‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 2)Chapitre 18 sur 23 · MODE D ARRESTATION · texte numérisé non relu

MODE D ARRESTATION

L'arrestation de tout individu, quel qu'il puisse être, doit être mise en exécution dans la forme suivante :

Citoyens, j'ai l'honneur de vous prévenir que tout en France est changé de face, que l'empereur et toute sa descendance ne sont plus ; que le peuple français à la hauteur de la révolution vient de reconquérir ses droits, qu'en conséquence de ce, il a été proclamé Peuple souverain et maître absolu, et qu'en ma qualité de commissaire du gouvernement près les départements méridionaux, j'ai des ordres pour m'assurer de votre personne, qui, jusqu'à nouvel ordre, doit rester sous la surveillance de la puissance suprême du peuple.

Il vous est enjoint de réinstaller provisoirement les membres des départements dont vous êtes chargé ainsi que ceux des municipalités.

Il vous est aussi enjoint de réorganiser les gardes nationales sous le plus bref délai.

En outre, vous êtes autorisé pour la célérité de cette expédition, à faire le choix d'autant de suppléans que vous pourrez avoir besoin, auxquels vous déléguerez des pouvoirs analogues à cette circonstance, en y apposant le sceau du Comité qui vous a été confié.

Nota. Le gouvernement actuel voulant éteindre tous les usages tyranniques qui ont existes [sic] depuis

Il8 LYON SCUS LE DIRECTOIRE

le 9 thermidor, pour y substituer de nouveaux termes analogues à la circonstance présente et à la souveraineté du peuple, vous prévient qu'à l'avenir, on dira : Au nom du peuple souverain, je dois m'assurer de votre personne, au lieu de : Au nom de la loi je vous arrête.

Force à la puissance suprême du peuple souverain au lieu de : force à la loi.

Agent national, au lieu de : maire ;

Officier municipal, au lieu d'adjoint.

Le Comité de surveillance extraordinaire an citoyen Plantier (Pierre Jeanne).

Passy, ce 3 octobre 1806.

Depuis la dernière correspondance que nous avons eue, citoyens, nous avons été contraints à suspendre pour un moment les vastes projets, que nous ne pouvions mettre à exécution sans une circonstance favorable. Cette heure fortunée est donc enfin arrivée.

A cet effet, le Comité vous prévient par cette lettre d'avis, que, sous peu, vous recevrez un paquet par un courrier extraordinaire, lequel paquet ne pourra être ouvert par vous qu'au sommet de la montagne de Tarare, et c'est de là que vous verrez l'ordre de la marche que vous avez à tenir.

Salut et fraternité,

PiNASSEAU, BrUKET et LAROQ.UE.

Lettre dePassy, du 8 octobre 1806,

Premier mot : Le Comité de surveillance extraordinaire vous observe, citoyens, que s'il a pris une marche lointaine, etc

Par le refus et la punition à infliger tomme

mauvais citoyens.

Le Comité, citoyens, se repose sur votre activité,

zèle et prudence.

Salut et fraternité,

PiNASSEAU, BrUNET et LAROaUE.

Derniers mots

Copie de la lettre trouvée sur lés gens arrêtés à Saint-Symphorien-de-Lay.

Passy, 6 octobre 1806.

Le Comité de surveillance extraordinaire vous observe, citoyens, que s'il a pris une marche lointaine il ne l'a fait que parce que nos frères ont trop souvent été les innocentes victimes des diverses conspirations qui ont eu lieu à Paris, et qui toutes ont été infructueuses, tant pour la force escorte du tyran, que par la multiplicité des agents de police, soudoyés pour pénétrer toute tentative contre le gouvernement.

Qu'à cet effet, le Comité, voulant s'édifier sur la conduite que tiendra la ville de Lyon, lorsqu'elle se

verra environnée des amis àé la liberté, il a donc jugé nécessaire de vous faire parvenir le paquet par un courrier extraordinaire ; mais que ce paquet ne sera ouvert qu'au sommet de la montagne de Tarare, pour être mis à exécution dans sa forme et teneur.

D'après l'ouverture dudit paquet, vous prêterez et ferez prêter le. serment, qui, la main droite levée vers le ciel, doit être conçu en ces termes :

Je jure à la face de l'Eternel de ne jamais trahir ni déceler mon parti répu'olicain, de vivre à jamais libre, et de mourir plutôt que de laisser jamais porter aucune atteinte à mon indépendance.

Le serment prêté conjointement, vous porterez vos pas sur Roanne, tant pour l'interuption {sic) de la correspondance, que pour vous emparer des fusils qui sont dans cette fabrique d'armes, afin de pouvoir armer nos frères, qui participeront à toutes vos opérations, et pour cet effet, vous déléguerez autant de pouvoirs qu'il sera néces.saire à ceux que vous en ugerez dignes.

Vous êtes en outre, invités citoyens, à prendre en grande considération les nommés Janson et Berchoux de Saint-Symphorien-de-Lay, comme hommes incorruptibles et toujours estimés du Comité, sur lesquels vous pouvez compter et leur déléguer des pouvoirs dignes d'eux.

Vous observant toutefois, citoyens, qu'un particulier quelconque, auquel vous trouverez des qualités

LE CONSULAT ET l'eMPIRE 121

pour faire valoir les pouvoirs que vous serez susceptibles de lui donner, qui se refusera à les accepter, vous êtes invité à en faire une liste que vous ferez passer au Coniité de surveillance, qui vous désignera Li peine encourue par le refus, et la punition à infliger comme mauvais citoyen.

Le Comité se repose, cit03'ens, sur votre activité, zèle et prudence.

Salut et fraternité.

PiN.\ssEAU, Brunet et Laroclue.

Ce jourd'luii douze octobre, mil huit cent six, pardevant nous, maire de la ville de Lyon, et en présence de M. le commissaire général de police de ladite ville, d'après les informations parvenues à la mairie relativement à une conspiration contre le gouvernement, et ensuite de l'arrestation de plusieurs individus, a été amenée une femme, que nous avons interrogée, ainsi qu'il suit :

D. Quels sont vos nom, prénoms, âge, lieu de naissance, profession et domicile ?

R. Jeanne-Marie Gayet, femme Chazot, âgée de 53 ans, native de Lyon,f;rbriquante de bas, demeurant à Lyon, place de l'Hôpital, n" 53.

D. Où est actuellement votre mari?

R. Je ne le sais pas.

D. Combien y a-t-il de temps qu'il a quitté votre domicile ?

R. Depuis mercredi dernier, entre trois et quatre heures après-midi.

D. Ne vous a-t'il pas dit son départ et le lieu où il allait ?

R. Il m'a dit qu'il allait à Collonges, chez M . Ri" chard, instituteur, avec lequel il est parti, et comme il y allait souvent, je ne lui ai pas demande s'il avait un motif particulier. .

D. Savez-vous quels sont les motifs des fréquentes visites, que votre mari faisait au sieur Richard, à Collonges ?

R. Je n'en connais point d'autre que ceux de l'amitié.

D. N'alliez-vous pas aussi vous-même très souvent chez le sieur Richard à Collonges.

R. Oui, j'y allais assez souvent, et j'y suis encore allée dimanche dernier.

D. A la compagnie de qui y êtes-vous allée ?

R. A la compagnie d'une petite fille, ma filleule, qui demeure chez nous. Nous sommes parties le matin et revenues le soir du même jour.

D. duelles sont les personnes qui étaient chez le sieur Richard dans la journée de dimanche dernier ?

R.'Il n'y avait personne d'étranger à nos maisons qne la veuve Collet et un nommé Augereau, ainsi que mon mari et moi.

D. Vous connaissiez le nommé Augereau avant la rencontre que vous en avez faite chez le sieur Richard ?

R. Je le connaissais seulement pour l'avoir vu venir deux ou trois fois chez nous voir mon mari, mais je ne sais pas d'où mon mari le connaît.

D. Sur quel objet roula la conversation entre les sieurs Richard, Augereau et votre mari, dimanche dernier à Collcnges ?

R. La conversation ne roula que sur des choses indifférentes, et notamment sur la maladie d'un enfant, qui est chez le sieur Richard .

D. Votre mari et vous ne iréquentiez-vous pas aussi les sieurs Renard et Gutelle à Collonges, ainsi que le sieur Gerboulet, qui demeure chez Richard ?

R. Je ne connais pas du tout les deux premiers, mais je connais depuis longtemps le sieur Gerboulet.

D. Avez-vous quelques liaisons d'affaire ou d'intérêt avec le sieur Gerboulet ?

R. Nous n'avons point d'autres liaisons que celles de l'amitié ; c'est sa petite fille qui est allée dimanche avec moi à Collonges. J'en prends soin, parce qu'elle est la filleule de mon mari.

D. Quelles sont les occupations ordinaires du sieur Gi boulet?

R. Il était autrefois ouvrier en soye, et maintenant il donne des leçons d'écriture et de lecture dans la classe du sieur Richard.

D. Connaissez-vous le sieur Bontenips , graveur, demeurant rue du Charbon Blanc dans l'allée du corroycur?

R. Je le connais pour l'avoir vu une ou deux fois venir chez nous pour parler à mon mari.

D. Votre mari ne l'a-t-U pas quelquefois occupé d'objets relatifs à son art ?

R. Je suis très sûre que mon mari ne l'a jamais occupé.

D. Savez-vous au moins quels étaient les motifs des visites que le sieur Bontemps rendait à votre mari ?

R. Tout ce que je me suis aperçue, (sic) c'est qu'ils parlaient des journaux, mais mon mari n'a aucune liaison particulière avec lui.

D. Connaissez-vous la veuve Colliet, demeurant à Collonges ?

R. Oui, je la connais depuis longtemps. Son mari était un bon propriétaire, mais tous ses biens ont été vendus, c'est actuellement une pauvre femme.

D. Quels sont vos liaisons avec elle ?

R. Aucune, si ce n'est qu'elle vient quelquefois nous voir et nous apporter des fruits.

D. Connaissez-vous la demoiselle Ruffard ?

R. Non, Je ne l'ai jamais vue, mais j'ai été informée par mon mari, qu'elle était venue lundi dernier dans notre domicile pendant mon absence, et qu'elle avait montré à mon mari une lettre qu'elle venait de recevoir de son père, qui est vinaigrier à Mâcon.

D. Savez-vous ce que contenait celte lettre ?

R. Non, mon mari ne me l'a pas dit.

D. Savez-vous où demeure la fille Ruffard ?

R. Non, je l'ignore.

D. Pourquoi votre mari avait-il etnporté dans ce petit voyage qu'il vient de faire son ancienne écharpe d'officier municipal ?

R. Je ne le sais pas, et n'en ai pas eu connaissance.

D. Vous savez pourtant qu'il avait conservé cette écharpe et où il la tenait ?

R. Je sais qu'il la tenait dans un tiroir de l'armoire où je l'ai vue plusieurs fois.

D. N'en avait-il pas plusieurs ?

R. Je ne lui en ai vu qu'une.

D. Qu'est-ce que c'était que les diverses écharpes que votre mari avait emportées à Collonges ?

R. Je n'en sais rien, mais je répète que je ne lui en ai vu qu'une.

D. Connaissez-vous le sieur Bellecour ?

R. Non, je ne connais personne de ce nom.

D. Cependant d'après les papiers trouvés dans votre domicile il paraît que cet homme était en correspondance avec votre mari, et qu'il en a même reçu depuis peu une lettre de Valence ?

R. Mou mari ne me fait pas voir ses lettres, je ne connais personne de Valence que M. Augereau.

D. Le sieur Augereau est-il allé à Valence depuis peu, et ne serait-ce pas lui qui aurait écrit à votre mari sous le nom de Bellecour ?

R. Je ne sais pas.

Il*

D. Savez-vous où est actuellement le sieur Augereau ?

R. Je ne le sais pas plus que là où est mon mari, dont je n'ai pas de nouvelles depuis vendredi dernier.

Plus n'a été interrogée,

Lecture a été faite du présent interrogatoire a dit ses réponses contenir vérité, y a persisté, et a signé avec nous le jours et an susdits.

A Monsieur h préfet du département du Rhône,

Lyon, le 20 octobre 1806.

Monsieur le préfet,

Après avoir donné les ordres d'urgence qu'exigeait la lettre que je reçus à trois heures du matin, dans la nuit du 10 au 11 courant par un courrier extraordinaire, je m'empressai de vous rendre compte de l'avis que me donnait par ce courrier M. le Juge de paix de l'arrondissement de Saint-Symphorien-de- Laye, département de la Loire, de l'arrestation qui venait d'être faite dans sa commune de plusieurs individus porteurs d'une quantité considérable de placards et autres imprimés, relatifs à une conspiration contre Sa Majesté l'Empereur et le gouvernement.

Quoique depuis lors, je vous aie toujours instruit des faits successifs de la marche de cette affaire, quoique les mesures que j'ai cru devoir prendre, aient toutes été concertées avec vous, je ne dois pas

moins en rassembler toutes les circonstances, et vous en présenter le rapport et le compte officiel.

Mon premier soin dans la matinée du 11, fut d'ordonner la recherche d'un nommé Plantier Pierre Jeanne, que le juge de paix de Saint- Symphorien me nommait comme correspondant principal de la conspiration de Lyon, et dont il m'indiquait le domicile dans une des maisons Tolosan. Cette recherche fut infructueuse, et tout porte à croire que ce nom est supposé.

En vous quittant dans la même matinée, je chargeai M. Regny, l'un de mes adjoints de se rendre de suite à Saint-Symphorien, pour y recueillir des documents plus amples que ceux que M, le juge de paix avait pu me transmettre dans les premiers moments, et M. de Sainneville,mon adjoint chargé de la police municipale, et moi, nous nous occupâmes des recherches et des premiers moyens de sûreté.

Un hazard {sic) heureux nous apprit le même matin que deux des individus arrêtés à Saint-Symphorien étaient Pierre Chazot fabricant de bas, place de l'Hôpital, et Augereau, fabricant de cartes à Valence.

J'ordonnai de suite la perquisition la plus exacte dans le domicile de Chazot. Pendant cette perquisition, un nommé Claude Benoit Pignard, ferblantier à la Côte-Saint-André, précédemment domicilié à Lyon se présenta dans ce domicile au moment même de son arrivée dans !a ville. Il était porteur d'un passeport très suranné ; ses réponses eu contradiction avec

celles de la femme Chazot, et ses liaisons bien connues avec le mari déterminèrent son arrestation.

L'examen des papiers de Chazot présenta plusieurs indices de la conspiration, et entre autres, la preuve qu'il avait été chargé par un nommé Bellecour, de Valence, de faire faire dans la rue du Charbon Blanc les cachets et griffes apposés aux imprimés saisis à Saint-Symphorien.

J'avais en même temps envoyé faire une perquisition chez le sieur Escoffier, fabricant d'étoffes, rue Ecorche-Bœuf, qui m'avait été signalé comme uni d'intimité avec Chazot et Augereau, et professant les mêmes principes qu'eux. L'examen de ses papieis n'ayant présenté rien de suspect, il avait été laissé libre, lorsqu'à l'instant même, un mouvement de curiosité ou plutôt d'inquiétude le conduisit chez Chazot, où les agents chargés de la perquisition étaient encore. Cette démarche suspecte, que justifient les soupçons donnes sur son compte, détermina son arrestation.

Cependant la femme Chazot fut arrêtée par mon ordre et amenée devant moi dans la soirée du ii Ce ne lut qu'avec la plus grande peine, et après des dénégations longtemps soutenues à toutes les questions que je lui fis, qu'interrogée sur les personnes que son mari connaissait dans la rue du Charbon Blanc, elle se détermina à indiquer les sieurs Bontemps, père et fils, graveurs. J'ordonnai à l'instant la visite de leur domicile, et leur arrestation. Le

résultat de la perquisition fut nul. Bontemps fils, traduit devant moi, reconnaît avoir fait la vignette qui est en tête du placard, il y a environ dixans, et dit qu'il l'avait vendu depuis un an à un inconnu. Il méconnut l'empreinte du cachet, et dit se souvenir qu'il avait gravé deux ou trois mois avant une griffe des noms de Titiasseaii, Britnet et Laroque, pour une demoiselle inconnue, qui la destinait à contremarquer des billets de bas.

Vous savez, M. le préfet, que depuis, et dans son interrogatoire écrit, il a avoué avoir vendu la vignette à Augereau, et avoir lait pour celui-ci et pour Chazot les cachets et les griffes.

Les aveux de la femme Chazot nous instruisirent de l'intimité des liaisons de son mari avec le sieur Jean Richard, instituteur à Collonges ; elle nous dit qu'ils y avaient été dîner le dimanche précédent avec Augereau, que le mercredi, Richard était venu chercher son mari et Augereau, qu'ils étaient partis ensemble, et qu'elle ne les avait pas vus depuis. Je requis de M. le colonel de la gendarmerie son arrestation, ainsi que celle d'un nommé Guitel, de Collonges, sur qui on avait donné quelque suspicion ; elles furent exécutées dans la nuit du 11 au 12,

Vous avez su que Richard, avant son interrogatoire a voulu se donner la mort en se coupant les veines du bras avec le cercle en métal de sa tabatière.

Vous savez également que les papiers trouvés chez lui prouvent jusqu'à l'évidence sa complicité dans la conspiration.

Les instructions particulières et manuscrites saisies à Saint- Symphorien nous avaient appris que le plan des conspirateurs était de se porter d'abord sur Roanne et Mâcon. Nous dûmes donj; rechercher les relations que Chazot pouvait avoir dans la dernière de ces deux villes. L'examen de ses papiers, et les aveux échappés à sa femme nous apprirent ses liaisons et sa correspondance habituelle avec Ruffard vinaigrier et Jacob, tailleur, qui y sont établis, après avoir l'un et l'autre habité Lyon.

Sur ma demande, vous écrivîtes au préfet de Saôneet-Loire pour les faire arrêter, et l'un et l'autre ont été traduits dans les prisons de cette ville.

Les aveux de la femme Chazot nous avaient encore appris que Louise Ruffard, fille du vinaigrier de Màcon, avait communiqué le lundi précédent une lettre dq son père à Chazot. Cette démarche suspecte faisant présumer qu'on pourrait obtenir d'elle quelque révélation importante, j'ordonnai son arrestation, qui fut effectuée dans la soirée du 12.

Dans la matinée du même jour, et d'après votre aveu, j'avais adressé, par un courrier extraordinaire, au maire de Valence, l'invitation de faire la perquisition la plus sévère dans les papiers d'Augereau, et la recherche d'un individu du nom de Bellecour, signataire d'une lettre très importante, trouvée dans les papiers de Chazot. Je lui avais aussi demandé l'arrestation d'un nommé Bérard, cordonnier, dont l'adresse se trouvait dans les papiers du même Chazot.

LE CONSULAT ET L'EiMPIRE

Une lettre du maire de Valence, du 12 courant, m'a appris que Bérard avait été arrêté, que rien de suspect n'avait été trouvé cliez lui, ni dans ses papiers, qu'il n'était pourtant pas étranger à la conspiration, puisqu'il lui était échappé de dire aux gendarmes qui le conduisaient, qu"il se doutait bien du motif de son arrestation.

Le maire de Valence ajoute qu'on n'a trouvé dans les papiers d'Augereau que quelques lettres insignifiantes pour le moment, mais qui prouvent ses liaisons avec Bérard et Chazot, ainsi qu'avec les nommés Carrai et Espitalier. Il me dit en6n que le nom de Bellecour est un nom supposé. Nous avons actuellement lieu de croire qu'il désigne xAugereau dans la lettre écrite à Chazot^ et dont la copie a été aussi trouvée chez Jean Richard.

Le 13 courant, d'après quelques rapports qui me furent faits j'eus lieu de croire que des réunions suspectes avaient eu lieu chez les sieurs Rousset, Chapelier et Boulard, demeurant rue de la Poulaillerie, et que les habitués à ces réunions étaient les sieurs Gras, ancien juge de paix, Rivaud, chargeur, Romand, entrepreneur de bâtiments ; Bernard, imprimeur, et Du Bessey, instituteur, tous ayant plus ou moins marqué dans les temps désastreux. Je vous en rendis compte, et votre avis fut de les faire tous arrêter, ou surveiller leur réunion, mais inutilement. Elles furent saris doute déconcertées par la publicité de l'événement du samedi. En effets dès ce jour-là, de nom-

breux voyageurs, arrivant de Saint-Symphorien, auraient donné avec plus ou moins de détails la nouvelle de la conspiration découverte. Il fallut donc arrêter les sieurs Romand, Rivaud, Bernard et le nommé Masset, ouvrier chez Bernard. Rien dans leurs interrogatoires, rien dans leurs papiers, n'a donné lieu de croire qu'ils tinssent à la conspiration. Vous avez autorisé leur mise en liberté, ainsi que celles de quelques autres individus qui avaient été arrêtés sur de simples soupçons.

J'aurais pu sans doute multiplier les arrestations dans la classe des citoyens, parmi lesquels seuls nous avons trouvé les moteurs et les complices de cette horrible et absurde machination. Mais vous avez pensé comme moi, M. le préfet, qu'il était essentiel de ne point réveiller le souvenir d'un temps malheureux, sur lequel nous devons tenir le plus profond oubli, et nous avons su allier une prudence nécessaire à l'activité de la recherche des coupables.

Il est heureux pour moi, M. le préfet, d'avoir vu cette activité couronnée par un succès aussi prompt que complet. En effet, par le résultat des mesures que nous avons prises, il n'est aucun coupable connu qui n'ait été atteint, et j'aime à devoir ce bonheur à l'appui constant et à l'approbation, que vous avez bien voulu donner à toutes mes démarches. A peine Augereau et Chazot étaient-ils arrêtés à Saint-Symphorien, que tous les papiers de ce dernier étaient saisis. Leur examen et les révélations de sa femme

nous ont livré les graveurs des vignettes, cachets et griffes : Jean Richard, Pignard, Escolfier, à Lyon ; Ruffard et Jacob à Màcon, Bérard à Valence ; tous prévenus de complicité, sont sous la main de la justice. Les interrogatoires qu'ils ont subis, et l'examen de leurs papiers n'indique aucun autre complice de cette conspiration, qui ait échappé à nos recherches. Elle est anéantie, et vous avez pu reconnaître, comme moi, qu'elle n'a pu produire qu'un seul effet, celui d'exciter l'indignation publique contre ses moteurs et de maiiifester les sentiments d'amour pour la personne de Sa Majesté et de dévouement au gouvernement, qui sont gravés dans les cœurs de tous les Lyonnais .

27 juillet 1807

Dans sa séance de ce jour, il est fait au Conseil municipal lecture d'un rapport sur les écoles primaires. Nous en extrayons les passages suivants qui peuvent faire apprécier la situation de cette branche de l'enseignement dans notre ville au sortir de la Révolution.

L'Empereur, par un décret du 10 mars 1807, ordonne que lors delà présentation du budget de 1808 il sera fait un rapport sur les écoles primaires, dites catholiques, de Lyon.

Avant la Révolution, des école, gratuites étaient

ouvertes A cette classe d'enfants, qui fixés à un travail journalier, et instruits seulement des premiers principes de la religion, de la morale, de la lecture, de l'écriture et du calcul, faisaient espérer- de devenir un jour des citoyens utiles et probes.

Pendant les orages qui ont agité la France, on avait bouleversé cette institution. Dès que l'ordre a été établi, dès que le "pouvoir a été remis entre des mains fermes et sages, on a régénéré l'instruction publique. Des écoles primaires devaient être formées ; le préfet du département du Rhône et les trois maires de la ville de Lyon pensaient qu'on ne pouvait mieux faire que de les recréer sur le modèle des anciennes écoles, mais pour y parvenir, il fallait rassembler les instituteurs, qui, pour les garçons, étaient des Frères de la Doctrine chrétienne et pour les filles, les Sœurs dites de Saint-Charles.

Les difficultés que présentait ce projet furent vaincus par les soins de l'autorité administrative. On découvrit' les traces d'un assez grand nombre d'instituteurs, on réunit dans une même maison les anciennes soeurs de Saint Charles, et dans un autre édifice les Frères des écoles chrétiennes. On est même parvenu depuis à obtenir que le chef-lieu de l'établissement de ces Frères fût fixé à Lyon, et que cette ville devînt la résidence de leur chef, qu'ils appellent Vicaire général.

Des écoles furent ouvertes dans les différents quartiers de la ville ; des ateliers de travail reçurent

LE CONSULAT ET l'EMPIRE I35

les jeunes filles qu'on instruit dans l'art de la couture.

Les écoles sont pour les garçons au nombre de huit, et l'on espère pouvoir les porter à douze; celles pour les filles sont au nombre de dix, outre deux ateliers de travail, qu'on espère aussi pouvoir multiplier.

Il existe encore une école de protestants qui est sous la direction d'un instituteur particulier . Plus ^des 2,400 enfants sont instruits et élevés dans ces écoles

Pour subvenir aux dépenses, d'après le vœu émis par le Conseil municipal, on alloua une somme de 32,600 francs

Il eût été difficile de soutenir un établissement composé de tant d'éléments hétérogènes, et de lui donner une marche uniforme et stable, si on n'en eût pas fait aboutir toutes les parties à un point central.

Pour atteindre ce but, le préfet du Rhône créa une espèce de commission administrative sous la dénomination de ///;•)' des écoles piinnti'res, qui fut composée des trois maires et de huit citoyens qui s'assemblaient chaque semaine sous la présidence du préfet ou de l'un des maires.

Des visiteurs furent désignés pour exercer une surveillance plus active sur les écoles. • Tel était l'état des choses lorsqu'il fut créé à Lyon une maison unique. Le pouvoir ainsi concentré per-

mit de donner plus d'activité aux petites écoles institution entièrement municipale, et soutenue par les seuls deniers de la ville. Ûe nouveaux règlements furent rédigés par le jury, sous' 'l'approbation du maire ; un nouvel atelier de travail fut établi pour les allés. On prit des mesures pour que l'émulation des garçons fût stimulée par l'espoir de voir choisir deux d'entre eux annuellement pour être placés comme apprentis gratuitement dans différentes professions ; on créa des prix de valeur dans toutes les classes.

Telle est l'organisation actuelle.

Il est bon de donner ici quelques éclaircissements sur les frères des Ecoles chrétiennes. Ils furent institués dans le dix-septième siècle par Jean-Baptiste de la Salle, né à Reims, le 30 avril 1681, qui après avoir donné tout son patrimoine aux pauvres vint se réunir à ses disciples et consacra sa vie à l'enseignement des enfants indigents.

Le pape et le roi de France approuvèrent cette institution, qui est encore la même qu'elle était dans le principe; Elle se borne à apprendre aux jeunes garçons pauvres à lire, à écrire, et les premiers éléments du calcul. Les études ne sont pas poussées audelà de ces limites, mais on enseigne le catéchisme, on donne des leçons de morale, et les parents ne payent aucune espèce de rétribution.

Avant la Révolution, les Frères, par des députés de leurs différentes maisons, nommaient leur chef à

qui ils étaient obligés d'obéir. Le chef résidait toujours en France, et formait le point central de tous les établissements.

C'était sous ses yeux que se formaient les jeunes adeptes qui se destinaient à l'instruction publique ; c'est lui qui faisait agir les vingt-cinq établissements qui étaient sous ses ordres, et qui renfermaient environ 1,500 Frères; 900 écoles étaient ouvertes, etl'on y comptait environ 36,000 écoliers.

Pendant la Révolution, les Frères furent dispersés. Le chef ou vicaire général se réfugia à Rome, mais il est revenu en France, et réside à Lyon, où il vit en commun avec les frères qui sont employés aux écoles.

Il est toujours le chef de toutes les maisons établies en France, qui sont au nombre de 21, dans lesquelles on compte environ 123 frères, dans 45 écoles, où sont maintenant instruits 10 ou 12,000 instituteurs.

Relativement aux sœurs de Saint Charles, de nouveaux statuts ont été accordés par le gouvernement actuel, qui autorise cette institution. Ce fut vers l'an 1685, que les écoles de filles furent ouvertes par les lihérahtés des citoyens honnêtes et aisés, qui fondèrent d'abord celle de Saint Paul, qui eut un succès si heureux, qu'avant l'espace de deux ans, il en fut établi huit dans la ville, et successivement une dans chaque faubourg excepté celui de la Guillotière. On forma de plus trois écoles de travail pour apprendre la couture aux jeunes filles.

138 LYON SOUS LE DIRtCTOIRE

Chacune de ces classes était confiée aux soins vigilants de deux sœurs dites de Saint Charles^ qui, d'après le règlement, qui leur était donné par l'archevêque diocésain, s'appliquaient de leur mieux à tout ce qui pouvait concourir aux progrès des enfants de leur école.

Le nombre des soeurs réunies en communauté était de 45 savoir :

La supérieure, la maîtresse des novices, l'économe, trois surnuméraites pour le remplacement des malades, 28 sœurs pour les écoles, 1 1 pour les deux pensionnats qui existaient à la Croix-Rousse, l'un pour l'éducation des jeunes demoiselles, et l'autre pour les femmes en démence.

La supérieure était nommée à vie par les sœurs, qui, seules avaient le droit de l'élire. Le scrutin était dépouillé par M. le supérieur ecclésiastique, en précence de la communauté assemblée.

Le placement et déplacement des sujets et la nomination des officiers appartiennent exclusivement à la supérieure.

Le gouvernement intérieur de la communauté était soumis, pour tout ce qui concerne le spirituel, à Monseigneur l'Archevêque, et pour tout ce qui regarde le civil aux magistrats de la ville. Une réunion de citoyens, connue sous le nom Bureau des petites écoles. régissait tout ce qui concernait le temporel de cet établissement.

La supérieure actuelle est la sixième qui a été élue

depuis l'origine de la congrégation. Les soeurs ne faisaient aucun vœu, mais une simple promesse d'exécuter fidèlement les règlements établis.

Le Bureau des écoles avait accordé aux soeurs deux mois de férié pendant lesquels toutes les classes de lecture étaient fermées. Ce Bureau était en possession d'une maison de campagne située derrière le faubourg de Vaise, qui avait été donné pour que les sœurs allassent y passer le temps des vacances.

Aperçu des dépenses à faire pour les écoles primaires de la ville de Lyon pour 1808.

1° Les Frères. — Il existe huit écoles employant 21 frères.

Le montant des frais pour traitement et autres est estimé à 18.628 fr.

2" Les Sœurs de Saint Charles. — Il existe douze écoles qui emploient 29 sœurs. Frais de traitement et autres 15 .600.

Récapitulation. Dépenses pour les écoles de garçons 18. 628 »

Récapitulation. Dépenses pour les écoles de filles ^ 15. 600 »

Total 34.228 »

A quoi il faut ajouter le loyer pour les écoles et pour le logement des sœurs à la ville, montant à 7 -0)0 »

Total 41 278 fr.

Après la lecture de ce rapport dont on vient de donner un aperçu, le Conseil municipal prend à l'unanimité une délibération dont voici le résumé :

« Le Conseil municipal,

Considérant, que parmi les établissements publics les plus utiles de cette ville, les écoles primaires présentement dirigées, pour les garçons, par les Frères de la Doctrine chrétienne, et pour les jeunes filles par les Sœurs, dites de Saint Charles, doivent spécialement fixer l'attention de l'administration.

Emet les vœux et demande :

I. Q.ue l'existence des Frères de la Doctrine chrétienne, auxquels est confiée à Lyon la tenue des écoles primaires de garçons, soit reconnue par le gouvernement, et qu'ils soient en conséquence autorisés à vivre en communauté dans les bâtiments du Petit-Collège, que la ville de Lyon s'engage à laisser à leur disposition pendant tout le temps où les dits Frères de la Doctrine chrétienne seront chargés de cette partie de l'Instruction publique à Lyon.

IL Que l'existence civile des sœurs dites de Saint Charles, lesquelles sont en ce moment chargées à Lyon de la tenue des écoles primaires pour les jeunes filles, soit pareillement reconnue.

m. Le Conseil établit que les écoles primaires pour les garçons, dont le nombre n'est encore que de huit, sera porté à neuf, comprise celle à établir dans le canton de l'ancienne ville sur la montagne, et pour

kl tenue de ces écoles, la ville fournira annuellement un fonds de dépenses, qui pour le moment est fixé à 16,800 francs.

IV. Le nombre des écoles primaires pour les filles sera comme présentement de dix pour l'instruction et de deux pour la couture. La ville fournira annuellement le fond de dépenses, lequel pour le moment reste et demeure fixé à i4)700 »

V. Indépendamment des frais ci-dessus fixés la ville en attendant qu'elle ait pu fournir un bâtiment particulier à la communauté des Soeurs de Saint-Charles, payera les frais de loyer de la maison de réunion desdites Sœurs.

La ville payera également le loyer des locaux disséminés dans les divers arrondissements de la ville pour la tenue des écoles tant des filles que des garçons, et elle consacre à cela un fond de,. .... 7050 »

Total de la dépense des écoles 38,550 »

VI L'instruction sera gratuite.

VIL Les deux institutions en raison des avantages et des secours que leur accorde la ville, formeront des élèves propres à remplacer dans les différents emplois, ceux ou celles que leur âge ou leur infirmité empêcheraient de continuer leurs fonctions ; mais ils ne pourront envoyer ni déplacer aucun sujet, hors l'établissement de Lyon, qu'avec l'approbation et l'assentiment du Jury dont il sera mention ci-après.

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