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‘et qui représentent la consommation des fabriques françaises, plus spécialement, comme on sait, des fabriques de Lyon et de Saint-Etienne, Nous retrouvons ici des fluctuations très analogues à celles des soieries lyonnaises, avec parfois un décalage d’une année, par suite de l'intervalle qui sépare achat des soies et le tissage des soieries. C’est ainsi que la fabrique n’a atteint son maximum d’après guerre qu’en 1920, alors que dans le commerce des soies, la crise avait déjà commencé. Dans cette seconde fonction, le marché de Lyon, soli-
dement appuyé sur les fabricants, a conservé beaucoup plus de stabilité. Il a même, en 1919, dépassé les chiffres d’avant guerre. Le marché de Lyon se borne donc de plus en plus à approvisionner la fabrique lyonnaise.
On s’est même demandé, depuis quelques années, s’il s’acquittait bien de ses obligations à l’égard de la consommation locale. On constate en effet, non seulement une diminution générale des chiffres, mais une diminution très sensible et même une disparition des stocks. Par suite de la discrétion excessive qui le caractérise, le marché lyonnais ne publie pas ses stocks, alors que cette coutume est en usage à Milan et à New-York. Pour les évaluer, il faut additionner tant bien que mal trois éléments :
1° Les balles de soie déposées aux Magasins généraux ou à la Condition ;
2° Celles que détiennent les marchands dans leurs propres dépôts, en quantités généralement égales ;
3° Celles que détiennent les banques et dont on évalue d'ordinaire le nombre à la moitié de ceux qui précèdent.
En prenant pour base les chiffres déjà cités des Magasins généraux, dans la période juin-juillet, qui représentent, il est vrai, les approvisionnements les moins importants de. l’année, on obtient les chiffres de 8.000 balles en 1914; 15.000 en 1915 ; 2.900 en 1916, pour tomber à 1.000 ou 1.200 balles en 1921 et 1922. C’est donc en 1916 que cette pénurie de stocks a été sensible pour la première fois. Depuis cette époque, elle s’est constamment accentuée, mais pour des raisons divérses. Dans les dernières années de la guerre, les stocks ont fait défaut par suite des difficultés de toutes sortes que les marchands éprouvaient à s’approvisionner. Immédiatement après la guerre, la demande a dépassé l’offre. La fabrique lyonnaise absorbait sans arrêt toutes les matières premières qu’on pouvait lui donner, quel que fût leur prix. Enfin, en 1921, les réserves ont complètement disparu. Jamais, de mémoire d'homme, une pareille disette ne s’était vue sur le marché de Lyon. Cependant, la demande était alors réduite au minimum. Mais l'offre était plus restreinte encore. C'était une conséquence de la politique prudente du commerce local, qui devant le marasme des affaires, puis devant les répercussions inquiétantes du change, se tenait sur l’expectative et n’achetait plus qu’au jour le jour.
Les acheteurs et surtout les fabricants s’inquiétaient déjà en 1916 de cet état de choses. Leurs appréhensions sont devenues encore plus vives en 1921.
Tel est le bilan de lPactivité du marché lyonnais. On ne peut le juger que par comparaison avec les marchés rivaux. Celui de Milan est le principal concurrent européen. Vers 1880, son trafic ne dépassait pas encore une moyenne de 33.000 balles de 85 kilos par an. Mais la moyenne décennale est montée à 47.000 balles avec le percement du Saint-Go-
É thard, à 70.000 avec les tarifs protectionnistes français. Dans les premières années du siècle actuel, Milan dépassait aussi bien que Lyon les 100.000 balles (1). Quelle est la situation actuelle ?
Pour la préciser, il faut considérer trois points de vue: les chiffres de conditionnement, la balance des importations et des exportations, les stocks. Aux dates suivantes, les deux Conditions de Milan (Société anonyme et Condition Oriani) accusaient un mouvement de :
Ces chiffres sont évidemment supérieurs à ceux de la Condition de Lyon. Ils réflètent d’ailleurs une diminution d’activité identique. Mais la comparaison est faussée au profit de Milan par ce fait qu’en Italie le conditionnement des soies exportées est obligatoire avant le départ. De plus, il suffirait d’ajouter aux chiffres de Lyon ceux de Saint-Etienne et de Saint-Chamond pour obtenir en 1913 et 1919 des ensembles de 10.179.360 kilos et de 7.603.266, supérieurs à ceux de Milan. Quoi qu’en disent les Italiens, les chiffres de conditionnement, dont ils sont si fiers, ne sont pas probants.
Le second terme de comparaison leur est-il plus favorable ? (2)
En mille kg. .......... 1913 1915 1919 1921 Prod. italienne ........ 3.540 2.880 1.835 3.205 Importations de grèges 2.605 1.883 1.048 339
— d’ouvrées. 272 101 108 140
(1) Marius MoRAND, op. cit.
(2) D’après les tableaux de la Chambre de Commerce de Lyon, qui reproduisent eux-mêmes les statistiques italiennes.