‹ Lyon et le Commerce de la SoieChapitre 18 sur 55 · ACTION DU MARCHÉ DE LYON · texte numérisé non relu

ACTION DU MARCHÉ DE LYON

à laisser disparaitre une source nationale d’approvisionnement,

. A l’égard de la filature et du moulinage, les critiques sont moins fondées. Sans doute les marchands de Lyon ont créé des filatures dans les centres de production. Mais il était plus pratique d'amener de la soie grège toute préparée, plutôt que des cocons, lourds, encombrants et qui risquaient de se détériorer. Si les marchands de Lyon s’étaient abstenus, ces filatures se seraient créées sans eux. De même, ils avaient raison de profiter des avantages économiques et sociaux qui se rencontrent de l’autre côté des Alpes, au lieu d’en laisser tout le bénéfice aux Italiens.

D'ailleurs, les mêmes hommes ont essayé de rénover la filature et le moulinage dans les régions rhodaniennes et de faire ici ce qu’ils avaient fait à l’étranger. Ce qu’il y a de mieux en France leur appartient ou fonctionne avec leur appui financier et si leurs initiatives n’ont pas eu plus d’ampleur, c’est qu’elles se heurtèrent souvent aux résistances de populations rurales un peu routinières. Le président du Syndicat général de la filature est un marchand de soie-filateur de Lyon. Le siège social du Syndicat est installé dans les bureaux de l’Union des Marchands, ce qui prouve les liens étroits qui unissent aujourd'hui le commerce de la soie à la filature française et les excellents rapports qu’ils entretiennent.

Toutefois, on a toujours été d'avis à Lyon que les sacrifices à faire en faveur de la production française ne devaient pas être hors de proportion avec le but à atteindre. Les branches de l’agriculture ou de lindustrie, pour lesquelles on réclamait des secours, devaient d’abord s’aider elles-mêmes, sans que leur consolidation s’opérât aux dépens d’industries ou de commerces en pleine activité. C’est ce que les producteurs des campagnes rhodaniennes n’ont pas toujours compris.

La protection de la sériciculture française et des industries qui en dérivent a été souvent demandée à la protection douanière. Mais un tel procédé heurtait les doctrines libre-échangistes du marché lyonnais et soulevait des difficultés inexiricables. Cette question a provoqué entre le Midi et Lyon des polémiques passionnées. Un premier conflit avait éclaté sous la Restauration, Un second conflit, plus grave en-

core, s’est produit à l’époque des grandes transformations douanières de 1892. Enfin, depuis la guerre, le problème a pris une nouvelle actualité avec le déchainement de protectionnisme qui caractérise toutes les nations.

La sériciculture veut des droits prohibitifs contre tout l'ensemble des productions étrangères : soies et cocons. La filature, au contraire, demande la franchise en faveur des cocons étrangers, qui lui sont nécessaires en l’absence de bonnes récoltes françaises, et la prohibition à légard des grèges étrangères, qui lui font concurrence. Le moulinage, de son côté, ne veut pas de taxe sur les soies grèges, car sans elles il chômerait la plus grande partie de l’année. Il est impitoyable par contre à l’égard des soies ouvrées. Il suffit d’énumérer ces revendications pour montrer combien elles sont contradictoires et ridicules. Lyon n’avait pas de peine à démontrer que la franchise douanière était la seule politique possible. Les tissages, ayant besoin de matières premières aussi variées qu'abondantes, tout droit de douane aurait pour conséquence de gêner le commerce de la soie et de provoquer, de la part de certaines puissances, des représailles dangereuses. Or, l’ensemble des intérêts que représentent les fabriques de Lyon, de Saint-Etienne et des autres centres nationaux, est supérieur à ce que représentent la sériciculture, la filature et le moulinage et ne peut leur être sacrifié.

Ce fut toujours l’avis du Parlement, sauf vers 1888. A cette époque, excédé par les réclamations du Midi et d’ailleurs entrainé dans une guerre de tarifs contre l'Italie, il accorda aux sériciculteurs un droit de 0 fr. 25 par kilo sur tous les cocons étrangers, et de 1 franc sur la soie grège d’origine italienne. Ces droits, très inférieurs à ceux qui étaient demandés (1 franc sur les cocons, 7 francs sur la soie grège) ne . produisirent aucun effet utile. L’hostilité de Lyon les fit tomber, quand on discuta la législation de 1892. Depuis cette époque, le marché lyonnais a toujours sauvegardé la franchise des cocons et des soies grèges contre les sériciculteurs et même les filateurs.

La guerre a provoqué toutefois des perturbations momentanées. Le décret du 22 mars 1917 prohibait en principe l’entrée en France des marchandises d’origine ou de provenance étrangère. Mais l'Union des Marchands et la Chambre de Com-

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