‹ Lyon et le Commerce de la SoieChapitre 24 sur 55 · EUROPE OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

EUROPE OCCIDENTALE

la Vénétie et du Frioul. Magnaneries, filatures et autres établissements industriels ont été détruits dans la province de Trévise, le long de la rivière Piave, En arrière du front, surtout dans la province d’Udine, les installations furent déménagées en Autriche ou fonctionnèrent pour le compte des empires centraux, sous la direction d’un comité de techniciens, qui imposa à.la production italienne de ces régions une discipline rigoureuse. Tous ces événements provoquèrent une véritable débâcle des statistiques italiennes : 20.561.500 kilos en 1919. Mais les chiffres remontaient à plus de 38 millions en 1920, à près de 40 millions en 1922, ce qui, même en dehors de l’annexion à l'Italie des anciennes éducations autrichiennes du Trentin, de Gorizia, de Gradisea, de l’Istrie, suppose une reprise très sensible.

En principe la sériciculture existe partout en Italie, mais elle est très inégalement répartie. Contrairement à ce qu’on pourrait supposer, ce sont les régions péninsulaires et insulaires, où le climat est le plus nettement méditerranéen, qui sont à cet égard les plus pauvres. Les éducations sont surtout actives dans l'Italie continentale du nord, véritable dépression entre les Alpes et l’Apennin, communiquant mal avec la mer, où le climat, caractérisé par ses grands écarts de température, ses hivers très froids, ses étés brülants, est plus continental que maritime. A l’exception de quelques provinces, comme celles de Reggio, en Calabre, et de Messine, en Sicile, dont la production reste abondante et dont les soies sont aussi réputées que celles du Piémont, l'Italie du sud est à peu près hors de cause, comme nos régions méditerranéennes. La plupart des districts n’arrivent plus à donner 100.000 kilos de cocons.: Une organisation sociale trop arriérée, une population de paysans misérables dans des latifundia, où sévit l’absentéisme des grands propriétaires, ne leur ont pas permis de résister aux crises. Dans l'Italie du nord, au contraire, où l’organisation est plus moderne et les méthodes agricoles bien supérieures, les propriétaires ont imposé aux métayers les procédés scientifiques ; ils ont maintenu l’élevage du ver à soie comme un appoint à côté des cultures.

On peut ainsi distinguer trois zones, dont l’importance diminue rapidement du nord au sud : d'abord la zone de grande production, qui s’étend à lintérieur de larc montagneux

des Alpes, avec les provinces de Ligurie, Piémont, Lombardie, Trentin, Vénétie, Frioul, Istrie, et qui représente à elle seule les trois quarts de la production italienne. Les deux circonscriptions de Milan en Lombardie et de Cunéo en Piémont donnant plus de 3 millions de kilos chacune. Ensuite, de part et d’autre de l’Apennin septentrional, les provinces d’'Emilie, des Marches, de Toscane et d’Ombrie, déjà moins actives, mais où certaines circonscriptions donnent encore de 1 à 2 millions de kilos. Enfin le reste de la péninsule et les îles (1).

Les marchés de cocons sont, comme en Francé, extrê- -mement nombreux. Les prix avant la guerre atteignaient à peine 3 lires. La hausse à été en apparence plus accentuée qu’en France, puisque les cours étaient de 10 lires en 1918, de 28 et 30 lires en 1922. Il est vrai qu’à l'inverse de l'Espagne le change était tombé jusqu'à 56/57 environ. Les transactions prennent généralement comme base ce qu’on appelle la Moyenne de Milan ou Moyenne de référence, calculée sur les prix de la région lombarde. Il existe aussi d’autres moyennes sur d’autres places, à Bergame, à Brescia, à Crémone, à Vérone, à Rovereto.

Les quantités de grège produite étaient de 4.820.000 kilos en 1907, de 2.880.000 en 1915, de 1.835.090 en 1919, de 3.325.000 en 1920, de 3.205.000 en 1921. Elles ont atteint 3.500.000 kilos en 1922. C’est une évolution, qui ne ressemble guère à celle de la France. Les soies italiennes sont toutes des soies jaunes, mais elles comportent des variétés nombreuses, par suite de la diversité des conditions locales et de la multiplicité des races et des croisements (2). Les soies du Piémont (Turin, Cunéo) sont très réputées. Ces soies de montagnes sont à l’Italie ce que celles des Cévennes sont à la France. On les classe d'ordinaire en cinq groupes : exquis, extra, classique, sublime, réaline. Les deux premières catégories s’exportent surtout à Lyon comme grèges, les autres comme organsins. Elles doivent leur mérite à la qualité de leur filature et de leurs cocons jaune pur. En Lombardie les meilleures variétés viennent de Côme, Varèse et Briance. Ce sont des grèges fines, très employées dans le tissage en écru, ainsi que les

(1) Cf. la carte séricicole de l’Italie. Annexes, carte II. (2) Cf. Columbo : Tecnologia dei bozzoli e della seta.

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