‹ Lyon et le Commerce de la SoieChapitre 33 sur 55 · COMMUNICATIONS TÉLÉGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

COMMUNICATIONS TÉLÉGRAPHIQUES

une taxe triple, soit 33 fr. 75 par mot, ce qui est vraiment cnéreux.

Pour diminuer ces frais, il a fallu rédiger les télégrammes en langage conventionnel, Le principe admis en pareille matière par les statuts internationaux est le suivant : les mots doivent ne pas dépasser 10 lettres et pouvoir se prononcer. Les marchands de soie procèdent done comme les diplomates. Des codes télégraphiques ont été imaginés, pour faciliter les relations. L’ABC français, le Beutley anglais, le Lieber’s américain résument dans leurs colonnes savamment établies toutes les correspondances possibles. De plus, pour assurer le secret de leurs conversations, les négociants ont imaginé des codes privés, dont les chiffres ont pour base les codes précédents (1). Avec des combinaisons aussi compliquées, les erreurs sont fréquentes.Les correspondants ont droit à la répétition gratuite du mot, mais c’est un retard ennuyeux.

Dans ces relations télégraphiques avec l’Extrême Orient, il faut encore rappeler que les heures varient dans les divers continents avec la longitude (2). Quand il ‘est 6 heures du soir à Lyon, il est 2 heures du matin à Shanghaï, Etant donné que les communications exigent en moyenne une durée de cinq ou six heures, une dépêche, câblée de Lyon à la fermeture des bureaux, arrive à Shanghaï vers 8 heures du matin, à l’ouverture des comptoirs asiatiques. Si la réponse est càblée de Chine vers 10 heures, il est alors seulement 2 heures du matin à Lyon. Le marchand de soie trouvera donc, à 8 heures, en revenant à son bureau, le renseignement qu’il a demandé la veille au soir.

(1) Certains codes privés obtiennent avec des mots de 10 lettres des nombres, composés de 12 chiffres, qui se partagent en tranches, correspondant chacune à des expressions déterminées. Un seul mot peut ainsi donner une phrase de plusieurs lignes précisant Ja quantité, la qualité, le titre, la livraison et le prix d’une soie :

Ex. : le mot uditonateg donnera en chiffres udi : 3615

to : 23 nat : 8751 eg : 47

361523875147. Ce nombre, interprété cpmme il doit l’être et découpé en tranches, signifiera par exemple : achetez 10 balles soie ancienne avec latitude 1 % ordre valable 4 jours qualité AB 1°" à 2° choix, fr. : 200, ce qui a l’air d’une charade ou d’une plaisanterie d’almanach. >

(2) Cf. les cartes et tableaux de propagande de l’Eastern telegraph, REA EURE TON

Pendant la guerre, les câbles, forcément négligés, fonctionnaient mal, avec des retards de transmission d’autant plus sensibles que l'abondance des informations de presse ou des télégrammes officiels augmentait l’encombrement.

Avant la guerre, on pouvait aussi utiliser la voie télégraphique terrestre, dite du « Nord », ou du Transsibérien. De Vladivostock, les télégrammes étaient transmis par câble au Japon, par terre à Shanghaï et à Canton. Cette voie était moins coûteuse, mais plus lente et surtout moins précise. Elle vient d’être rétablie, mais il semble que l’avenir soit à la TE. SF, S

On peut même s’étonner que les progrès de cette nouvelle découverte ne soient pas plus rapides. La T. S. F. serait, entre Lyon et l’Extrême Orient, un moyen de communication encore plus prompt, et qui éviterait de payer une dîime à des organisations anglaises. La France possède un certain nombre de grandes stations, en particulier la Doua, près de Lyon. Il semblerait assez naturel d’utiliser ce poste dans le commerce de la soie, à destination de la Chine et du Japon.

La station de la Doua a été créée en 1914, au début de la guerre, Elle devait, en cas de besoin, suppléer la Tour Eiffel. L'installation fut agrandie à diverses reprises et les pylônes portés en dernier lieu à 180 et 200 mètres de hauteur, ce qui permit de communiquer d’abord avec la Russie, puis avec l’Amérique, enfin avec l’Australie et l’'Extrèême Orient.

A l’issue de la guerre, l’Union des Marchands fit des démarches instantes, pour que l’acheminement par T. S. F. des télégrammes privés fût admis à la Doua, ce qui aurait diminué d’autant l’encombrement des câbles sous-marins. Alors Administration décida de commencer la mise en service commerciale, mais seulement avec des communiqués de propagande et l’envoi des cotes officielles du marché de Lyon. Ce fut, d’ailleurs, l'agence japonaise Kosukaï, qui, à titre gratuit, bénéficia de ce nouveau service. Or, les inexactitudes flagrantes de la transmission ne tardèrent pas à jeter le trouble dans toutes nos maisons d’Extrême Orient. Sur les protestations de l’Union des Marchands, l’agence Havas fut admise à côté de l’agence jäponaise, avec ordre pour l’une et l’autre de ne plus transmettre désormais d’autres chiffres que les cotes officielles du marché. C'était une première satisfaction. donnée au commerce de Lyon.

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