COMMUNICATIONS TÉLÉGRAPHIQUES 1R
Mais l’acheminement des télégrammes privés, chose beaucoup plus importante, se heurte à certaines difficultés. Pour qu’une correspondance par T. S. F. soit possible entre deux régions, il est nécessaire que l’une et l’autre possèdent un poste, non seulement récepteur, mais émetteur, Si l’un des postes n’est que récepteur, la communication est unilatérale. Il n’y a pas de répétition de mots, ni de conversation possible et l’installation ne présente aucun intérêt commercial. C’est ce qui s’est produit jusqu'alors avec Shanghaï. Le 12 février 1921, les télégrammes privés ont été admis, mais dans un seul sens, de France à Shanghaï, avec un tarif de 3 francs par mot. Puis, un violent orage, en août, a fait tomber les deux grands pylônes de la Doua, dont la portée s’est trouvée désormais très affaiblie. Depuis cette époque, c’est la station de la Croix-d’Hins, par l’intermédiaire de Paris, qui assure les correspondances, toujours unilatérales, avec Shanghaï. L'installation américaine de la Federal Telegraph C° permettra sans doute prochainement de communiquer dans les deux sens. D’autre part, on prévoit pour l’an prochain, à la Doua, des pylônes de 250 mètres et une installation qui permettra d'assurer à nouveau les relations avec l’Extrême Orient. Dans quelques mois, la puissante station de Saïgon entrera en service et pourra travailler en « duplex » avec les stations françaises. Rien n’est encore organisé du côté de Canton et du Japon (1).
En dehors de l’Extrême Orient, des communications complètes par T. S. F. existaient au début de l’année 1923 avec un certain nombre de puissances, qui intéressent, il est vrai, moins directement que la Chine et le Japon le marché de Lyon: Angleterre, Etats-Unis, Suède, Autriche, Pologne, Roumanie, Yougo-Slavie, Maroc. à des taux qui ne différaient pas de la voie télégraphique ordinaire. Des services unilatéraux existaient aussi avec l'Afrique occidentale et équatoriale, Madagascar, l’Indo-Chine.
Le commerce de la soie subit les répercussions politiques ou économiques de nations lointaines. Une organisation très complète de relations par télégräphe ou par T. S. F. est donc nécessaire, non seulement pour assurer les correspondances
(1) Renseignements très obligeamment donnés par M. H. Ballet, directeur de la Station radiotélégraphique de La Doua.
privées, mais pour que les marchés français puissent être à l'affût de tout ce qui se passe au dehors et « sentir » en quelque sorte tous les marchés étrangers.
$ 5. LA QUESTION DE LA BOURSE DES SOIES ET LES USAGES DE LA PLACE DE LYON
Considéré dans son organisation locale, le marché de Lyon n’est pas un marché véritable. Aucun édifice n’est spécialement chargé de l’abriter et, par cette expression un peu fictive, on englobe simplement l’ensemble des opérations effectuées à titre privé par chacun des marchands.
Il n'existe pas à Lyon de Bourse de la soie, comme il existe des Bourses du coton à Liverpool ou au Havre, des Bourses de la laine à Londres ou à Roubaix, ou même une Bourse de la soie à Yokohoma.
A diverses reprises, surtout dans les périodes de faible activité du marché lyonnais, on a critiqué cette organisation et préconisé la création d’un marché à terme (1). On y voyait un moyen de donner, avec le concours de la spéculation, un nouvel élan au commerce de la soie. La question s’est posée ‘aussi à New-York, en 1921, et l’on s’est demandé si l’existence d’une Bourse n’aurait pas atténué la crise économique d’après guerre.
Dans l’ensemble, le tempérament lyonnais est plutôt hostile à la spéculation, qu’il considère avec raison comme la meilleure et la pire des choses. Les marchés à terme et les ventes à découvert peuvent, dans des conditions normales, servir à la fois les intérêts particuliers et l’intérèt général. Ils permettent aux marchands de bénéficier des mouvements de hausse ou de baisse qu’ils auront su prévoir. Par là, ils atténuent ces oscillations et contribuent à l’équilibre d’une place, de même qu’ils facilitent les entreprises à longue échéance. Mais ils peuvent aussi devenir un simple jeu et provoquer au contraire des perturbations illogiques et inattendues, excessives et désastreuses.
(1) Cf. Divers articles au Bulletin des Soies et Soieries, marsavril 1910 et une discussion à la Société d'économie politique, à propos d’un exposé de M. Francisque Aynard,