‹ LysippeChapitre 16 sur 20 · L HERCULE FAR NÉ SE · texte numérisé non relu

L HERCULE FAR NÉ SE

(Musée de Naples.j

tain nombre de portraits. Mais il faul distinguer cuire ceux qui reproduisent, les traits de contemporains cl ceux où l'artiste crée le type idéal d'un personnage depuis longtemps disparu. Dans la première série rentrenl le portrail d'Héphestion et les deux statues d un chef de mercenaires, Pythès d'Abdère, consacrées par ses soldats à Olympie. Un portrait d& Socrate, attribué à Lysippe, a pu, s'il est réellement de lui, être exécuté d'après des documents iconographiques plus anciens. 11 faut classer parmi les portraits conventionnels celui de la poétesse Praxilla, et celui du fabuliste Esope, qui vivait au temps de Crésus. Il y a à la villa Albani un remarquable portrait d'Ésope, de travail romain, et qui surprend par le réalisme dont il esl empreint. Le sculpteur a rendu avec une vérité impitoyable la difformité du torse rabougri; la physionomie, fine el spirituelle, a je ne sais quoi de souffreteux et de résigné, qui trahit les origines serviles de l'ancien esclave affranchi. Est-ce l'œuvre de Lysippe ? Devons-nous au contraire en faire honneur à l'un de ses contemporains, Aristodémos. qui, lui aussi, est connu pour avoir exécuté un portrail du fabuliste phrygien? A vrai dire, la crudité du réalisme nous semble accuser, pour l'original du marbre Albani, une date plus récente. Nous y verrions volontiers une œuvre hellénistique, datant du mft ou du 11e siècle avant noire ère.

Ceci nous conduit à nous demander ce que pouvait être, dans le portrait, le réalisme de Lysippe. Le maître sicyonien peut-il être considéré comme l'initiateur de l'évolu-

lion qui se manifeste avec tanl de foire dans l'arl hellénistique, et introduit dans le portrail un si curieux accent de vérité ? Il sérail imprudent de l'affirmer. Au \\r siècle, le portrail réaliste n'existe pas encore; niais il est à la veille de naître, el son apparition coïncide avec une invention donl P auteur, chose curieuse . esl le propre frère de Lysippe, Lysistratos. « Le premier, écrit Pline. qui (il un portrait d'homme avec du plaire moulé sur le visage même, et qui redressa celle première image à l'aide de cire coulée dans le plaire, fut Lysistratos de Sicyone, frère de Lysippe, dont nous avons parlé. Ce fut lui aussi qui s'appliqua à rendre la ressemblance; avant lui, on ne s'étudiait qu'à faire les plus belles têtes possible. » En quoi consiste au juste l'invention du frère du Lysippe? A mouler le visage sur le vif, et à prendre, «à laide de ce d'eux en plâtre, une ('preuve en cire qu'il était facile de retoucher. C'est le même procédé dont, au dire de Yasari, Andréa del Verrocchio dote la sculpture florentine du \ve siècle ; lui aussi imagine de mouler sur le vif les cose naturali, c'est-à-dire les différentes parlies du corps humain. Et bientôt après, « on commença de son temps à mouler les têtes de ceux qui mouraient. Aussi vit-on dans foutes les maisons de Florence, audessus des cheminées, des portes, des fenêtres et des corniches, une infinité de portraits si bien faits et si naturels qu'ils paraissaient vivants ». Nous n'avons pas à rechercher ici quelle influence a pu exercer sur l'art du portrait le procédé imagine par Lysistratos. 11 est certain cependant

que, dans certains cas au moins, elle a été réelle. Elle se manifeste dans les masques funéraires de l'époque hellénistique et romaine, où l'artiste semble avoir pris pour modèle des ('preuves en cire, coulées dans un creux en plâtre. Les applications du procédé ont pu être les mêmes dans Tari antique et dans l'art de la Renaissance italienne. Mais rien ne prouve que Lysippe en ail lait usage. Cette pratique est sans doute restée d'un emploi exceptionnel, el il faut y voir surtout un indice du mouvement qui, à la (in du ivc siècle, entraîne l'art du porlrail vers le réalisme.

La physionomie de Lysippe resterait incomplète si nous ne rappelions que ce maître de la forme humaine n'excella.il pas moins dans les figures d'animaux. G'esl là un trait qui le rapproche de Myron, un au Ire bronzier plus ancien, comme lui observateur exael et pénétrant de la nature vivante. Nous sommes malheureusement réduil à citer des œuvres perdues, un taureau de bronze qui se trouvait à Rome, un lion tombé qu'Agrippa enleva à la ville de Lampsaque pour le consacrer dans un bois sacré. Les quadriges que Pline lui attribue, les statues équestres de Dion, permettent d'affirmer qu'il montrait la même maîtrise dans les figures de chevaux. Lu véritable « animalier », il avait au moins une fois traité, non comme un accessoire, mais pour lui-même, un type de cheval. Une épigramme de Y Anthologie célèbre comme une œuvre pleine de feu el de vie un jeune cheval sans harnachement signé de lui; le poète vante la vivacité du regard, la belle allure du port de tète, la vérité de l'alli-

Inde. On aimerait à retrouver, dans quelque monument, le souvenir de son style. Faut-il le chercher dans le beau cheval de bronze trouvé à Rome, eii 1849, au Transtévère, et déposé au palais des Conservateurs (fig. 22)? La crinière courte, le toupet de crins qui se dresse entre les deux oreilles, les plis accusés de l'encolure suggèrent des rapprochements avec le cheval d'Alexandre, dans la statuette de Naples. Mais le style est ici bien supérieur, et cette tête au modelé large et ferme ne fait pas mauvaise figure à côté de la tête de cheval provenant du fronton oriental du Parthénon. Ce n'est point faire injure a Lysippe que de considérer ce beau bronze comme un échantillon de sa manière d'« animalier ».

L'antiquité n'admirait pas moins la vérité de son style dans certaines figures de chiens. Ici encore, nous ne pouvons guère que signaler, avec de grandes réserves pouf l'attribution, une œuvre à coup sûr célèbre si l'on en juge par le nombre des répliques conservées, et devant laquelle il serait bien tentant de prononcer le nom de Lysippe. Nous voulons parler du type de chien dont le musée des Offices à Florence, et le musée Pio-CIementino, au Vatican, possèdent de bonnes copies (fig. 23). L'animal, un robuste molosse dont le cou se hérisse d'un collier de poils, est assis sur son train de derrière; la tète dressée, la gueule entr'ouverte, il semble lever les yeux vers son maître, prêt à bondir sur ses pattes au premier appel. C'est une œuvre d'un réalisme étonnant, même pour des yeux habitués au faire précis et exact de nos « animaliers »

contemporains. Elle justifïerail la place que Pline attribue aux images de chiens parmi les bronzes les plus renommés du maître sicyonien (nobilitatur... canibus).

Les dernières années de Lysippe et sa mort. — Ses fils et ses élèves.

Lysippe a été un artiste très fécond., car son activité s'est soutenue jusque dans un âge avancé. Il survit à Alexandre, et garde auprès de ses généraux, devenus chefs d'États, une situation privilégiée. Une inscription atteste qu'il fait le portrait de Séleucus, roi de Syrie. Il est en faveur auprès de Cassandre à qui la Macédoine <\sl échue en partage. Quand ce dernier reconstruit, sous le nom de Cassandreia, la ville de Potidée, il s'adresse au sculpteur qui, par complaisance, accepte une besogne fori modeste; il s'agissait simplement de trouver un type inédil de récipient pour l'exportation du vin de Mendé, qui constituait un des produits les plus recherchés de la région. Peut-être est-ce aussi vers ce moment qu'il exécute pour Thèhes, relevée de ses ruines par Cassandre, la stalue do l'athlète Korreidas. Tous les témoignages s'accordent à lui attribuer une vieillesse robuste, laborieuse, infatigable. « Courage, vieux Lysippe, sculpteur sicyonien ! » Ainsi commence une épigramme de Y Anthologie. Pétrone se fait l'écho d'une tradition relative à sa mort, el qui semble empruntée à un recueil d'anecdotes tel que celui

de Douris de Samos. Le vieux maître serait mort de dénûiikmiI ou de faim, en s'acharnant à terminer une slalue. De dénûment ? Voilà qui s'accorde mal avec une autre anecdote racontée par Pline, et qui ferait honneur aux habitudes d'ordre de Lysippe. Il avait l'habitude de prélever sur le prix payé pour chacune de ses statues un denier d'or, et de le déposer dans une tirelire. Après sa mort ses héritiers brisèrent le vase : ils y trouvèrent

I 500 pièces d'or. On put ainsi faire le compte des œuvres qu'il avait produites pendant sa longue carrière.

Ses héritiers étaient sans doute ses fils, a qui il laissait par surcroît l'exemple de sa vie et son enseignement. Nous en connaissons trois, qui furent sculpteurs connue lui : maîtres estimés, mais dont aucun ne l'égale en réputation. Chose curieuse, ils semblent s'être partagé, chacun suivant ses aptitudes, l'héritage artistique de leur père. Daïppos exécute des statues d'athlètes et un Perixyaménos où il est aisé de reconnaître une variante de l'athlète au strigile. Boêdas est surtout connu par un Enfant en prière, que nous a conservé une belle statue de bronze du musée de Berlin. Eulhyeratès est, au dire des critiques anciens, un talent plus austère qu'agréable.

II imite son père pour le soin de l'exécution, sans atteindre à son élégance. 11 l'imite aussi, semble-t-il, dans le choix des sujets qu'il traite. Un Héraclès, une Chasse d'Alexandre consacrée à Thespies, un Combat de caca/cric, des quadriges, des animaux, chiens et chevaux, voilà qui rappelle très directement quelques-unes des œuvres de

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