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ses campagnes; il aimait à en caresser les contours; il l'invoquait à la veille des batailles. Quand approcha l'heure de sa mort. « il vit à son dieu chéri un visage toul autre : il vit avec effroi le bronze en sueur sur cette table où il était assis pour la dernière fois ». S'il faut en croire Martial, la statuette aurait eu, après la mort d'Alexandre, de singulières destinées. Elle devint la propriété d'Hannibal, qui la prit à témoin de la haine jurée par lui aux Romains. Elle passa dans la suite aux mains de Sylla. Enfin, au temps de Domitien, elle avait fini par entrer dans la collection d'un poète amateur d'art, Nonius Yindex. « Dernièrement, écrit Martial dans une de ses Epigrammes, je demandai à l'Alcide de Yindex quel était l'habile artiste qui lavait l'ait. 11 se prit à rire. — c'est assez son habitude, — et avec un léger mouvement de tête, il me dit : Poêle, ne sais-tu pas le grec? Regarde mon piédestal, et lu y verras son nom. — Lysippe, ai-je lu. Je pensais y lire: Phidias. » Yindex possédait-il réellement en original le précieux bronze ?El faut-il tenir pour authentiques les extraordinaires litres de noblesse que lui prêtait sa vanité de collectionneur? 11 est permis de garder un certain scepticisme. Les faux antiques abondaient dans la Rome impériale, et les marchands d'antiquités ne se privaient point de contrefaire les signatures célèbres. Mais rien, en vérité, ne nous empêche de croire qu'à défaut de l'original, Yindex montrât aux visiteurs de sa collection une copie fidèle du bronze de Lysippe. La description de Martial est très précise : « Ce dieu si grand, malgré l'exiguïté de son
image do bronze, ce dieu qui est assis sur ce marbre dont il adoucit la rudesse avec sa peau de lion ; qui, le visage tourné vers les astres, regarde le ciel qu'il a porte' ; qui serre de sa main gauche une massue et de sa droite une coupe pleine de vin,... ce dieu... fut un noble présent, chef-d'œuvre deLysippe. » Or, nous connaissons une série de monuments qui répondent de tous points à ce signalement. Le musée du Louvre possède deux statuettes en marbre, malheureusement fort mutilées, représentant Héraclès assis, et l'attitude est bien relie que les vers de Martial prêtent à Y Héraclès épitrapezios de Lysippe (fîg. 13). On peut voir au British Muséum une statuette du même type, provenant de la Babylonie, et portant sur la base, en lettres de basse époque, la signature du copiste, Diogénès. Enfin, dans la collection de l'École des Beaux- Arts se trouve un moulage pris sur un original aujourd'hui perdu, et qui permet de restituer plus complètement l'œuvre deLysippe. Héraclès est assis sur un rocher recouvert de la peau du lion néméen; de la main droite, il tient une coupe, et l'on replace sans peine la massue dans la main gauche. Le visage est levé vers le ciel. Il semble' que le héros soit représenté dans son apothéose, admis au banquet des dieux, et jouissant de l'immortalité qui est la récompense de ses durs travaux. Est-ce à dessein que Lysippe, destinant cette statuette à Alexandre, avait choisi le type du héros cher au roi, celui dont la tête figurait comme emblème sur ses monnaies de bronze et d'argent ? Il est permis de le croire, et il n'y avait là qu'une flatterie fort légitime. Maislesculp-
teur trouvait de son côté l'occasion de traiter un de ses sujets favoris. Ses prédilections étaient d'accord avec celles <le son royal protecteur. On verra plus loin quelle place tiennent dans son œuvre les statues d'Héraclès, el comment, par l'intensité du sentiment, il a su donner à la grande figure du héros grec un accent tout nouveau.
Œuvres diverses de Lysippe. — Le Kairos. — L'Èros de Thespies. — Le Zeus colossal de Tarente. — Les ligures au pied relevé : le Poséidon de Gorinthe et Y Hermès attachant sa sandale. — Le type lysippéen d'Héraclès et son caractère nouveau.
Quelques œuvres datées, comme des statues d'athlètes vainqueurs, le groupe des Thessaliens à Delphes, les portraits d'Alexandre, nous ont fourni jusqu'ici des points de repère chronologiques, et nous ont conduit jusque vers Tannée 323. Mais il faut se rappeler que la carrière de Lysippe se prolonge jusqu'à la fin du ive siècle. Or, de ces dernières années de sa vie, qui ne sont pas les moins fécondes, nous ignorons presque tout. Nous ne savons même pas où Lysippe transporte son atelier, après la morl d'Alexandre, ni s'il continue à résider en Macédoine. D'autre part, parmi les œuvres du maître qui n'ont pas encore trouvé place dans notre étude, il en est dont la date est inconnue, et qui peuvent aussi bien appartenir à la période de sa jeunesse qu'à celle de sa maturité ou de sa vieillesse. Nous devons donc abandonner la méthode
que nous avons suivie jusqu'à prescrit, et ouvrir un chstpitre pour les œuvres de Lysippe qui échappent à tout essai de classement.
Il n'esl pas rare qu'un artiste novateur se plaise à.affirrner sa personnalité en s'attaquant, avec un esprit tout différent, à des sujets déjà traités par ses devanciers. En Grèce, V exécution primant l'invention, aucun scrupule ne pouvait contrarier cette sorte d'émulation. Nous savons déjà que le souvenir de Polyclèle hantait Lysippe. Nous avons cité le propos, recueilli par Gicéron, suivant lequel le Doryphore de Polyclèle aurait été le maître du sculpteur de Sîcyone. Mais on peut étudier les œuvres d'un maître, eu faire son profit, et s'affran hir complètement de leur influence par une sorte de réaction réfléchie et voulue. Et telle semble bien avoir été la situation de Lysippe visà-vis de son illustre prédécesseur. \1 Agios de Delphes nous a déjà fait voir quelle indépendance il garde à l'égard du Doryphore. Est-ce par un simple hasard qu'il reprend un sujet déjà trait»' par Polyclèle? N'est-ce pas plutôt pour appliquer ses principes qu'il signe à son tour un Kairos*! Le maître d'Argos avait fait une statue personnifiant l'occasion, idée abstraite que l'esprit grec avait traduite par une ligure allégorique, celle de Kairos. Grâce à une ingénieuse hypothèse de M. Benndorf, nous pouvons imaginer comment il lavait conçue. Une base en forme d'osselet, trouvée à Olympie, est peut-être celle-là même qui supportait la statue de Polyclèle. Dès lors l'artiste aurait représenté Kairos comme un jeune homme debout sur un