CHES ETRANGERS. .— DOUANES ETRANGERES
Le marché de Lyon n’est pas le seul marché français de la soie. Marseille et Paris font aussi le commerce des matières soyeuses, mais leur activité ne peut se comparer à celle de Lyon.
Depuis un demi-siècle, Marseille n’a pas cessé de décliner en tant que marché de la soie, En 1861, les marchands marseillais avaient vendu jusqu’à 5.377 balles. En 1878, ils n’en vendaient plus que 3.483. Aujourd’hui, le trafic est très faible. Il est vrai que les circonstances actuelles sont très défarorables. Marseille achetait de la soie dans les pays du Levant et dans les territoires russes. Or, les relations commerciales, longtemps interrompues, sont à peine reprises. Quelques maisons marseillaises subsistent, mais les succursales lyonnaises dominent. Les soies ne font plus que passer à Marseille. Elles gagnent directement Lyon. Comme le disait très bien Marius Morand : « Ce ne sont ni les capitaux, ni
l'intelligence commerciale qui ont manqué à Marseille, mais cette place a lutté en vain contre cette force économique, qui tend à rapprocher les marchés de matières premières des centres de consommation ».
Cette vérité a été cependant contestée. En 1889 (1) un lyonnais illustre, Edouard Aynard, s'inspirant de ce fait que le marché du coton est à Liverpool et non à Manchester, au Havre et non à Rouen, écrivait ces lignes : « Théoriquement, le marché de la soie devrait être à Marseille, porte de l'Orient, point d’arrivée des soies de Chine et du Japon ». A Lyon, les fabricants voient, paraît-il, de trop près les stocks des marchands; ils sont trop sollicités; ils sont toujours tentés de pratiquer une politique de baisse.
En réalité, cette affirmation est basée sur une équivoque. Théoriquement, le marché de la soie doit être.à Lyon, à côté de la fabrique lyonnaise. Autrement, cette collaboration indispensable et si féconde entre marchands de soie et fabricants de soieries serait impossible. Les inconvénients d’une telle séparation étaient manifestes dans le temps où les Lyonnais devaient aller aux docks de Londres acheter aux enchères les ballots de soie. On ne saurait comparer les distances, relativement considérables, qui séparent Lyon et Marseille avec les trajets infimes du Havre à Rouen, de Liverpool à Manchester. Enfin, il en est de cette question comme du marché à terme. Les influences locales sur l’établissement des prix sont aujourd’hui complètement dominées par des faits d'ordre mondial.
Mais, théoriquement aussi, Marseille doit être le marché des cocons. À ce point de vue, son rôle est exactement le même que celui de Liverpool, Le port anglais est le marché du coton brut, matière première du coton filé et des cotonnades. Marseille est le centre des cocons, véritable matière première de la soie filée et des soieries. Cette fonction est très logique. Marseille est en effet le centre le mieux placé pour procéder à la répartition des cocons étrangers entre les diverses filatures françaises ou italiennes de la vallée du Rhône ou du Pô.
Toutefois, même dans cette fonction, le marché marseillais
da) Edouard AyNarp. Lyon en 1889. Rapport rédigé à l’occasion de l’exposition universelle.
a faibli. La concurrence de Milan a fait du tort à Marseille autant qu’à Lyon. Les filatures italiennes ont attiré par Gênes les cocons du Levant. Puis la guerre a limité les facultés d’approvisionnement. Vers 1880, on vendait, à Marseille, de un- million à un million et demi de kilos de cocons secs, avec des stocks variant de 500.000 à 800.000 kilos. Ces stocks n'étaient plus que de 82.000 kilos au 31 août 1920, de 178.000 kilos au 31 août 1921, c’est-à-dire à des dates où les grandes récoltes étaient achevées. Quand l'ordre sera rétabli en Orient, on peut espérer que le marché marseillais prendra une activité nouvelle et se mettra en mesure de fournir à nos filatures les cocons qui leur manquent,
Enfin, il faudrait ajouter, pour être complet, que certaines soies fermes de Chine, soies jaunes, destinées à la confection de tapis, burnous..., à l’usage de l’Afrique du nord, s’arrêtent à Marseille et repartent à destination d’Alger et de Casablanca. ;
Quant au marché de Paris, il approvisionne en principe les centres textiles de l’ouest et du nord : Calais, Caudry, Roubaix, Amiens, Reims, Troyes, Tours, ainsi que les industries parisiennes de passementerie et de soies à coudre. I: existe quelques maisons parisiennes du commerce de la soie, indépendantes de Lyon et capables de s’approvisionner directement dans les pays producteurs. L'une -d’elles a même, comme on sait, son siège social à Paris et une succursale à Lyon. Mais l’inverse est plus fréquent. Ce commerce parisien n’est souvent qu’un commerce de détail. La guerre a jeté la perturbation dans sa clientèle du nord et la soie artificielle tend à supplanter dans les milieux parisiens la vénte de la soie naturelle.
La supériorité écrasante de Lyon sur les autres marchés français apparaît clairement, si l’on compare le travail des diverses Conditions françaises, qui reçoivent de la soie. La plupart sont très faibles et même quelques-unes ont depuis la guerre fermé leurs portes, soit dans les départements séricicoles, par insuffisance de production, soit dans les départements industriels du nord, par insuffisance de tissage (1).
(1) Tous les chiffres de conditionnement sont empruntés aux statistiques de la Condition des Soies de Lyon.
1913 1921 AMIENS ES MES Re CT 677 »