PAS
Cependant l’obscurité redouble (D).
A titre de comparaison, voici le texte définitif, D 62, IT,
Cependant l'obscurité redouble :
les nua ges abaissés entrent sous l'ombrage des bois.
La nue se déchire, et l'éclair trace un rapide losange de feu.
Un vent impétueux sorti du couchant,
roule les nuages sur les nuages;
les forêts plient,
le ciel s’ouvre coup sur coup,
et à travers ses crevasses,
on aperçoit de nouveaux cieux et des campagnes ardentes.
Quel affreux, quel magnifique spectacle !
La foudre met le feu dans les bois;
l'incendie s'étend comme une chevelure de flammes ;
des colonnes d’étincelles et de fumées assiègent les nues [qui vomissent leurs. foudres dans le vaste embrasement;
Alors le grand Esprit couvre.les montagnes d'épaisses ï [ténèbres ; du milieu de ce vaste chaos s'élève un mugissement [confus formé par le fracas des vents, le gémissement des arbres,
le hurlement de bêtes féroces, le bourdonnement de l'incendie et la chute répétée du [tonnerre qui siffle en s'éteignant dans les eaux.
ANALYSE
C’est tout à fait autre chose; un autre équilibre s’est établi. Certes, ce n’est pas tout à fait arythmique, et Chateaubriand n’a pas renoncé à ses dons de musicien, en se livrant ici au travail du style. Mais si, dans ce remaniement si profond, d’autres nombres sont apparus, si la période reste vivante, ce n’est plus l’allegro furioso de tout à l’heure. Cela a l’air regardé, non plus du milieu de la tempête; mais d’une maison, de loin et tranquillement, à travers une vitre.
Toutes les strophes, sauf une, commencent ainsi :
Cependant l'obscurité...
Un vent impétueux.…
Quel affreux, quel magnifique.
La foudre met le feu.
Alors le grand Esprit.
RIQUr ES C'ULUrTSs Use (UAURE ES EMI CICR C Pre yes: U U U = (7e) UUU sn
la strophe qui ne commence pas ainsi, commence par un vers trop court pour contenir cette structure :
la nue se déchire,
mais elle la rappelle autant qu’il se peut : u- vu-
& CEPENDANT L'OBSCURITÉ REDOUBLE... » 105 Voici aussi les fins des strophes :
.. entrent sous l’ombrage des bois.
… rapide losange de feu.
.… Cieux et des campagnes ardentes, .. foudres dans le vaste embrasement. .… affreux, quel magnifique spectacle.
.… siffle en s’éteignant dans les eaux.
UU U- U U - U U — U U - U U U - U U - U U U - U U- UUU- U U U - U U U - UU-
quatre fois On à uuu- uu-; une fois uuu- uuu-, une fois UU— UU-.
FRÉQUENCE pu PIED - dans le premier ensemble : Il y peint le bouleversement, l’apparition d’une coupure dans un phénomène.
les nuages abaissés entrent sous l'ombrage des bois. Solution de continuité aperçue soudain.
et l'éclair trace un rapide losange de feu.
Dans la phrase, cette coupure, l’éclair, n’est pas aperçu où la grammaire le mettrait, la où le concept « l’éclair » est énoncé ; il est bien là où le met le rythme, il n’est ou qu'après le mot, par le moyen du pied -, quand le mot « trace » éclate brusquement. C’est lui, quoiqu'il n'ait rien de commun avec l'éclair, qui est ici l'éclair.
Je ne sais quel peintre disait qu’on ne peint pas avec
des couleurs. Semblablement, on ne peint pas avec des mots, les mots du dictionnaire. Et ce phénomène si saisissant ici, explique comment on peut se trouver avoir ramassé sur le papier tous les mots d’une langue signifiant foudre et tonnerre, et ne pas avoir engendré la plus petite lueur.
Et voici le bouleversement, je ne sais quoi de bousculé :
Un vent impétueux sorti du couchant, roule les nuages [sur les nuages.
Une virgule métrique, ici, avertit combien l'écrivain tient à l’exacte scansion de cette phrase; et en effet elle peint : un premier membre, les reprises et l'assaut
du vent; le second, le heurt et le bouleversement étalé des nuages.
.…le ciel s'ouvre coup sur coup... »
ilsemble que telle est la scansion, qui peint.
1. C’est l'équivalent, en français, de l'emploi latin des mots aux places significatives de la phrase (Cf. Rythmes Toniques 102).
Les restes de l'orage.