‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 2)Chapitre 16 sur 23 · PLUVIOSE, AN XIII · texte numérisé non relu

PLUVIOSE, AN XIII

On introduit au sein du Corps législatif, MM. les Conseillers d'Etat Ségur et Miot, chargés de présen-

ter au nom de Sa Majesté un projet de loi relatif à Li reconstruction de la place Bonaparte (ci-devant Bellecour), à. Lyon. M. Ségur, rapporteur, soutient ce projet de loi. Voici quelques passages de son discour? : »

Le premier Consul, revenant en France victorieux et triomphant, arrêta tristement ses regards sur les ruines qui couvraient le sol de Lyon. Le génie réparateur, qui voulut, qui devait rendre si promptement à la France le repos, la richesse, la puissance et la gloire, vit avec douleur cette cité, jadis si florissante, et qui rendait toute l'Europe tributaire de son industrie, faible, pauvre, déserte, n'offrant d'autres vestiges de sa grandeur passée que l'étendue vaste et silencieuse de ses débris.

Il résolut dès lors de faire disparaître les traces honteuses de ces temps de discorde et de délire, où des Français égarés avaient fait plus de maux à la France, que nos ennemis mêmes ne pouvaient lui en souhaiter. Il parla, il promit, La pensée, les paroles d'un tel homme sont fécondes. Elles firent renaître <à l'instant l'espérance et l'activité, et Lyon, avant qu'on eût posé la première pierre de sa réédification, sembla déjà jouir de ses ateliers relevés et de ses monuments reconstruits. La confiance des Lyonnais était juste, elle ne fut pas , elle ne sera point trompée

Le gouvernement proposa, et vous sanctionnâtes des lois particulières pour seconder l'activité des Lyonnais, et pour rendre à leur intéressante et mal-

heureuse ville son ancienne prospérité et son premier éclat. La confiance, le crédit, les capitaux, versés progressivement par l'industrie dans le commerce, pouvaient bien lui rendre promptement quelque vie, mais pour rebâtir tout ce qu'avait détruit la barbarie, pour relever un palais, que le canon de la guerre civile avait renversé, pour reconstruire les beaux édifices de la place Bellecour, dont les décombres présentent aujourd'hui un spectacle si douloureux, il fallait du temps, de grands efforts, beaucpup de sacrifices et d'encouragements

On accorda 400,000 francs aux propriétaires des maisons de cette place, qui bâtiraient en se conformant au plan alors adopté, et on les exempta pour quinze ans de toute imposition, pourvu que leurs édifices fussent élevés de cinq mètres pendant la première année...

Malgré ces encouragements, l'espoir qu'on avait conçu ne s'est point jusqu'à présent réalisé. Le commerce des Lyonnais se relève, mais les ruines de Bellecour affligent toujours leurs regards.

Vos intentions cependant doivent être remplies, ce vœu des habitants doit être exaucé, et l'Empereur doit achever ce que le premier consul a commencé.

On a, par son ordre, examiné avec le plus grand soin, la nature, la force des obstacles qui s'opposent à la réédification si nécessaire. Le préfet du Rhône, le Conseil municipal de Lyon, ont donné à cet égard toutes les lumières qu'on devait attendre d'eux. Il faut de nouveaux sacrifices...

Sa Majesté nous a chargés de vous proposer un projet de loi, dont les dispositions doivent rétablir la balance entre les dépenses des constructions à faire et les dédommagements éloignés que ces propriétaires doivent en attendre.

Page 1