‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 3)Chapitre 3 sur 10 · C. PiLOT · texte numérisé non relu

C. PiLOT

8 avril

Il est donné communication au Conseil municipal de l'arrêté suivant des Représentants du Peuple :

Les Représentants du Peuple etc..

Considérant que le glaive de la loi n'a plus de rebelles à frapper dans cette commune, qu'il est im-

portant d'organiser définitivement les autorités constituées conformément à la loi^ qui établit le gouvernement révolutionnaire et aux instructions du Comité de Salut public de la Convention Nationale ;

Qu'il est bon de redonner aux bons citoyens la confiance et la garantie qui leur est assurée par ces lois, et que l'on peut sans danger les convoquer en assemblée populaire, pour y prendre leur vœu et obtenir le résultat de l'opinion publique.

Arrêtent ce qui suit :

II —Il sera sans délai procédé par les représentants du peuple à l'épuration et réorganisation des autorités constituées de Commune Aff"ranchie, eu présence du peuple et après avoir pris le vœu des bons citoyens.

III — Il sera pareillemeut procédé par les Représentants du Peuple à l'épurement et l'organisation de la Société populaire.

IV — Les bons citoyens seront solennellement convoqués par affiches et publications en asseiîiblée populaire le 21 germinal dans le local le plus vaste et le plus décent, à la diligence des membres restants de la municipalité actuelle. Ils informeront les représentants

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du peuple dans les vingt-quatre heures du local qu'ils auront choisi et des niesures qu'ils auront prises pour l'exécution du présent arrêté

Stg)h' : Méaulle, Ruverciion, Laporte.

Le Conseil, api es avoir délibéré, arrête que des commissaires, pris dans son sein, se transporteront de suite dans les divers locaux vastes de cette commune, pour reconnoîtie le plus convenable

Archives de la Ville de Lvoii .

10 avril

La séance ouverte, lecture est faite au Conseil municipal d'un arrêté des représentants du peuple en date de ce jour, apporté à la municipalité à huit heures et demie du soir, par lequel ils la chargent de dissoudre elle-même toute assemblée qui auroit lieu à l'issue de celle tenue d'après leurs ordres dans la ci-devant église de Saint-Jean, et dans le même local, sous la responsabihté de ladite municipalité et celle de quiconque rempHroit les fonctions de président et de secrétaire, comme encore ils chargent le maire de leur

rendre compte dans l'heure de l'exécution complète de l'arrêté, sur quelle maire et les officiers municipaux s'étoient de suite rendus au lieu indiqué.

Lesdits citoyens de retour ont annoncé qu'arrivés à la ci-devant église de St-Jean, et n'y ayant trouvé qu'un petit nombre de citoyens, ceux-ci ont répondu, à l'interpellation à eux faite, qu'il n'y avait ni président, ni secrétaire. Lecture ayant été donnée de l'arrêté des représentants, tous les citoyens se sont retirés et les portes ont été fermées sous les yeux mêmes et par les ordres du maire et des officiers municipaux.

Le Conseil municipal a alors invité le maire à se rendre de suite auprès des représentants pour leur rendre compte conformément à leur arrêté, ce qu'il a sur le champ exécuté.

A l'heure de dix, a été remis au Conseil un second arrêté des représentants portant qu'informé que l'assemblée, convoquée ce jour par eux, se maintient en permanence, et rédige un procès-verbal, malgré qu'elle ait été levée et dissoute par les représentants qui l'ont présidée, et malgré la réquisition faite à la municipalité de sommer la dite assemblée de se dissoudre, ils la requièrent de se faire remettre à l'instant tout procès-verbal, pétition ou adresse, rédigés dans cette assemblée illicite et de mettre le tout à l'heure même sous les 3'eux des représentants ;

Défendent à la municipalité de permettre le départ d'aucun courrier, porteur de la minute ou des expéditions des procès-verbaux, avant qu'elles n'aient été

soumises à l'examen des représentants, le tout sous la responsabilité individuelle et collective de tous les membres composant la municipalité, la chargeant derechef de faire dissoudre l'assemblée dont il s'agit, et d'en rendre compte aux représentants dans l'heure, à peine d'être considérés comme rebelles :\ l'autorité légitime et ennemis du gouvernement ;

Le Conseil arrête :

Que deux citoyens se transporteront de nouveau la ci-devant église de Saint-Jean, pour vérifier s'il existe une assemblée, avec ordre de la dissoudre. Ces deux citoyens nommés sont les officiers municipaux Parenthon et Candas ;

Qu'injonctions seront faites aux directeurs des postes de ne point délivrer de chevaux à aucun individu de la commune pour en sortir.

A leur retour, les citoyens Parenthon et Candas ont rapporté qu'ils ont visité toutes les portes de la ci-devant église de Saint-Jean, examiné à travers toutes les serrures s'il y avoit de la lumière ; que les portes étoient fermées, qu'ils avoient frappé à plusieurs portes pour trouver le concierge, que l'ayant fait lever en chemise, il les a assurés qu'il n'y avoit absolument, ni personne, ni lumière, et que tout étoit entièrement fermé •

Le présent rapport a été communiqué à onze heures du soir aux représentants du peuple.

Archives de la ville de L\on.

Le représentant du peuple Reverchon, écrit ce même jour à Couthon pour lui signaler les excès des prétendus amis de Chalier, et l'anarchie dans laquelle la ville est tombée.

De Commune Affranchie, ce 21 germinal.

« Je m'empresse, mon bon ami, de t'assurer qu'il y avoit un parti bien prononcé pour être les maîtres ici, et qu'ils ne vouloient que culbuter tous les représentants quiviendroient, ne voulantaucune surveillance sur tous les désordres qui existent dans cette malheureuse commune, et qu'ils comptoient sur Dubois-Crancé qui sûrement auroit appris à les connaître. Nous avons tous été à Paris peu instruits de tous les nouveaux événements, parce que nous n'avions entendu qu'une partie. Mais à présent que j'ai entré dans les détails, que j'ai tout examiné, j'ai vu partout la masse du peuple excellente, ne voulant que le bien et le travail; douze à quinze individus soi-disant patriotes^ voulant tout gouverner, tiennent sous leur dépendance par crainte et par terreur cette foule de vrais citoyens, qui ne demande qu'à être éclairée, et qui malheureusement ne l'est pas. Ma fermeté, mon caractère et mes principes n'ont pas plu à ces meneurs ; s'ils ne sont

pas coupables ils sont bien orgueilleux Sois

tranquille, mon ami, les mesures que nous avons prises rendront le peuple régénéré à la patrie, en

républicanisant le commerce, et en secouant ce préjuge local, germe du fédéralisme, et en leur apprenant leurs droits et leurs devoirs, en ne s'occupant jamais des individus, mais de la chose publique et de l'intérêt général, mettant à l'ordre du jour la probité, la justice, et les bonnes moeurs

« Je te répète, si on nous laisse cette force morale, qui nous est nécessaire, je te réponds du salut prompt de cette malheureuse cité, et nous vous mettrons sous les yeux toutes les machinations qu-'on a employées pour la perdre.

« Surtout que le Comité de Salut-Public ne nous laisse pas flotter dans cette incertitude accablante sur nos travaux ; qu'il approuve nos arrêtés ou qu'il les annule, s'il pense que nous ne pouvons remplir le but qu'il se propose. Il n'y a que la promptitude de ce moyen qui puisse donner à nos arrêtés et à nous mêmes cette force morale, dont nous ne sommes plus environnés depuis que nous avons l'air d'être en procès lié avec une poignée d'individus devant le Comité de Salut Public. Cette cruelle incertitude existera tant que le Comité ne se sera pas prononcé fortement d'une manière ou d'autre; elle nourrit les espérances de ceux qui écrivent ici à leurs affidés de prendre courage, et que bientôt ils auront la victoire.

Rapport de Courtois, p. ^10.

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15 avril

L'Agent national annonce au Conseil municipal qu'on lui a dénoncé un abus suggéré par la malveillance, cherchant à réveiller le fanatisme, que l'hospice général des malades, contre Tordre public et l'intérêt des malades, a étalé aujourd'hui le scandale de consacrer un prétendu jour saint du régime des prêtres par un maigre général dans la maison.

Le Conseil :

Considérant, que si l'humanité et la police s'élèvent avec force contre un pareil abus dans une maison publique ; que s'il est affreux de prescrire par un prétendu esprit religieux, qui n'est le plus souvent qu'un assassinat contre la nature, des privations et un régime nuisible à l'homme souffrant et étendu sur un lit de douleur, de le circonvenir dans les angoisses de la mort ou dans l'état irritant de la débilité, d'exemples d'idées et de sentiments propres à n'inspirer que la terreur lugubre, de noires frayeurs, au lieu des consolantes douceurs, que commande une piété tendre, la raison publique demande aussi qu'on poursuive avec toute la rigueur des lois l'audacieux sectaire qui rallumera les brandons peut-être mal éteints du

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fanatisme dans une commune populeuse, où les ennemis du peuple ne demanderoient pas mieux de ressaisir de nouveau des instruments de sa ruine et de sa destruction :

Arrête :

Sur la réquisition de l'agent national, que le citoyen Milon, officier municipal reste chargé d'informer des faits dénoncés, comme en rechercher avec exactitude les instigateurs et en faire le rapport à la plus prochaine séance, pour être avisé aux moyens de repousser les provocations des malveillants à de nouveaux désastres.

Archives de la ville Je Lyon ,

16 avril

Jean Ripet, l'aîné, âgé de cinquante-huit ans, exécuteur de la haute justice, et Jean Bernard, son adjoint, âgé de vingt-six, tous deux natifs de Grenoble, sont exécutés en vertu d'une condamnation de la Commission révolutionnaire, et comme complices de l'assassinat commis dans la personne du patriote ( t vertueux Chalier et du citoyen Riard .

LYON ÏN 1794

Ce même jour, Reverchon renouvelle ses instances auprès de Couthon :

« Au nom du salut de la patrie, il faut que le Comité de Salut public, que la Convention Nationale prennent dans la minute une mesure assurée pour que les Représentants du peuple à Commune Affranchie obtiennent cette force imposante et morale dont ils ont besoin pour arrêter les abominables projets des prétendus patriotes, qui nous trompent chaque jour. Les chefs sont à Paris ; nous avons déjà saisi les correspondances ; d'après les avis que nous avons reçus du Gomilé de sûreté générale de la Convention, nous sommes entourés de voleurs, de scélérats, qui, sous le nom ôi',ylinis de Chalicr, veulent tout écraser et envahir. Nous faisons passer au Comité de sûreté générale et au Comité de Salut public toutes les pièces à l'appui. Mettez-vous plus que jamais en garde contre les prétendus patriotes lyonnois, qui veulent vous égarer l'opinion publique, jusqu'au sein des Jacobins, pour couvrir leurs scélératesses qu'ils veulent rejeter sur les autres départements. Chaque jour, ils me font menacer. Je ne crains point leurs poignards, parce que la masse dupeuple ne veut que le bien, et se soumettre à la volonté du gouvernement. Nous travaillons avec la plus grande activité à préparer tout pour réorganiser

et faire marcher le gouvernement révolutionnaire

Prends communication de tout, soit de Fouché, soit du Comité de Salut Public et du Comité de Sûreté

générale, et tu verras quelle trame ourdie se suivoit sous le nom des Amis de Chalier. Nous veillerons jour et nuit, et nous viendrons à bout de tout.

« Tous les meneurs d'ici, dont les chefs sont à Paris, disent continuellement : « Nous sommes souverains et nous ne nous laisserons pas mener, et si nous avions des armes, nous aurions bientôt chassé tous ces brigands armés. » Voilà les propos qu'ils tiennent. Mais leur rage est impuissante, et nous sauverons le peuple, malgré ces brigands, qui ne se disent patriotes que pour égorger leurs frères et acquérir des richesses. Je ne finirai jamais de le faire le portrait affligeant de tous ces gueux là. Plus nous allons en avant, plus on découvre leur scélératesse. »

18 avril

Ce 29 germinal, Reverchon écrit encore à Couthon :

« Tu verras la lettre que nous écrivons au Comité de Salut Public, Je te recommande surtout de veiller à ces prétendus Amis de Chalier, qui sont à Paris, à qui l'argent ne manque pas pour calomnier et pour tout empoisonner. J'ai vérifié une partie des dénonciations dont on fait un si grand étalage au Comité de Salut PubliCj concernant quelques membres de la

Commission temporaire. Qjaelques-unes avoient quelque fondement, et sur celles qui m' avoient paru graves, et après examen de leurs procès-verbaux, j'ai vu que les effets qu'on disoit spoliés, étoient versés dans la caisse du Receveur de la monnoie, et que, dans la Commission temporaire ambulante, les membres de commission n'ont pu opérer que d'après les renseignements que leur donnoient les patriotes lyonnois qui les accompagnoicnt dans leur mission, et dont ces mêmes Lyonnois savoient dans quelques circonstances mettre à profit pour eux. Ah ! mon ami, le système que tu as vu commencer sous tes yeux, de vendre la justice, de faire un commerce infâme de dénonciations, pour tenir sous les séquestres au moins quatre mille ménages dont les gardiens dilapident tout, d'accord avec les administrateurs qui soutiennent cette anarchie qui les conduiroit à se dévorer comme des monstres.

Tous ces meneurs, dont les chefs sont à Paris, maintiennent par leur correspondance cette conduite criminelle.

J'ai dû faire la distinction des braves citoyens, patriotes vertueux et républicains, que nous conserverons.

Je travaille sans relâche à former les tableaux pour organiser toutes les autorités constituées et faire marcher le gouvernement révolutionnaire, et sous peu de jours tout sera fait. Nous exposerons toutes les conspirations et nous assurerons à cette malheureuse

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patrie du peuple, indigente et abandonnée, du pain et du travail. Oui, mon anii, tous ces énergumènes ne vouloient la République que pour eux. Environ trois mille devaient partager toute la fortune lyonnoise, vouloient se soustraire à la surveillance et à l'unité de la République. Ils se sont mis à découvert et se découvrent chaque jour. Ils se sont plaints que Ton incarcéroit les patriotes. Eh ! bien, aucun ne l'a été. On a destitué des municipaux qui avoient été peu fidèles, deux mandats d'arrêt seuls ont été lancés et non exécutés , et sont du nombre de ceux qui se sont réunis à Achard, à Paris, les nommés Castan et Jacob.

Tant que je resterai ici, jusqu'à ce que le Comité de Salut public me rappelle, je travaillerai à assurer le bonheur public, à démasquer les fripons et les scélérats, réunis aux étrangers dont ils sont les instruments. Nulle affection, nulle considération particulière ne pourront me faire dévier, je ferai mon devoir et ma récompense sera dans mon coeur.

Je suis bien mécontent de Daumale ; il n'est pas franc, tout en convenant des torts de ces Lyoïmois, il les suit et les conseille. Je ne le comprends pas, mais nous le veillons et le prévenons tous les jours. Je crains que son ambition ne le perde. Il nous avoit dit que tous les meubles qui étoient dans son appartement lui apparteuoient. Point du tout. Chacun est venu faire sa déclaration des réquisitions qu'il f.voit données pour les avoir ! nous règlercns le tout au

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au premier jour. Nous lui avons accordé près de 5000 1. d'indemnité pour sa détention, y compris ses appointements de commis quoique faisant un journal. Méaulle a toutes les pièces qui justifieront de tous ces objets.

Il faut que le règne de la probité et de la justice soit dans cette malheureuse commune.

Signe : Reyerchon.

Kiipporl de Courtois à p. ^10.

25 avril

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