L A.POXYOM EN OS
(Musée du Vatican.)
une impression d'équilibre à la lois et de souplesse, de solidité et d'élasticité, de vérité aussi et de logique, plus satisfaisante pour l'esprit et pour l'œil que le retrail légèrement maniéré et la suspension quelque peu instable du pied. L'attitude, aisée comme la nature et libre comme la vie, détermine tous les mouvements des membres, toutes les plus légères ondulations de la chair, les contractions, ou te relâchement, les flexions, les saillies des tendons, des muscles et des veines. » La tête est d'un travail excellent, avec cette réserve que le copiste a sans doute esquivé, dans le rendu des cheveux, les détails plus précis qu'offrait l'original en bronze. Ce visage aux traits arrêtés, au front coupé par une dépression, respire l'énergie, et, d'autre part, le regard dirigé vers le haut, noyé d'ombre sous la forte saillie de l'arcade sourcilière, lui donne une sorte de dignité héroïque, avec l'expression pensive que Fou observe souvent dans les têtes de Scopas (fig. 2).
On le voit, la statue d'Agias nous permet de mesurer toute la distance qui sépare Lysippe de Polyclète. L'influence des maîtres du IVe siècle a certainement agi sur le maître de Sicyone, et, comme l'écrit justementM. Homolle, « le sentiment des délicatesses de la chair et de l'épiderme, la recherche de la vérité vivante, a tempéré l'austérité des formes géométriques et savantes». Faut-il s'étonner si la tête de la statue trahit, à certains égards, des réminiscences du style de Scopas ? Lysippe n'a pu ignorer les œuvres du sculpteur de Paros, avec lequel il a plus d'une affinité, notamment pour le goût du pathétique. Mais si Y Agios
relève encore de ce qu'on peul appeler sa première manière, on y siiisil déjà, el très nettement, les traits caractéristiques de son génie : le dédain de formules d'atelier, le goût pour l'observation directe «le la réalité, le don de faire passer dans le marbre comme le frisson de la vie, de rendre huiles les nuances de la forme, el. pour lonl dire d'un mol. le sens du naturalisme.
Convient-il d'attribuer à Lysippé les antres statues de l' ex-voto dédié par Daochos? Il sérail imprudenl de se prononcer pour l'affirmative, l'inscription de Pharsale n'avanl de valeur qu'à l'égard de YAgias, et rien n' excluant l'hypothèse qued'autres arlisles de Sicyone aient travaillé an groupe des Tliessaliens. Ton! an moins, il est permis de croire que plusieurs d'entre elles sortent de l'atelier de Lysippe, et. dans leur ensemble, elles nous renseignent sur le style de ses contemporains et de ses élèves. Voici d'abord les statues drapées. Celle du premier Daochos, qui porte la chlamyde thessalienne, est remarquable par le réalisme apporté à l'exécution du costume. De même pour celle du premier Sisyphos (ûg. 3). Le seul; pteur a détaillé avec un soin mi nu lieux les plis delà tunique, sous lesquels se devinenl les formes du corps, et les détails de la chaussure, avec le lacis de courroies qui enveloppe le pied et entoure la liante tige de la crépide. On voit déjà se manifester, jusque dans les accessoires, l étonnant souci de la vérité qui hantera plus tard les sculpteurs de la grande Irise de Pergame. Jetons un coup d'oeil sur les statues nues. Celle d Agélaos témoigne que les Sicyoniens
G. — TETE DE L APOXYOMÉNO!
se sont emparés des rythmes créés par les Attiques, car cette figure accoudée a je ne sais quoi <l<i praxitélien el éveille le souvenir de l'Hermès d'Olympie. Limage du second Sisyphos, fils du Daochos qui a consacré le groupe, est une des deux figures ajoulécs après coup, et peutêtre est-elle l'œuvre d'un ('lève de Lysippe. Apparentée de très près à YAgrias, mais d'une facture plus molle, elle offre tout au moins l'intérêt de nous présenter un type liés familier à l'art hellénistique. Ce personnage nu, portant une draperie qui forme bourrelet sur l'épaule, réalise déjà la formule que répéteront, jusqu'à la satiété, les innombrables statues honorifiques élevées dans les villes grecques au temps des successeurs d'Alexandre (fig. 4).
Si YAgias de Delphes, bien que très caractéristique du style de Lysippe, paraît cependant appartenir à la première manière du maître, un progrès marqué dans le naturalisme, une hardiesse plus grande dans le mouvement nous engagent à considérer comme plus récente la statue dont le musée du Vatican possède une copie conservée au Braccio Nuovo. C'est le marbre célèbre découvert en 1849 au Transtévère, et qui est classique sous le nom de « l'Athlète austrigile », V Apoxy orné nos (ûg. 5). La statue garde encore le témoignage de l'erreur commise parle sculpteur Tenerani, lorsqu'il la restaura, en plaçant un dé à jouer entre les doigts de la main droite. Par une double méprise, on crut pouvoir l'identifier avec une œuvre de Polyclète signalée par Pline (fecit [Polyclitus] et destringentem se et nudùm talo inces sentent) et, alors que ce texte vise deux
statues distinctes, on pensa qui) s'agissait d'une seule. La restauration de Tenerani Ni du personnage un athlète assez étrangement occupé à une double action : d une main il se frotte avec le strigile, de l'autre il tient un dé, pressé de prendre pari à une partie de jeu. Dès 1850, Braun faisait justice de celle Causse interprétation, el reconnaissait dans la statue le « destringentem se » de Lysippe el non celui de Polyclète. L'original èlail célèbre et il a son histoire. Au ["siècle de notre ère, le gendre d'Auguste, Agrippa, avail l'ail placer le bronze de Lysippe, sans doute enlevé à quelque ville grecque, à rentrée des Thermes dont il avail doté Rome. Tibère, s'étanl pris d'un goût très vif pour la statue, la lit transporter au Palatin, dans ses appartements. .Mais le peuple romain la réclama à grands • ris. el Tibère dut céder; il la fil remettre en place.
Assurément nous n'éprouvons point, devanl la copie du Vatican, l'impression que nous donnait loul hl'hcuruYAgias de Delphes. Nous n'y retrouvons pas la fraîcheur de modelé, les nuances d'exécution qui nous avertissaient que le copiste ('lait lui-même un artiste habile, travaillant sous I œil du maître, s inspirant à la lois de son œuvre présente el de son enseignement. L Apoxyoménos esl l'œuvre de quelque sculpteur lirer inconnu, établi à Rome, el vivant au débul de I époque impériale. Il n'en garde pas inoins, après les découvertes de Delphes, une réelle valeur documentaire. Supprimons d'abord par la pensée le tronc d arbre el les vestiges du tenon de marbre qui soutenait le bras droit, disgracieux appendices que nécessitait l'emploi