L'UNION DES MARCHANDS DE SOIE
L’arrivée des marchands de soie à Lyon remonte au xvi° siècle. À cette époque ils étaient Italiens plus encore que Français. Lyon avait en effet de nombreuses colonies étrangères, surtout italiennes : Florentins, Génois, Milanais. Ces marchands, français ou étrangers, n’étaient pas généralement spécialisés dans l’achat et la vente de la soie. La plupart étaient banquiers. A l’origine, la banque et le commerce de la soie vont ensemble, la banque fournissant au commerce les gros capitaux, qui lui sont nécessaires. Il n’y avait pas non plus de séparation marquée entre le commerce de la soie, l’industrie et le commerce des soieries.
Dans les siècles qui ont suivi, la division du travail s’est établie entre les diverses branches de l’activité soyeuse. De même le commerce de la soie s'est très sensiblement séparé de la banque, bien que celle-ci continue à jouer un rôle important dans les opérations commerciales.
Tandis que la Fabrique .a de bonne heure constitué une sorte de corps, avec des métiers nettement hiérarchisés, où les fabricants pouvaient avoir une politique d’ensemble, les marchands de soie restèrent plus longtemps isolés. Au siècle dernier le mouvement syndical apparaît chez les ouvriers en soie dès la Restauration et la Monarchie de juillet sous des formes plus ou moins déguisées, de telle sorte que la Cham-
bre syndicale des tisseurs de la Croix-Rousse est un des ancétres des syndicats ouvriers français. Chez les fabricants et les marchands de soie, il faut attendre la fin du second Empire. L'Association de la fabrique lyonnaise s’organise en 1868. L'année suivante les marchands de soie décident de suivre cet exemple.
Dans une réunion du 7 décembre 1869 (1), les représentants de 95 maisons, pratiquant le commerce de la soie, adoptent et signent la motion suivante : « Les soussignés, marchands de soie à Lyon, convaincus qu’ils auraient un grand avantage à unir dans une action commune leurs efforts individuels, soit pour réaliser des améliorations particulières à leur profession, soit pour assurer à leurs opinions une plus grande influence dans l’adoption des mesures générales intéressant le commerce lyonnais, s'engagent à former un syndicat, ayant mission de les représenter.
A cet effet ils promettent de s’assembler le mercredi 15 décembre, pour nommer, à la simple majorité des suffrages, une chambre syndicale, composée de 9 membres. Cette chambre, ainsi élue, désignera son président, son vice-président, son secrétaire et son trésorier : elle préparera et soumettra dans un bref délai à la sanction d’une nouvelle assemblée un règlement, qui deviendra obligatoire, s’il est adopté par les deux tiers des marchands de soie soussignés ! »
Ainsi s’organisa l'Union des Marchands. Le premier bureau ou Chambre syndicale fut présidé par Philippe Testenoire, qui semble avoir joué dans ces circonstances un rôle important. La première assemblée régulière se réunit le 27 juillet 1870.
La création de l’Union coïncide donc avec deux événements importants : le percement de l’isthme de Suez et la guerre franco-allemande. C’est à l’heure où le canal va permettre de détourner sur Marseille et Lyon le trafic, qui allait à Londres, que le commerce lyonnais comprend la nécessité de rouages collectifs. D’autre part, la première assemblée était tenue en pleine guerre, puisque la déclaration des hostilités est du 19 juillet. Cette coïncidence est d’autant plus tragique, que la confiance était alors générale, et que, l’on allait au-devant des plus cruelles désillusions.
(1) D’après les registres de l’Union des Marchands,