Mai
Des bruits qui avaient assez de consistance s'étaient répandus dans la ville, que les supérieurs et directeurs du séminaire de St-Irénée professaient des maximes contraires aux principes proclamés par l'Assemblée Nationale, et qu'ils tcnoient des conciliabules secrets et hostiles à la révolution.
Le 28 mai, les supérieurs et directeurs écrivent à l'autorité municipale une lettre dans laquelle ils professent leur attachement à la révolution, et démentent tous les faux bruits qui circulent sur ce compte.
Le lendemain 29 mai, MM. les supérieurs-directeurs, prêtres, professeurs et élèves théologiens, au nombre de cent douze, philosophes au nombre de
quatre-vingts, prêtent le serment civique en l'hôtel commun, entre les mains de MM. les maire et officiers municipaux, et à cette occasion, M. Gazaniol, supérieur, prononce une allocution qui exprime son acquiescement à la nouvelle constitution.
25 Mai
Ce jour là la consigne suivante est donnée pour « l'armée nationale à la fédération de Lyon. »
Article Premier. — A commencer de vendredi prochain, 28 de ce mois, à chaque poste des portes de la ville, se trouvera un officier de garde qui, après avoir reconnu les détachements qui arriveront pour la fédération, les fera conduire par un fusilier sur la place d'armes.
Art. 2. — Les détachements étant en bataille sur la place d'armes, l'état-major général remettra aux officiers qui les commanderont la présente consigne, et les priera d'envoyer, chaque soir à six heures précises, sur la place d'armes, un sergent et un caporal pour y recevoir l'ordre.
Le caporal seulement sera armé de son fusil.
Il sera encore remis au premier caporal du détachement, un tableau sur lequel sera indiqué le numéro par ordre d'entrée du détachement dans la ville, et ce
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numéro déterminera le rang que devra tenir chaque détachement, toutes les fois que l'armée s'assemblera.
Art. 3. — Les détachements seront conduits par le même fusilier, qui les aura amenés de la porte de la ville sur la place d'armes, chez les majors des districts où iis devront être logés. MM. les majors et officiers des districts leur distribueront les billets de logement et ils auront soin de loger, autant que faire se pourra, tout le détachement dans une même rue.
Art. 4. — Depuis l'arrivée des détachements, et jusqu'à ce que tous les étrangers, qu'aura attirés la fédération, soient partis, les piquets, ainsi que les postes, feront continuellement des patrouilles, lesquelles ne pourront pas être moindres de sept hommes, y compris un sergent ou un caporal, et aussitôt qu'une patrouille, qui ne pourra rester dehors moins d'une heure, rentrera dans son poste, une autre sortira.
Art. 5 . — Si les patrouilles rencontrent dans la rue quelque détachement, ils se donneront mutuellement la droite.
Art. 6. — Dans le cas où quelque fusilier ou bas officier de quelque détachement seroit arrêté pour tapage ou autre chose, il en sera de suite rendu compte à M. le commandant général, ainsi qu'au commandant du détachement dont sera la personne arrêtée.
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Art. 7. — Apres onze heures du soir, les patrouilles ne souffriront pas que les cafés ni cabarets soient ouverts, et elles empêcheront qu'il se fasse du bruit dans les rues.
Art. 8. — Tous les sergents et caporaux, commandés pour venir à l'ordre, se rendront, un moment avant sept heures du soir, sur la place d'armes, et à sept heures sonnantes, tous les tambours de l'armée lvonnoise, sous les ordres du tambour-major de la ville, battront l'ordre.
Art. 9. — L'ordre étant battu, MM. les aidesmajors généraux feront l'appel des détachements par le numéro qui leur aura été remis, MM. les sergents en haie et MM. les caporaux en serre-file.
Art. 10. — MM. les sergents et caporaux étant rangés, chaque aide-major général se mettra devant et au centre d'une troupe, et commandera : de droit à gauche, forme^ le cercle, et à MM. les caporaux : demi-tour a droit, présente- vos armes, et ils donneront l'ordre. L'ordre étant donné, ils commanderont : de droit et de gauche, rompe% le cercle.
Art. 11. — A huit heures et demie, il sera tiré six boites sur la place des Terreaux, douze coups decanon sur le quai Monsieur, six boites sur la place de Louis-le-Grand, six sur la place St-Jean, et six sur celle de l'Homme de la Roche.
Les six boites des Terreaux étant tirées, tous les tambours de la ville, qui seront rassemblés sur la
place, battront la retraite, ils partiront pour cela de la porte de l'hôtel commun, ayant à leur tête le tambour major, et feront le tour de la place.
S'il vient de la cavalerie, les trompettes sonneront également la retraite sur la place d'armes et ensuite dans leurs quartiers respectifs.
Art. 12. — Le dimanche, jour de la fédération, il sera tiré une salve d'artillerie à quatre heures du matin ; à ce signal, les tambours de la ville battront la générale sur la place d'armes, ceux des districts et des détachements la battront dans leurs quartiers respectifs, en partant de la place d'armes de chaque district.
A quatre heures et demie, ils battront, suivant la marche ci-dessus prescrite, l'assemblée et de suite le rappel.
Art. 13. — Au rappel, les districts, ainsi que les détachements qui y seront logés, s'assembleront de suite sur leurs places d'armes et se porteront sans délai, savoir, les districts sur la chaussée Perrache, chacun à leur rang, où ils se formeront en bataille, faisant face au Dauphiné.
Les canons et les grenadiers de l'armée lyonnoise en tiendront la droite, qu'ils appuieront contre le four à chaux ; tous ces détachements prendront rang immédiatement après l'armée lyonnoise, et chacun suivant son numéro.
Le dernier rang de la droite de l'armée appuiera
aux arbres du côte de la Saône ; le reste s'alignera dessus.
Art. 14. — MM. les députés seront placés à la gauche de l'armée et observeront dans la marche le même ordre que les sections, c'est-à-dire qu'ils marcheront par six.
Art. 15. — L'armée étant rangée sur trois hommes de hauteur, et les sections marquées par six, il sera observé le plus grand silence ; alors il sera tiré de l'aile gauche un coup de canon pour annoncer que l'armée est entièrement rangée, ce qui sera un signal ù MM. les commandants de faire l'inspection des armes ; et s'il se trouvent quelques fusils chargés, ils les feroient décharger avec le tire-bourre.
Art. 16. — L'inspection des armes étant faite et les armes portées, il sera tiré de l'aile gauche un coup de canon, qui annoncera que l'armée est prête à
partir.
Art. 17. — Un instant après, il sera tiré trois coups de canon de l'aile droite, et il sera fait, par tous les tambours, un roulement pour annoncer que l'armée va se mettre en marche par sections.
Art. 18. — Le roulement fini, le commandant général fera le commandement : par section, r<mpe.\ par la droite pour marcher vers la gauche. A ce commandement, le major des grenadiers commandera :
première section en avant : le commandant général
commandera ; marche ; et, à ce dernier commandement que le major des grenadiers répétera, la première section marchera en avant.
L'officier commandant la première section, voyant qu'il ne lui reste que le terrain qui lui est nécessaire pour faire son quart de conversion, commandera : tourne^ à gauche, et quand le quart de conversion sera achevé : en avant.
Art. 19. — Dès que le commandant de la première section fera le commandement : tourne^ à gauche, celui de la seconde section fera le commandement : section en avant, marche ; et quand sa section sera arrivée à la hauteur de la gauche de la première section, il fera le commandement : tourne- à gauche. Toutes les sections de la ligne, jusqu'au pont Morand, feront successivement la même manœuvre, et celles qui seront au-delà du pont (en observant de laisser le passage, du pont à la place des Terreaux, libre" se mettront en colonne simplement par un à droite par section ; elles feront cette manœuvre dès l'instant que le roulement sera fini : cette colonne formée restera en place jusqu'à ce que toute la ligne droite ait défilé, cela fait, elle se remettra en marche pour en prendre la suite.
Art. 20. — La musique marchera à la tête de l'armée, les tambours des districts et ceux des détachements à six pas en avant et sur la droite de leur troupe.
Art. 21. — La première section des grenadiers arrivée au pont Morand, le commandant général fera le commandement : tête de colonne à droite, marche ; au mot de marche, le commandant de la première section commandera : tourne^ à droite, en avant.
Toutes les sections de la ligne de la droite du pont feront, sur le même terrain, la même manœuvre, et celles de la ligne de la gauche prendront la même direction.
Art. 22. — La première section sortant du pont Morand, le commandant général fera le commandement : tête de colonne, à gauche, marche. Au mot de marche, le commandant de la première section des grenadiers commandera : tourue~ à gauche, en avant, et ainsi des autres sections. Dans toutes ces manœuvres, MM. les majors et aides-majors des districts et commandants des détachements feront attention que les sections tournent bien sur le même pivot et bien quarrément.
Art. 23. — La tète de la colonne arrivant sur le terrain de la fédération et sur la ligne de dedans, c'està-dire le plus près de l'autel, M. le commandant général fera le commandement : tète de la colonne à droite, marche ; le commandant de la première section fera celui, tourne^ à droite, en avant, et ainsi des autres commandants de section.
Les sections qui auront tourné à droite se porteront en avant et sur tous les angles de la même ligne
tourneront à gauche : cette marche se continuera jusqu'à ce que toute la ligne soit garnie ; et aussitôt que la première section arrivera à six pas du premier angle qu'elle aura quitté, en entrant sur le champ de la fédération, elle se mettra à gauche, en bataille, sur la ligne qui doit rester en dedans du bataillon quarré ; les autres sections s'y mettront successivement, en observant dans la marche de bien garder les distances, afin qu'il n'y ait pas trop d'intervalles entre les files, ni qu'elles soient trop serrées.
Art. 24. — Le premier bataillon quarré étant formé en laissant un intervalle entre les premières et dernières sections, pour servir de passage à ceux qui devront aller à l'autel, le second bataillon quarré se formera de la même manière que le premier, sur la seconde ligne, et ainsi des autres.
Pour cet effet, un aide-major général sera à l'entrée du champ de la fédération, pour empêcher que ceux qui devront former le second bataillon quarré ne dépassent la seconde ligne, et ainsi du troisième et du quatrième, etc.
Art. 25. — S'il y a de la cavalerie à l'armée fédérale, elle marchera après l'infanterie, et elle formera sur le champ de la fédération une ligne séparée sur le flanc droit du dernier bataillon quarré.
Art. 26. — Lorsque les bataillons quarrés seront formés, un coup de canon, suivi d'un roulement, fera le signal de faire reposer l'armée ; le repos sera d'un
quart d'heure, sans que personne puisse quitter son rang.
Art. 27. — A un second coup de canon, suivi d'un roulement, les commandants des détachements feront porter les armes et observer le plus grand silence ; et la musique, à laquelle se joindront tous les tambours du bataillon quarré, de dedans, battront (sic) la messe en faisant le tour du même bataillon ; les tambours des autres bataillons la battront également sans sortir de leurs places.
Art. 28. — La messe étant battue, la musique s' étant rangée à l'autel, et les tambours ayant rejoint leur troupe, il sera fait un roulement suivi d'une salve d'artillerie, et la messe commencera.
Art. 29. — Le Sanctus sera annoncé par trois coups de canon ; au même instant, toute l'armée ouvrira les rangs en arrière, à deux pas de distance d'un rang à l'autre.
Art. 30. — L'élévation sera annoncée par une salve d'artillerie ; toute l'armée présentera les armes et mettra le genou droit en terre ; les tambours battront au champ.
Art. 31. — Un coup de canon annoncera la fin de l'élévation de la messe, les tambours cesseront de battre, et aussitôt l'armée portera les armes et serrera les rangs.
Art. 32. — La fin de la messe sera annoncée par trois coups de canon et un roulement général.
Il sera lu une adresse à l'Assemblée nationale et une lettre à M. le marquis de la Fayette, dont les projets se trouvent à la fin de cette consigne.
Art. 33. — Ceux qui auront des discours à prononcer voudront bien les remettre à M. le commandant général qui les fera insérer dans le procès-verbal, attendu le trop de temps que pourroit en exiger la lecture.
Art. 34. — De suite une salve d'artillerie et un roulement annonceront la prestation du serment.
Art. 35. — Le roulement fini, chaque commandant de détachement et des compagnies de la légion lyonnoise liront à la tête de leurs troupes le serment ciaprès.
Pendant la lecture du serment, MM. les officiers, sergents, caporaux, fusiliers, députés, musiciens et tambours, lèveront la main droite en disant : Nous LE jurons.
Serment civique et fédératif.
Art. 36. — Nous, députés des détachements des différentes gardes nationales rassemblées sous les murs de Lyon, pénétrés de l'importance de la mission sacrée qui nous a été confiée par nos commettants,
Jurons sur l'autel de la patrie, et en présence de l'Etre suprême, de maintenir de tout notre pouvoir
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la constitution du royaume, d'être fidèles à la Nation. à la Loi et au Roi ; d'exécuter et de faire exécuter les décrets de l'Assemblée nationale, sanctionnés ou acceptés par le roi ;
Nous jurons d'être inviolablement attachés à ce grand principe de la liberté individuelle, de protéger les propriétés particulières et les propriétés déclarées nationales, d'assurer la perception de tous les impôts ordonnés pour le maintien de la force public, d'entretenir la libre circulation des subsistances dans toute l'étendue du royaume, de maintenir, partout où nous serons appelés, l'ordre et l'harmonie, sans lesquels les sociétés se détruisent au lieu de se perpétuer ;
Nous jurons enfin de regarder comme ennemis irréconciliables tous ceux qui tenteroient de porter atteinte à la nouvelle constitution ; et nous reposant avec confiance sur la Providence qui soutient notre patriotisme, nous promettons de sacrifier nos fortunes et nos vies, pour conserver à nos descendants cette liberté, après laquelle nous soupirions depuis si longtemps.
Art. 37. — Le serment fait, il sera tiré deux salves d'artillerie, et l'armée se reposera sur les armes.
Art. 38. — Il sera tiré un coup de canon pour faire porter les armes.
Art. 39. — Les armes portées, et les bataillons
quarrés étant ranges dans le meilleur ordre, il sera tiré un coup de canon, qui sera pour toute l'armée le signal de faire par section à droit.
Art. 40. — Il sera tiré une salve d'artillerie qui annoncera que l'armée va se mettre en marche au pas ordinaire ; en conséquence, aussitôt que M. le commandant général en aura fait le commandement, le bataillon quarré du centre se mettra en marche, et lorsque la dernière section du premier bataillon aura dépassé la première section du second bataillon quarré, celui-ci suivra la même direction, et ainsi des autres.
Art. 41. — L'armée reviendra du champ de la fédération par le même chemin qu'elle aura tenu en y allant ; au sortir du pont Morand, chaque district et détachement prendront la route de leurs quartiers.
Art. 42. — MM. les officiers, en conduisant leurs troupes dans les différents quartiers, ainsi qu'en partant de la ville, voudront bien lui faire garder le plus profond silence et le meilleur ordre possible.
Art. 43. — MM. les officiers des détachements, ainsi que ceux de la légion lyonnoise, qui voudront signer le serment, l'adresse à l'Assemblée nationale, et la lettre à M. de la Fayette, le feront dans la grande salle de l'hôtel commun, le dimanche après la fédération et le lundi.
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Fait et donné au commandement général militaire le 25 mai 1790.
Signe : Chevalier Dervieux , Commandant général.
Chevalier du Foissac, Major général.
Saint-Pierre 1
Vernon f Aides-majors
Bollioud de Chanzieu 1 généraux.
Frachon
Par mes dits sieurs.
Dombey du Mont, secrétaire général.
N. eB. MM. les officiers qui seront chargés du commandement et qui, pour cet effet, auront une consigne, voudront bien, pour ne pas confondre les manœuvres, croiser au crayon les articles à mesure qu'ils passeront.
A Lyon, de l'Imprimerie d'Aimé de la Roche, aux Halles de la Grenelte, ijpo.
Dimanche 30 Mai
La Fédération martiale est sacrée dans la plaine du grand camp, par environ 30.000 gardes nationaux de la ville et de diférents départemens, qui y avoient envoyé des députations.
La messe est célébrée devant la statue de la liberté par l'abbé Benoît Nizier Servier, curé de la paroisse de St-George.
Le Courrier de Lyon rend compte en ces termes de la cérémonie de la fédération :
a Que les bons citoyens se réjouissent et triomphent ! Le lieu même, où le patriotisme sembloit avoir le moins de vigueur, est devenu le théâtre de ses élans et de sa gloire.
« Hommes justes et paisibles, soyez amis de l'égalité, partagez nos transports, vos partisans, vos défenseurs se multiplient de toutes parts ; les François n'auront bientôt plus qu'une âme ; les préjugés qui les divisoient ne sont plus comparables qu'à ces sombres vapeurs, que dissipe et fait disparoitre la puissance du soleil levant.
or La fédération de Lyon achève la régénération de la seconde ville du royaume ; cette fête dont le patriotisme voyoit à regret éloigner l'époque, jusqu'à en faire peut-être évanouir l'idée ; cette fête, déterminée par le courage et fixée par la fermeté du conseil général de la commune, s'est célébrée avec l'appareil et l'éclat du plus grand concours et de la joie la plus vive.
« Dès le vendredi 28, un officier de garde, place a chaque poste des portes de la ville, reconnoissoit et faisoit conduire, par un fusilier, sur la place d'armes, les détachements qui commençoient d'arriver.
« La douce agitation des esprits, les mouvements du peuple, répandoient déjà partout un air de vie et de fête. L'empressement d'accueillir leurs frères d'armes. de recevoir les prémices de leurs témoignages affectueux, portoit les uns successivement partout où le bruit des tambours annonçoit l'arrivée d'un détachement ; la curiosité poussoit les auties à l'emplacement du camp, le spectacle s'accroît et se diversifie le jour suivant.
« De toutes les portes et à tous les instants affluent les milices fédérées ; la vigueur du courage et l'âme du patriotisme caractérisoient les physionomies ; l'expression touchante de l'union et du dévouement se peint dans les regards. Plusieurs femmes dans le costume de leur sexe et avec la simplicité des habitants des campagnes, le sabre à la main, la démarche ferme et non superbe, présentent dans différents détachements un spectacle inconnu jusqu'alors à nos yeux ; elles rapelloient (sic) le courage de Jeanne d"Arc.
a Ht toi, jeunesse brillante et généreuse, toujours prête à saisir la vérité, parce que tu ne conçois pas encore le froid calcul des vils intérêts qui la font craindre ; toujours prompte à partager les nobles affections que font les héros, parce que tu as l'ardeur qui ies nourrit et qui les enflamme, toi que l'infect égoïsme n'a pu corrompre, parce qu'il n'imprime la tlétrissure qu'à l'aide du temps et par la puissance d'une constitution vicieuse, tu devois être l'ornement
bN
Je nos milices, comme tu es l'espoir de la génération et l'objet des travaux dont tu vas devenir le rempart ; tu brillois au milieu d'elles ; tous les cœurs voloient au devant de toi, et plus d'un œil paternel s'est couvert d'un nuage humide en te voyant, sous l'uniforme de la liberté, jurer de te consacrer au maintien et à la détense de cette liberté sainte.
« Plusieurs détachements présentoient l'intéressant mélange des différents âges de la vie ; aux côtés du citoyen avancé dans sa carrière, et portant sur un front respectable l'empreinte des ans et de la vertu, fleurissoient des jeunes gens, à peine aux portes de l'adolescence, brûlant de courage, et glorieux d'être admis avec leurs pères à se dévouer pour la patrie.
« Quel est donc ce sentiment qui électrise ainsi les âmes, qui les élève et les aggrandit (sic) ; qui rapproche tous les hommes, confond tous les intérêts, développe toutes les facultés, étouffe les petites passions, produit la paix et l'harmonie ! Egalité ! c'est ton ouvrage, tu nous réunis tous frères, tous amis.
« Rien n'étoit plus frappant aux yeux d'un observateur attentif qui a vu beaucoup de soldats sous les armes que le souvenir de cet air de soumission, déterminé par la seule crainte du châtiment, comparé à cette plénitude de jouissance de la part d'un homme libre, qui n'est là que parce qu'il veut y être, qui obéit ou commande avec le même empressement, la même élévation et la même cordialité.
« Mais un contraste plus étrange s'est encore fait remarquer; c'est celui de l'allégresse commune, manifestée avec une sorte d'abandon, A l'arrivée successive des nombreuses députatîons de fédérés, sur la place d'armes, en face de l'hôtel commun, et l'air contraint de quelques ennemis de la révolution, habitués à fréquenter cette place ou ses entours. On les voyoit, à chaque témoignage d'affection prodiguée par la garde nationale et le peuple de la ville à leurs frères d'armes de tant de lieux différents, on les voyoit, dans les convulsions de la triste envie, pâlir alternativement, et représenter l'effroi du crime, sans espoir d'échapper à la haine des hommes et à la vengeance des lois.
c< Vainement, des mesures secrètes ou des souhaits coupables avoient donné lieu à des bruits capables d'inspirer la défiance et de secrètes terreurs ; éventer la mine ou en braver le danger est le lot des patriotes ; rien n'a pu diminuer le concours, ni atténuer l'éclat de la fète.
« Dès la veille, à huit heures du soir, le bruit des boites et du canon retentissoit des quatre parties de la ville, on avança la solennité ; la retraite fut éclairée par une illumination générale
e Une salve d'artillerie ouvrit la journée du 30 à quatre heures du matin ; la générale appelle les milices, et toutes les fédérations se rendent sur les vastes terrains des bords du Rhône, près de son confluent
avec la Saône, au midi de la ville. Là, après diverses évolutions, elles se sont réunies en corps d'armée, où chaque députation, précédée de sa musique, tenoit ses rangs sous son drapeau. La marche s'est ouverte au bruit du canon : l'armée entière a longé le Rhône sur les quais, jusqu'au pont Morand, en face de l'hôtel commun. Alors un détachement considérable de la garde nationale de Lyon est venu prendre le conseil général de la commune, pour l'amener au sein de l'armée, qui l'a reçu et l'a conduit au camp au milieu d'une foule immense transportée de joie, applaudissant à ses représentants et a ses défenseurs.
« Une plaine immense, bornée d'un côté par le Rhône, qui se courbe autour d'elle, a servi d'emplacement pour le camp, à demi-lieue de la ville ; elle est couronnée par les riants coteaux qui s'élèvent sur l'autre rive du fleuve, paroissent dessiner la plaine et la terminent par un charmant amphithéâtre, où l'œil se repose agréablement. Mais la beauté de la situation en ajoutant à l'impression du spectacle, ne sauroit en distraire un moment et se fait à peine remarquer. Guerriers impitoyables, fameux destructeurs du monde, combien ce lieu vous eût paru propre à l'exécution de quelques-uns de ces grands desseins qui faisoient verser tant de larmes, lorsque la fantaisie des despotes disposoit du sang des nations !
« Votre règne est passé ; les peuples ne ressembleront plus à des esclaves qui se battent avec leurs chaînes pour les caprices de leurs maîtres cruels.
C'est au nom seul de la justice que pourra se déployer l'étendard de la guerre : nous n'armons plus que pour la liberté ; nos milices citoyennes ne se liguent aujourd'hui que pour le maintien de la paix.
« Au centre du camp s'élève un grouppe (sic) de rochers que des cascades paroissent sillonner, il est chargé de plantes et d'arbustes, qui semblent y avoir pris naissance ; sur les quatre côtés de sa base, de 80 pieds chacun, des gradins conduisent à quatre portiques d'ordre dorique, chacun d'eux donne entrée dans l'intérieur du rocher : c'est le temple de la Concorde ; la masse des rochers s'élève encore beaucoup au-dessus des portiques, mais le sommet applani (sic) forme, à 50 pieds de hauteur, une esplanade sur laquelle est élevée à 24 pieds la statue de la Libellé. Simple, mais imposante, touchante et noble, elle tient d'une main la pique qui porte le chapeau, devenu son symbole, depuis que les anciens en avoient fait le signe de l'affranchissement ; de l'autre elle présente la couronne civique aux milices fédérées. Près de la colonne qui lui sert de piédestal, est dressé l'autel, où la messe doit être célébrée. Diverses inscriptions sur les frontons des portiques ou des parties des roches expriment les sentiments publics et l'enthousiasme de la liberté.
« Nous ne tenterons pas de rendre le spectacle de l'armée à son entrée dans le camp ; attendue avec impatience, elle y est accueillie avec transport ; 48 à 49 mille hommes, représentatifs de plus de 500 mille.
s'avancent successivement dans le meilleur ordre ; il fallut près de trois heures pour les faire défiler dans le camp, et former, sur trois lignes, un bataillon quarré. Les grenadiers pénètrent dans l'enceinte et vont se ranger près des portiques du temple, la musique s'en approche. Quatre cent dix-huit drapeaux flottent dans les airs et déploient les couleurs de la nation, leurs devises et leurs emblèmes peignent le patriotisme dont les milices sont animées. Des acclamations réitérées accueillent et suivent tous les détachements, particulièrement ceux dont l'énergie est la plus connue ou s'est le mieux développée. La pluie avoit commencé sur les dix heures, elle tomboit avec violence et faisoit gémir les citoyens spectateurs. Mais cette espèce de contradiction, enflammant l'ardeur des milices fédérées, ne servit qu'à rendre plus éclatants les témoignages de leur empressement et de leur allégresse. Dans le moment de repos de l'armée, chaque fédération met ses armes en faisceaux, toutes les troupes se mêlent et se confondent ; les danses, les embrassements, les transports de la joie la plus vive présentèrent de toutes parts les scènes les plus touchantes et les plus animées.
« Quel spectacle que celui de milliers de citoyens, armés pour la liberté, transformés par elle en frères et en héros, se livrant aux épanchements des sentiments qui les rapprochent et les lient, ne connoissant qu'un intérêt, celui de tous, n'ayant qu'un vœu, la prospérité publique, et un même cœur, pour l'opérer
et la soutenir ! Mais un spectacle encore plus auguste se prépare : l'armée a repris les armes, la messe est célébrée ; au signal qui fait connoître l'approche du moment où doit se prononcer le serment solennel, tous les drapeaux, portés des différents point de la circonférence vers le centre, autour du temple qu'ils couronnèrent, présentèrent l'image d'une flotte puissante, dont les voiles magnifiques se dirigent de concert.
« Le commandant, près de l'autel, adresse la parole aux fédérés, et prononce la formule du serment civique ; on n'entend qu'un son dans les airs : Je le jure ! L'imposante expression est répétée ave cet élan de l'âme dont l'accent pénètre et ravit ; avec cet inexprimable transport que des indifférents seroient forcés de partager, et dont les ennemis de la révolution n'eussent pu être les témoins, sans frémir de rage ou expirer de terreur. Tous les chapeaux jetés en l'air, puis élevés et longtemps soutenus sur les piques et les baïonnettes, accompagnoient la répétition des mots sacrés : Je le jure ! Toutes les bouches les prononcent à l'envi, les profèrent avec une acclamation, un délire, dont on ne sauroit se faire une idée, et qu'il est également impossible de peindre et d'oublier.
« Après avoir juré de maintenir la Constitution, d'être fidèles à la Nation, a la Loi et au Roi ; de regarder comme ennemis irréconciliables tous ceux qui tenteront de porter atteinte à la Constitution, on
a écouté, applaudi, adopté une adresse des milices fédérées à l'Assemblée nationale. Nous ne citerons que l'apostrophe aux sages représentants et celle à la liberté par laquelle l'adresse est terminé :
« Parcourez la glorieuse carrière où vous êtes entrés et continuez de tracer d'une main ferme et hardie les droits des peuples et les devoirs des rois ! Vos ennemis sont ceux des peuples, ils sont les nôtres ; nous les soumettrons à la justice de chacun et à la loi de tous ; nos bras sont armés pour la vengeance commune.
« Liberté ! ton sanctuaire est au milieu de nos représentants, mais nous t'honorons partout où tu existes, et les salves de notre artillerie, après avoir fait retentir nos acclamations et manifesté notre respect pour la nation, pour vous, MM. les sages interprêtes de sa volonté suprême, et pour notre roi, ont encore témoigné celui que nous portons à la majesté du peuple britannique, à ces braves Anglois, autrefois nos rivaux, aujourd'hui nos amis, aux Etats- Unis d'Amérique, à tous les peuples libres, à ceux qui désirent de l'être, et à cette société de la révolution de Londres, qui, la première, applaudissant à votre ouvrage, a prouvé que la liberté est le lien qui doit unir les peuples comme les particuliers. »
La lettre suivante dut aussi être envoyée à M. de la Fayette :
n Monsieur.
« Aujourd'hui, 30 mai, les détachements d'une grande partie des gardes nationales du royaume, convoqués sous les murs de notre ville, ont prêté le serment sacré qui lie tous les François à la nouvelle Constitution.
« Ces soldats citoyens n'ont pas oublié le généreux militaire, qui consacra ses premières années à la défense d'un peuple étranger, pour se préparer à soutenir un jour celle de sa patrie.
n En se rappellant (sic) qu'ils sont libres, ils se sont aussi souvenus des généreux efforts de La Fayette, pour leur procurer ce précieux avantage, ils ont juré de le conserver ou de mourir.
« Tel est, Monsieur, l'empire de la vertu ; elle réunit tous les hommages ; ne dédaignez pas le nôtre ; il est aussi sincère que notre attachement est inviolable à la Constitution que vous avez assurée, malgré les efforts sacrilèges et impuissants de nos ennemis et de ceux de notre régénération.
« Nous sommes avec respect, etc. »
La pluie sembloit avoir été arrêtée par l'essort du serment et des témoignages de joie, auxquels s'étoient livrés les fédérés. Les danses ont recommencé: chacun.
frappant la terre en cadence, a saisi la main de son voisin, et de proche en proche, le mouvement s'étant communiqué est devenu général. Les milices des campagnes, de ces hommes occupés de nourrir leurs frères, et s' engageant encore à les défendre, accompagnés de leurs municipalités, ont ratifié, dans les transports de la joie commune, les engagements qui les unissoient avec nos cités.
L'allégresse a continué de se manifester, elle s'est renouvellée encore à la rentrée de l'armée, à cinq heures et demi du soir, dans la ville, où des applaudissements nouveaux l'ont reçue. Douze heures sous les armes n'avoient abbattu [sic) ni le courage, ni la joie de nos fédérés ; ces sentiments, passant des cœurs sur les visages, ont donné lieu aux scènes les plus attendrissantes pour tous les spectateurs. Un feu d'artifice, une illumination générale et un bal paré ont terminé cette journée à jamais mémorable pour la cause de la liberté.
Nota. Il étoit venu des députations des villes les plus éloignées, tels que Nancy, Sarlouis, Marseille,
etc.
Les emblèmes et légendes des vingt-huit drapeaux des bataillons de la garde nationale de Lyon, dans l'ordre où ils sont arrivés au camp de la fédération, sont ainsi décrits : (Almaiiacb de Lyon, de l'année 1790.)
1" 'Bataillon. — La Grande-Côte.
Ce drapeau est écartelé aux trois couleurs nationales : la croix blanche, à deux angles bleus et deux rouges, au milieu est un coteau, au-dessus duquel il y a quatre pierres plantées. Sur l'un des angles bleus est l'emblème de la Liberté, figurée par deux épées en sautoir, dont l'une est surmontée d'un bonnet ; elles sont coupées par un joug brisé. Sur l'autre angle bleu est un sceptre avec une couronne, et une branche d'olivier, symboles de la royauté et de la paix. Sur l'angle rouge est une balance, avec un nid d'hirondelles, où il y a des petits, à qui la mère apporte à manger, symboles de l'Egalité. Sur l'autre sont le livre de la loi, un sceptre lumineux et une épée. Sur le livre se lit : In lege sains ; sur l'autre face du drapeau : Dans la loi est le bonheur. Au-dessous du coteau est un lion debout, tenant un glaive, symbole de la force pour le soutien de la constitution. Dans les autres coins de la croix sont des fleurs de lis ; la devise est :
.1 la Nation, à la Loi et au cl\.oi.
2e "Bataillon. — La Pêcherie.
Le fond du drapeau est aux trois couleurs nationales, savoir : deux cantons blancs, un bleu et un rouge. Aux quatre coins sont peintes des fleurs de lis et des dauphins faisant allusion au canton. L'emblème
LYOX EN 1790 131
est un lion, tenant d'une patte un sabre, et de l'autre des foudres ; sa patte est appuyée sur la base d'une colonne, sur laquelle est écrit Constitution. Sa devise est :
Je lu soutiendrai par mou courage.
;c 'Bataillon. — L'Hôtel-Dieu.
Les couleurs sont bleu, blanc et cramoisi. Son emblème, représentant la force réunie à l'humanité, est figuré par un pélican et un lion. Il est orné de la cocarde nationale, d'une main de justice, d'un bâton royal et du chiffre de l'Hôtel-Dieu.
4« 'Bataillon. — Le Change.
Le fond du drapeau est blanc. On y voit un lion droit, tenant l'écharpe municipale ; au-dessous de l'écharpe et devant le lion est la colonne de constitution : à cette colonne est enchaîné un satyre représentant le despotisme, qui voudrait arracher l'écharpe au lion ; mais ses efforts sont vains, au-dessus sont trois rieurs de lis en or. La devise est :
"Des fers qu'il vous forgea, je le charge et vous venge, Honheur et liberté vous sont acquis au change.
je 'Bataillon. — Le Gourguili.ok.
Son drapeau est fond cramoisi et blanc, sur lequel est peint un cimeterre ensanglanté, environné de palmes et couronné de lauriers, faisant allusion aux martyrs dont le sang a coulé dans ce canton. La devise est :
Dat sanguine publias.
ou
Le sang de ces martyrs a Jail naître des palmes.
6e 'Bataillon. — La Croisette.
Le drapeau est écartelé aux. trois couleurs nationales, et la croix blanche sur les angles est une croix surmontée d'une couronne en or, au milieu de la croix est un bouclier surmonté d'une épée entortillée d'un serpent : au milieu du bouclier est une tête de lion en or, symbole de la prudence, derrière le bouclier et en sautoir, une hache d'armes et une massue ; deux couronnes se croisent, l'une de myrthe, l'autre d'olivier, tombantes sur la hache d'armes, pour représenter la force jointe à l'union, au bas du bouclier pend une chaîne en or avec la toison, symbole du courage, et deux branches de palmier. La devise est :
Union, prudence, force et courage.
7e 'Bataillon. — Plat-d'Argent.
Sur ce drapeau est l'emblème de la Liberté, qu'un rayon éclaire. On voit l'hydre représentant le despotisme abattu, une main, sortant d'un nuage, tient une épée dirigée sur l'hydre et pour devise :
Je la défendrai.
Se ■Bataillon. — Pierre-Scize.
Sur ce drapeau est représenté le château de Pierre- Scize avec sa tour, sur laquelle est une sentinelle de la garde nationale ; au-dessous est un lion. Au bas du drapeau, d'un côté, pour devise :
'Dévoué pour la patrie, de l'autre,
Nous veillons à sou repos.
Dans les coins d'en bas, un trophée d'armes d'un côté, et de l'autre, des balances avec la main de justice et le bâton royal. Au haut du drapeau, sur un ruban en or, on lit d'un coté :
'Dévoue' pour la patrie,
de l'autre,
La Nation , la Loi et le Roi.
5?c Bal aillou. — Les Terreaux.
Il est écartelé aux trois couleurs de la nation : un trophée des divers attributs de la guerre, du commerce, de l'agriculture et des beaux-arts, surmonté d'un soleil d'or. La devise :
La Liberté vivifie teut.
70e Bal aillou. — Rue Tupin.
Le fond est blanc. On y voit une colonne portant le livre de la constitution, un hercule pose sa main sur le livre, tient sa massue de l'autre, son air fier annonce à l'univers qu'il est prêt à la lever contre les ennemis de la révolution. Pour devise :
Je la maintiendrai.
Dans un des coins, un soleil, à son aurore, jette de ses rayons sur le livre de la constitution ; trois fleurs de lis sont aux autres coins.
/Je Bataillon. — Saint-George.
Couleur cramoisie, traversé d'une croix blanche avec un saint George peint dans le milieu. Les quatre parties cramoisies sont chargées chacune de trois fleurs de lis en or. Sa devise est :
Notre union fait noire force.
12e Bataillon. — Saint-Pierre.
Le fond du drapeau est aux trois couleurs nationales, et pour devise :
Constitution française.
Les bomines sont égaux en droits.
1^ Bataillon. — Port-du-Temple.
Fond blanc, une lisière aux trois couleurs. Au milieu un temple représentant un port désiré, dans lequel est arrivé un vaisseau. Deux ancres sont aux angles. La devise est :
A la Constitution.
14" Bataillon. — SAINT-VlNCENT.
Le fond du drapeau vert, et le blanc en croix. Sur la raie blanche est saint Vincent, tenant un écusson sur lequel est écrit :
L'union et le courage sont les forces puissantes.
A ses pieds une couronne et un sceptre, il écrase un serpent. Au côté droit, un hercule abattant d'un coup de massue la colonne du despotisme, où le mot paroît à moitié écrit ; à gauche, un ange sonnant de la trompette, tenant en main une couronne de laurier.
au-dessus d'un autel où est écrit : la Liberté. Aux quatre coins verts sont deux L L, et une fleur de lis d'or au milieu.
ijc Bataillon. — Rue Thomassin.
Le fond est blanc. On y voit une tour élevée sur un roc ; vis-à-vis, un lion tenant sous sa patte le livre de la constitution ; au-dessus un soleil d'or et deux L L couronnées ; aux quatre coins une fleur de lis d'or. La devise est :
De la nouvelle loi je suis le défenseur.
16e Bataillon. — Louis-le-Grand.
Son drapeau est blanc ; la France assise sur un globe, appuyée contre un fût de colonne tronquée, dominé par un coq. La légende est :
Je chante pour la liberté.
Sur la base de la colonne est écrit : Elle assure son bonheur.
Un lion est à côté de la France, tenant une épée nue à une patte.
/7e Bataillon. — La Juiverif..
Le drapeau porte une croix blanche aux quatre coins, et en sautoir sont les couleurs bleu et rouge, sur lesquelles sont peintes en or quatre rieurs de lis. Au milieu du drapeau, sur un rocher, s'élève une tour sur laquelle est un petit drapeau aux trois couleurs, avec ce mot : Liberté : le tout surmonté de trois étoiles en or. Au-dessous de la tour est écrit eu lettres d'or, sur une bande noire :
Tu iris mea Dcits, ou ma force est eu 'Dieu.
Au haut du drapeau, pour devise :
Pro ïegibus et patriâ mort,
Mourir pour les Lois et la Patrie.
18e 'Bataillon. — Rue Neuve.
Fond blanc. Un œil dans un triangle, aux trois couleurs, derrière des palmes de laurier et d'olivier ; au-dessous le sceptre et le livre de la loi. Plus bas est
écrit :
L'an Jer de la liberté, i"]S<).
Et au-dessous, deux drapeaux croisés ; au haut, pour devise :
Obéissance cl soutien.
79e 'Bataillon. — Belle-CordiêRE.
Louise Charly, femme d'un cordier, fit en 1550, un poème sur la Liberté. Sa beauté et sa science ont formé l'emblème suivant :
La Belle-Cordière est vêtue simplement, assise sur un lion ; une guirlande de fleurs lui descend de l'épaule gauche au côté droit ; de la main droite, elle tient une pique entrelassée de lis, et surmontée du chapeau de Guillaume-Tell, restaurateur de la Liberté helvétique; est encore adapté à ladite pique un ruban, sur lequel est cette légende :
Tu prédis nos destins, Charly, Belle-Cordière. Car pour briser nos [ers, tu volas la première.
De l'autre côté du ruban est :
Belle-Cordière, Ion espoir n'étoit pas vain.
Audit chapeau est le panache aux trois couleurs, de la main gauche, elle tient son poème sur la Liberté française qui est appuyée sur un globe terrestre. Le lion tient sous une de ses pattes le livre de la constitution ; à côté est l'autel de la patrie, où brûle le feu du patriotisme ; d'un côté est une plante d'olivier, signe de la paix ; et de l'autre, une de laurier, signe de la gloire ; des livres en désordre à ses pieds, qui désignent la science.
20e Bataillon. — Saint-Nizier.
Fond blanc, parsemé de fleurs de lis d'or. Au milieu un lion debout, appuyé sur des faisceaux d'armes, tenant d'une patte une épée, et reposant l'autre sur un écusson, sur lequel est pour devise :
Pour la Liberté et le maintien des Loix.
De l'autre côté, le livre dans h même position, appuyé sur un écusson entouré de lauriers, au milieu duquel on lit ces mots :
District de Saint-Nimier, 1J90.
La cravate en écharpe de la municipalité.
27e 'Bataillon. — Box-Rencontre.
Minerve présentant A un voyageur le livre de la constitution, il s'écrie : Ah ! le bon rencontre!
22e 'Bataillon. — J'i.ac.
Son drapeau est bleu et blanc, au milieu duquel est une main de justice et un sceptre en sautoir surmonté d'une couronne ; le surplus parsemé de fleurs de lis. avec cette devise :
Juri et armis minisiiat.
ou
Elle gouverne par le droit et par les armes.
23e 'Bataillon. — Lu Griffon.
Le fond est bleu, rouge et blanc. Au milieu, un griffon armé d'une épée flamboyante. La devise est :
L li m: pour la Nation, la Loi et le Roi.
27e Balai lion. - Rue BUISSON.
Drapeau cramoisi, à fleurs de lis en or, avec une croix blanche, au milieu, sur un écusson bleu, un buisson ardent surmonté d'un soleil, et pour légende :
La Nation, h Loi, le Roi.
2)° Bataillon. — Saint-Paul.
Le fond de ce drapeau est blanc. Au milieu est représenté un hercule tenant des deux mains sa massue pour assommer un aristocrate. La devise est :
La force fait des loi.x à l'aristocratie.
26e Bataillon. — Place Confort.
Son drapeau est blanc, avec cette inscription au milieu :
Li Nation, la Loi, le Roi.
27Z 'Bataillon. — Porte-Froc.
Le drapeau est fond blanc, et pour devise : La Nation, la Loi et h Roi.
Au revers :
Les boninics naissent libres et égaux en droits.
28* 'Bataillon. — Le Plâtre.
Un saiût Esprit d'or, rayonnant des trois couleurs de la nation, et aux quatre coins du drapeau, ces mots :
La Nation, la Loi, le Roi, la Constitution.
Il résulte du compte-rendu des commissaires du camp de la fédération, que les frais de cette fête patriotique ne s'élevèrent qu'à la somme de 11,386 1. 8 sols.
Dans les détails du compte, on voit que le sculpteur Chinard reçut la somme de 144 1. pour ses travaux.
Les différents quartiers de la ville fournirent la somme nécessaire.
Le total des souscriptions reçues s'éleva à la somme de 17,277 1.
De sorte qu'il resta en caisse la somme de 5,840 1, 3 sols.
La commission proposa d'employer cette somme : i° A faire don au sieur Candy d'une épée d'honneur, pour sa belle conduite, lors des événements du 7 février ; 20 d'établir des fours banaux dans l'intérêt de la classe pauvre.
5 Juin
Le corps municipal, par sa délibération de ce jour, invite les citoyens à faire et déposer au greffe de la municipalité des offres et soumissions pour l'acquisition des biens nationaux.
7 Juin
Le conseil général de la commune de Lyon prend une délibération dans laquelle il arrête que, fidèle au serment civique qu'il a prêté, il est et demeure inviolablement attaché à tous les décrets de l'Assemblée nationale, et notament à celui du 13 avril, qu'il reconnoit pour être le seul qu'il convient de prononcer sur notre sainte religion catholique, apostolique et romaine, d'après les exemples de charité, de paix et de tolérance, que nous a donnés son divin auteur. Qu'engagé par son serment à défendre la constitution de tout son pouvoir, il voue à l'infamie, regarde
comme parjures et traîtres à la patrie tous ceux qui protesteront contre les décrets de l'Assemblée nationale ; invite les dépositaires du pouvoir exécutif à poursuivre comme pertubateurs du repos et de la félicité publics, et comme criminels de lèze nation tous ceux qui, affectant un zèle hypocrite pour la religion, abuseraient de la chaire de vérité et du saint ministère qui leur est confié, pour égarer les Ames faibles et les soulever contre les sages représentants de la nation.
Péricaud, Tablettes chronologiques.
8 Juillet
La municipalité de Lyon inaugure un aibre de la liberté sur la place des Terreaux qui, à partir de ce jour, reçoit le nom de place de la Liberté.
Lyon, Amable Leroy, ijyo, in-8.
10 Juillet
Une délibération du conseil général de la commune de Lyon homologue l'arrêté pris par les trente-deux sections de li commune de Lyon, concernant la nécessité de supprimer les droits d'entrées, d'octrois, aides et autres y joints, qui se perçoivent sur les vins,
eaux-de-vie, bestiaux, bois à brûler, etc., et qui seraient remplacés par une imposition.
13 Juillet
A l'Assemblée nationale, Chabroux lit un rapport sur les entrées de la ville de Lyon et sur les troubles survenus à cette occasion. Un décret ordonne le rétablissement des barrières et la remise des pièces au comité des recherches.
14 Juillet
La fête de la confédération est célébrée à Lyon sur la place Bellecour.
15 Juillet
Les députés de la garde nationale de Lyon à la fédération de Paris, écrivent le récit des cérémonies qui eurent lieu au Champ-de-Mars. La lettre fut imprimée sous ce titre :
Copie de la lettre de MM. les députés de Lyon à la fédération nationale à MM. les commandant général
Faïence Patriotique Lvon - 1790
hnp A Storck - Lyon
Collée!
et officiers de Fétat-major de la garde nationale de Lyon.
Nous allons en extraire quelques passages relatifs à la députation.
Paris, 14 juillet 1790.
« Il n'est pas possible d'être mieux accueillis que notre détachement l'a été en route. Partout on s'est empressé de nous recevoir, de nous fournir de ments et de nous procurer des amusements propres à nous faire oublier la fatigue du voyage. Quelques aristocrates seulement se sont montrés bien dignes du mépris dont on couvre ce nom, par les refus affectés qu'ils ont faits de nous recevoir, mais les municipalités patriotes de ces villes nous ont bien vengés de ces affronts qui, dans le fond, ne pouvoient en être pour nous, venant de cette classe d'hommes.
« Arrivé à Villeneuve-St-George, le détachement se prépara à entrer à Paris et fit route vers Charenton, où nous reçûmes, par notre fourrier, la nouvelle qu'un détachement de la garde parisienne devoit venir à notre rencontre. Après nous être mis en ordre de bataille, nous continuâmes notre route, ayant à notre tête une musique superbe, formée de plusieurs de nos concitoyens, qui nous ont fait l'amitié de nous rejoindre à Sens. A quelque distance de la capitale,
nous trouvâmes un aide-major de M. de La Fayette, qui venoit nous instruire de la marche que nous devions suivre ; peu de temps après, nous reçûmes la députation de la garde parisienne. Nous marchâmes vers la barrière de Rumilly,et nous suivîmes cette rue jusqu'à la grand'rue St- Antoine, par laquelle nous sommes arrives à la place de Grève.
« Il est difficile d'exprimer, comme nous les avons sentis, les témoignages d'amitié que nous a donnés le peuple de Paris, qui se présentoit en foule sur nos pas et qui garnissoit les fenêtres de toutes les maisons. De toutes parts le cri de ; Vivent les Lyonnais, étoit à chaque instant répété ; on voyoit des larmes de joie couler des yeux de la plupart de ceux qui applaudissaient à notre patriotisme. Au milieu de cette foule immense, nous eûmes le plaisir d'embrasser plusieurs de nos compatriotes qui étoient venus à notre rencontre.
« Arrivés devant le terrain qu'occupoit la Bastille, le peuple, qui formoit une haie sur notre passage, s'ouvrit comme par un coup de théâtre, pour nous laisser jouir du spectacle le plus brillant sans doute pour des François patriote.?, celui de voir le despotisme renversé et couvert des décombres de son orgueil.
« Le lendemain de notre arrivée nous avons fait en corps les visites à M. de La Fayette et à M. Baillv, et le surlendemain à nos députés à l'Assemblée nationale.
« Mardi, veille de la fédération, le roi passa en revue toutes les gardes nationales. Sa Majesté reçut des mains de notre commandant la liste des députés de tous les détachements de notre département qu'elle avoir demandée. Notre musique joua différentes simphonies (sic) qui furent très applaudies, entre autres le morceau ." Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ? qui fut entendu de S. M. qui daigna y applaudir, etc
« Le 14 eut lieu la cérémonie. Notre détachement appuyoit sur le boulevard de la porte St-Antoine. Là il nous fut délivré, à chaque chef-lieu, une bannière portant ces mots : Confédération des François, 14 juillet ijyo. On défila sur sept de hauteur. Après sept heures de marche, nous sommes arrivés au Champ-de- Mars, etc
a Après la cérémonie, les troupes se sont retirées pour se rendre au château de la Muette, où la milice nationale de Paris et les membres de la commune les avoient invités à prendre des rafraîchissements (sic). Dans le trajet de la marche, il a failli nous arriver un accident sur le pont volant qu'on avoit construit en face du Champ-de-Mars pour l'arrivée des troupes, mais heureusement il n'a pas été aussi funeste qu'il auroit pu l'être, par la bonne contenance des détachements qui, dans ce moment, étoient sur le pont et particulièrement le nôtre qui s'y trouvoit presqu'en entier ; cet accident provint de trois ou quatre planches qui avoient fléchi par la grande quantité de
monde, ce qui inspira sur-le-champ une telle frayeur, que tous les soldats s'étant repliés avec assez de vivacité, plusieurs ont été renversés et plus ou moins froissés. Des députés de notre détachement ont eu la consolation de donner des secours à un lieutenant général des armées du roi, qui avoit été renversé, et l'ont porté au camp. Quelques personnes ont reçu des coups de sabre. En général cependant il n'y a pas eu de mal, et personne du détachement n'a été blessé. Le calme rétabli, les détachements ont filé par petits pelotons jusqu'à la Muette, où nous avons trouvé une quantité de tables dressées dans les jardins et garnies de plus de vingt mille couverts : elles ont toutes été servies avec abondance. M. de La Fayette, M. Bailly, ainsi que les commissaires de la commune, chargés de la direction de cette fête militaire, l'ont honorée
de leur présence, etc
« Voilà, messieurs, les détails que nous nous empressons de vous donner, afin que vous puissiez les communiquer, par la voie de l'impression, aux capitaines des différents cantons de notre ville, pour qu'ils en distribuent des exemplaires à leur district. »
17 Juillet
A la suite de rémeute populaire contre les octrois, l'autorité s'occupa de remédier à ces désordres et de les prévenir pour l'avenir. Les sections s'assemblèrent,
nommèrent des commissaires chargés de faire un rapport sur cet objet.
Le 17 juillet 1790, à 4 heures, les citoyens des deux sections de la Grande-Côte, rassemblés au nombre de 860 dans l'église des prêtres de l'Oratoire, rue de la Vielle-Monoie, entendirent le rapport des commissaires. L'assemblée nomma par acclamation M. Frossard pour président.
Après avoir entendu les différents procès-verbaux, lesdits citoyens, considérant combien sont critiques les circonstances dans lesquelles se trouve maintenant la cité, combien il importe à la sûreté publique et à l'honneur de tous les Français, que l'ordre, la paix et et l'observation la plus rigide des décrets de l'Assemblée nationale y soient maintenus, combien enfin il est essentiel de pourvoir promptement au remplacement des octrois, dès longtemps condamnés par l'opinion publique, la voix de la justice, et l'intérêt des manufactures, ont arrêté :
i° Qu'ils approuvent l'opinion des commissaires des 32 sections, de changer le mode de perception actuelle en une autre moins à charge au peuple ;
2° Qu'ils adhèrent au vœu d'envoyer par un courrier extraordinaire, aux députés de la ville de Lyon, une adresse à l'Assemblée nationale, qui exposera dans les termes les plus énergiques et les plus pressans, la nécessité de mettre fin aux maux qui accablent cette cité, en faisant droit aux justes réel.-.-
mations qu'elle a formées, pour que la dette contractée, d'après les demandes positives du gouvernement, soit reconnue dette nationale ; pour que la portion des octrois, perçue au nom du roi, soit supprimée ; enfin, pour que celle qui concerne la commune et les hôpitaux soit remplacée par un mode qui, pesant moins fortement sur la classe industrieuse des citoyens, concoure au rétablissement des manufactures, ruinées par la cherté de la main-d'œuvre ;
30 Qu'en attendant que l'Assemblée nationale fasse droit, dans sa sagesse, aux pétitions portées par l'adresse susdite, les citoyens du canton s'engagent solennellement à maintenir, de tout leur pouvoir, l'ordre, la paix, le respect pour les personnes et les propriétés, à protéger la perception des impôts et des droits sur les soies ou autres matières qui doivent être payés à la douane ; en un mot, à soutenir avec le plus grand courage le majestueux édifice de la constitution, et à déjouer, par leur profonde soumission aux lois, l'espoir de ceux qui pourraient employer les mouvements séditieux comme un moyen de retarder ou même de renverser le glorieux ouvrage
de la régénération française, etc
Les députés du district du Port-du-Temple, à la fédération de Paris du 14 juillet, de leur côté, font une adresse aux citoyens de la section du dit Port-du- Temple, pour engager le peuple à l'union, à la reppression (sic) des émeutes et à l'accomplissement des lois légalement votées par l'Assemblée nationale.
19 Juillet
Un personnage qui ne se nomme pas, mais qui doit être un député lyonnais à l'Assemblée nationale, raconte, d'après ce qui lui en est revenu, un des plus tristes épisodes de l'émeute, en s'efforçant de l'atténuer, et d'en détourner la responsabilité sur les aristocrates.
« Il n'y a rien que les aristocrates de la ville de Lyon n'emploient pour troubler l'ordre public, en empêchant la perception des impôts, et pour exciter un peuple qu'ils trompent contre les décrets de l'Assemblée nationale. On en a vu plusieurs haranguer le peuple dans les places publiques et lui prêcher la sédition. La nuit ils se répandent dans les divers quartiers et y font des motions incendiaires. La ville se remplit d'étrangers minois, piémontois, de gens du comté venaissin, d'hommes sans aveu, de brigands enfin, rassemblés sans doute pour des desseins perfides : on en a reconnu plusieurs de ceux qui ont excité la dernière révolte, et malgré les précautions du conseil municipal, qui a donné une proclamation pour exclure ces étrangers, il y a tout à craindre tics complots secrets dont beaucoup d'indices se manifestent.
« Les querelles particulières leur paroissent des moyens certains' d'en venir à un engagement général,
et sans doute L'horrible événement, dont nous allons offrir le récit sanglant, n'a pas été suscité sans intention.
a Un soldat du régiment suisse de Sonnemberg, qui avoit bu avec un particulier, prit avec lui une querelle assez vive ; plusieurs personnes assurèrent qu'il avoit frappé son adversaire d'un coup de couteau. Il est arrêté à la porte Perrache, et conduit au corps de garde. On se disposent à l'amener à l'Hotel-dc- Ville, mais soudain un peuple forcené, conduit sans doute par des malintentionnés, l'arrache des mains des cavaliers et le pend entre deux réverbères. Le peuple a traîné son corps dans les rues, en jetant des cris horribles pendant plus de trois heures. Un petit détachement de la garde nationale est venu à son secours ; mais il a bientôt été forcé de céder au nombre et l'a abandonné. Le cadavre est resté ù la merci de trois mille hommes, dont les uns frappoient avec des bâtons, d'autres avec des sabres ; d'autres lui brûloient le visage avec des torches. Cette scène de cannibales a duré très avant dans la nuit ; tous les cœurs honnêtes et sensibles ont frémi du sort de cet infortuné dont le crime n'étoit pas prouvé, et qui ne nouvoit être puni que par le fer des lois.
« Non, le peuple françois ne sauroit concevoir de pareilles atrocités ; ce sont des brigands soudoyés qui les commettent pour les lui faire imputer.
« Cependant le tumulte a continué le 20 ; les esprits paroissoient exaltés au point de résister aux
troupes, envoyées pour faire exécuter le décret de l'Assemblée Nationale, et rétablir la perception si nécessaire des impôts. Les troupes, composées de huit bataillons, s'approchoient sous les ordres de M. de la Chapelle ; les milices nationales de Vienne, de Montbrison et de plusieurs villes, avoient demandé à se réunir à cette petite armée ; quelques volontaires, animés du véritable esprit du patriotisme et de la liberté, s'y joignirent, leurs offres furent acceptées : ils s'arment, ils volent, mais le peuple de Lyon se prépare à leur disputer l'approche de la ville, il est maître de quelques canons, qu'il a établis aux principales avenues, pour défendre les approches de la ville, et l'on craint de voir cette superbe ville en proie à toutes les horreurs de la guerre civile.
« Mais il reste encore un espoir aux véritables amis du bien public ; il faut espérer que les habitants de Lyon, en voyant paroître une garde nombreuse, et surtout de bons patriotes qui sont leurs voisins, leurs frères, ce peuple ne sera pas le premier à donner le signal d'une guerre civile, dans laquelle il ne manqueroit pas de succomber. Nous le croyons d'autant plus, que la saine partie du peuple, celle qui se montre inaccessible à l*or et aux insinuations des aristocrates, 11e perd point de son respect pour les décrets de l'Assemblée Nationale.
« Citoyens ! après avoir tenté des complots inutiles, après avoir voulu vous faire entr'égorger pour des querelles de religion ; après avoir tout tenté pour
détruire la nouvelle Constitution, qui régénère cet empire et que vous avez juré de maintenir au prix de tout votre sang ; il ne reste plus qu'une ressource à vos ennemis, c'est de vous persuader de refuser les impôts, ces impôts que tout le monde supporte également, dont chaque citoyen doit une portion, et qui ne deviendront plus la proie des courtisans et des courtisanes. Songez que si les impôts ne se perçoivent pas avec exactitude, la banqueroute et la ruine de l'état sont inévitables. Vous devez non seulement les acquitter avec fidélité, mais même veiller à leur perception et la favoriser.
« Nous espérons que le premier courrier nous apprendra que nos frères de Lyon ont reconnu leur erreur, qu'ils rougissent des excès auxquels on les a portés et qu'ils sont rentrés dans le devoir. »
Paris, il.k'i Garnery, libraire, rue Serpente.
Un témoin oculaire que le spectacle même des faits, sinon un moindre goût pour les idées nouvelles, a rendu moins indulgent, a fait de l'émeute populaire contre les octrois, en juillet 1 790, un récit publié dans Lyon vu de Fourvicre, page 73.
« Depuis quelque temps des symptômes alarmans, précurseurs ordinaires des troubles, s'étaient manifestés dans la ville de Lyon. Le 8 juillet, dès les quatre heures du soir, le conseil général de la commune s'assembla dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville.
Je n'arrivai à la place des Terreaux que sur les cinq heures et demie. Cette place, ainsi que les cours de l'hôtel, étoit remplie d'une nombreuse populace, dans laquelle on distinguoit pourtant quelques citoyens d'un rang supérieur, et même de ceux, que le peuple appelle les gros, qui y étoient venus, comme moi, par simple curiosité. Avant de monter, je voulus me mettre un peu au fait des opinions de la multitude, dont la façon de penser se manifestoit d'ailleurs asse7 ouvertement sur les physionomies. Je trouvai d'abord dans la cour basse qui est en face du bâtiment de la comédie, un peloton de cinq à six femmes accroupies sur des bancs tout auprès de la barrière, et dont la plus pâle, en la supposant un peu moins déguenillée, eut très bien pu servir d'enseigne à la poite de 'BjUltonet. Là j'appris en passant que ces vilains aristocrates étoient bien impertinens de nous faire payer des
impôts qui n'étoient pas de notre goût J'eus bien
du regret de ne pouvoir assister à toute cette intéressante et patriotique conversation. En montant les degrés qui mènent à la grande cour, je vis une ai'iluence incroyable de citoyens actifs, en jambes nues, en souliers percés, en cheveux sales et en chemises de la quinzaine, qui montoient et descendoient ces degrés sans interruption, quelques-uns étoient en habit et portoient leur sabre à leur baudrier ; mais je n'aperçus point de fusil et je traversai la cour. Elle étoit occupée par beaucoup de gens, qui y formaient des groupes ou s'y promenoient d'un air agité. La
nouvelle politique nationale y échauffent d'esprit ce qu'il s'y en trou voit, et le reste du feu se portoit sur le sang et sur les humeurs. Quelques mots parvenus distinctement à mon oreille, à travers des flots innombrables de cris et d'imprécations confuses, me firent connoître que la suppression des octrois ne seroit pas remise au lendemain. Je fus surtout frappé de l'air sombre de conjuration que portoient tous les visages. Rien ne ressemblait plus à delà consternation; ce n'en étoit cependant pas, mais pour qui eût ignoré le motif qui amenoit là tout le monde, il y avoit lieu de s'y méprendre. Tout ce peuple ne savoit quelle contenance faire. Son attitude étoit embarrassée. N'avezvous jamais vu des paysans sur le parquet de la chambre de leur cy devant seigneur ? Us ne savent où cracher, tels étoient, dans la grande cour de niôtel-de-Ville , tous ces citoyens de nouvelle création. Chacun d'eux eût voulu faire croire aux autres que cette enceinte lui étoit familière et chacun sentoit que ce lieu là n'étoit pas fait pour lui. De cette gêne résultoit un gauche, un ridicule impossible à dépeindre. On distinguent aussi des figures étrangères qui le paraissoient d'autant plus qu'elles affectoient de ne rien trouver de nouveau, dans un lieu que pourtant elles ne voyoient que pour la première fois.
« J'entendois à droite et à gauche assaisonner les gardes, les employés, les receveurs, de manière à ne laisser nullement douter que la révolution ne fût complète. Enfin je gagnai le vestibule. Des nuées
de populace rouloient dans le grand escalier et je crus qu'il me seroit impossible de percer jusqu'à la salle où étoit l'assemblée. Je redescendis sur la place ; l'attroupement n'y étoit pas considérable, point de tumulte, beaucoup plus de femmes que d'hommes ; elles levoient souvent les yeux, croyant sans doute que la municipalité leur alloit à tout moment parler par les fenêtres. Je lis comme elles. Je- vis le balcon prêt à succomber sous le poids des citoyens dont il étoit chargé. Mais ce qui nie rassura, ce fut ce soleil, il étoit ardent, et je comptai qu'il pouvoit enlever par minute une ou deux livres de transpiration nationale à la décharge du balcon. Le respect humain me lit remonter, je ne voulus pas qu'il fût dit que je m'en fusse allé sans voir un échantillon de la séance. Je mis donc ma montre bien avant dans ma poche, et après avoir également pourvu à la sûreté de mon mouchoir et de ma monnaie, je me joignis à la foule... à la porte de la grande salle mon courage s'ébranla : deux mille haleines patriotiques me saisirent à la gorge. Jamais je n'aurais cru que la nation sentît si mauvais. Malgré cette très redoutable sentinelle, je pénétrai jusqu'à douze ou quinze pieds de la table verte que je ne pus jamais apercevoir, à cause de la haie vive et compacte, dans laquelle elle demeura étroitement emboîtée jusqu'à neuf heures du soir. Il en étoit alors environ six et demie. J'aimai mieux n'être pas certain de la minute, que de consulter ma montre et cela pour ne pas distraire l'attention de mes conci-
toyens par de mauvaises pensées ; d'ailleurs, comme dit Newton, dans un plein pariait tout est immobile. On faiscit lecture des arrêtés des districts, tous disoient en substance que s'étant assemblés avec la permission soit de la municipalité, soit du commandant général de la garde nationale, et considérant que... que... que... que les barrières leur déplaisoient, ils en demandaient la suppression, sauf à pourvoir au remplacement des octrois par quelque autre impôt, comme, par exemple, un impôt additionnel sur les facultés. Quoique la personne qui lisoit eût un très bon timbre, sonore et moelleux ; quoique malgré le murmure continuel d'une multitude insolente qui étoit venue, non dans le dessein d'assister à la délibération , mais d'en commander une conforme à ses désirs, on ne perdît pas une seule syllabe , il plut à la nation qui aimoit son ouvrage, de trouver qu'on ne lisoit pas assés haut. Des cris impératifs s'élevoient à chaque virgule du sein de la nation : on n'entend pas ! monter sur la table ! à las le lecteur ! un autre lecteur, etc.
a On demanda le cher M. Carret. Le conseil général de la commune eut la lâcheté de fléchir, ou peut-être ce Carret là s'empara-t-il lui-même des arrêts qui n'étoient pas encore lus. Il seroit assés croyable qu'il l'eût fait, pour donner à ses maîtres une nouvelle preuve de sa soumission ; c'étoit un plaisir de l'entendre appuyer avec sa voix séditieuse sur les mots : citoyens, liberté, despotisme. Avec quelle volupté il articuloit ; trois cent soixante-dix-sept citoyens ont signe.
et quand il en étoit aux mots -.octrois, impôts désastreux, fermiers, commis, etc., etc. ! Comme il caressoit ses auditeurs par le ton dédaigneux avec lequel il prononçoit, et comme il avoit l'air de ne rien dire que de juste, lorsqu'il parloit de convertir les octrois en impôt additionnel sur les facultés ; il fut applaudi. Cependant la nation, qui ne vouloit qu'une ordonnance suppressive des octrois, se lassa de la lecture des arrêtés, elle commanda de conclure, on alla aux opinions. Durant cet entr'acte, la nation fit retentir la voûte de la salle de l'expression de sa volonté. Point d'octrois .'point de barrières ! à bas les Gapians ! nous ne voulons plus payer, à bas les barrières ou nous les brûlons ! Pas tant de politique ! èi bas ! il bas ! il bas ! dès ce moment ! Un opinant dit qu'il falloit renvoyer la conclusion définitive au lendemain..'. Point de demain... Je crois qu'on se moque de nous, èi bas les barrières, aujourd'hui, ce soir, dès èi présent ! Parloit-on de discuter, c'étoient des clameurs épouvantables. L'opinion tendoit-elle à supprimer sans délai ? c'étoient des applaudissements à tout rompre. Au mot seul d'octrois, quel que fût le sens de la phrase où il étoit prononcé, le vacarme recommençoit. De vigoureuses gueules à timbre clair étoient distribuées dans la salle et sonnoient la charge. Le balcon faisoit des signaux, en conformité desquels la place et puis les cours blâmoient ou applaudissoient. M. Dupuis, procureur général de la commune, prit enfin la parole ; il fit lecture d'un décret de l'Assemblée Nationale, duquel il résultoit
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que ni la municipalité, ni le conseil général de la commune n'étoient compétens pour supprimer d'euxmêmes les octrois. Puis il s'efforça de démontrer à l'assemblée que le remplacement de cette sorte
d'impôts étoit impossible A ce mot impossible,
des clameurs épouvantables se firent entendre. M. Dupuy ne put ajouter un seul mot. Nous payerons tout ce qu'il faudra, s'écrioient les uns; nous payerons dès aujourd'hui, dès ce soir, s'il y a de l'argent déposé. A bas Dupuy, criaient les autres, Dupuy le traître, l'aristocrate ! Il est impossible de se faire une idée des injures, des ordures qui furent vomies pendant près de demi heure contre ce bon citoyen par une populace soudoyée. Une fureur infernale parut s'être emparée de tout ce monde. La sonnette s'agitoit vainement dans les mains de M. le maire ; elle eut le sort de la raison, personne ne Fécouta. Le tumulte ne faisoit que s'accroître, des ondulations précipitées me meurtrissoient Je sortis.
« Je restai sur la galerie qui conduit à l'escalier de la grande salle. Mon intention était de rentrer quand la salle seroit un peu moins pleine et que le bruit auroit diminué. Je me tins pour cet effet assés près de la porte. J'entendis des applaudissements ; ayant demandé qu'elle en était la cause, on me répondit que M. de Savy sétoit trouvé un peu mal, que sa voix s'étoit affaiblie, et que le peuple l'applaudissoit pour lui redonner du courage. Voilà ce qu'on me dit ; mais je crois plutôt qu'alors se passoit une scène, dont je
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n'ai pas été témoin, que plusieurs personnes m'ont racontée, et dont voici le détail : après avoir obtenu quelque peu de silence, M. de Savy essaya de faire comprendre à la multitude que les cris ne servoient qu'à reculer la délibération, peut-être se contenta-t-il de reprendre la suite de l'affaire ; quoiqu'il en soit, le peuple qui ne pouvoit guère entendre, soit à cause du bruit qu'il faisoit lui-même, soit parce que la voix du magistrat étoit altérée, lui intima l'ordre de monter sur la table. Déjà, quand d'autres membres du conseil général delà commune avoient parlé. cette même populace avoit osé faire la même demande, qui ne lui avoit point été accordée. Mais au moins s'étoit-elle abstenue de manquer ainsi de respect au chef de l'assemblée. A cet ordre audacieux, M. de Savy renforçant sa voix et prenant un air austère où se peignoient le ressentiment et l'indignation : e Quoi ! dit-il, est-ce ainsi que vous agisses avec un homme que vous avés élevé vous-mêmes par un choix libre à la place de maire ? Ne m'avés-vous arraché aux douceurs de la vie privée que pour m'outrager publiquement ? Et depuis quand croyés-vous que votre premier magistrat soit fait pour vous servir de spectacle sur des planches ? Gardés le silence comme vous le devés, et il vous sera facile d'entendre quiconque parlera, » M. de Savy étoit fait pour être aimé de tous les citoyens, quelles que fussent leurs opinions. Son discours fut universellement applaudi. <( Le bougre pleure, dit quelqu'un que je vis sortir de la salle quelques moments après, mais nous
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ne voulons pas pleurer, il faudra bien que ces s
barrières sautent. » Je demandai de qui Ton parloit ; c'étoit de M. Dupuy. La brutale insolence du peuple lui avoit arraché des larmes. M'étant, au bout d'un gros quart d'heure, apperçu que le bruit s'étoit un peu calmé, je rentrai dans la salle ; mais les clameurs recommencèrent presque aussitôt, et cette fois elles se soutinrent opiniâtrement. Pendant qu'elles duroient je m'amusai à faire un petit bout de conversation avec un citoyen actif, auquel il me sembla bien que j'avois donné l'aumône le même jour. Je le choisis de préférence, parce qu'il me paraissoit un des plus ardens à crier, et que cette gueule ne laissoit pas de diminuer de quelque chose le rugissement national ; il ne faut jamais négliger les moindres économies. Aussitôt cinq ou six autres gueules se turent pour venir se joindre à nous, et formèrent un petit comité passablement tranquille : «Monsieur, dis-je à mon homme, je suis un peu dur d'oreille, voudriez-vous me faire la grâce de me dire de quoi se plaignent messieurs les citoyens ? » « Il faut d'abord que vous sachiés, me répondit-il, qu'il y a des quartiers aristocrates qui sont soutenus par cette coquine de municipalité, et nous voulons leur faire voir que nous ne les craignons pas : ils s'imaginent nous faire payer des impôts à leur fantaisie et point du tout, c'est nous qui voulons les imposer à la nôtre, et cela n'est-il pas juste ? ne sommes nous pas les plus forts? n'est-ce pas aux riches à tout payer? hé ! sans contredit Monsieur, on est pas devenu citoyen
pour rester comme on étoit. C'est cela : nous voulons boire quand nous avons soif, et boire à bon marché, parce que nous savons tous que le vin n'est cher que lorsqu'il a payé ces diables de droits. Oui Monsieur, je suis du quartier St-Paul : c'est un de ceux où il y a le plus de tètes ; eh bien ! nous avons tous arrêté de favoriser, tant qu'il seroit possible, l'entrée franche de tous les vins, parce que, quand le peuple pourra choisir, le bourgeois ne lui fera pas la loi; nous avons même déjà fait une somme pour commencer le remplacement ; nous donnerons tout ce qu'il faudra, mais plus de barrières». Tout ce discours fut asssaisonné d'énergiques épithètes. En finissant la conversation, mon homme ne manqua pas de crier, comme les autres : ^4 bas les barrières ! point île douane ! d'un côté l'on crioit : Aux armes ! Un peu plus loin, on parloit de corde, de lanterne. Les plus modérés vouloient qu'on jetât la municipalité par les fenêtres. Enfin on reprit la lecture, mais ce fut pour un moment ; une voix forte et partant d'une certaine hauteur, prononça très distinctement ces paroles : Point tant de politique ! à bas les barrières sur-le-champ ! nous l'avons ainsi résolu. Les cris recommencèrent aussitôt. «Mais pourquoi donc tout ce vacarme dis-je au premier venu ? — Si l'on veut l'abolition de la barrière, encore faut-il qu'elle se fasse régulièrement, sans cela ce seroit toujours à recommencer ». « Cela est vrai, me répondit-on, mais il y avoit longtems qu'on n'avoit rien dit (en effet il pouvoit bien y avoir cinq minutes) : il est
bon de leur rappeler de tems en tems leur devoir ; si nous nous taisions, on croirait que nous n'y pensons plus ; on se moqueroit de nous ! oh ! oh ! nous ne voulons pas être leurs dupes ! nous les tenons, nous sommes en force ; nous ne sortirons pas d'ici qu'ils n'aient supprimé les barrières. » Le bruit s'afïbiblit un peu ; on se remit à lire, mais on n'entendoit pas. Je me glissai vers la porte et n'assistai pas à la fin de la séance, il y fut conclu que le lendemain 9, les cantons délibéreraient sur le mode et la répartition de l'impôt destiné à remplacer les octrois, dont la suppression était si fortement demandée par les citoyens.
« Le samedi, 10 juillet 1790, les commissaires nommés par tous les cantons s'assemblèrent, et il fut conclu que les portes de la ville demeureroient provisoirement ouvertes aux vins, aux bestiaux, au bois et au charbon, sans qu'il lût perçu aucun droit sur ces denrées. Le lendemain, cet arrêté fut affiché par ordre du conseil général de la commune, qui en donna connoissance à l'Assemblée Nationale, en la personne des députés de la ville de Lyon.
« Le samedi matin, 17 juillet, on sut qu'il étoit arrivé un courrier la veille à onze heures du soir. Cette nouvelle avoit d'abord alarmé, et déjà les ouvriers s'attroupoient pour s'encourager les uns les autres à ne pas souffrir le rétablissement des barrières, quelque pussent être sur ce point les ordres de l'Assemblée nationale.
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« Mais bientôt se distribua le Courrier extraordinaire ou le Premier arrivé, ou si l'on veut le Courrier de deux sous, signé Marcel. Le peuple y lut le décret de 1* Assemblée, qui désapprouvoit ce qui avoit été fait à Lvon. Dès lors les esprits s'échauffèrent. Parut l'avis aux commissaires des sections d'être et de demeurer convoqués pour délibérer sur une affaire importante. Le peuple comprit qu'on vouloit leur communiquer les dépêches de l'Assemblée Nationale ; il ne doutoit pas que celle-ci n'ordonnât le rétablissement des barrières. La fermentation s'accrut, néanmoins aucun excès grave ne fut signalé, et les commissaires réunis à l'Hôtel-de-Ville expédièrent un courrier à l'Assemblée Nationale, à laquelle ils disoient, entre autres choses, que si l'on vouloit voir les deux rivières de la ville teintes de sang, il falloit rétablir les octrois. Les choses allèrent ainsi jusqu'au 22, où la municipalité lit afficher une adresse aux citoyens pour les prévenir de n'apporter aucune résistance au décret, s'il venoit à être sanctionné. Mais le lundi suivant l'émeute prit un caractère plus grave, les ouvriers s'étant attroupés, marchèrent sur les trois heures du soir à l'Hôtel-de- Ville, en chassèrent la garde bourgeoise et s'emparèrent de quelques fusils. La municipalité, effrayée, s'enfuit par les derrières de l'Hôtel-de-Ville, à l'exception de M. de Savy, qui, ayant essayé de parler aux insurgés, tomba en défaillance ; on fut obligé de l'emporter chez lui. En un instant la populace remplit les cours : elle ne parut cependant pas dans les salles, aux fenêtres desquelles je ne vis que le sieur Berthelet.
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Cette populace prit quelquefois peur, et alors elle descendent à flots tumultueux les degrés du perron ; mais alors pour un homme on y voyoit bien cinquante femmes. L'instant d'après tout ce monde retournoit à L'Hôtel-de- Ville. Cependant les ouvriers couroient la ville. Dans la rue Puits-Gaillot, ils désarmèrent et maltraitèrent M. Duperret, jeune homme de très bonne mine, qui, avec quelques fusiliers de son quartier, se disposoit à marcher contre eux. Des enfants enlevèrent les armes du corps de garde de la maison Tolozan, quai St-Clair. Des compagnies de jeunes garçons marchoient dans les rues, précédées d'un tambour, criant aux armes ! et invitant leurs camarades à les rejoindre pour aller ensuite grossir la foule des combattans. Ces derniers tentèrent de s'emparer de l'Arsenal, mais le quartier de la place de Louis-le- Grand s'étant mis promptement sous les armes, les repoussa, on chargea les canons, le guet à cheval fît une décharge ; quatre des révoltés restèrent sur le pavé. Les autres s'enfuirent. Bientôt, au son de la générale, tous les quartiers furent sur pied, celui delà rue Tupin fit entre autre bonne contenance. Ceux de la rue Buisson et de la rue Neuve allèrent les premiers chercher les Suisses. On ne tarda pas à chasser de l'hôtel ceux qui le remplissoient. Mais les greniers à poudre situés à Serin coururent quelque danger. Ils étoient gardés ce jour là par une division du quartier de Bourgneuf ; sous le commandement d'un capitaine nommé Laforest. Malgré cela, la populace de Bourg-
neuf qui auroit voulu que les poudres fussent au pouvoir des brigands, tira, la Saône entre deux, sur la garde nationale. En vain le sieur Laforest leur crioit-il qu'ils alloient assassiner leurs frères, les insurgés fesoient toujours feu ; il y avoit des Suisses au quartier. Il leur falloit passer sur le quai de la Saône pour arriver aux poudres et autres dans la ville. Ils marchèrent en très bon ordre, formant des lignes de douze hommes, distants l'une de l'autre de dix pas, de manière que les balles passoient entre les lignes. Il y eut cependant des moments où ils furent obligés de se coucher, pour que le parapet du quai les garantît, et malgré cette précaution, deux officiers et un soldat furent blessés. Deux canons furent braqués à Serin et un très gros détachement de Suisses avec quelques hommes de milice bourgeoise gardèrent le poste de poudre. A l'Arsenal on affûta quatre canons, savoir : un à la place St-Michel, un dans la rue Sala, un à l'entrée de la rue des Deux-Maisons et un au commencement de la rue de l'Arsenal. Deux cents Suisses au moins, distribués avec la garde nationale de poste en poste, gardoient toutes les avenues. On adossa à la façade de l'Hôtel-de-Ville deux obusiers chargés à mitraille, et tous les débouchés de la place des Terreaux étoient occupés par de forts piquets, indépendamment d'un corps très nombreux de Suisses appuyés tout le long de l'abbaye royale des Dames de St-Pierre, d'une partie considérable de citoyens armés placés sur les autres côtés ; du guet à cheval, de la
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maréchaussée, des arquebusiers, de la compagnie franche et du guet à pied. Malgré ce redoutable appareil, et quoique tous les quartiers eussent de bons piquets, et qu'il s'y fît de fortes et fréquentes patrouilles, les insurgés, d'accord avec une partie de la garde nationale, qu'on n'avoit pu composer avec choix, se transportèrent sur les dix heures avant minuit à divers clochers, où ils vouloient faire sonner le tocsin. L'on présuma que leur intention étoit d'exercer le pillage. Ils ne réussirent pas, ils ne purent obtenir une seule cloche. Ainsi se passa la journée du lundi.
« Le lendemain, mardi, dès les quatre heures du matin, le drapeau rouge parut au balcon de l'Hôtcldc-Ville. M. de Foissac, chevalier de St-Louis, à qui depuis la démission de M. Dervieu, le commandement avoit provisoirement été déféré, donnoit partout de très bons ordres. Je ne dois pas oublier un trait de fermeté de sa part, qui lui fît la veille le plus grand honneur. Les insurgés étant venus à l'Hôtel-de-Ville, où il aloit (sic) lui demander des armes, des cartouches et des canons : mes amis, leur dit-il, voilà ma tête, en la prenant entre ses deux mains, mais ressouvenésvous que je la ferai plutôt servir de boulet dans un canon, que de vous accorder votre demande. Ils se retirèrent pleins d'admiration pour lui. Voilà, direntils, un brave homme, c'est ainsi que doit parler un commandant.
« La loi martiale fut proclamée et la proclamation affichée à dix heures. Les insurgés furent contenus
par toutes ces mesures, quelques justices turent faites. Le quartier de Pierre-Scize fut désarmé et ou lui enleva son drapeau. »
Dès avant la fin des troubles de Lyon, sur le rapport du député Chabrou, en vue de les faire cesser, l'Assemblée Nationale avait rendu un décret.
Voici le rapport et le décret tels qu'ils figurent au Moniteur universel du 18 juillet :
« Je viens, au nom du comité des rapports, occuper encore l'Assemblée des entrées de la ville de Lyon. Le peuple, excité par des insinuations secrètes et des déclamations incendiaires, avoit, dans les sections respectives, fait des pétitions pour demander la suppression des entrées. La municipalité, ayant proposé de convoquer la commune afin de temporiser, .s'adressa à vous, et, le 13 de ce mois, l'Assemblée ordonna que les droits seroient perçus. Pendant ce tems, le peuple se forma en une assemblée que la municipalité fut contrainte à autoriser. Les commissaires furent nommés et choisis parmi les auteurs des troubles; ils déclarèrent qu'il étoit utile de faire cesser toute perception aux entrées de la ville, exceptez celle de la douane, pour la remplacer par une imposition générale. Le peuple alors se porta aux barrières et chassa les commis. Cette expédition s'est faite sans pillage, mais des denrées qui, par une prédestination si singulière, se trouvoient aux environs des portes, sont entrées en très grande quantité sans payer de
droits. Les commissaires présentèrent leur délibération aux officiers municipaux, et les invitèrent à faire cesser la perception des droits et à rendre une ordonnance pour faire jouir les citoyens d'une diminution proportionnelle. La municipalité et le conseil de la commune, menacés de la fureur du peuple, n'ont pu résister à cette invitation. C'est dans ces circonstances que le comité des rapports présente le projet de décret suivant :
« L'Assemblée Nationale, après avoir ouï le compte que lui a rendu son comité des rapports, de ce qui s'est passé dans la ville de Lyon, depuis les faits qui ont donné lieu à son décret du 1 3 de ce mois, considérant que la chose publique seroit en danger, si les insurrections contre l'impôt étoient tolérées ; que le peuple de Lyon, connu par son attachement à la Constitution et à sa soumission aux lois, a été égaré par d'insidieuses déclamations, dont les auteurs sont les vrais coupables, dignes de toute la sévérité des loix, invitant le peuple au nom de la patrie, à réserver sa confiance aux officiers municipaux dont il a fait choix, et à attendre du nouvel ordre qui sera mis dans les finances, tous les soulagements qui seront compatibles avec les besoins de l'état, a décrété et décrète ce qui suit :
« i° Les procès-verbaux, contenant nomination et délibération des prétendus commissaires des trentedeux sections de la ville de Lyon, des 9 et 10 de ce
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mois, demeureront nuls et comme non avenus ainsi que tout ce qui a suivi, et cependant l'Assemblée ordonne que les pièces relatives à cette affaire seront remises à son comité de recherches, qu'elle charge de prendre tous les renseignements nécessaires contre les auteurs des troubles dont il s'agit, notamment contre les particuliers qui ont fait les fonctions de président et de secrétaire dans l'assemblée desdits prétendus commissaires, afin qu'il soit procédé contre eux selon la rigueur des loix ;
« 2° Le décret du 1 3 de ce mois sera exécuté suivant sa forme et teneur, et à cet effet, les barrières de la ville de Lyon seront incessamment rétablies, et les commis et préposés à la perception des droits qui y sont exigés, seront remis en possession de leurs fonctions ; le roi sera supplié d'employer la force armée en nombre suffisant pour protéger efficacement le rétablissement des barrières et la perception des impositions, laquelle force sera employée à la réquisition des corps administratifs, conformément à la Constitution.
« Dans la quinzaine, après la publication du présent décret, les cabaretiers, marchands et autres citoyens de la ville de Lyon, pour le compte desquels sont et seront entrées des denrées et marchandises sujettes aux droits, pendant la cessation des barrières, seront tenus d'en faire, dans les bureaux respectifs, la déclaration et d'acquitter les droits à concurrence ; passé ce délai, le roi sera supplié de donner des ordres pour
qu'il soit informe contre ceux qui n'auront pas fait la déclaration et le paiement des droits dont il s'agit, sans préjudice de la responsabilité des citoyens composant la commune qui sera exercée s'il y a éclat et ainsi qu'il appartiendra. »
30 Juillet
M. Milanez rend compte à l'Assemblée Nationale de l'insurrection de Lyon.
L'Assemblée vote des rcmerciments aux officiers municipaux, aux gardes nationales, au régiment de Sonnemberg et aux divers corps de troupes qui ont contribué à rétablir l'ordre dans la ville.
Pèricaud, Tablettes chronologiques.
6 Août
La municipalité, considérant que la licence et l'audace des calomniateurs sont portés aux derniers excès par l'impunité des auteurs et distributeurs des libelles les plus infâmes et des productions les plus hasardées... défend à toutes personnes de publier, distribuer, ni offrir dans les rues, places et carrefours de cette ville, aucuns écrits imprimés, journaux, feuilles périodiques, etc.
Pèricaud, Tablettes chronologiques.
17 Août
Un jugement présidial et en dernier ressort, condamne, pour crime de sédition, J.-P. Chabraud, qui, dans la journée du 26 juillet, à la tête d'un attroupement, s'étoit emparé du poste de PHôtel-de- Yille, avoit fait rendre les armes, les avoit inspectées, en annonçant que les gardes nationaux du poste étaient perdus, si elles étaient chargées, et Antoine Riton qui, ce même jour, avoit désarmé un sergent de la garde nationale et insulté le guet à cheval, de garde à l'Arsenal, à être pendus avec écritaux devant et derrière, contenant ces mots: Chef d'émeute et séditieux.
Lyon, Impr. de 'Brnyset, ijyo, in-40.
18 Août
Le conseil municipal reçoit M. de la Chapelle, maréchal des camps et armées du roi, commandant des troupes envoyées près cette ville, en exécution du décret de l'Assemblée Nationale du 17 juillet précédent.
Lyon, A. de la Roche, ijyo, in-40.
20 Août
Le corps municipal prend une délibération concernant l'enregistrement et l'exécution des décrets de l'Assemblée Nationale des 13 et 17 juillet, relatifs au rétablissement des barrières et de la perception des droits d'aide et octrois, dus à l'entrée de la ville de Lyon.
Une autre ordonnance municipale porte que chaque personne de l'un et de l'autre sexe, payant la somme de 12 livres et au-dessus d'imposition directe, sera tenue de fournir à titre de prêt, une paire de draps pour garnir les lits destinés aux troupes de ligne, dont les circonstances ont nécessité l'envoi dans cette ville.
Péricaud, Toilettes chronologiques.
10 Septembre
Adresse, à l'Assemblée Nationale, de la chambre de commerce de Lyon qui se refuse à une nouvelle création d'assignats, qu'elle considère comme devant porter partout le désespoir et la misère.
Pcricaiid, Tablettes chronologiques.
17 Septembre
Le conseil général accepte l'invitation à lui faite par les officiers de la garde nationale du canton de la rue Jaiverie, d'assister au service funèbre, célébré sur leur demande, en l'église des Recollets, à l'intention de leurs frères d'armes, les gardes nationaux de Met/, décédés sous les murs de Nancy, au service de la patrie ; et, pour se soustraire aux invitations semblables que les officiers de chaque canton pourront être tentés de lui faire, il propose d'inviter l'état-major général à faire célébrer un service au nom de la garde nationale tout entière, service auquel le conseil se fera un devoir d'assister.
29 Septembre
Le conseil général nomme des commissaires chargés de prendre et de recueillir tous les renseignements possibles sur les citoyens soupçonnés d'avoir fait des déclarations inexactes à l'occasion de la contribution patriotique.
2 Octobre
Un arrêt présidial et en dernier ressort condamne Denis Saulnier à avoir les bras, cuisses et reins
rompus, son corps exposé sur une roue pour y finir ses jours, et ledit Dallou à être pendu et étrangle, tous deux avec un écriteau devant et derrière, portant ces mots : séditieux et assassins ; et les nommés Ducret, Bourguignon et Simon Simonet, contumaces, à être rompus en effigie sur la place des Terreaux, pour avoir été, ledit Denis Saulnier, l'un des principaux auteurs de l'assassinat commis à Perrachc sur la personne d'Antoine Lagier, soldat suisse du régiment de Sonnemberg; et Joseph Dallou, un de ceux qui pendirent trois fois Antoine Lagier, à l'angle de la place Louis-le-Grand et de la Charité, d'abord au réverbère qui cassa, ensuite aux barreaux d'une fenêtre.
In-40 de 2 p.
Une gravure placée à la première page représente le supplice.
10 Octobre
Les chanoines de l'église cathédrale, métropolitaine et primatiale de Lyon, déclarent, dans un chapitre extraordinaire, qu'ils ne peuvent participer, ni directement, ni indirectement, à l'exécution du plan de la nouvelle constitution ecclésiastique et qu'en conséquence le chapitre de ladite église continuera ses fonctions sacrées et canoniales jusqu'à ce que la force publique y mette un obstacle invincible.
Péricaud, Tablettes chronologiques.
Monsieur Goudart, député de Lyon, présente à l'Assemblée Nationale l'adhésion de la municipalité de cette ville au décret sur une nouvelle émission d'assignats.
Péricaud, Tablettes chronologiques.
18 Octobre
Une caisse patriotique est créée à Lyon pour faciliter, par la division des assignats en mandats de six livres, le paiement des mains-d'œuvre et l'achat des comestibles.
La Société fait imprimer son règlement.
Péricaud, Tablettes chronologiques.
22 Octobre
Une ordonnance municipale défend de porter d'autre cocarde que la cocarde nationale aux trois couleurs, rouge, bleu et blanc, telle que la porte Sa Majesté.
Péricaud, Tablettes chronologiques.
7 Novembre
Chabroud annonce à l'Assemblée Nationale qu'uu convoi d'artillerie pour Amibes et Monaco a été
arrêté à Lyon et que la méfiance, qu'inspirent les opérations du ministère, en a été la cause, il fait rendre un décret pour le départ du convoi.
'Péricaud, Table lia chronologiques.
11 Novembre
M. de Gain, chanoine de St-Jean, au nom du chapitre, envoie une lettre adressée à MM. les administrateurs du département, des districts de la ville et dn la campagne et des municipalités, dans laquelle il fait part de la délibération du chapitre, prise dans la séance extraordinaire du 10 octobre 1790, qui est une protestation contre les décrets de l'Assemblée Nationale relativement à la constitution civile du clergé.
12 Novembre
Une ordonnance municipale supprime un écrit ayant pour titre : Chapitre extraordinaire de l'église cathédrale, métropolitaine et primatiale de Lyon, comme attentatoire au respect et à la soumission due aux décrets de l'Assemblée Nationale (Y . ci-dessus 10 octobre).
Péricaud, Tablettes chronologiques.
14 Novembre
L'abbé Bottin, cure de St-Just, prononce dans son église paroissiale le discours suivant :
« L'alliance de la religion avec l'amour de la patrie ajoute au respect qu'on leur doit. C'est de cette réunion qu'elles tireront désormais leur force et leur influence salutaire. Le despotisme réprimé, une foule d'abus anéantis, la liberté conquise, l'assentiment de notre monarque à la régénération nouvelle ; que de sujets pour rendre à l'Eternel des actions de grâce ! que de raisons surtout pour lui promettre solennellement, autant qu'il est en soi, l'exécution des lois nouvelles !
« Je me félicite, citoyens, d'être le premier des pasteurs de cette ville qui, d'après l'article 39 du décret du 24 juillet dernier, fera à Dieu et à sa patrie le serment de lui être fidèle ; ce serment, quoique ordonné par les décrets de l'Assemblée Nationale, étoit déjà dans mon cœur. Tout François, quel qu'il soit, qui dédaigne cette cérémonie patriotique ou ne s'y soumet que par la contrainte, sera désavoué par ses concitoyens.
« Nos régénérateurs ne sont que des hommes !... Mais croyons qu'avec le secours de la Divinité, sans laquelle toutes les oeuvres humaines se dégradent et tombent dans l'abîme, croyons que les institutions de
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cet empire s'achèveront et seront exécutées chez les générations futures.
« Pour moi, je vais promettre, par tout ce qu'il y a de plus sacré de les maintenir et de les faire respecter.
« Je jure donc de veiller avec soin sur les fidèles dont l'enseignement et la conduite me sont confiés ; je jure d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée Nationale et sanctionnée par le Roi. »
Ce discours, quelqu'empreint qu'il puisse paraître des idées du temps, n'avait pas paru satisfaisant à certains patriotes. En conséquence il en parut, sous le nom de l'abbé Bottin, un autre intitulé : Discours prononcé Je 14 novembre 1790, dans l'église paroissiale de St-Just de Lyon, par M. Bottin, curé constitutionnel, in-8° de 2 p.
Ce discours apocryphe fut démenti par une lettre adressée au Courrier de Lyon, le 17 novembre 1790.
Aux auteurs du journal le Courriel- de Lyon.
« Messieurs,
« Le discours qui a paru hier et avant-hier sous mon nom est plus digne d'un philosophe que d'un pasteur : le relief qu'on a donné à mes idées m'est
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absolument étranger, et je crois même que le philosophe chrétien ne peut y parler ce langage ; je désavoue donc entièrement ce discours. Voici mot pour mot celui que j'ai prononcé dimanche 14 novembre 1790, 'en présence de la municipalité, dans mon église paroissiale ; je vous prie de l'insérer dans votre journal.
« J'ai l'honneur d'être etc.
« Bottin, « Curé de St-Just. »
(Suit le discours reproduit ci-dessus).
Le Courrier de Lyon, du 18 novembre 1790, en publiant le discours véritable, joignoit l'appréciation suivante :
« La cérémonie où ce discours fut prononcé fera époque dans les annales de Lvon. M. Bottin est curé de la première et la plus ancienne paroisse de la ville, et il est le premier qui, conformément aux décrets ait prêté le serment civique en qualité de pasteur.
« La municipalité, qui s'étoit rassemblée chez M. Berthelet, trouva en sortant un corps nombreux de musiciens qui la conduisit à l'église St-Just. Après le serment civique, on célébra l'otlice divin en musique, et à la post-communion, M. Bottin entonna la prière d'usage, de cette nouvelle manière :
Domine, salvam /./." çentem ;
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Domine, salvam fac legem ; Domine, salvum fac regem ;
qui fut répétée en grand chœur, par tout le peuple et la musique.
« Eu sortant, le fameux air : ci ira, ça ira, ne fut pas oublié ; et la foule immense qu; étoit accourue de toutes parts, se retira aussi édifice de la sainteté et du bel ordre de cette auguste cérémonie que du patriotisme qui y avoit donné lieu. »
Le département lance une proclamation concernant l'exécution du décret sur la constitution civile du elergé. L'archevêque Ivcs de Marbœuf résiste à ce décret et fait naraître l'écrit suivant : 'Déclaration Je M. l'archevêque Je Lyon, primat des Gaules, en réponse à la proclamation Jes députés du département Je Rhône el Loire, du i) novembre ijço.
Le même jour, 15 novembre, MM. Xolhac, Lagier, Felisseut, Fulchiron et Vauberet, officiers municipaux, donnent leur démission. Ils sont remplacés par MM. Pressavin, Carret, Roland de la Platière, Lemelletier et Floret, les plus anciens de MM. les notables.
Ter i eau J, Tablettes chronologiques.
Les ci-devant comtes de Lyon rendent publique une protestation contre les décrets de l'Assemblée Nationale relatifs au clergé et font signer les huit chanoines.
Cette publication souleva les passions politiques. On répandit dans le public une diatribe contre les chanoines, en style du père Duchêne. Il y a lieu de reproduire cette pièce, comme échantillon du fanatisme politique qui surgissait déjà et qui n'était que les avant-coureurs des scènes sanglantes de 1793. Voici cette pièce :
a Réponse A huit caffards, anciennement comtes de Lyon.
« Vous levez donc le masque, Messieurs les traîtres, vous venez de jurer en (ace de tous les François, que vous protestez contre nos représentants, contre notre liberté, notre bonheur et notre patriotisme, et que croyés-vous donc faire avec votre gros imprime ? Car vous aimés tout gros, grosses servantes, grosses rentes. gros ventre, grosses perruques, gros chiens, grosse table ; et il n'y a, ce que je crois, qu'une seule chose que vous aimés petite. . Savés-vous bien ce qui va vous arriver, avec votre infernal entêtement à nous provoquer ? Vous nous pousserés à bout, et un bon matin on vous mettra le pied ^ur la corniole, sans vous donner le temps de dire adiea à vos chevaux, carosses, cabriolet et servantes, qui, en vain, se lamenteront, pleureront, s'arracheront les cheveux, etc.... Vous aimés mieux obéir aux canons du concile de Trente, qu'aux décrets de l'Assemblée ; mais vous croyez nous berner avec votre foutu concile ; comme si nous ne savions pas que les prélats et les chanoines