes ses directions. Comparant les plans qui lui avaient été soumis avec le local, prenant de justes idées sur la nature du sol, il a reconnula nécessité d'un remblai pour la partie d'eau stagnante, la plus voisine de la cité. L'aspect enchanteur de ce lieu, son vaste tapis de \erdure et de fleurs, ce confluent de deux fleuves superbes, ces riches coteaux chargés de maisons de plaisance et d'ombrages, cet horizon magnifique qui fuit au midi et se prolonge jusqu'au mont Pilai qui le couronne, ont paru plaire à Sa Majesté, et attirer toute son attention.
Elle a quitté la plaine ntérldionale pour passer sur
le pont de la Guillotière, et aller à l'Orient examiner la digue qui, comprimant les eaux du Rhône, les repousse vers les murs et les quais de Lyon qu'elles doivent baigner et assainir. Elle a pressenti l'utilité des réparations dans cet ouvrage, et fait espérer de les favoriser par de prompts secours.
L'Empereur, traversant ensuite le pont Morand, a visité le quai Saint-Clair et celui de Saint-Vincent. Parvenu à la barrière de Serin, il a gravi le sentier rapide qui conduit aux Tapis de la Croix-Rousse, et en est redescendu après avoir contemplé le beau point de vue que les sinuosités de la Saône, les reflets des coteaux de Vaise et de Vaques, les monts d'Izeron et de Saint-Cyr, y procurent à l'observateur. Sa Majesté est revenue à son palais par le pont de Pierre et le nouveau quai. Partout elle a rectifié les projets, apprécié les idées d'embellissement et de convenance, embrassé l'ensemble de chaque partie sans négliger les détails.
L'Empereur à son retour a donné audience aux compagnies savantes. L'Académie, la Société d'agriculture, l'Ecole impériale vétérinaire, la Société de médecineont eu l'honneur d'être admises. Sa Majesté a entretenu le président de l'Académie de l'organisation de cette Société, de ses diverses classes, des principaux objets de ses travaux, elle a paru désirer qu'elle en fit jouir le public par l'impression de ses mémoires. Elle a longtemps causé avec les membres de la Société d'agriculture, deprocédés agronomiques,
74 LYOX sous LE DIKECTOIRI-.
de fermes expérimentales, de forêts et de leurs rephmlations, de haras et de mérinos. Ne perdant jamais de vue le bien public, qui est devenu le but unique de ses pensées, Sa Majesté s'est informée du président de la Société de médecine, des maladies locales, de leurs dangers, de leur retour. Celles que pouvaient occasionner les marais Perruche, ont surtout excité sa sollicitude, et elle a^ demandé avec empressement qu'on employât tous les moyens de l'art pour borner leur ravage, et débarrasser bientôt la rive méridionale de tout miasme délétère.
L'Impératrice, alliant dans son âme douce et généreuse tous les sentiments tendres à tous les goûts simples, cultive chaque jour la bienfaisance et des fleurs. Sa Majesté avait daigné faire extraire de son jardin particulier divers arbustes et plusieurs plantes rares dont elle avait fait don au jardin botanique de Lyon. Le Conseil municipal, pénétré de reconnaissance, avait déterminé par l'une de ses délibérations de supplier Sa Majesté de permettre qu'il donnât le nom de Joséphine au jardin, et qu'on plaçât sa statue sous l'ombre des myrtes et des acacias, au milieu des productions brillantes de la nature. M. le Maire de la division du nord a porté ce vœu à l'Lnpératrice qui en a agréé avec sensibihté le double objet. Dans lo même jour ou a mis sur la principale entrée du jardin de botanique cette inscription ;
Jariliu de l'Impératrice Joséphine
LE CONSULAT ET L LiMPIRE 75
Le soir, il y eut grand cercle au palais impérial. La réunion des principales dames de Lyon en fit une sorte de fête de famille. Toutes obtinrent de la part de Leurs Majestés ou une attention délicate ou un mot flatteur. L'Empereur, son auguste compagne}' montrèrent la plus touchante affabilité, et y reçurent l'hommage de tous les coeurs.
Rentré dans son cabinet, l'Empereur y apprit que l'île de la Dominique, l'une des Antilles, située entvj la Martinique et la Guadeloupe, avait été prise sur les Anglais par la flotte française. « Le lieu où je « me trouve, dit-il, avec bonté et l'accueil que j'y " éprouve, me rendent encore plus sensible à cette 1 heureuse nouvelle. » Il fit demander à la bibliothèque de la ville une carte de la Dominique, un atlas de l'archipel américain, et il passa une partie de la nuit à former des plans favorables à la prospérité du commerce national, et à la juste liberté des mers.
Le samedi, 13 avril, l'empereur employa toute sa matinée à travailler avec ses ministres.
A une heure, Sa Majesté, suivie de l'Impératrice et de toute la cour, sortit en grand cortège, pour aller visiter le conservatoire des arts, place des Terreaux.
Il s'y rendit par ie Pont de Pierre, le quai de la Saône, la rue de la Barre, le quai du Rliône, la place de la Comédie et la rue Puits-Gaillot. Partout, sur son passage, les cris mille lois répétés, P'ive Nupoléon, Vive rimpîralrice ont prouvé combien l'enthousiasme
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des Lyonnais se renouvelle à l'aspect de leurs Souverains.
Sous les portiques de Saint-Pierre, se trouvait la garde d'honneur rangée en bataille. Dans l'intérieur, de jeunes demoiselles de la maison d'éducation de Mii<^ Coswajf, éclatantes de grâces et de fraîcheur, vêtues de robes blanches, ont entouré L^urs Majestés, L'une d'elles a coipplimenté l'Empereur en langue italienne, et lui a présenté une branche de laurier. Une autre a offert à l'Impérairice une tige de roses. Sur les galeries on admirait l'élite des jeunes dames de Lyon.
A l'entrée des salles du conservatoire, M. Parent , maire de la division du Nord, a exprimé combien les administrateurs de cet établissement se félicitaient de la présence de l'Empereur.
Ces salles ont étalé aussitôt les produits de l'industrie lyonnaise, et on a particulièrement fait passer sous les yeux de leurs Majestés les objets suivants :
1° Un écran en velours brodé, avec un tapis de même, exécutés avec goût, sur les dessins de M. Boni.'
2° Diverses vestes de velours et de satin, tissus avec éclat et souplesse dans la fabrique de M Joseph Maillé.
3° Des mousselines unies et brodées, rivalisant de finesse et de beauté avec celles d'Angleterre et qui proviennent des manufactures de Tarare, et de la fabrique de MM. Matagrin, Caquet et %o!iat.
LIi CONSULAT ET L HMPIKE 77
4" De fausses chevelures, dont le tissu ingénieux est un mélange de cheveux et de soie, par M. Legiiay.
î" Des coupes, des vases de cristal, sortis de la verrerie de M. l{ohichon, à Givors.
6" Des traits argentés et filés en cuivre, d'après les procédés de l'inventeur, M. Diiianl,
70 Des chapeaux en soie, imitant le feutre, produit d'une nouvelle manufacture établie dans le faubourg de Valse.
8° Des échantillons d'une nouvelle teinture en écarlate pour la soie, et qui, par sa solidité et son éclat, égale la belle couleur àe julienne.
90 Un échantillon de tul (sic) en soie, souple quoique doré, imitant le filigranne fi/t-j riche et léger, de l'invention de !^C . Gonin.
10° D'autres échantillons d'ouvrages en passementerie, de la fabrique de M. Peillieiix.
11° Un diviseur qui détermine jusqu'à la dixmillième partie du millimètre, de l'invention de M. Mathieu.
12° Des balles en plomb répercuté, qui atteignent plus loin que les balles ordinaires, avec une impulsion égale, par le même.
1 30 De belles étoffes, sorties des fabriques de M. Pernon. C'étaient un damas blanc, façon des Indes, des tissus moirés, des brocards eu or et argent.
14° Une laize de tapisserie, brochée et brodée en
nuances, remarquable par la beauté du dessin et la délicatesse du travail de la navette et de l'aiguille, dans le genre des verdures du Vatican ; plus, quatre tableaux artistement exécutés sur le métier, le tout sorti des manufactures de M. Penion, membre du Tribunal. Ce négociant distingué a reçu de Leurs Majestés les témoignages flatteurs de la plus vive satisfaction.
15° Des échantillons encadrés, d'étoffes fabriquées d'après les dessins de feu M. de la Salle.
16° Le portrait de ce Lyonnais célèbre^ dessiné par M. de Boissieu.
17" La machine inventée par M. de la Salle pour le Usage des patrons et la préparation des samples.
18° Le nouveau métier de M. Jacquard, sur lequel un seul ouvrier fabriquait un satin liseré et broché, à l'aide de quelques pédales, et sans le secours d'une ireuse .
19° Un autre métier pour lu fabrication des filets par le même. Leurs Majestés ont donné des éloges et des encourageraeus à M. Jacquard.
20° Un modèle en relief d'un monument proposé pour le centre de la place Bonaparte, par M. Millet, architecte,
21° Le portrait de l'Empereur, exécuté en soie, sur un fond'de velours, offrant avec art un relief très saillant, par MM. les frères Beau vais. L'Empereur a agréé Thommage que ces habiles fabricans lui ont fait de cet intéressant ouvrage.
A leur retour, les dames de Lyon, formant le comité consacré aux œuvres de bienfaisance, ont eu l'honneur d'être admises à l'audience de l'Impératrice. Mesdames de Pii::y, épouse du préfet, et de Gèrando, étaient à leur tète. Sa Majesté leur a accordé l'accueil le plus flatteur, et s'est informé avec sensibilité de l'étendue et de la nature des secours qu'elles s'empressaient de fournir à l'indigence et au malheur,
Le jour de Pâques, 14 avril 1806, à l'heure de midi, Leurs Majestés, en habits impériaux et avec des manteaux de pourpre, suivies de toutes la cour, se sont rendues à l'église métropolitaine de Saint-Jean. Son ÉminenceMgr le Cardinal Archevêque, à la tête de son clergé, est allé les recevoir sur le parvis, et elles ont été conduites dans le cœur, sur deux trônes de velours à crépines en or, placés sous un dais. La musique de la garde lyonnaise y faisait entendre les airs les plus harmonieux. Une multitude immense de spectateurs remplissait la nef, les tribunes et les parties latérales. Des estrades élevées autour du chœur servaient de siège aux magistrats en grand costume, aux fonctionnaires publics, à quelques femmes remarquables par leurs grâces et leur beauté.
Mgr l'Archevêque a célébré pontificalement la messe et pendant cette auguste cérémonie, Leurs Majestés fixant tous les regards, sont devenues les objets de tous les vœux adressés au ciel.
Après la messe, l'Empereur a admis à son audience divers fonctionnaires publics du département du
Rbône, venus à Lyon dans la seule intention d'y contempler un héros.
M. Sain-Rousset, maire de la division du Midi a présenté à Sa Majesté le plan en relief des façades de la place Bonaparte, qu'elle a agréé.
Le soir, la ville a donné une fête à l'Empereur et à l'Impératrice dans la salle du grand spectacle. Celle-ci^ décorée avec autant de goût que de magnificence, présentait dans son plafond une vaste draperie d'étoflfe blanche , semée d'étoiles d'or , et soutenue, de distance en distance^ par des guirlandes de laurier.
Cinq rangs de gradins formaient les premières logos. Ils offraient dans leur contour l'éclat des diamans, d'une parure choisie et d'étoffes brillantes, toutes sorties des manufactures lyonnaises. Les secondes loges étaient entourées de guirlandes de laurier. Du milieu de leurs nœuds sortaient des candélabres portant des faisceaux de lumière, et au bas cette légende : vive Napoléon ! Les troisièmes loges, décorées de guirlandes de roses, laissaient lire dans leurs intervalles, ce souhait de tous les coeurs : vive Joséphine !
La toile du fond de la salle représentait l'Empereur assis, vêtu d'une robe triomphale, et recevant des couronnes de la main de deux génies, emblèmes delà France et de l'Italie. Ceux-ci soutenaient une banderolle flottante, sur laquelle étaient éciits ces mots d'Horace :
Siibliini feriain siikra vertice
LE CONSULAT HT l'lMPIKE 8i
Le trône, entouré de velours pourpre, avec des crépines en or, était surmonté d'un riche dais. Audessous de celui-ci, un aigle doré, étendant ses ailes immenses, eu couvrait les sièges préparés pour Leurs Majestés. Dans le milieu de la salle les jeunes Lyonnais de la garde d'honneur formaient une double liaie depuis la porte jusqu'au trône.
A neuf heures, l'empereur iYd/)o/t'o;t et l'impératrice Joséphine, précédés de trois maires et suivis de leur cour, ont paru dans la salle où ils ont été accueillis avec les transports de la plus vive joie, qui s'unissaient aux son d'une musique brillante. Peu à peu, le calme et le silence ont permis de l'entendre ; et des voix harmonieuses ont célébré Leurs Majestés dans cette cantate allégorique, intitulée . Le songe d'Ossian.
Au milieu des forêts de la Calédonie, Ossian de sa harpe oubliant l'harmonie, De la sombre douleur variait les concerts. Les vents impétueux mugissaient sur sa tête. Et sa voix se mêlant aux voix de la tempête. Du nom de Malvina remplissait les déserts. Sur un lit de frimas, au pied d'un roc aride, II tombe : le sommeil sur sa paupière humide S'empresse de verser ses bienfaisans pavots ; 11 dort, et de l'Eurus les haleines glacées. Fixant autour de lui les vapeurs condensées, D'un dôme de cristal abritent son repos.
FcroCi's habitans de la Scandinavie , Arrêtez, d'Ossian respectez le génie, Les Bardes, ses aïeux, sur un nuage assis, D'un songe prophétique occupent ses esprits.
Déjà son âme s'élève Jusques au séjour des dieux.
Pour lui l'avenir soulève Ses voiles mystérieux ;
Des temps parcourant l'étendue.
Les héros viennent à sa vue Se présenter dans le lointain ; Il les voit à travers l'espace Un instant occuper la place Qjie leur assigne le destin.
Dans cette immense galerie
Le Barde a distingué le triomphe éclatant
Du mortel dont le génie,
Des horreurs de l'anarchie
Doit sauver le peuple franc.
Aussitôt secouant les chaînes de Morphée, Il ressaisit sa harpe, et sa voix inspirée Des héros qu'il a vus chante ainsi le plus grand
Voilà le fils de la victoire, Dans la carrière de la gloire
LE CONS'JLAT ET l'eMPIRE 83
Il s'avance à pas de géant ;
Le bonheur le précède,
Et tout obstacle cède Aux efforts de son bras puissant.
Son front auguste est ceint d'une double couronne,
La majesté qui l'environne Emprunte son éclat de toutes les vertus ; La religion sainte est l'appui de son trône ; Il foule aux pieds les crimes abbatus. (sic) Voilà le fils de la victoire, etc.
Tremblez, fils d'Albion ! l'inconstante fortune Est lasse de servir vos projets inhumains. Tremblez, tyrans des mers ! le sceptre de Neptune Est prêt à s'échapper de vos sanglantes mains. Voilà le fils de la victoire, etc.
L'air ne retentit plus du bruit affreux des armes, Le commerce et les arts reprennent leur splendeur
Le plaisir succède aux alarmes.
Je vois briller partout les signes du bonheur.
Oh ! France, heureuse contrée !
Du séjour de l'empirée
La paix a pris son essor ;
C'est ton prince qui t'appelle.
Il te ramène avec elle
Les beaux jours de l'âge d'or.
Consacrant la noble alliance Des vertus avec les grandeurs, Sa compagne chère à la France, Règne avec lui sur tous les cœurs ;
En elle du pouvoir suprême La grâce accroît la majesté, Son front pare le diadème Des traits'divins de la bonté.
Après cette cantate généralement applaudie, la danse a commencé. Une valse agréable, exécutée par les jeunes gens de la garde lyonnaise et d'élégantes danseuses, a présenté successivement chaque groupe à Leurs Majestés. En passant devant le trône, chaque danseur et sa compagne ont déposé une tige de fleurs dans des corbeilles soutenues, du côté de l'empereur, par M"*; Parent, fille du maire de la division du Nord ; du côté de l'Impératrice par M"= Martin, l'une et l'autre dans la plus tendre jeunesse. A la fin de la valse, ces aimables enfants ont tressé des couronnes avec les fleurs déposées dans leurs corbeilles ; et se plaçant aussitôt à la tête de deux files de danseurs, elles ont présenté ces couronnes à leurs Majestés,
Mlle Parent a dit alors à l'empereur :
Au lieu des fastueux tributs, Des riches dons de l'opulence, Sire, la timide innocence Présente à l'ami des vertus
LE CONSULAT ET L'eMPIRE 8$
Ces fleurs qui du printemps annoncent la présence, Symbole de nos sentimens.
Puisse leur doux parfum à son âme sensible Rappeler dans tous les instans, Les plaisirs purs et le bonheur paisible,
Dont il aime à jouir auprès de ses enfans !
j\flle Martin a dit à l'Impératrice :
Pour vous offrir ce simple hommage, Reine, si j'ai pu de mon âge Surmonter la timidité, C'est que, malgré ma tendre enfance, Je sais avec toute la France, Que Votre auguste Majesté Joint à la suprême puissance La suprême bonté.
Tous les spectateurs debout se sont spontanément unis par leurs acclamations à ce pur hommage de l.i candeur et de l'innocence.
Qiielque temps après, l'Empereur et l'Impératrice sont sortis de la salle dans le même ordre qu'ils y étaient venus. Le bal y a continué et s'est prolongé jusqu'au jour.
Le lundi de Pâques, de temps immémorial, lc5 Lyonnais accourent sous les ombrages de l'Ile-Barbe, pour s'y livrer au plaisir, aux danses champêtres. La fraîcheur des eaux, la beauté du site, la mémoire de
Charlemagne qui y plaça sa bibliothèqne, la richesse des coteaux voisins, les ruines mêmes de l'antique abbaye, tout y intéresse, y appelle les jeux, ou y lait naître de doux souvenirs.
On espérait que Leurs Majestés viendraient à cette fête. Pour remonter la Saône, on avait préparé pour elles une riche gondole, décorée en damas cramoisi, et dont le mât portait l'aigle impérial. D'autres batelets étaient destinés aux personnes de la cour, aux autorités et à la garde d'honneur. Une musique choisie devait s'y faire entendre. Cent gondoliers vêtus de blanc, avec des ceintures vertes, devaient les conduire. Malheureusement, le temps constamment pluvieux a empêché l'exécution de cette fête ; mais l'Empereur s'en est procuré une véritable, en s'occupant à combler Lyon de bienfaits et en y faisant des heureux.
1° Le bâtiment de Bicètre a été concédé à la ville, pour être vendu par elle, et le prix de la vente employé à l'acquisition du local de l'Anticaille, destiné à renfermer un dépôt de mendicité, une maison de travail, et un hospice pour les insensés.
20 L'Empereur a accordé une somme de 100.000 fr. pour les réparations de la digue de la Tête-d'Or, sur la rive gauche du Rhône, et une pareille somme àc 100.000 fr. pour le remblai des marais Periache.
3° Sa Majesté a autorisé la ville à acquérir un emplacement convenable pour y établir une halle au blé.
LE CONSULAT ET l'eMPIRE 87
40 Elle a fixé l'institution et le règlement de la Condition publique pour les soies.
5" Elle a ordonné que l'une des trois écoles de dessin instituées pour l'Empire, serait établie à Lyon, et placée dans le bâtiment de Saint-Pierre.
6° Après ces actes de bienfaisance générale, l'Empereur se plut à accorder des grâces particulières : Sa Majesté donna l'ordre de compter vingt mille francs de gratification à M. Bureaux- Pui^yçxéitt du département ; 2° Elle fit remettre à chacun des trois maires de la ville, une tabatière d'or, enrichie de son chiffre en diaraans, en témoignage de sa satisfaction ; 3° M. Dacier-Ia-Chassaigne, général de la garde lyonnaise, admis à former la cour de l'Empereur avec les grands dignitaires de l'empire et les officiers de la garde impériale, ayant eu l'honneur de, dîner au couvert de Sa Majesté, reçut de même une tabatière d'or, ornée du portrait de l'Empereur entouré de diamans ; 4° On remit encore de la part du souverain, de grandes médailles d'or de son couronnement, avec des lettres honorables aux généraux Diihesme, Beker, Ba^cy, Joinard, commandans la 19e division militaire, et à M. Blanchard, chef de légion de gendarmerie, qui, par son aménité, son obligeance et ses services, a acquis l'estime de tous les Lyonnais.
7» Les jeunes demoiselles Parent et Martin ont chacune obtenu une superbe bague de brillans, que le général Hédouville vint /eur apporter de la part de l'Empereur.
8° Sa Majesté accorda i» une pension de cinq cents francs à k veuve de M. de la Salle, en récompense des inventions de feu son époux, comme très avantageuses aux fabriques de soie ; 2° une autre de trois cents francs au sieur Richard, chineur; 3° une autre de trois cents francs à Antoine Gaillard, ouvrier en étoffes brochées ; 4° une autre de quatre cents francs au sieur Gonin père, teinturier, pour son procéd j relatif à la teinture en noir ; 50 une prime de cinquante francs à M. Jacquard, mécanicien, pour cliaque métier de son invention qu'il montera et mettra en activité, pendant l'espace de six ans.
9° Dans la distribution de ses bienfaits et de ses largesses, l'Empereur n'a oublié ni les besoins du culte, ni ceux des indigènes. Il fit remettre par M. de Pradt, évêque de Poitiers, son aumônier ordinaire, 1° une somme de six mille francs à l'église cathédrale pour son entretien ; 2" une autre somme de six mille francs pour être partagée entre les six bureaux de bienfaisance mis sous la direction des dames, dans les sixarrondissemens de Lyon ; 3° celle enfin de dix-huit mille francs, à la disposition des neuf curés de la ville, pour être par deux distribuée aux lamilles pauvres et infortunées.
Ainsi tous les instans que Sa Majesté a passés dans cette ville, ont été marqués ou par des travaux utiles, ou par des preuves touchantes delà générosité de son âme. Chacun de ses pas fut un bienfait ; et elle a pu répéter à Lyon ce que Titus disait à Rome : « Je n'ai pas perdu un seul jour. »
Le mardi, 16 avril 1805, l'Empereur, dès les six heures du matin, a reçu dans son cabinet les trois maires de la ville, s'est entretenu longtemps avec eux, et celui de la division du Midi a eu l'honneur de lui exprimer combien son départ excitait de vifs regrets. Sa Majesté a paru sensible à ce nouveau témoignage d'affection ; à sept heures elle est montée dans sa voiture, avec l'Impératrice, pour s'éloigner de nos murs, et suivre sa glorieuse destination.
Un peuple immense, remplissant les rues et les places, formait les vœux les plus sincères pour la conservation des jours de l'un et de l'autre, et l'accomplissement de leur haute destinée. L'infanterie de la garde d'honneur était sous les armes, et Leurs Majestés ont fait arrêter un instant leur voiture, pour lui faire redire combien elles étaient satisfaites de son zèle et de son activité. L'Empereur lui a permis de ne point se dissoudre, et de rester organisée pour continuer son service auprès de sa personne, lors de ses passages à Lyon,
Les maires se trouvaient alors près du pont de la Guillotière, pour rendre à l'Empereur leur dernier hommage. Le préfet, le commissaire général de police, qui avait mis le plus grand ordre dans toutes les fêtes, les membres du Conseil municipal, s'étaient empressés de venir au même lieu, et ils ont tous accompagné Napoléon et Joscphiiic jusques aux limites du département.
Les personnes de la cour qui avaient suivi Leurs Majestés à Lyon, n'ont pas tardé à quitter nos murs pour se rendre à Milan, où les attendait l'éclatante cérémonie du sacre et du couronnement. On a distingué parmi elles :
Son Eminence Monseigneur le cardinal Fesch, grand aumônier de l'Empire, archevêque de Lyon, où il a relevé les autels, donné la dignité convenable au culte, établi des séminaires, assuré sur ses revenus d'abondans secours à son clergé.
Son Excellence M. de Chainpagny, Ministre de l'Intérieur, né presque au milieu de nous, protecteur éclairé de cette cité, dont il a visité les établissemens, examiné le lycée, encouragé l'industrie et accueilli les habitans,
Son Excellence M. Maret, Ministre et secrétaire d'Etat, qui, par ses travaux littéraires et politiques, et par son zèle pour le bien public, a si bien justifié la confiance de l'Empereur.
Leurs Excellences les maréchaux de l'Empire Bessières et Moncey, vaillants compagnons d'armes de Sa Majesté, et qui ont si souvent conduit les bataillons français à la victoire.
Leurs Excellences le grand écuyer et le général Ditroc, grand maréchal du palais, que sa loyauté, son esprit et son obligeance font depuis longtemps chérir.
M. l'abbé (h Pnidt, évëque de Poitiers, aumônier ordinaire de l'Empereur, écrivain renommé, et prélat respectable par ses vertus.
LE CONSULAT ET l'êMPIRE 9I
M. le sénateur Hari'ille, premier écuyer de l'Impératrice, recommandiible par sa douceur, son zèle, ses services,
M. Bigût-Prhimc7ieu, conseiller d'état, qui a cherché à voir dans Lyon tout ce qui était remarquable, qui a visité avec intérêt la bibliothèque publique, où l'on a distingué son profond savoir
Madame de la Rochefoucault, dame d'honneur de l'Impératrice.
Mesdames de Scrent, Savary et d'Arhery, dames du palais.
Les généraux Cajarelli et Le Marois, aides de camp de Sa Majesté impériale.
MM. le sénateur Hedouvilh, de Tbiard, de Mercy- A'gentean et de Beauuiont, cha.mbtV.AWs ordinaires de l'Empereur.
MM. le général Bonardy-de-Saïnt-SuIpice , le colonel de France, de Canîsy, de Berhen, Oudenardc, et le colonel du Rosud, écuyers de Sa Majesté.
MM. de Saint-Didier et de Beaiissct, préfets du palais. Ce dernier qui, par son esprit et la douceur de sa société, s'était fait regretter à Lyon, où il a résidé longtemps, y a été revu avec le plus grand plaisir.
MM. les colonels Reynaud, Clément et Maçon, adjoints du grand maréchal du palais. MM. de Menneval, secrétaire particuUer de l'Empereur, et Desclmmps, secrétaire des commandemens de l'Impératrice.
Tels sont ceux qui, par leurs dignirés et leurs
places, ont particulièrement formé à Lyon la cour de Leurs Majestés, et qui, par leur accueil agréable, leurs lumières, leur aménité, y ont contribué à l'éclat des fêtes et au bonheur des Lyonnais.
Passage à Lyon de Leurs Majestés Napoléon i^r. Empereur des Français et roi d'Italie et de l'Lnpêratricc Joséphine en i8o'^, in-4<>.
1 6 et 20 avril 1805.
Le même auteur qui avait décrit le passage de Pie VII à Lyon, lors de son voyage à Paris, raconte encore {ouv. cit. p. 15 et suiv.) au même ami le séjour du Pape dans notre ville lorsqu'il retournait en Italie.
«... Le Saint-Père était attendu avec impatience. C'est le mardi de Pâques, 16 avril qu'il a couronné cette attente. Toutes les mesures avaient été prises pour lui préparer une réception digne de lui. Sa Majesté l'Empereur avait laissé une partie de sa maison pour le service du Pape.
Les autorités de la ville et l'état-major, accompagnés de la garde d'honneur, se rendent à l'entrée du faubourg pour complimenter Sa Sainteté. Un nombre considérable de jeunes gens de la ville, empressés de revoir le chef de l'Eglise, se portent
sur la route ; ils se réunissent à deux cents pas en aviUit de l'entrée du faubourg, et formant une haie sur les côtes du chemin, ils attendent le vénérable pontife. A son approche, un saint respect les saisit, une douce émotion s'empare de leur cœur. Le vicaire de Jésus-Ghrist s'avance ; le mouvement de la voiture se ralentit ; elle s'arrête : « Jeunes chrétiens, bénissez le Seigneur ; le père des fidelles, [sic] le premier des pasteurs est au milieu de vous ; il écoute avec bonté l'expression de la piété tendre et sincère que lui adresse l'heureux interprète des sentiments qui vous unissent tous. Je l'ai vu, le digne successeur de Saint Pierre, je l'ai vu, considérer cette jeunesse qui donne de si douces espérances à la religion. Ses regards exprimaient la joie et la vive satisfaction dont son cœur paternel était plein. Il a daigné lui-même donner l'assurance au jeune homme qui a eu le bonheur de porter la parole pour tous, que cette démarche lui était très agréable, et l'extrême bonté avec laquelle il répandait sur nous ses abondantes bénédictions en était une preuve assurée. L'orateur, ainsi que deux autres jeunes gens, ont été admis à baiser l'anneau du Souverain Pontife, et aussitôt sa voiture, entourée de cette réunion de chrétiens, s'est remise en marche Sur la prière qui en a été faite au Saint-Père, et à laquelle il a bien voulu condescendre, le cortège s'est avancé à pas lents. Nous l'entourions : rien n'égale l'émotion délicieuse qu'excitait en nous une faveur si
signalée. Au moment où nous parûmes à l'entrée du faubourg, Sa Sainteté a reçu les félicitations de diverses autorités, le premier sentiment que nous inspira la vue du vicaire de Jésus-Christ fut si vif et si profond, que nous ne pûmes d'abord manifester notre joie par des signes extérieurs ; mais enfin elle éclate par les cris réitérés de : Vive le Saint-Père ! le peuple les répète à l'envie, et ces cris, qui partent du cœur accompagnent le Souverain Pontife jusqu'à l'église métropolitaine. Aux portes de la ville, ht foule devint si grande que les mesures que nous avions prises pour ne pas abandonner sa voiture furent insuffisantes. Nous nous en séparâmes à regret. Ne nous semblait-il pas, nous disions-nous les uns aux autres, ainsi que les disciples d'Emmaûs, ne nous semblait-il pas que nos coeurs étaient brûlans lorsque nous étions auprès de lui ?
Cependant au milieu des acclamations du peuple du bruit du canon et du son des cloches, le Saint- Père parvient à la cathédrale. Monseigneur le cardinal archevêque de Lyon, à la tête de son clergé, le reçoit sur le parvis, et l'accompagne sous le dais jusqu'au pied de l'autel. Son Eminence donne la bénédiction du Saint Sacrement et conduit ensuite Sa Sainteté au palais archiépiscopal.
Une multitude innombrable, rassemblée sous la terrasse de ce palais, sur le pont qui joint les deux rives de la Saône et sur les quais, demandait la bénédiction. Le Saint-Père daigne se rendre aux
désirs de ce peuple qui ne sait plus comment exprimer sa foi ; les uns lèvent les mains au ciel, les autres applaudissent, d'autres forment des vœux pour que la divine providence accorde des jours heureux et prolongés à notre père commun, et tous bénissent le Seigneur qui nous visite dans sa miséricorde.
Le soir les édifices publics et beaucoup de maisons particulières furent illuminés.
Le lendemain mercredi, 17 avril, le Souverain Pontife célébra les Saints Mystères, l'affluence était extrême. Après la messe, le clergé et les fidelles (sic) lurent admis au baisement des pieds. Plusieurs militaires et des jeunes gens de la garde d'honneur lyonnaise étaient de ce nombre ; on remarqua entre autres un sapeur, qui, posant sa hache et son bonnet, vint se précipiter aux pieds du Saint Père. On vit une foule de personne qui n'avaient pu recevoir la bénédiction du Pape, baiser le siège où il s'était reposé, le prie-Dieu où il s'était prosterné, et le tapis sur lequel il avait marché.
Son Eminence le Cardinal Archevêque et les autorités constituées de la ville exprimèrent au Saint- Père leur désir de lui procurer un des plus beaux spectacles qui existent dans la nature, celui des bords de la Saône jusqu'au dessus de l'Ile-Barbe, célèbre dans l'histoire ecclésiastique. Il voulut bien y consentir pour satisfaire à l'empressement du peuple toujours plus avide de jouir de sa présence.
Le Saint Père sortit de l'archevêché sur les trois
heures après midi, accompagné de toute sa suite dans les voitures impériales ; il fut conduit jusqu'au port Neuville, où l'attendait une gondole magnifiquement décorée et environnée de deux autres barques et de plusieurs batelets.
Les applaudissements et les acclamations unanimes qui avaient éclaté sans interruption sur la route, redoublèrent au monjent où il entra dans la gondole. Les cardinaux, les principaux membres du clergé, les grands officiers de l'Empereur et les premiers magistrats de Lyon se placèrent auprès de Sa Sainteté. Ce fut une fête touchante et sainte que cette navigation ; les quais, les faubourgs étaient couverts d'un peuple triomphant et joyeux. Jésus-Christ montait quelquefois sur une barque pour faire entendre les paroles de vie qu'il annonçait au peuple : oh ! combien son Vicaire nous prêche éloquemment ! Avec quelle bonté il accueille les batelets qui passant tour à tour devant sa gondole, viennent demander sa bénédiction ! Tout à coup, par un mouvement spontané, chaque barque veut s'attacher à la barque de Pierre qui s'avance au milieu des transports des fidelles {sic). La musique, le bruit des boîtes, les cris mille fois répétés de Vive le Saini Père ! forment un concert ravissant.
Le ciel fut serein pendant une partie de la route ; i! se couvrit ensuite d'épaisses nuées, et la pluie, qui paraissait devoir troubler cette fête, ne fit que lui donner un nouvel éclat. Insensible à l'intempérie de
l'air, aux tourbillons du vent, les fidelles f/ic) des deux sexes n'en montrèrent que plus de foi et de désir d'être bénis par le vénérable pontife. Est-il rien de comparable à cette jouissance pure, intime et délicieuse du sentiment religieux, exprimé de mille manières diverses, toutes plus éloquentes les unes que les autres ! On voyait les jeunes personnes et les enfants sauter de joie, les mères offrir leurs nourrissons qui joignaient leurs petites mains, les ouvriers quitter leurs travaux, un peuple entier couvrir les deux rives les coteaux voisins et former un temple champêtre, immense, où il adressait au ciel les prières ardentes que l'amour et la reconnaissance lui inspiraient.
Au retour du Saint Père, un arc-en-ciel radieux se dressa dans les nuées ; ce signe de la réconciliation formait comme un arc de triomphe bien digne de l'ange de la paix, et semblait annoncer aux fidelles (sic) que Dieu ordonnait aux vents et à la pluie de respecter leurs saint empressement. La barque de Pierre est à la vue du port. Tous les mouvements d'une pieuse exaltation se réunissent, et s'il manque quelque chose au bonheur du peuple, c'est la faculté de pouvoir exprimer tout ce qu'il sent ; la barque est arrêtée, le bon père se trouve au milieu de ses enfants ; ils se précipitent sur son passage et accompagnent sa voiture jusqu'au palais archiépiscopal.
Sa Sainteté parut sur la terrasse du palais pour bénir la multitude rassemblée, qui taisait éclater dans dans toutes les circonstances les mêmes transports d'alégresse (jic) et de piété.
Le jeudi i8 avril le Souverain Pontife célébra les Saints Mystères dans l'église Métropolitaine et donna la communion à plus de douze cents fidelles {sic). On remarqua dans ce nombre plusieurs jeunes gens de la garde d'honneur ; un d'entre eux se trouvant en faction remit ses armes à tenir pendant qu'il participait au banquet sacré Les hosties manquaient ; le Saint Père regretta , qu'on n'en eût pas consacré davantage ; il parut désirer qu'un prêtre offrît le Saint sacrifice, ne voulant pas, ainsi que notre divin Sauveur, renvoyer à jeun tout ce peuple qui l'avait suivi ; mais Son Eminence Monseigneur le cardinal archevêque lui représenta qu'il était fort tard, et ce ne fut qu'avec peine, quoique extrêmement fatigué qu'il consentit à terminer cette auguste et touchante cérémonie.
A quatre heures du soir le pape se rendit avec le même cortège que la veille sur la place de Bellecour. La maison Henri était ornée comme au premier passage de Sa Sainteté; les maisons, depuis l'hôtel de l'Europe jusqu'à la rue Sain: Dominique, étaient tendues de tapisseries. Une foule immense remplissait la place ; ses ruines avaient disparu \ la religion devait tout embellir en ce jour, et les cent mille chrétiens, rassemblés sur les vastes débris du vandalisme, attestaient l'empire de cette religion naguère si persécutée. Les autorités civiles et miUtaires rivalisaient de respect et d'amour avec les simples fidèles La garde d'honneur lyonnaise était rangée en
ordre de b.itaille devant la maison qui possédai; le Saint Père . Bientôt le chef de l'Eglise, revêtu des habits pontificaux paraît sur le balcon. "A son aspect des applaudissements bruyans et prolongés se font entendre ; il accorde à la multitude sa bénédiction solennelle qu'il donne à Rome le jour de Saint Pierre, avec indulgence plénière ; ce qui fut annoncé en latin par un prélat de sa suite, et en français par un de nos grands vicaires.
Le Souverain Pontife bénit ensuite les drapeaux de la garde d'honneur ; et de nouvelles acclamations interrompirent le silence religieux que demandait cette imposante cérémonie.
Le Saint Père honora de sa visite l'hospice de la Charité et celui de l'Hôtel-Dieu ; il donna dans ces deux maisons des marques de cette touchante bonté qui le caractérise ; et avant de retourner à son palais, il vint bénir l'église du Petit-Collège qui a été donné aux Frères des Ecoles chrétiennes.
Le vendredi, 19 avril, sera à jamais mémorable pour le diocèse et particulièrement pour la ville de Lyon par le rétablissement du culte de la sainte Vierge dans l'église que la piété de nos pères lui consacra sur la colline de Fourvières. Son Eminence Monseigneur le Cardinal Archevêque semblait avoir épuisé tous les moyens qui pouvaient lui faire espérer de rendre cette éghse à la dévotion des fid elles (j/c). Les obstacles s'étaient continuellement succédé jusqu'alors; la Providence l'avait sans doute aussi permis afin que
le Souverain Pontife vînt sanctifier par sa présence un temple autrefois si fréquenté et y attacher par d'abondantes bénédictions de nouveaux privilèges spirituels.
Le Pape s'y est rendu dans les voitures impériales en passant par les faubourgs de Vaise et de Saint Just, ce qui a procuré aux fidelles {sic) de ces faubourgs le bonheur de le voir et de participer aux bienfaits de sa bénédiction apostolique.
A la porte de l'église, le Souverain Pontife fut reçu sous le dais par quatre chanoines de la cathédrale, et accompagné ainsi jusqu'à son prie-Dieu placé devant l'autel. Il implora sans doute le secours de cette Vierge auguste, que l'on y honore depuis tant de siècles, et dont la puissante protection s'est manifestée en diverses circonstances par des miracles authentiques. Il célébra la sainte messe et donna la communion à un vénérable prêtre qui, privé de la vue, ne peut plus offrir lui-même le saint sacrifice. Quelques autres personnes participèrent à la même faveur.
Pendant, l'action de grâce de Sa Sainteté, un des vicaires généraux a dit la messe. Ensuite on a chanté les litanies de la Sainte Vierge. Ce temple fermé aux catholiques depuis quinze ans retentissait enfin des louanges de la mère de Dieu ; c'était en présence du chef suprême de l'Eglise, que les serviteurs de Marie unissaient leurs voix et leurs transports.
Après la cérémonie, le Saint Père fut porté par deux prêtres, MM. Caille frères, dans leur domicile peu distant de l'église, et où ils avaient tout disposé pour le recevoir. Sa Sainteté aurait préféré se rendre à pied chez eux ; mais elle ne voulut pas refuser à ces dignes prêtres la satisfiiction qu'ils ambitionnaient.
Sur une terrasse dont la vue découvre toute la ville et s'étend jusqu'aux Alpes, était réuni un nombre considérable de fidelles. On y avait placé un dais et une bannière flottante pour annoncer au loin la présence du Souverain-Pontife. Bientôt il s'avance au milieu des acclamations unanimes. Le bruit d'une salve d'artillerie et le son des cloches font retentir les airs. Sa Sainteté, dans un profond recueillement, les mains élevées au ciel, semble par l'ardeur de sa prière ouvrir tous les trésors des grâces divines et les répandre sur une ville si invariablement attachée à la foi catholique.
M. Caille aîné , instituteur, présenta ensuite ses élèves au Saint-Père ; l'un d'eux, pénétré de la plus vive émotion, se jeta à ses pieds, et s'efîorçant de le complimenter au nom de ses condisciples, laisse échapper à travers de douces larmes quelques expressions d'amour filial ; « Cher enfant, relevez-vous, lui dit avec bonté le vicaire de Jésus-Christ, » et il lui prodigue aussitôt les affectueuses caresses qu'il réserve à la candeur du premier âge.
Le Saint-Père est descendu en se promenant jusqu'à
l'Antiquaille, où s'étaient arrêtéesses voitures. Le local de l'Antiquaille, autrefois monastère de la Visitation est aujourd'hui un hospice de charité. Le peuple à genoux sur les côtés du chemin invoquait les miséricordes du Seigneur et recevait avec une humilité profonde la bénédiction de son premier ministre. Les uns enlevaient les cailloux qui se trouvaient sur son passage, les autres baisaient les bords de son vêtement, les traces de ses pas ; tous lui témoignaient la plus tendre vénération et il les accueillait tous avec cette effusion de charité qui lui est si naturelle.
Sur la prière que lui en ont faite les administrateurs de l'Hospice, le Saint-Père est entré dans la chapelle et y a reçu la bénédiction du Saint-Sacrement, donnée par Son Eminence Monseigneur le Cardinal- Archevêque. Sa Sainteté a aussi béni cettemaison et visité le cachot où fut enfermé saint Pothin avant son martyre.
Au retour de ce pèlerinage, le Pape s'est rendu au Conservatoire des Arts, dans le bâtiment de Saint- Pierre. La Commission administrative de cet ét^iblissement après avoir offert à ses regards les produits de l'industrie lyonnaise, l'a conduit dans l'atelier du Conservatoire où le mécanisme de la fabrication des étoffes lui a été démontré. Le Saint Père est venu ensuite honorer de sa présence la maison d'éducation dirigée par M^ie Cosway, où se trouvait le duc de Braschy, neveu du vénérable Pie VL
Quatre enfants portant des corbeilles se sont pré-
sentées au-devant des pas du Souverain Pontife, parsemant de fleurs son chemin et les marches du trône où il a pris sa place. Les jeunes élèves de M'n'= Cosway lui ont off'ert des palmes, des guirlandes de verdure, emblèmes riants du triomphe et des délices de la religion. L'une d'elle a récité en langue italienne l'Evangile du Bon-Pasteur ; l'application heureuse de ces paroles : (( Je suis h bon Pasteur, je connais mes hrehisct mes hrehis me connaissent ; elles écoutent ma voix, et il n'y aura qu'un troupeau et qu'un pasteur, » a excité le plus vif attendrissement. Tous les yeux étaient fixés sur le visage auguste du pontife, rayonnant d'une joie céleste. Il a imposé les mains avec l'affection d'un père sur la tête des innocentes créatures prosternées à ses pieds.
Les témoins de cette scène ravissante, pleins d'une douce émotion, sont venus, tour à tour se jeter aux genoux du Saint-Père. Cette visite pastorale s'est terminée par la bénédiction apostolique, que Sa Sainteté a donnée, sous un dais élevé à l'une des croisées de l'édifice, au peuple rassemblé sur !a place des Terreaux.
Rentré dans le palais archiépiscopal, le Souverain- Pontife eut la bonté, comme les jours précédents d'admettre un grand nombre de personnes à son audience.
Sur les sept heures, le peuple sachant que le jour du départ de Sa Sainteté était fixé au lendemain, se porte sous ses fenêtres, L'expression des regrets
succède àcelle de l'allégresse {sic) ; des enfants affligés vont être séparés de leur bon père; ils viennent pour la dernière fois lui demander sa bénédiction ; ils se précipitent à ses genoux, ils lui tendent les bras : « Adieu, notre père, s'écrient-ils, vous allez donc nous quitter ! adieu, adieu, très Saint-Père ! » et les larmes coulent de tous les yeux. Le Souverain Pontife, vivement touché de ces élans du cœur si vrais et si empressés, s'incline aftectueusementversla multitude: « Adieu, mes enfants, » s'écrie-t-il à son tour, et en répandant de continuelles bénédictions, il répète avec une émotion profonde: «Adieu, adieu, mes enfants. » Le lendemain, samedi 20 novembre, le Pape dit la sainte messe à quatre heures, dans la chapelle de l'Archevêché, en présence de Son Eminence et de quelques ecclésiastiques. Après l'action de grâces, Monseigneur l'Archevêque se jeta aux genoux du Saint-Père et le supplia de lui donner sa bénédiction pour lui et pour ses diocésains. Le vénérable Pontife la lui accorde, le relève, l'embrasse, et lui témoigne la vive satisfaction qu'il a éprouvée en voyant combien la foi est encore pure, agissante, dans la ville des Irénée et des Pothin. Celui à qui nous devions le bonheur inappréciable d'avoir pu jouir aussi pleinement de la présence du chef de l'Eglise, notre digne Prélat eut toute l'amertume de cette douloureuse séparation. Il l'accompagne jusqu'à sa voiture, mais avant d'y arriver. Sa Sainteté trouve sur son passage un grand nombre de personnes qui s'étaient rassem-
blées dès le point du jour, pour recevoir les dernières bénédictions du vicaire de Jésus-Christ. Cette scène lut une des plus touchantes. Ceux qui y ont participé en garderont un souvenir ineflaçable. Le moment du départ ne peut plus être ditîéré. Déjà le Saint-Père est dans sa voiture ; la tristesse, l'abattement s'emparent de tous les cœurs ; le cardinal Fesch paraît plongé dans une profonde rêverie; il ne peut détacher ses yeux de cette voiture qui emporte loin de lui, loin de nous, le premier des Pasteurs. La grosse cloche de l'église métropolitaine et le canon de l'Arsenal annoncent que Pie VII quitte nos murs.
Le pieux empressement des Lyonnais à se procurer des objets bénits par Sa Sainteté a été si grand qu'on a évalué à plus de trente mille le nombre des chapelets, croix ou médailles qui lui ont été présentés pour recevoir sa bénédiction. Au moment même de son départ, dans la cour de l'Archevêché et sur le pont de la Guillotière on a vu des jeunes gens implorer encore cette faveur. Le Saint-Père a eu la bonté de baisser plusieurs fois les glaces de sa voiture pour bénir ce qui était offert à ses regards »
18 février 1805.