LES DEUX FORMES ACHEVÉES D'ATALA
poésie. Les poèmes en prose de Baudelaire ou d’Aloysius Bertrand ne semblent pas de cette sorte.
Mais il y a des ouvrages où les pages lyriques abondent. On pense aussitôt à Rousseau, à Chateaubriand, à Michelet, Loti, Barrès.
4. LES DEUX FORMES ACHEVÉES D'AraLA. — Nous prendrons comme objet d'étude Atala de Chateaubriand.
Cet ouvrage à été achevé deux fois, et deux fois donné à la vie et au public. Cela permettra parlois de consulter l'écrivain lui-même. Le premier état du texte a été fortement heurté par la critique. Pour Chateaubriand, il était déjà définitif : en jugeant avec sa conscience d'artiste, il s’y était en effet arrêté. Néanmoins, par sociabilité ou par sagesse, il consent à réexaminer son texte, à ne pas le tenir pour définitif dès maintenant.
D’une main parfois hésitante, il s’assure des zones
1. Les éditions d’Afaia dont nous nous servons sont l’originale (1801) et la définitive (1805). On pourri d’ailleurs suivre ces textes sur les deux éditions suivantes, quiles reproduisent :
Chateaubriand, Atala, Reproduction de l'édition originale, avec une étude sur la jeunesse de Chateaubriand d'après des documents inédits, par. Victor Giraud et Joseph Girardin (Paris, Fontemoing, 1906).
Chateaubriand. A/ala, ou les amours de deux sauvages dans le désert. Bibliothecä romanica, 64-5. L'éditeur, F. Ed. Schneegans, dit :
« Nous reproduisons Je texte de l'édition de 1805 (Atala et René). Ce texte détinitif a passé avec des changements peu importants dans toutes les éditions suivantes. Les variantes de l'édition de 1801 permettront d'étudier le travail important de remaniement. On trouvera en note quelques variantes des éditions de 1830 et 1835. »'
Nous désignons par :
O, 107, I, le premier alinéa de la page 107, dans l'édition Giraud. (Où
‘éd: originale).
D. 72, I, le premier alinéa de la page 72 dans l'édition Schneegans.
(D. : éd. définitive). C’est le même passage que O 107, I.
ÉSULTANT DE LA C OMPARAISON 45
solides, retranche ou ajoute aux incertaines. Cet état provisoire dure longtemps; un Chateaubriand à l'état froid des critiques vient améliorer l’œuvre de Chateaubriand poète. Parfois le poète s’anime de nouveau, une œuvre locale nouvelle est substituée au fragment ancien. Très souvent, ce sont corrections à froid,
« J'ai passé quatre ans à revoir cet épisode, mais aussi il est tel qu'il doit rester. C'est la seule Atala que je reconnaîtrai à l’avenir!. » Une seconde fois, en son âme et conscience, l'écrivain jugeait son texte satisfaisant et définitif.
5. INDICATIONS RÉSULTANT DE LA COMPARAISON DE CES DEUX FORMES ACHEVÉES. — Si l'écrivain, peu satisfait de son œuvre, ne lui donne pas ce « bon à imprimer » transcendant, nous en déduirons que la matière ne s’est pas disposée suivant le souflle du génie, quand il a soufflé où il a voulu. Les structures obtenues ne semblent pas avoir réalisé le mouvement initial, du moins le mieux possible.
Du point de vue sonore, ces structure ne peuvent done avoir pour nous qu’une signification incertaine. Elles sont une indication psychologique précieuse. Pour nous, elles se classent avec celles qui résultent de grandes contraintes. Ici, le mouvement ne s’est pas heurté à une contrainte facile à désigner : une règle acceptée à priori, une résistance logique. Le mouvement s’est heurté à une contrainte inconnue, qui nous