‹ Lyrisme et Structures Sonores: Nouvelles méthodes d'analyse des rythmes appliquées à Atala de ChateaubriandChapitre 25 sur 77 · LA NUIT ÉTAIT (ÉLICIEUSE · texte numérisé non relu

LA NUIT ÉTAIT (ÉLICIEUSE

SYMÉTRIE par rapport à la strophe centrale.

Les strophes 1 et 3 formées de 5 vers chacune, disposent leurs deux grandes masses autour de la masse centrale, moindre.

Ces strophes sont égales de cette égalité que nous avons déjà vue, et qu'on pourrait nommer pseudo-égalité ; elles sont faites de deux inégalités légères, en sens inverse, et ainsi compensées. En effet, ces strophes ont respectivement 12 pieds et 15 pieds; mais elles ont 59 et 52 syllabes.

On peut remarquer la correspondance de leurs vers initiaux :

La nuit était délicieuse,

Aucun bruit ne se faisait entendre, féminins, semblables, identiques par leurs secondes moitiés.

PEINTURE DE LA LUNE. La strophe du milieu est la perle enchâssée. C’est la plus pure. L'état sonore, dans les deux masses symétriques, est assez obscur. Ici, comme vue et comme sonorité, C’est le centre de clarté dans les ténèbres.

Envisagée seule, un demi-silence, qui rend la lecture de cette strophe expressive, la coupe donc en trois :

La lune brillait au milieu d'un azur sans tache,

et sa lumière gris de perle descendait sur la cime indéterminée des forêts.

La lune dans le ciel; la descente de la lumière; la dispersion sur les cimes : pour donner une impression de calme parfait, chacun de ces vers est d'une symétrie parfaite.

Ces vers sont à peu près égaux; 13, 12, 11 syllabes; ce qui précise encore la symétrie de tout l’ensemble.

Le léger descrescendo qui altère la symétrie de la strophe, semble venir de ce qu'il s’agit de peindre un phénomène décroissant, la perte de lumière; elle aussi régulière et calme : 13, 12, Î1.

Une autre remarque, ou plutôt une question : la grande fréquence des é, seuls ou accompagnés de r, souvent en place tonique; cela correspond-il chez Chateaubriand, comme chez Rimbaud ou H. Poincaré!, à quelque impression lumineuse?

La SONORITÉ. Dans cette troisième strophe, ici encore un phénomène qui s'étend doucement dans l’espace, une harmonie légère qui finit par être remarquée dans toute l’étendue du désert :

Suite de vers, en apparence égaux, mais s'étendant insensiblement : 2 pieds, 3, 3, 3 et 4; 9 syllabes, 10, 10, 118122

1. Cf. dr. TouLouse, /lenri Poincaré (Flammarion éd.), p. 53-56.

La nuit s’allonge.

OGL CT:

La nuit s’allonge!, les chants et les danses cessent par degré?, les feux s'éteignent ou ne jettent plus® que des lueurs rougeâtres, devant lesquelles on voit encore passer les ombres de quelques sauvages errans ‘ : tout s'endort . À mesure que le bruit des hommes s’affaiblit, celui du désert augmente, et au tumulte des voix, succèdent les plaintes du vent dans la forêt.

PES Sel

La nuit s’avance :

les chants et les danses cessent par degré;

les feux ne jettent plus que des lueurs rougeâtres,

devant lesquelles on voit encore passer les ombres de [quelques sauvages;

tout s'endort; à mesure que le bruit des hommes s’affaiblit,

celui du désert augmente, et au tumulte des voix succèdent les plaintes du vent de [la forêt.

CorrecTions. 1 s’avance: 2; 3 les feux ne jettent plus 4 sauvages: 5; 6Gomet, 7 de

C’est un remaniement profond, et rythmiquement c’est une pièce nouvelle qui est obtenue. La première correction substituant «s’avance » à « s’allonge », ne change rien. La septième non plus : « de » à « dans ». Mais les deux suppressions 3 et 4 changent l'équilibre rythmique, et entraînent un remaniement complet dans la ponctuation. Sur 7 signes intérieurs à cet ensemble, 5 signes de ponctuation sont changés.

Cela révèle, dans le texte de D, un état travaillé rythmiquement, et non pour d’autres considérations ; c’est un état plus achevé rythmiquement, et celui que nous examinerons.

ANALYSE

CoRREsPONDANCES : Les premiers, deuxièmes et derniers vers de chaque strophe sont resnectivement semblables :

La nuit s'avance :

tout s'endort;

les chants et les danses cessent par degré; à mesure que le bruit des hommes s’aftaiblit,

devant lesquelles on voit encore passer les ombres de

[quelques sauvages; et au tumulte des voix succèdent les plaintes du vent de

[la forêt.

THëme : La deuxième strophe apparait ainsi comme

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