CHINARD
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LYON A LA VEILLE DE LA RliVOLUTION 65
Dans le même temps, on avait fait dresser devant l'hôtel un amphithéâtre où des musiciens s'étaient placés et faisaient danser le peuple, tandis que des fontaines de vin coulant en abondance entretenaient ses transports et son allégresse. Sur le soir, le colonel et les officiers de la milice bourgeoise suivis des sergents vétérans, ont assisté au spectacle dans la loge de M. le Commandant et du Consulat et ont recueilli lorsqu'ils ont paru les applaudissements des spectateurs. M, Tolozan est venu quelques temps après se placer au milieu d'eux et n'a pas été vu sans exciter les transports de joie des citoyens.
Dclandine. De la milice et garde bourgeoise^ in-4*'. pp. 8 et suivantes.
12 Juin
Le Journal de Lyon rend compte dans les termes suivants, de la décision de l'Académie romaine de Saint Luc, décernant au sculpteur lyonnais, Chinard, le prix de sculpture :
0 L'amour des arts, qui dans tous les temps a fait tant d'honneur aux citoyens de notre ville, semble s'être ranimé avec plus d'éclat depuis quelques années. Attentifs à en recueillir les preuves, nous avons déjà eu occasion, depuis deux ans que ce journal existe, de parler de la réception de i\L Biaise à l'Académie
royale de peinture et de sculpture, du premier prix emporté dans la même académie par M. Michallon, de la réception de M. l'abbé Morellet à l'Académie irançoise, des prix remportés à La Rochelle par m: Boulard; à l'Académie royale de chirurgie par M. Desgranges, à celle de Marseille par M. Lemontey, etc. C'est avec le même empressement que nous annonçons aujourd'hui le succès que vient d'obtenir à Rome M. Chinard, sculpteur de Lyon. Ce jeune artiste, élève de M. Biaise, n'ayant jamais eu l'occasion d'aller dans la capitale, s'est formé uniquement à l'école royale gratuite de Lyon. Il y a quelques années qu'il y avoit remporté un premier prix. Plusieurs personnes lui avoient donné des encouragemens et s'étoient empressées d'avoir de ses ouvrages. Un amateur bien connu de cette ville par son go°ût pour les chefs-d'œuvres des arts et par les richesses de ce genre qu'il s'est plu à rassembler dans son liôtel, a eu la généreuse ambition de mettre M. Chinard à-portée de développer tous ses talens. Il l'a invité à faire le voyage d'Italie, et pour l'y déterminer, lui a fait quelques avances sur les ouvrages dont il l'avoit chargé. M. Chinard a fait à Rome un séjour de trois ans, occupé sans cesse ou à admirer les monumens que renferme cette métropole des arts et à perfectionner son goût et ses talens, ou à faire des ouvrages de sculpture. Les prix proposés par l'Académie romaine de Samt Luc ont causé son émulation. Il ne faut pas confondre cette académie avec l'Académie francoisc
établie à Rome en 1667 par Louis XIV. L'Académie Françoise est dirigée par un peintre du roi, l'Académie romaine est présidée par des cardinaux, et l'on doit bien s'attendre qu'il règne toujours un peu de rivalité entre les deux nations. Le programme des prix de peinture, sculpture et architecture de l'Académie romaine avoit été publié en 1784, et ces prix annoncés pour 178) avoient été renvoyés à 1786. Le sujet de sculpture étoit un groupe en terre cuite de trois pieds de hauteur, représentant Persée délivrant Andromède après avoir abattu h mouslre marin. Ce groupe devoir être vu de tous les côtés, ce qui ajoute beaucoup en sculpture à ia difficulté de la composition. Il s'étoit présenté des concurrens de toutes les nations, mais au moment de l'exposition, plusieurs se sont retirés. M. Chinard est le seul de tous les François qui ait persisté; le mérite et le succès de son groupe ont pleinement justifié sa confiance. Le courage et la constance opiniâtre que ce jeune artiste a montrés dans cette occasion sont d'autant plus remarquables qu'il étoit comme isolé à Rome, et que, n'étant point élève de l'Académie royale de Paris, il ne pouvoit pas espérer autant d'appui et de protection que les artistes qui y vont aux frais du roi, après avoir remporté les premiers prix de l'Académie royale de Paris. Cet obstacle de plus ne faisoit qu'augmenter davantage son émulation. Maigre les cabales secrètes et les jalousies nationales, il est sorti de cette lutte vainqueur de tous ses rivaux. On a été deux fois au scrutin et
il a obtenu deux fois toutes les voix. Les professeurs de l'Académie romaine ont exigé qu'il fît deux fois la preuve. Cette preuve consiste à modeler en deux heures en présence de tous les concurrens un groupe de deux figures dont le sujet se tire au sort. Les sujets échus à M. Chinard sont h Temps qui découvre la Vérité et Hercule aux pieds d'Omphale. Ces groupes inpromptu lui ont fait presque autant d'honneur que celui qu'il avoit présenté au concours. On conserve soigneusement dans cette académie les noms de tous ceux qui y ont remporté des prix et l'on voit que depuis trente ans MM. Allegrain, Mouchy, Boucher, Houdon, etc., tous sculpteurs ou peintres du roi, ont remporté des seconds prix, mais M. Chinard a remporté le premier, et c'est un honneur qu'aucun François n'avoit eu depuis plus de soixante ans. Le second prix a été remporté par M. Camille Pacchetti, artiste romain dont le mérite est bien connu, et le troisième par un Prussien. On doit aisément se figurer quels ont été, après ce jugement, les transports de notre jeune Lyon • nois. Ses amis, enivrés de joie l'ont emporté dans leurs bras jusqu'à son auberge, où ils lui ont donné un grand dîné. Les trompettes du Capitole et les tambours du pape sont venus plusieurs fois lui donner des sérénades. M. le cardinal de Bernis. M. de la Grenée, Directeur de l'Académie de France, et tous les artistes de l'Académie lui ont témoigne prendre à son succès l'intérêt le plus vif.
Le jour de la distribution des prix a été fixé au
12 juin. Cette distribution se fait au Capitule, et on peut sentir combien la célébrité du lieu ajoute à l'éclat de la fête, dont on dit que les frais montent à 20,000 livres de France. Les poètes de Rome et les académiciens des Arcades, s'étoient déjà empressés de faire imprimer et répandre des sonnets à la louange de M. Chinard. M. le marquis de Créqui lui.avoit annoncé qu'il vouloit le conduire lui-même au Capitole. Le 12 juin, à cinq heures dn soir, ce seigneur, en habit de maréchal des camps et armées et revêtu de ses ordres, a pris M. Chinard dans sa voiture.
Lorsqu'on les a aperçus du Capitole, les fanfares les plus brillantes ont annoncé leur arrivée. La grande salle du Capitole étoit magnifiquement décorée et éclairée par quantité de lustres. Plus de cent musiciens placés sur un orchestre fait exprès ont exécuté une symphonie. Les ItaUens ont coutume d'associer la musique à toutes leurs fêtes, et l'émotion qu'elle inspire double l'enthousiasme qu'on y éprouve. Plusieurs cardinaux y sont entrés en robe consulaire, suivis d'un nombre infini de prélats. Après une seconde symphonie, un prélat a prononcé un discours sur l'excellence et le prééminence des beaux arts, après lequel le cardinal Boncompagni a fait la distribution des prix. En remettant à M. Chinard les deux médailles d'or qui formoient le premier prix de sculpture, il lui a dit (\\i'il étoit charmé d'être chargé de rixompenscr le grand mérite de ses talens. Quand ce jeune artiste est descendu d'une estrade élevée de trois marches où on
l'avoit placé, et quand il est retourné à sa place après avoir reçu ce prix, toute l'assemblée lui a prodigué les applaudissemens les plus vifs, et après la cérémonie M. le marquis de Créqui l'a conduit dans le Cours comme en triomphe.
La rehition de cette cérémonie doit être imprimée et on l'attend ici de jour en jour. Si la joie de notre jeune compatriote, de son épouse, de ses amis, de sa famille, est difficile à dépeindre, quelle ne doit pas être dans ce moment la satisfaction de l'ami des arts qui a encouragé cet artiste, qui a facilité son voy;ige en Italie, et qui aura peut-être un jour à s'applaudir d'avoir contribué à procurer à notre ville et à la France un grand homme de plus !
Journal de Lyon, Année 1786, n° 14. > juillet, pp. 21S-217.
Juillet
Le 4 juin 1784 avoit eu lieu aux Brotteaux, le lancement d"un ballon nommé le Gustave en présence de S. M. le roi de Suède. « Ce monarque qui n'avoit vu encore aucune expérience aérostatique examina les préparatifs de celle-là avec beaucoup d'attention et d'intérêt. Le nom donné à ce ballon, le mouchoir blanc, que M. le Comte de Laurencin qui présidoit à cette expérience avoit noué autour de son bras
gauche, ainsi que les travailleurs, pour rappeler la fameuse révolution de Suède, les médailles aux armes de France et de Suède, que les travailleurs portoient à leur boutonnière, tout fut remarqué et senti par ce prince. De retour dans ses états, il voulut donner à cette occasion à M. le Comte de Laurencin, une marque de son souvenir, et il lui fit icniettre en juillet 1786 une superbe médaille d'or »,
Journal de Lyon, 2'^ anncc 17S6, n" 16 (2 août] p. 248.
24 Juillet
a Le monument destiné par Monseigneur l'archevêque, est-il dit dans \ç. Journal de Lyon du 2 août 1786. a été posé dans l'église d'Oullins le 24 juillet dernier. Il l'auroit été plus tôt sans la nécessité où l'on s'est trouvé de faire venir de Marseille, en passant par Arles et en remontant le Rhône, la table de marbre blanc d'Italie sur laquelle l'inscription est gravée. On ne peut voir ce monument simple et modeste sans être attendri et sans bénir les intentions respectables du prélat, qui s'est plu à honorer ainsi les talens et le génie. Il seroit bien à souhaiter que tous les mausolées qu'on voit dans nos temples eussent été décernés avec autant de justice et mérités par autant de vertus. »
Journal de Lyon, 2'^ année ij86 n° 16 (2 août) p. 248.
27 Juillet
Les compagnons et manoeuvres maçons, mécontents de ce que leurs maîtres ne soldaient le plus souvent les comptes de leurs jours qu'après trois ou quatre mois, et les laissaient quelquefois pendant tout ce temps dans l'incertitude du prix auquel ils paieraient chaque journée, quittent tous les ateliers de leurs maîtres, et cessent de travailler pendant deux jours. La sagesse et la vigilance du Consulat répriment aussitôt ce désordre ; mais par son ordonnance, en faisant de nouvelles et itératives défenses à tous ouvriers, manœuvres et compagnons de comploter et de quitter les travaux de leurs maîtres, le Consulat ordonne aux maîtres maçons, plâtriers et tailleurs de pierres de convenir, avec les compagnons et manœuvres qu'ils prendront à. leur service de la quotité de leurs journées dans la quinzaine au plus tard, à compter du jour où ils seront entrés à leur service," et de solder le prix ainsi convenu des dites journées, au moins à la fin de chaque mois.
Journal de Lyon, 2 août 1786.
30 Juillet
Une lectrice du Journal de I.yo«, dans une lettre adressée à ses rédacteurs, fait le récit suivant du cou-
ronnenient d'une rosière dans l'un des catéchismes de la paroisse Saint-Nizier.
Lyon le 4 août 1786.
Pourquoi taut-il, Messieurs que les établissemens utiles faits loin de nous soient toujours prônés et célébrés avec tant d'enthousiasme, tandis que ceux qui existent dans nos murs sont si souvent ignorés et méconnus? C'est à vous qu'il appartient surtout de réparer cet oubli injurieux et décourageant, et c'est pourquoi j'ose réclamer une place dans votre journal pour la description d'une cérémonie intéressante, à laquelle le hasard m'a procuré le plaisir d'assister.
Dimanche dernier, 30 juillet, je traversois le quai delà Saône presque au sortir de table; j'y rencontre
Mme B accompagnée de ses filles. Après les
complimens d'usage, nous nous demandons l'une à
l'autre où nous allons de si bonne heure. M^e B
me répond qu'elle va assister au couronnement d'une rosière. — D'une rosière! Mais où donc? m'écriai-je, il y a dix ans que je regrette d'être si loin de Salenci, et de ce que mes affaires ne m'ont pas permis d'aller à Saint-Symphorien. — Eh bien, venez avec nous, mais entrons sur le champ, car il n'y a pas une minute à perdre.
Ces dames m'entraînent, et je n'ai pas de peine à faire le sacrifice des amusemens que je m'étois promis pour ce jour là : nous entrons dans l'église de Saint- Antoine. Cette église, depuis longtemps déserte et
abandonnée, étoit remplie d'un concours immense de spectateurs. L'air de décence et de satisfaction qui régnoit sur tous visages me touche et m'émeut. On m'apprend que les catéchismes de la paroisse de Saint- Nizier sont au nombre de cinq, et que celui de la chapelle de Saint-Jacques est l'un des principaux. MM. les catéchistes eurent l'idée, il y a deux ans, d'y décerner chaque année une couronne de roses à la jeune demoiselle qui s'y est le plus distinguée par son succès et son zèle à s'instruire, sa sagesse et son assiduité; pour être élue rosière, il faut n'avoir pas manqué pendant l'année un seul catécliisme. Huit jours avant la clôture des catéchismes, MM. les catéchistes indiquent et proposent à haute voix les cinq demoiselles qui leur paroissent mériter mieux la couronne, et ce sont les demoiselles du cathéchisme qui nomment elles-mêmes au scrucin celle de ces concurrentes qui est la plus digne de l'obtenir. Leurs billets ne sont point ouverts ce jour-là. Ou les réunit et on les enferme en un paquet qu'on lemet à l'une des mères de ces demoiselles. Je vous laisse à juger de la crainte, de l'espérance, de la douce incertitude qui pendant ces huit jours agite et fait palpiter le cœur ingénu des jeunes concurrentes.
A peine étions-nous entrés dans l'église, que nous vîmes arriver les rosières des années précédentes avec leurs concurrentes, toutes décorées d'un ruban ponceau. La rosière, dont l'année alloit finir, se plaça au milieu d'elles sur un prie-Dieu, et les autres sur des
chaises à coudes. Les cinq nouvelles concurrentes, décorées par des cordons bleus vinrent ensuite ; elles saluèrent la rosière, et se rangèrent aux places qui leur étoient destinées. Après les vêpres, M. Navarre sacristain-curé, revêtu de son étole pastorale, vint présider à cette fête. C'étoit pour la première fois, parce que l'état de sa santé ne le lui avoit pas permis en 1784, ni en 1785. Plusieurs demoiselles récitèrent des billets: Mlle Huguenot en fit la clôture par un morceau très bien fait sur l'influence de la religion sur la société; Mlle Burlat, rosière actuelle, retraça en peu de mots l'idée et l'objet de la cérémonie du jour. On apporta ensuite à M. le sacristain le paquet qui contenoit les suffrages des demoiselles du catéchisme. Les sceaux ayant été reconnus, le paquet ouvert et les suffrages comptés, Mlle Anne-Claire Demarest fut proclamée rosière. A l'instant un cri de joie s'éleva, et il me fut impossible de retenir mes larmes. Mesdemoiselles les anciennes rosières et leurs concurrentes vinrent au son de l'orgue et en cérémonie prendre la nouvelle rosière qu'elles conduisirent près du prie-Dieu ; ses quatre concurrentes la suivoient et l'abbé Navarre complimenta la rosière et fit l'éloge de ses concurrentes et des autres demoiselles du catéchisme ! « O mes enfans, leur dit-il, je n'ai qu'une couronne à vous donner : vous l'avez toutes méritée ; je n'en ai qu'une, mais il y a au ciel plu."; de couronnes que sur la terre ; elles sont plus glorieuses ; elles sont incorruptibles. J'espère que votre zèle et vos vertus vous rendront dignes de les obtenir. »
Mlle Girard et Mlle Caillât qui avoient eu Vacccssit prirent alors la corbeille où étoient la couronne et le prix destiné à la rosière, (c'étoit la nouvelle édition du Comte de Valmoiit en cinq volumes) elles précédèrent M. Navarre et MM. les catéchistes. Lorsqu'ils furent arrivés auprès du prie-Dieu, Mlle Burlat l'aînée, rosière de 1785, présenta la couronne que M. le sacristain plaça sur la tête de la nouvelle rosière. Il lui adressa encore une fois la parole, et lui rappela l'exemple de Salomon. « Lorsqu'il fut couronné roi d'Israël, dit-il, Dieu lui promit de lui accorder ce qu'il lui demanderoit. Seigneur, lui répondit Salomon, je suis jeune et encore enfant, donnez-moi la sagesse et un cœur docile. Dieu récompensa cette humble prière et lui donna avec la sagesse, la puissance, la gloire et la fortune. Suivez cet exemple, demandez à Dieu la sagesse, et en vous l'accordant, il vous comblera de tous les autres biens. ». Je gâte et j'affoiblis sans doute. Messieurs, ce que j'ai retenu des discours de M. Navarre; mais comme il ne les écrit jamais, il est impossible de s'en procurer aucun extrait II finit par remercier les paroissiens de l'intérêt qu'ils avoient pris à l'état de sa santé, et leur promit de leur consacrer le reste des jours que la Providence lui avoit conservés. Il faut connoître. Messieurs, l'amour et la vénération que ce digne pasteur inspire, pour se faire une idée de l'attention et de la sensibilité avec lesquelles ces discours étoient écoutés.
Mlle Louise Demarest, rosière de 1784, présenta
ensuite à M. le sacristain le prix qu'il remit à Mlle Anne Claire Demarest, nouvelle rosière. Son nom était gravé en lettres d'or sur chaque volume avec cette devise : « La religion vous couronne ».
Mlle Burlat, prenant le cordon ponceau d'ancienne rosière, remit son cordon bleu de rosière actuelle à Mlle Demarest.
Ce fut cette nouvelle rosière qui distribua elle-même les prix aux anciennes rosières et à leurs concurrentes. Après que toutes les autres récompenses eurent été distribuées, un cantique analogue aux circonstances termina la fête et les anciennes rosières avec toutes leurs concurrentes accompagnèrent la nouvelle jusque chez ses parens.
C'est M. l'abbé Linsolas, chanoine d'honneur de Saint-Nizier, qui préside d'ordinaire à ce catéchisme; l'ordre qui y règne, les instructions qu'on y reçoit, la modestie et la piété de ces jeunes demoiselles, font le plus grand honneur à ses soins et à son zèle.
Pardonnez tous ces détails. Messieurs, à une mère de famille qui voit avec le plus vif intérêt tout ce qui peut contribuer à faire germer dans de jeunes âmes la religion et les vertus, sans lesquelles il ne sauroit y avoir de vrai bonheur. Je me suis informée des noms des rosières depuis l'institution de cette cérémonie, et je les joins ici :
1784 Rosière Mlle Louise Demarest. Concurrentes Mlles Pontes et Pioon.
1785 Rosière Mlle Burlat l'aîné.
Concurrentes Mlles Rusand, cadette, Benoît,
l'aînée, Auhry et Champein, cadettes .
1786 Rosière Mlle Anne Claire Demarest. Concurrentes Mlles Benoît Huguenot, l'aînée,
d'Antoine et Aubry, l'aînée.
J'ai l'honneur d'être, etc.
Journal de Lyon 2^ année, lySô, ij août, if ly, p. 263.
3 et 5 Août
Au commencement du mois d'août, l'archevêque de Lyon, Monseigneur de Montazet, qui était en possession de faire payer annuellement aux marchands de vin en gros, ainsi qu'aux cabaretiers de la ville, un droit sur la vente du vin, demande l'acquittement de ce droit, et encore de tout ce qui pourrait être dû pour arrérages. Ce droit qui se nommait àroit de hanvin était odieux au peuple. Les cabaretiers et autres débitants, refusant de satisfaire à la demande de l'archevêque, fermèrent leurs établissements, et cette détermination obligea le Consulat à rendre l'ordonnance suivante :
Du jeudi 3 août en l'hôtel commun, y étant ;
Les Prévôt des marchands et échevins, etc.
Vu les ordonnances de nos prédécesseurs, qui ont enjoint au cabaretiers, tavernicrs, traiteurs, aubergistes et vendeurs de vin à Lyon, de continuer de vendre, comme par le passé, pendant le ban d'août, et comme les motifs de ces ordonnances subsistent encore en ce moment
Après avoir ouï Marie-Pierre Prost, chevalier, avocat et procureur général de cette ville et communauté...
Nous, Prévôt des marchands et échevins, ordonnons et enjoignons aux dits cabaretiers et vendeurs de vin en celte ville de continuer, pendant le ban d'août comme par le passé, la vente et le débit de leurs vins, en se conformant d'ailleurs aux ordonnances de police, à peine contre les contrevenants d'être irrévocablement déchus de la faculté de vendre du vin. . . Enjoignons aux commissaires de police de tenir la main à l'exécution de notre présente ordonnance, laquelle sera imprimée et affichée partout où besoin sera, afin que personne n'en puisse prétendre cause d'ignorance.
Fait à Lyon, etc.. »
Cette ordonnance ayant trouvé beaucoup de récalcitrants, le Consulat prit la délibération suivante :
Le Consulat a rendu le 5 de ce mois une ordonnance qui enjoint aux cabaretiers, traiteurs et autres
vendeurs de vin de continuer pendant le bnn d'août la vente et le débit de leurs vins, à peine contre les contrevenants d'être déchus de la faculté de vendre du vin. Cette ordonnance a été affichée le même jour.
Il a été constaté par des procès-verbaux, qu'au préjudice de l'injonction portée par cette ordonnance, un très grand nombre de cabaretiers n'ont pas ouvert leurs cabarets et refusent de donner à boire, attendu qu'ils ne veulent pas s'assujettir au paiement des arrérages demandés par Monseigneur l'archevêque.
Comme il résulte de cette cessation d'ouverture des cabarets disette de vin dans la ville, que le peuple et les ouvriers privés de cette denrée peuvent se livrer à des murmures qui pourroient dégénérer en émeute ou sédition populaire, le Consulat s'est assemblé pour déUbérer sur le parti à prendre en cette circonstance. Il a été observé qu'il étoit impossible de condamner les contrevenants, parce que chacun des cabaretiers et vendeurs de vin sont en droit de représenter, qu'ils n'ont pas ouvert leur cabaret, parce qu'il n'ont pas de vin à vendre, qu'ils ne peuvent pas en acheter, parce qu'il n'y en a point sur les ports, et que les marchands de vin en gros n'en font point venir en la ville parce qu'ils ne veulent pas s'assujettir à payer un droit de permission, aussi fort que celui que Monseigneur l'archevêque veut exiger, et qu'ils craignent la saisie de leurs bateaux et de leurs vins par les préposés de Monseigneur l'archevêque.
Dans cet état, le Consulat avant de statuer sur les procès-verbaux de contravention, et après avoir ouï Marie Pierre Prost, chevalier, avocat et procureur général de cette ville et communauté, a prié et invité M. le Prévôt des marchands de vouloir bien se rendre chez Monseigneur l'Archevêque pour conférer avec lui sur les dangers et les inconvénients que présente l'exécution rigoureuse de son droit de banvin, et faire tout ce qui pourra dépendre de lui pour engager Monseigneur l'archevêque à se départir des arrérages qu'il est autorisé à répéter, et d'autre part pour engager ce prélat à consentir lui-même une diminution sur le droit,et notamment sur celui de 12 livres, auquel les marchands de vin sont assujettis.
Délibéré à Lyon, au Consulat le samedi 5 août 1786.
Revue du Lyonnais FI, 100-102.